Point de départ de la réflexion: une œuvre et une pensée à la destinée singulière





télécharger 52.77 Kb.
titrePoint de départ de la réflexion: une œuvre et une pensée à la destinée singulière
date de publication01.10.2019
taille52.77 Kb.
typeDocumentos
d.20-bal.com > loi > Documentos
Introduction à la lecture du livre I de De La Guerre de Clausewitz : support de cours

Point de départ de la réflexion: une œuvre et une pensée à la destinée singulière :


  1. Un certain nombre de maximes et de distinctions ont rendu son traité De la Guerre si célèbre qu’on croit connaître sa pensée parfois sans l’avoir lu :

  • Les définitions a priori contradictoires de la guerre comme «  «  et comme «  » ;


=> Les distinctions concomitantes entre :

- « guerre absolue » et « guerre réelle »

- « fins dans la guerre » et « fins de la guerre »

- « tactique » et « stratégie » (II,1) ;


  • La notion de « friction » : « la friction est le seul concept qui corresponde à peu près à ce qui distingue la guerre réelle de la guerre sur le papier » => avec elle l’importance du facteur humain dans la guerre ;




  1. Et pourtant, peu d’œuvres ont fait l’objet de tant de polémiques, sinon de contresens :

  • Des généraux se sont revendiqués de Vom Kriege pour justifier leurs offensives à outrance, alors même que Clausewitz n’a cessé de démontrer la supériorité de la stratégie défensive (VI, 5 et VII, 22 notamment).




  • Les conflits d’interprétation ont atteint leur paroxysme, notamment autour de la « formule » de la guerre comme « simple continuation de la politique par d’autres moyens » (I,I,24) : cette « formule » interdit-elle (Raymond Aron, Eric Weil) ou invite-t-elle (Lénine, Mao, mais aussi Carl Schmitt ou Michel Foucault) à penser la politique comme substantiellement tournée vers des fins guerrières, au point de faire du chef de guerre-chef d’Etat l’intelligence même, unifiée, agissante, de la politique extérieure et intérieure bien comprise ? La guerre est-elle ce que la politique peut éviter et doit limiter, mais sans jamais cesser de la préparer, sous peine de se saborder en n’opposant que « la dague du courtisan à la lourde épée du guerrier » dévastateur, dont la force menace de faire sombrer corps et biens pays et valeurs fondatrices du vivre ensemble (Aron) ? Ou faut-il comprendre que la guerre, en sonnant le glas du politique, non seulement en dénonce la faillite, en signe l’échec, consacrant le retour de la violence et des simples rapports de force que la politique a précisément pour vocation de neutraliser et de dépasser par la réflexion et le dialogue, mais en dévoile le bellicosité liée au principe d’hostilité fondateur du politique (Carl Schmitt), à la violence des antagonismes politiques, économiques et sociaux (lectures marxistes, Foucault ?




  1. Comment expliquer ces contradictions ?




  1. Génétique textuelle : la découverte tardive du principe unificateur d’un traité demeuré inachevé

  • Note du 10-07-1827. « il faudra souligner expressément et exactement l’opinion tout aussi nécessaire en pratique d’après laquelle la guerre n’est rien d’autre que la poursuite de la politique d’Etat par d’autres moyens. Ce point de vue, partout exprimé, introduira beaucoup + d’unité dans nos investigations, et tout sera bien + facile à démêler. Bien que ce point de vue ne trouve sa principale application qu’au livre VIII (le plan de guerre), il faudra l’exposer complètement dès le 1er livre, en faisant servir au remaniement des six premiers ».




  • 3ème note, sans date : « le 1er chapitre du livre I est le seul que je considère comme achevé. Il aura du moins l’avantage d’indiquer l’orientation que j’aurais voulu imprimer à l’ensemble. La théorie de la grande guerre qu’on appelle stratégie présente des difficultés extrêmes, et il faut bien que fort peu de gens se font une idée cohérente et nette des différents problèmes ramenés à leur sens le + strict ».




