L’enseignement de la langue arabe dans l’entre-deux-guerres (1919-1944)





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L’enseignement de la langue arabe dans l’entre-deux-guerres (1919-1944)
Référence : Histoire de l’Algérie à la période coloniale (1830-1962), Paris, La Découverte, 2012, p.405-408.
Dans l’opinion musulmane traditionnelle la langue arabe est intimement liée à l’islam, en ce sens qu’elle est la langue du Coran. Ce constat général était encore plus vérifié en Algérie où la colonisation n’avait laissé à la population « indigène » aucun repaire identitaire tel que les Tunisiens pouvaient en trouver en la personne d’un bey à Tunis et d’un sultan à Rabat. La langue arabe dont il est question ici est la langue arabe dite « classique », distincte des langues arabes parlées (et non écrites) utilisées dans tous les pays arabes, une langue qu’on ne connaît pas si on ne l’a pas apprise. Son enseignement, florissant en Algérie avant 1830, comportait trois niveaux. A l’école coranique (dite kutâb ou msîd) les enfants, sous la direction d’un maître (taleb) apprenaient par cœur le Coran, en tout ou en partie, sans qu’on se soucie de le leur expliquer : il s’agissait d’une sorte de rituel de transmission, d’un dépôt (au sens du mot arabe hafdh signifiant aussi mémorisation) appelé à porter ses fruits plus tard. Un niveau moyen nommé madrasa (médersa) comportait une initiation à la grammaire, au droit, au commentaire (tafsîr). Le niveau supérieur se situait dans les grandes universités où des savants (‘ulama) transmettaient leur savoir à des étudiants à qui ils donnaient à la fin licence (ijâza) de l’enseigner. Ces structures d’enseignement étaient financées par les revenus de donations pieuses (biens habous) gérées par une administration spécifique.
Langue arabe et colonisation

Dans les années 1846-1848, la France confisqua les biens habous, sous le prétexte que le domaine public assumerait les charges qu’ils finançaient : il n’en fut quasiment rien et ce fut le début de la décadence de l’enseignement algérien. Jusqu’en 1870, les autorités coloniales firent preuve d’une certaine ouverture : écoles et collèges franco-arabes, médersas à Médéa, Constantine, Tlemcen, Collège impérial à Alger. A la chute du Second Empire, l’enseignement des « indigènes » devint un objet de conflit entre Paris et les colons, résolument opposés à la promotion de la population algérienne et considérant l’enseignement de l’arabe comme un encouragement au « fanatisme ». En 1871, l’arrêté du gouverneur Louis Henri de Gueydon mit fin à l’expérience des collèges franco-arabes. En 1876 les médersas devinrent des «écoles supérieures de droit musulman » ; et, en 1883, le décret appliquant à l’Algérie les lois Ferry – rendant l’instruction primaire gratuite, obligatoire et laïque - marqua la fin des écoles franco-arabes : la présence à l’école française d’un taleb enseignant l’arabe, revendiquée par les notables algériens, fut généralement refusée tant par le gouvernement général que par les colons. Face à l’opposition du colonat, Jules Ferry, alors ministre de l’Instruction publique et des Beaux-Arts, dénonça devant le Sénat « cette secrète malveillance, cette habitude invétérée de scepticisme quand il s’agit de l’école arabe ». Plus tard, un arrêté du Conseil d’Etat du 8 août 1935 assimilait la langue arabe à une langue étrangère.

A cette hostilité s’ajoutait la réserve de la population musulmane, qui voyait dans l’école française un danger pour son identité et sa religion, comme l’exprima M’hamed Ben Rahal, qui pourtant revendiqua à maintes reprises l’accès des « indigènes » à l’enseignement. Des écoles coraniques, soutenues par des ressources privées, plus ou moins tolérées par les autorités coloniales, étaient évaluées à un millier en 1896 : elles étaient en progression et concurrençaient l’enseignement officiel, de toute façon peu ouvert aux musulmans. A un niveau supérieur, seules trois médersas (nommées plus tard lycées d’enseignement franco-musulman) à Tlemcen, Alger et Constantine, assuraient un enseignement bilingue dans le fut de former des fonctionnaires pour l’administration judiciaire du statut personnel.
Le mouvement pour la renaissance de la langue arabe

