«Rapprocher l'école et la vie» ? Une histoire des réformes de l'enseignement en Russie soviétique (1918-1964), Toulouse





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L. Coumel « Rapprocher l’école et la vie » ? annexe numérique B : documents d’archives



Laurent COUMEL, « Rapprocher l'école et la vie » ? Une histoire des réformes de l'enseignement en Russie soviétique (1918-1964), Toulouse, PUM, 2014, 504 p.
ANNEXE NUMERIQUE B : DOCUMENTS D’ARCHIVE (TEXTES) TRADUITS1
autour de la réforme scolaire et universitaire de 1958


TEXTE 1
Oukase du Présidium du Soviet suprême d’URSS du 18 mars 1955

SUR L’ABROGATION DE L’APPEL (LA MOBILISATION) DE LA JEUNESSE
DANS LES COLLEGES D’APPRENTISSAGE INDUSTRIEL ET FERROVIAIRE
Tenant compte de la forte aspiration de la jeunesse à recevoir une formation professionnelle technique dans les collèges d’apprentissage industriel et ferroviaire, du fait de laquelle l’organisation de la mobilisation dans les établissements mentionnés ne s’avère plus indispensable, le Présidium du Soviet suprême d’URSS décrète :

1. d’abroger de l’appel (la mobilisation) de la jeunesse dans les collèges d’apprentissage industriel et ferroviaire entrant dans le système de la Direction générale des Réserves de main-d’œuvre près le Conseil des ministres d’URSS [GUTR], fixé par l’Oukase du Présidium du Soviet suprême du 2 octobre 1940 « Sur les Réserves de main-d’œuvre d’Etat d’URSS ».

2. de fixer que pour suivre une formation dans les collèges d’apprentissage industriel et ferroviaire du GUTR sont admis les jeunes hommes de 14 à 17 ans et les jeunes femmes de 15 à 17 ans qui y ont déposé leur candidature.

3. de charger le Conseil des ministres d’URSS d’élaborer l’ordre et les conditions d’admission dans les collèges d’apprentissage industriel et ferroviaire et autres collèges du GUTR.

4. d’estimer caducs sur la partie de la mobilisation de la jeunesse dans les collèges d’apprentissage industriel et ferroviaire :

- les articles 7, 8 et 9 de l’Oukase du Présidium du Soviet suprême d’URSS du 2 octobre 1940 « Sur les Réserves de main-d’œuvre d’Etat d’URSS » ;

- l’article 1 de l’Oukase du Présidium du Soviet suprême du 19 juin 1947 « Sur l’âge des jeunes admis (mobilisés) pour étudier dans les collèges d’apprentissage industriel et ferroviaire et les écoles d’apprentissage de fabrique-usine.
Le président du Présidium du Soviet suprême d’URSS

K. VOROŠILOV

Le secrétaire du Présidium du Soviet suprême d’URSS

N. PEGOV

TEXTE 2
Lettre de Genrih Zelenko à Nikita Khrouchtchev, mars 1957


(Source : RGANI, 5/35/63, p. 37-45 (document non daté))
Au camarade N.S. Khrouchtchev
La situation difficile de l’emploi (trudoustrojstvo) et de la formation professionnelle d’une masse significative de la jeunesse, sortant de l’école secondaire générale, ainsi que des adolescents âgés de 14 à 16 ans et qui pour diverses raisons interrompent leur scolarité avant la fin du secondaire, m’amènent à vous rendre compte de certaines données et réflexions sur cette question et à vous demander, Nikita Sergeevič, d’aider à la résoudre.
I. Sur la formation professionnelle et l’emploi des élèves ayant terminé le secondaire
A mesure de la réalisation dans le pays de l’instruction secondaire universelle, la quantité de jeunes sortant de l’école secondaire générale et ayant besoin d’une formation professionnelle et d’un emploi croît de façon continue. Les données suivantes le confirment :

