Rapport de stage exterieur centre Educatif Renforcé «La Minardière»





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Ecole Nationale de la Magistrature

RAPPORT DE STAGE EXTERIEUR



Centre Educatif Renforcé

« La Minardière »

à Sinard (38)

Du 28 février au 30 avril 2005.



Jordane Duquenne


Auditeur de Justice

Promotion 2005
REMERCIEMENTS

Je tiens à remercier chaleureusement, pour leur accueil, leur sympathie, leur grande disponibilité et leur sens du débat, toute l’équipe éducative du CER : Rachid, Marc, Lénaïc, Alain, Laurent, Gaël, Sylvain, Moustapha, Fred, José, Carole, Catherine et Corinne, avec une mention particulière pour Lénaïc, Marc et Bertrand qui m’ont épaulé lors du camp équitation. Ils m’ont tous beaucoup apporté, humainement et professionnellement.
Je remercie aussi vivement la directrice, Marie-Christine Thépaut, et la chef de service, Katie Perricone, pour avoir accepté de m’accueillir dans leur structure ainsi que pour leur gentillesse et leur soutien.
Merci également aux éducateurs du SAPMN, Bob et Didier, pour leur accueil dans le service et leur sens du dialogue.
Je remercie enfin les jeunes du centre, Hicham, Walid, Nabyl, Ziad, Cédric, Elie, Bilel et Saber qui, s’ils n’ont pas toujours été « faciles » (…), ont accepté de partager leurs expériences avec moi et de m’exposer leurs points de vue. Je souhaite ardemment qu’ils ne récidivent pas et qu’ils réussissent enfin à s’insérer…


RESUME
Lors des choix concernant les affectations en stage extérieur, j’avais une priorité : travailler sur le terrain, être en « immersion » complète, au plus près des populations déviantes, que j’estimais ne pas assez connaître en tant que futur magistrat. J’ai ainsi été accueilli par le Centre Educatif Renforcé (CER) « La Minardière », se situant à la Motte de Sinard, entre Grenoble et Monestier-de-Clermont (38).
Les CER sont des structures prévues pour héberger des mineurs délinquants ou en assistance éducative, âgés de 13 à 18 ans. L’objectif d’un placement est de créer une rupture dans les conditions de vie du mineur, notamment par un éloignement géographique de son quartier, et de le soumettre à une prise en charge éducative intensive.
Mon intégration dans la structure s’est effectuée dans deux directions. D’une part, vis-à-vis des éducateurs, mon immersion a été relativement facile : ceux-ci ont fait preuve d’une grande disponibilité à mon égard et ont été constamment dans l’explication du fonctionnement de la structure et de leur méthode éducative. D’autre part, vis-à-vis des mineurs placés, mon intégration s’est opérée en deux phases : la première a été une phase d’observation, pendant laquelle j’ai dû intégrer l’ensemble des règles de vie du CER, préalable nécessaire à tout apprentissage de celles-ci auprès des mineurs. J’ai également pu analyser les réactions des jeunes à la rupture et leur appréhension des différentes méthodes éducatives.

La seconde phase a été une phase d’action : une fois les centaines de règles de vie intégrées, je me suis complètement investi dans mon activité d’ « éducateur stagiaire », étant ainsi amené à me positionner vis-à-vis des mineurs. Je n’ai en effet pas été présenté auprès de ceux-ci en tant qu’auditeur de justice mais en tant qu’éducateur stagiaire. Ce choix, délibéré, m’a permis d’avoir une relation avec les jeunes beaucoup plus « saine » : j’ai été placé sur un pied d’égalité avec les autres éducateurs et mon statut de futur magistrat, symbole pour les mineurs d’autorité et de pouvoir, n’est pas venu parasiter le travail éducatif que j’ai effectué. J’ai également pu recueillir plus facilement leur ressenti véritable du droit et de la justice.
L’objectif initial que je m’étais fixé a été largement rempli…J’ai pu me confronter aux réalités du terrain et l’expérience s’est avérée plus qu’enrichissante, puisque je n’ai pas seulement appris à connaître la délinquance multirécidiviste, mais j’ai également appris beaucoup sur moi-même et sur mes limites, notamment lors du « camp équitation ». Je suis en effet parti pendant 10 jours dans le Vercors et le Diois, à cheval, avec deux éducateurs, un guide et six jeunes délinquants, ce qui impliquait de bivouaquer tous les soirs en altitude…