En 1919, le refus des colons et du gouvernement d’accorder aux Algériens les réformes promises pour leur participation à la Grande Guerre, notamment la suppression du code de l’indigénat, provoqua en Algérie une exaspération que la célébration arrogante du centenaire de la conquête en 1930 ne fit qu’attiser. Un mouvement de renaissance arabe initié en Orient au XIX° par Jamal-Ad-Dîn al Afghâni (1838-1897) et poursuivi par son disciple Mohamed Abduh, grand mufti du Caire, prônait la rénovation de l’islam par la réflexion et l’ouverture au monde moderne. C’est dans ce contexte que se développa le mouvement de la réforme (Islâh) animé par le cheikh Abdelhamid Ben Badis. Né à Constantine en 1889, il poursuivit ses études d’arabe, initiées dans sa ville, à l’université Zitouna de Tunis. Puis de nombreux voyages en Syrie et en Egypte le mirent en contact avec les grands courants réformistes qui traversaient l’Orient. Il rencontra d’abord, lors d’un pèlerinage à La Mecque, Bachir El-Ibrahimi, puis, au Caire, le cheikh Mohammed Abduh.

De retour à Constantine, il se consacra à l’enseignement et fut l’un des fondateurs, en 1931, de l’Association des oulémas musulmans algériens. Son action se développa autour de deux axes : la lutte contre les confréries et l’éducation à travers le développement des écoles pour enseigner la langue arabe. L’Association créa un réseau d’écoles privées (médersas), mixtes, dont l’enseignement, pris en charge par le biais d’ « associations éducatives et pédagogiques » régionales, était axé sur l’apprentissage de la langue arabe et, à travers elle, de l’histoire et de la civilisation arabes. Le programme était différent de celui des écoles coraniques qui se bornaient à la mémorisation du Coran. Pour les enfants qui fréquentaient l’école française, les cours étaient assurés en dehors de ses horaires. Pour les autres ces médersas fonctionnaient à temps plein, mais elles ajoutaient à leur programme propre une initiation au calcul, à la géographie et à la langue française. Outre ce niveau l’Association en avait défini deux autres : une section religieuse basée sur le traité arabe d’Ibn Abî Zayd al-Qayrawâni, la Risâla (Epître sur les éléments du dogme et de la loi de l’islam selon le rite malékite), et une section linguistique se référant au traité grammatical d’Ibn Ajurrum, à des éléments de morphologie et à des morceaux choisis de poésie et de prose. Les maîtres étaient d’anciens élèves de la Zitouna, mais en 1947 un institut fut fondé à Constantine pour en former de nouveaux. Cette initiative trouva un accueil très favorable dans la population musulmane. En 1935, 70 écoles scolarisaient en arabe 3000 élèves. En 1950, il y avait 124 écoles, avec 274 maîtres et 40.000 élèves.

Les responsables de ces médersas étaient aussi des prédicateurs qui, outre leur enseignement, donnaient des conférences auxquelles venait assister une grande partie de la population. Si l’enseignement de l’arabe fut massivement bien accueilli, il n’en fut pas de même de la critique des pratiques maraboutiques, qui rencontra souvent une vive opposition de la population. Sous cet aspect l’idéologie des réformistes était élitiste. De même que Ben Badis témoignait d’un certain mépris pour la langue arabe populaire (« langue de la rue et du marché »), lui-même et encore plus ses disciples combattirent avec une certaine violence des pratiques populaires qui, dans la destruction des structures religieuses, représentaient leur islam vécu. Cet aspect élitiste de l’action des oulémas se retrouvera ensuite dans les pratiques du FLN et, plus tard, dans la politique suivie par les gouvernements de l’Algérie indépendante, notamment dans la politique d’arabisation, son hostilité aux langues parlées (arabes et berbères) et sa conception d’une identité algérienne focalisée sur l’islam et le Moyen-Orient.
Pour en savoir plus

Ali MERAD, Le réformisme musulman en Algérie de 1925 à 1940, Essai d’histoire religieuse et sociale, Mouton, Paris/La Haye, 1960.

Ibn ABI ZAYD AL-QAYRAWANI, La Risâla ou Epître sur les éléments du dogme et de la loi de l’Islâm selon le rite mâlikite, traduit par Léon Bercher, Carbonel,Alger, 1960.




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