1956 1957 1956-1960

Nombre total d’élèves terminant le secondaire

(en milliers) 1240 1320 6630
Dont : jeunesse urbaine 710 750 3580

jeunesse rurale 530 570 3050
Parmi eux,

- Entrent en VUZ ou en tehnikum2 369 374 1343

- Ont besoin d’une formation

professionnelle et d’un emploi 871 946 4787

Dont : jeunesse urbaine 470 507 2382

jeunesse rurale 401 439 2405
Après la fin de leur scolarité, une grande masse des élèves sortant du secondaire général ne peuvent pas obtenir d’emploi et se retrouvent dans une situation extrêmement difficile.
Les entreprises industrielles de Moscou, Leningrad et de nombreux oblast’, kraj et républiques, du fait de la faible augmentation du nombre d’ouvriers prévue par leurs plans, et dans certains cas d’excédent de force de travail (construction de machines, industrie aéronautique, transport ferroviaire et autres), n’embauchent qu’une partie insignifiante de ces jeunes, surtout pour leur donner une instruction préliminaire, sous forme d’apprentissage individuel et en brigade (individual’no-brigadnoe učeničestvo), dans des professions basiques et faiblement qualifiées.
Les difficultés sont particulièrement grandes dans les centres des rajon où il n’y a pas ou peu d’entreprises industrielles. Seule une partie insignifiante de la jeunesse a la possibilité de trouver un emploi dans les institutions locales administratives (sovetskie) et économiques ; la majorité s’efforce de chercher du travail dans les centres industriels, et le nombre de jeunes ayant besoin d’un emploi y est en augmentation.
Pour la formation d’ouvriers qualifiés et de personnel technique et productif intermédiaire (mladšij proizvodstvenno-tehničeskij personal) à partir des anciens élèves de l’école secondaire générale, et leur répartition dans la production en fonction des besoins de l’économie, des collèges techniques (tehničeskie učiliŝa) furent créés en 1954 dans le système de la Direction principale des réserves de main-d’œuvre [GUTR]. Dans ces collèges sont assurées les conditions indispensables aux jeunes pour acquérir la spécialité professionnelle choisie, et les organisations du Parti et du Komsomol accomplissent un travail sérieux d’éducation politique. Les collèges techniques jouissent d’une autorité croissante parmi les élèves sortant du secondaire général. Toutefois, le réseau de ces collèges est extrêmement insuffisant, et son développement est artificiellement retenu par les organes de planification et de financement. Il est aussi gêné par des barrières administratives considérables dans la gestion de notre industrie et de la construction.
En tout, dans le système du GUTR, il y a seulement 434 collèges techniques, dans lesquels étudient 130 000 personnes.
Dans l’établissement des plans de formation de travailleurs qualifiés pour l’économie nationale, il n’est pas prévu d’utiliser à plein le potentiel des collèges techniques des Réserves de main-d’œuvre. Par exemple, ils pourraient admettre chaque année pas moins de 115 000 élèves, mais le plan pour 1956 a prévu une admission d’à peine 104 000, et pour 1957 seulement 90 000, soit environ 10% des jeunes de niveau secondaire ayant besoin d’une formation professionnelle et d’un emploi planifié.
Du fait du développement insuffisant de leur réseau, les collèges techniques forment actuellement du personnel pour un ensemble limité de domaines de l’économie, comme l’indique le tableau suivant :


Domaine de l’économie

Quantité de collèges techniques

Contingent d’élèves

(en milliers)

Industrie énergétique

42

12,1

Industrie métallurgique et chimique

37

11,3

Construction de machines

151

50,0

Industrie forestière et papetière

7

2,0

Industrie locale, commerce, entreprises d’alimentation et de services municipaux du logement

8

2,4

Transports et communications

60

16,6

Construction

42

13,8

Agriculture

55

14,3

Autres domaines

15

3,7

TOTAL

434

130,0



Comme on le voit d’après ces données, les collèges techniques assurent principalement la formation d’ouvriers qualifiés et de personnel technique intermédiaire pour l’industrie lourde3. De cette façon, le faible développement du réseau des collèges techniques empêche l’orientation organisée de la jeunesse de formation secondaire vers des domaines de l’économie comme la construction, qui manquent cruellement d’ouvriers qualifiés, et rend impossible l’orientation à grande échelle des élèves du secondaire vers les entreprises d’alimentation, de commerce, les ateliers de couture, etc., ce qui faciliterait énormément l’embauche des jeunes, et en premier lieu des jeunes filles.
La mise au travail des jeunes filles rencontre des difficultés particulières, alors qu’elles représentent une grande partie de la jeunesse sortant du secondaire général, comme le montrent les données suivantes :
1956 1957 1956-1960