SOMMAIRE
Introduction…………………………………………………………………………...p.7
I / Le projet éducatif du centre : consistance et cohérence………………………..p.9

A / La consistance du séjour de rupture……………………………………….p.9

1) Les modalités de prise en charge………………………………….p.9

a / La socialisation par la vie collective………………………..p.9

b / Une présence adulte contenante et rassurante…..………….p.10

2) Une implantation cohérente avec le projet…………………………p.11

a / L’éloignement comme étape structurante du projet……….. p.11

b / Les camps sportifs, chantiers et stages :

une pluralité d’objectifs………………………………...p.12

B / La cohérence organisationnelle…………………………………………….p.13

  1. Quant au public accueilli……………………………………………p.13

a / Données juridiques : spécificité de chaque mineur…………..p.13

b / Données socio-économiques : la délinquance

comme symptôme d’un malaise familial………………..p.14

c / Les profils psychologiques…………………………………..p.15

  1. Quant à la gestion des ressources humaines………………………..p.16

a / Les difficultés de recrutement……………………………….p.16

b / La difficile gestion de l’usure psychologique……………….p.17

  1. Quant aux suites données à l’action éducative renforcée :

le rôle du SAPMN………………………………………………p.17

a / Un travail de proximité………………………………………p.17

b / Un sas d’accompagnement à l’insertion……………………..p.18
II / L’action éducative du centre : l’épreuve du terrain……………………………p.19

A / Une équipe éducative pluridisciplinaire, associant différentes compétences

techniques et différentes méthodes éducatives…………………………p.19

  1. La question de la consistance des figures d’autorité proposées…….p.19

a / Des compétences techniques vecteurs d’autorité……………p.19

b / Les effets pervers des disparités de méthodes éducatives……p.20

c / La problématique de l’usage de la violence en milieu éducatif….p.22

  1. Le rôle de la psychologue………………………………………………p.23

a / Un rôle indéniable, mais insuffisant en cas de pathologies

psychiatriques……………………………………………….p.23

b / Les cercles de parole…………………………………………….p.24

  1. Les relations avec les partenaires locaux……………………………….p.25

a / Avec les service de police et de gendarmerie……………………p.25

b / Avec la justice…………………………………………………...p.25

B / La réception de l’action par les jeunes………………………………………….p.27

  1. Mon positionnement vis-à-vis des jeunes………………………………p.27

a / Mon statut d’éducateur stagiaire..……………………………….p.27

b / Les difficultés de positionnement……………………………….p.27

  1. Une vision péjorative de l’ensemble de la chaîne pénale et éducative…p.28

a / Leur vision du CER……………………………………………...p.28

b / Leur vision de l’incarcération……………………………………p.29

c / Leur vision du juge et du droit…………………………………...p.30
Conclusion………………………………………………………………………………….p.31
Annexe : le livret d’accueil du CER, remis à chaque mineur placé……………………….p.32

INTRODUCTION
Les Centres Educatifs Renforcés (CER) sont sans doute l’innovation éducative la plus marquante de ces dernières années dans le domaine de la prise en charge des mineurs délinquants. Face à la croissance rapide des mises en cause des mineurs entre 1993 et 1997 (+ 65 %), ces structures se sont multipliées. En 1999, les créations de 100 CER et de 1000 postes éducatifs supplémentaires ont ainsi été annoncées.