Nombre total d’élèves sortant du secondaire

(en milliers) 1240 1320 6630

Dont : jeunesse urbaine 710 750 3580

Parmi elle : garçons 266 282 1342

filles 444 468 2238

jeunesse rurale 530 570 3050

Parmi elle : garçons 230 246 1310

Filles 300 324 1740

Le réseau des collèges techniques n’est absolument pas développé pour la jeunesse sortant du secondaire dans les campagnes. Il y en a en tout 55 dans le système des Réserves de main-d’œuvre, qui forment du personnel pour l’agriculture.
Nos collèges de mécanisation admettent une certaine partie de ces jeunes, pour leur donner une formation professionnelle et un emploi correspondant dans les MTS et les sovkhozes. Il y a 892 collèges de mécanisation agricole dans notre système, dans lesquels sont formés en moyenne 250 à 270 000 mécaniciens [par an]. Il serait judicieux de modifier le mode de recrutement fixé pour ces établissements, afin d’admettre principalement la jeunesse rurale ayant une formation secondaire générale, et les soldats démobilisés de l’Armée soviétique.
Toutefois, les collèges de mécanisation agricole ne forment qu’à deux professions (conducteur de tracteur de profil élargi, et mécanicien de moissonneuse-batteuse), c’est pourquoi leurs capacités sont également limitées. Il en résulte que la jeunesse rurale est massivement attirée par la ville pour y recevoir une quelconque spécialité et trouver un emploi, alors que de nombreux kolkhozes et sovkhozes ressentent un besoin aigu de personnel qualifié pour la culture céréalière et l’élevage, la construction de kolkhozes, l’électrification rurale, etc.
On pourrait significativement réduire le départ des jeunes ruraux pour la ville, en créant dans les campagnes un réseau de collèges techniques, dans lesquels la jeunesse locale recevrait une spécialisation pour exercer des métiers qualifiés dans la production agricole.

Dans le but d’améliorer radicalement l’emploi des jeunes (trudoustrojstvo molodeži) sortant des écoles générales, en leur assurant une formation professionnelle et une répartition planifiée, suivant les domaines de la production et les régions économiques, en fonction des besoins planifiés de l’économie, j’estime qu’il est absolument indispensable d’élargir dans les prochains deux à trois ans le réseau existant de collèges techniques du GUTR, afin qu’une plus grande partie des élèves sortant du secondaire puisse acquérir des professions productives et trouver un emploi de façon organisée.

II. Sur la formation professionnelle et l’emploi des adolescents ayant quitté l’école secondaire
La question de l’instruction professionnelle et de l’emploi des adolescents âgés de 14 à 16 ans quittant l’école secondaire générale avant la fin est encore plus aigue.
Leur nombre total est très élevé, comme le confirment les données suivantes :
1956 1957 1956-1960

Nombre total d’adolescents ayant suivi

sept années d’école secondaire (en millions) 3,0 2,3 11,1

Parmi eux, entrent en 8e ou en tehnikum 2,1 1,7 8,3

ont besoin d’une formation

et d’un emploi après la 7e 0,9 0,6 2,8

quittent l’école de la 8e à la 10e 0,8 0,6 2,6

Quittent l’école de la 5e à la 7e (de 14 ans et plus) 0,5 0,3 1,5

En tout adolescents qui ont interrompu leur scolarité

et ont besoin d’une formation et d’un emploi 2,2 1,5 6,9
D’après la législation en vigueur, le travail des adolescents de moins de quinze ans est interdit dans la production, et la durée de la journée de travail est réduite jusqu’à 18 ans. Ces dispositions parfaitement justes, qui reflètent la grande sollicitude de l’État à l’égard de la santé de la nouvelle génération, conduisent toutefois à une forte limitation de l’accès des adolescents directement aux entreprises industrielles, à la construction et aux transports. En pratique, l’intégration de cette jeunesse à la production n’est possible qu’au moyen de l’instruction dans les établissements d’enseignement professionnels et techniques stationnaires [de jour].
Pour l’instruction professionnelle et l’éducation communiste de ces adolescents, ainsi que leur formation comme ouvriers qualifiés pour l’économie nationale, ont été fondés les collèges d’apprentissage (remeslennye učiliŝa) des Réserves de main-d’œuvre.
En tout, dans le système des Réserves de main-d’œuvre on compte 691 collèges d’apprentissage, dans lesquels étudient 208 000 adolescents. En 1957 y seront admis, en comptant les écoles FZU et de type FZU qui existent dans les entreprises de différents ministères et administrations, 220 000 adolescents.
De cette façon, dans les collèges d’apprentissage des Réserves de main-d’œuvre et les écoles FZU pourront entrer en 1957 seuls 14% du nombre total d’adolescents ne continuant pas leur scolarité secondaire. Si on admet dans ces établissements seulement la jeunesse urbaine, alors même dans ce cas près de la moitié, soit 170 à 200 000 personnes n’étudieront pas et ne pourront pas trouver un travail en 1957.
Cette jeunesse est composée dans sa majorité d’enfants des catégories de travailleurs faiblement rémunérés, d’enfants de familles nombreuses de mères seules et d’invalides, qui ont du mal à nourrir leurs enfants jusqu’à la fin de leurs études secondaires.
Sans avoir la possibilité d’obtenir un travail dont ils ont un besoin extrême, ces adolescents se trouvent souvent sous l’influence néfaste de la rue et parfois suivent le chemin des crimes (put’ prestuplenij). D’après les données du Parquet de RSFSR, plus de 40% des crimes commis par la jeunesse provient de personnes sans études ni travail à la production.
La situation difficile d’une partie significative des adolescents entre 14 et 16 ans, qui ne peuvent pas recevoir de formation professionnelle et ne sont pas embauchés dans les entreprises, est confirmée par le grand nombre de plaintes et de lettres tout à fait fondées concernant les questions de recrutement, dans les collèges d’apprentissage ou dans la production. Ci-joint des extraits de ces lettres qui arrivent sans discontinuer au CC du PCUS, au Présidium du Soviet suprême, au Conseil des ministres, et à d’autres organes étatiques, de la part des adolescents eux-mêmes et de leurs parents.
De nombreux organes locaux du Parti et de l’État, parmi lesquels l’obkom et le Comité exécutif d’oblast’ de Moscou, l’obkom et le Comité exécutif d’oblast’ de Mourmansk, le Conseil des ministres de Lettonie, et d’autres, exigent avec insistance de la part du GUTR une augmentation significative de l’admission de jeunes dans ses collèges.
Tout cela témoigne de la nécessité de prendre sans délai des mesures pour augmenter le nombre de collèges d’apprentissage et le contingent de leurs élèves, en les multipliant par deux à trois.
Dans le système des Réserves de main-d’œuvre d’État, il existe 753 écoles de construction de dix mois, qui chaque année préparent 130 à 140 000 ouvriers de spécialité dans la construction. Actuellement, le Conseil des ministres d’URSS examine un projet de Décret intitulé « sur les mesures pour améliorer la formation d’ouvriers-constructeurs qualifiés ». Ce projet prévoit, dans le but d’augmenter la qualification des ouvriers-constructeurs, la réorganisation des écoles de construction des Réserves de main-d’œuvre en collèges d’apprentissage de construction avec une durée d’études de deux à trois ans. L’acceptation de ce projet permettra d’admettre et de former chaque année pour le travail dans la construction (en tenant compte du développement ultérieur du réseau et de l’augmentation de l’admission dans les collèges existants) 150 à 160 000 adolescents âgés de 15-16 ans, qui, au moment de la fin de leurs études, atteindront la majorité.
La réalisation de toutes les mesures évoquées plus haut permettrait dans les deux à trois années à venir de former professionnellement et d’envoyer au travail de façon organisée, en fonction des besoins de l’économie nationale, chaque année, jusqu’à 1,5 à 2 millions de jeunes, ce qui liquiderait la plupart des difficultés susmentionnées dans l’emploi des élèves sortant du secondaire et des adolescents quittant l’école générale avant la fin.
Malgré le fait que l’élargissement du réseau des collèges techniques et d’apprentissage et l’augmentation du nombre de leurs élèves exigeront des coûts supplémentaires, j’estime possible de les proposer dans la mesure ou ils seront complètement rentabilisés puisqu’ils vont, en même temps, aider à augmenter le niveau de qualification du personnel ouvrier des entreprises et la croissance de la productivité du travail.
Comme on sait, le poids exceptionnellement important dans nos entreprises des préparateurs (naladčiki), réparateurs, monteurs électriques, contrôleurs et ouvriers d’autres professions de services s’explique par le fait que les ouvriers ne peuvent pas eux-mêmes mettre en route le matériel, régler les problèmes les plus simples, contrôler la qualité de la production. L’instruction dans des établissements professionnels et techniques stationnaires [de jour] peut permettre à l’ouvrier d’avoir la formation élargie et fondamentale indispensable pour le travail à forte productivité dans les conditions modernes.
En outre, nous allons rechercher les possibilités de diminuer les dépenses pour l’instruction d’un élève dans les établissements des Réserves de main-d’œuvre.
Tenant compte de la grande importance politique et économique de l’instruction professionnelle, de l’éducation et de l’emploi des jeunes, je vous prie instamment, Nikita Sergeevič, de trouver la possibilité d’examiner cette question personnellement, et de confier à un groupe de camarades au CC du PCUS la tâche de préparer les propositions correspondantes au Présidium du CC du PCUS, concernant les questions de la formation professionnelle et de l’emploi des jeunes sortis de l’école secondaire avant ou à la fin de leur scolarité.
G. ZELENKO