Les CER, trouvent leur origine dans les « UEER » (Unités à Encadrement Educatif Renforcé, créées le 18 janvier 1996), qui ont souffert dès leur création de vives réserves de la part de la Magistrature, celle-ci craignant notamment qu’elles ne deviennent des lieux d’enfermement. Ces centres accueillent de 6 à 8 mineurs délinquants multirécidivistes pour un séjour de « rupture » de quelques mois, destiné à enrayer la spirale de la délinquance et à inaugurer une nouvelle dynamique éducative.

C’est en 1999 que les CER ont succédé aux UEER et une circulaire du 24 février de la même année rappelle que « le passage en Centre Educatif n’a de sens que s’il est clairement posé comme étape dans un parcours éducatif à construire ».Un rôle de « fil rouge » est donc tenu par des structures de milieu ouvert, dont les services de la PJJ (Protection Judiciaire de la Jeunesse), afin que le séjour de rupture ne soit pas une prise en charge isolée et constituant une fin en soi. Le rôle du juge, agissant généralement au titre de l’ordonnance du 2 février 1945, y est donc central.

Mon choix de stage en CER a obéi à deux paramètres. D’une part, je désirais travailler sur le terrain, être en « immersion » complète, au plus près des populations déviantes, que j’estimais ne pas assez connaître en tant que futur magistrat. D’autre part, ayant occupé la fonction d’assistant de justice pendant 18 mois dans un Tribunal pour Enfants, j’étais très curieux d’analyser le fonctionnement de structures dont certains mineurs que je suivais sortaient « changés » et qui, paradoxalement, jouissent encore aujourd’hui d’une mauvaise réputation, que ce soit dans le milieu judiciaire ou dans le milieu éducatif.

Les CER sont en effet victimes d’un certain nombre d’idées reçues ou d’ « étiquettes », dont j’ai pu me rendre compte sur le terrain : ces structures seraient des centres de « dressage » des mineurs délinquants et les éducateurs qui y travaillent seraient des personnes rigides pouvant utiliser la violence comme outil éducatif.

Ces étiquettes apposées sur les CER sont-elles justifiées ? Peuvent-elles l’être en partie ? Et, d’autre part, comment le travail éducatif est-il abordé sur le terrain afin que les séjours de rupture ne constituent pas une simple parenthèse dans le parcours délinquant d’un mineur multirécidiviste ? Comment en effet résoudre les problématiques personnelles de ces jeunes sans qu’il s’agisse seulement d’effacer pendant un temps leurs symptômes en travaillant sur leur comportement ?

Ce stage à « La Minardière » m’a permis de répondre, au moins en partie, à ces questions. Ce CER dépend de l’Association Départementale de Sauvegarde de l’Enfance et de l’Adolescence de l’Isère (ADSEA 38). Comme souvent dans ce domaine, il fait donc partie du secteur associatif habilité. L’action sociale française est en effet menée à plus de 75 % par les associations. Mais « La Minardière » est une partie de l’activité beaucoup plus vaste de l’ADSEA qui comporte : des services éducatifs en milieu ouvert, des services d’investigation (IOE et enquêtes sociales), un institut médico-pédagogique, des foyers pour jeunes en difficultés ou déficients intellectuels, des lieux d’hébergement temporaire, un centre d’accueil pour demandeurs d’asile et étrangers en situation irrégulière et un service de suite, dont nous reparlerons.

Présenté aux éducateurs en tant que futur magistrat, ceux-ci ont beaucoup apprécié qu’un auditeur de justice vienne se frotter aux réalités du terrain en milieu éducatif. Présenté au contraire comme un « éducateur-stagiaire » auprès des jeunes, je n’ai ainsi bénéficié d’aucun traitement de faveur de leur part.

Au bout de quelques semaines de stage, j’ai pu constater la consistance et la cohérence du projet éducatif développé par le CER ( I ). Il me restait par la suite à analyser la transcription de ce projet par l’équipe éducative, sur le terrain ( II ).

I / LE PROJET EDUCATIF DU CENTRE : CONSISTANCE ET COHERENCE.

Le projet éducatif du CER tente de répondre plus largement aux objectifs que l’ADSEA s’est fixée dans son « projet associatif ». La présentation de celui-ci a été l’occasion pour moi de me rendre à la « journée associative », le 4 mars 2005, durant laquelle les cadres de l’association ont explicité l’avant-projet associatif aux salariés de la Sauvegarde. Différents ateliers de travail ont d’ailleurs été constitués afin de confronter les points de vue des différents services de l’association sur des thèmes précis. J’ai ainsi participé à un atelier « Déontologie et secret professionnel », pendant lequel j’ai pu apporter ma vision de futur magistrat, soumis au secret. Le projet associatif, qui sera présenté à la prochaine assemblée générale en vue de son adoption, propose plusieurs axes de progrès : une action adaptée et personnalisée auprès de chaque usager, une démarche qualité afin d’améliorer le service rendu aux usagers, développer les collaborations et partenariats dans les domaines de l’association, une gestion des ressources humaines fondée sur le management participatif, une gestion budgétaire rigoureuse et un élargissement de la base militante de l’association.

J’ai pu me rendre compte que certains de ces points sont développés par le CER dans le cadre de sa mission. Il en résulte, globalement, un séjour de rupture consistant (A) et une organisation cohérente (B).
A / La consistance du séjour de rupture.

1) Les modalités de prise en charge.
a / La socialisation par la vie collective :

Le cadre posé par l’équipe éducative du CER est un cadre strict et permanent. L’emploi du temps est en effet minuté afin que les jeunes ne tombent à aucun moment dans l’oisiveté et les activités et « services » sont planifiés pour éviter toute contestation des mineurs. Les activités et services n’ont dans la plupart des cas rien de ludique : il ne s’agit pas de faire oublier aux mineurs qu’ils font l’objet d’un placement pénal…Elles consistent en différentes tâches, proches dans leur esprit des tâches ménagères : elles demandent, pour être faites correctement, de la concentration, de l’énergie, et de l’application. Elles ont un objectif précis : étant indispensables à toute vie collective, elles participent à la socialisation des jeunes qui, pour la plupart, n’ont intégré aucune règle les concernant, tout en canalisant leur énergie. L’éducateur est là pour lui dispenser l’apprentissage et l’amener progressivement vers l’autonomie. J’ai pu constater qu’en quelques semaines, la plupart des jeunes sont capables de gérer leurs services et leurs activités entièrement seuls, sollicitant l’éducateur uniquement pour qu’il examine si le travail a été correctement fait. Pour des exemples de service, on peut citer la mise de table, le débarrassage, la vaisselle, le balayage…Pour les activités, j’ai participé à différents ateliers cuisine (pour en apprendre aux jeunes les rudiments, les impératifs d’hygiène…), entretiens extérieurs (déneigement, apprentissage du maniement des outils…), entretiens des véhicules, renforcements musculaires (apprentissage de l’anatomie et du goût de l’effort), ateliers « anagrammes » (apprentissage de la langue française, qui reste méconnue en dehors de sa tournure familière pour certains jeunes…).

Le règlement intérieur, signé par les mineurs lors de leur arrivée au CER et souvent rappelé par les éducateurs lorsque le besoin s’en fait sentir, participe à ce cadre strict en énonçant le caractère obligatoire des activités et services. Il énonce également plusieurs interdits fondamentaux dans ce type de structure : interdiction des drogues et boissons alcoolisées, des relations sexuelles, d’introduire des objets dangereux, modération du tabac (5 cigarettes par jour à l’extérieur de la structure)…

Le caractère permanent de ce cadre est assuré par un roulement des éducateurs 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, par groupe de 2 ou 3. Trois retours en famille sont prévus mi-avril, mi-mai et mi-juin.
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