TEXTE 3
Fin de la lettre de Genrih Zelenko à Dmitrij Šepilov, 14 mars 1957

(Source : RGANI, 5/35/63, p. 23)
[…]
La formation des ouvriers effectuée dans les entreprises au moyen de l’instruction individuelle et en brigade s’avère une forme arriérée (otstalaâ), qui ne donne pas à l’ouvrier d’aujourd’hui les connaissances techniques et les savoir-faire professionnels indispensables.

Comme l’a montré l’étude menée par le GUTR sur l’apprentissage individuel et en brigade dans beaucoup d’entreprises de l’industrie, des transports et de la construction, la brièveté des délais, l’absence de système et d’organisation de cette formation ne garantit pas à la jeunesse l’acquisition voulue des métiers productifs. Étant insuffisamment formés, les jeunes ouvriers, dans beaucoup de cas, ne se sentent pas étroitement liés à leur profession et à leur entreprise, ce qui a des conséquences négatives sur la productivité du travail, conduit à l’augmentation du turn-over (tekučest’) des ouvriers, et à la perte irrationnelle de ressources de l’État. Il convient de conserver cette forme d’instruction pour la seule formation d’ouvriers destinés à accomplir des travaux simples et peu qualifiés.

En outre, il faut remarquer que dans les pays capitalistes techniquement en pointe (peredovye), on forme en général les ouvriers qualifiés dans des établissements d’enseignement professionnel et technique stationnaires, avec une durée d’études de trois à cinq ans. […]

En prenant en compte la grande importance politique et économique de l’instruction professionnelle, de l’éducation et de l’emploi des jeunes, nous avons envoyé une note analogue et un projet de décret au CC du PCUS, en l’adressant au camarade N.S. Khrouchtchev4.

TEXTE 4
Lettres de jeunes Soviétiques adressées aux dirigeants du pays


(Transmises par Genrih Zelenko en annexe à ses lettres à Dmitrij Šepilov et Nikita Khrouchtchev de mars 1957)
(RGANI, 5/35/63, p. 29-32)

Cher cam[arade] Khrouchtchev !

Nous avons tous fini cette année la dixième classe. Nous sommes tous sans pères, nos pères ont donné leur vie pour la liberté et l’indépendance de notre Patrie.
Ayant fini dix classes nous n’avons pas réussi le concours d’entrée aux établissements d’enseignement [supérieur] et c’est pourquoi nous avons décidé d’acquérir un métier (special’nost’) dans un collège technique (tehničeskoe učiliŝe), puisque nous n’avons pas les moyens d’étudier dans un autre établissement ; il n’y a pas de possibilité de commencer à travailler dans notre ville. Le moment est venu de choisir un métier (special’nost’), nous souhaitons devenir des ouvriers qualifiés (kvalificirovannymi rabočimi), aidez-nous à entrer dans le collège technique n°6 de la ville de Moscou, puisque nous voulons acquérir un métier qui existe dans ce collège.
La guerre a mutilé toute notre enfance, nos mères nous ont éduqués dans de dures conditions. Etant sortis du secondaire nous ne recevons plus de pension et nous n’avons pas de moyens d’existence. Nous sommes tous membres du komsomol, qui en nous éduquant a fait de nous des gens fermes (stojkimi) et assurés, nous ne trahirons jamais votre confiance. Nous marchons sur les pas de nos pères (my idem po tradiciam naših otcov), s’il faudra donner sa vie pour la Patrie, nous serons toujours prêts.
Servez-nous de père en ces temps difficiles et indiquez nous le chemin pour vivre.

Nous espérons que vous nous aiderez en cela et quand nous aurons acquis un métier envoyez-nous dans n’importe quel coin (ugolok) d’Union soviétique, nous accomplirons toujours votre confiance de façon honnête.
Nous vous demandons de nous installer au collège technique d’Etat n°6 de Moscou, qui se trouve dans l’arrondissement de Krasnaâ Presnâ, rue Presnenskij val, nous avons appris l’existence de ce collège dans le journal et le métier qui s’y trouve nous plaît beaucoup.

Signé : Makeeva Galina, Eliseeva Alla, Vasil’eva Zoâ, Semenov Aleksandr.
Ville de Staryj Oskol, région de Belgorod, rue Internationale, 40, Makeeva G.I.

Camarade Kliment Efremovič Vorošilov, soyez un vrai père, aidez-moi à entrer dans un institut pour étudier. Je suis une orpheline complète. Mon père a été pris par les odieux hitlériens allemands dans les combats autour de Smolensk. Ma mère était une kolkhozienne, elle travaillait honnêtement, au point d’avoir reçu plusieurs fois la reconnaissance des responsables de kolkhozes, et le gouvernement l’a décorée de la médaille « Pour vaillance au travail ». Mais la mort cruelle l’a ôtée à la vie au moment de la récolte en 1947. Et nous sommes restées ma sœur et moi (elle avait sept ans, moi dix) à la charge de notre grand-mère. Et voici que j’ai fini ma dixième classe, étant toujours passée d’une classe à l’autre avec des 4 et des 5, et en dixième j’ai eu des 4 et des 55. Mais cette année est survenu encore un malheur : ma grand-mère est morte. Et nous sommes restées tout à fait orphelines. Entrer pour étudier dans un quelconque institut, nous n’avons aucunement les moyens pour cela, mais je veux étudier. Je suis capable de supporter n’importe quelle difficulté, à condition d’étudier. Et voici qu’à 40 kilomètres environ de notre arrondissement sur l’Anomalie magnétique de Koursk (KMA) il y a un collège technique destiné aux orphelins. J’y suis allé plusieurs fois. Le directeur du collège a promis de me prendre. Il a même dit qu’avec un tel certificat (attestat) il me prendrait en priorité, mais le dernier jour de l’admission pour une raison inconnue il a dit qu’on ne prenait que des enfants de la région de Belgorod. Et voici tous mes rêves détruits. Est-ce que vraiment les portes des écoles se sont fermées pour moi ? Je veux étudier.

Camarade Vorošilov, soyez un père, aidez-moi à entrer dans cet institut pour étudier. C’est vrai, les cours ont commencé là-bas depuis le 1er novembre, mais je ferai tous les efforts pour rattraper le temps passé.

J’attends votre réponse rapide et j’espère que vous m’aiderez.

Signé : Menšikova Nionila Petrovna, région de Koursk, arrondissement de Manturovo, village de Manturovo, rue Kuzin.

TEXTE 5
Rapport de la CSU SSSR adressé à la Commission économique d’État en mars 1957

(Source : RGAE, 1562/33/3084, p. 1-5)

P. 1

A A[leksej] KOSYGIN6

Matériaux statistiques sur certains aspects de la balance de l’emploi en URSS
[De :] V. Starovskij, le 30 mars 1957.
P. 2 SECRET
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