  1. « Dans la guerre, tout est simple, mais le + simple est difficile »

  • L’interaction de facteurs hétérogènes dans des situations historiques, donc politiques, singulières et complexes d’une part, les « frictions dues au « milieu résistant » dans lequel la guerre évolue ensuite, la spécificité du vivant humain par et sur lequel tous ces paramètres interagissent font de la guerre une réalité non linéaire, sur laquelle on ne peut tenir un discours univoque : « un seul et même objectif politique peut produire dans des nations différents, et dans une même nation, des réactions différentes à des époques différentes… Il peut exister entre deux peuples et Etats une telle tension et une telle masse de matériau inflammable qu’un motif de guerre tout à fait minime en lui-même peut produire un effet disproportionné, une véritable explosion » (I,I,§ 11).




  • => Nécessité, pour comprendre la nature complexe de la guerre, et pour formuler une théorie sur la guerre comme totalité, de repenser la polarité sur le modèle, non + de la dualité (Héraclite), mais des théories physiques du chaos, pour articuler non pas deux, mais trois définitions de la guerre: « le problème consiste donc à maintenir la théorie au milieu de ces trois tendances comme en suspension entre trois centres d’attraction » (I,I,§28) 




  • En effet, cette métaphore « nous met en face du chaos inhérent à la dépendance sensible aux conditions initiales qui caractérise les systèmes non linéaires «  (Beyerchen) : « la théorie a donc pour objectif de continuer à flotter entre ces trois tendances comme entre trois pôles d’attraction » (autre traduction, sui rend compte de l’allemand « schweben ») ; « bien que notre entendement se sente toujours poussé vers la clarté et la certitude, notre esprit est souvent attiré par l’incertitude » (I,1) 




  1. Théorie de la pratique et pratique de la théorie : les leçons du désastre d’Iéna et de la campagne de Russie : une mutation profonde de la guerre, « caméléon » ; la persistance dans l’histoire de certains schèmes, de « méthodes » générales globalement applicables et d’un certain « coup d’œil » permettant de simplifier, parfois audacieusement, les calculs les + complexes.




  • Iéna

  • La guerre réelle peut approximer la guerre absolue lorsque l’intensité des enjeux et l’implication des peuples, de masses humaines considérables, mobilisées par des motifs nationaux, politiques, idéologiques en font des guerres d’anéantissement.

  • Intelligence de la structure transhistorique de la guerre




  • Campagne de Russie

  • Rôle essentiel de la stratégie comme intégration, au sens quasi mathématique du terme, par le chef de guerre de tous les éléments qui peuvent intervenir dans la décision finale : territoire, nombre d’hommes, moments opportuns des attaques, volonté de ne pas négocier la paix, force morale des belligérants etc : « La guerre ne consiste pas en une quantité infinie de petits événements analogues en dépit de leur diversité (…), mais en un certain nombre d’événements singuliers de grande envergure et décisifs qu’il faut aborder séparément » (II,4).

  • Intelligence de la décision singulière qui fait événement ou de l’événement humain qui introduit la décision1  : »Le défaut de visibilité qu’entraîne cet éclairage affaibli doit être compensé par le talent de divination, ou abandonné à la chance. En l’absence d’une sagesse objective, il faut donc encore se fier au talent, voire à la faveur du hasard » (II,2). A la guerre, on ne saurait sous-estimer le rôle du talent, du « génie martial » qui, dans des conditions données, et embrouillées, trouve spontanément ce qu’il faut faire 




  • Guerre est moins science que jeu : I,I, 21 + « il semble que c’est avec raison que la stratégie a emprunté son nom au stratagème, et qu’en dédit de toutes les transformations réelles et apparentes que la guerre a subie depuis les Grecs, ce terme est resté celui qui correspond à sa nature la + profonde (…) Toute surprise implique un certain degré de ruse, si faible soit-il. Mais quelque soit notre penchant à voir les chefs de guerre se surpasser en astuces, en habileté et feintes, il faut reconnaître que ces qualités se manifestent peu dans l’histoire (…) La conclusion que nous en tirons, c’est qu’un général a surtout besoin d’une vue juste et pénétrante, qualité + nécessaire que la ruse » (III,10).



  1. Discours de la méthode


« Observation » et « non doctrine » (II, 2), l’analyse de la guerre doit donc être au croisement de la structure et de l’événement, des mutations historiques et des grandes constantes, de l’histoire militaire (qui donne tactiquement des leçons de tout et dont les livres VI et VII montrent que Clausewitz la pratique, à la suite de son mentor Scharnhorst) et de la science de la guerre (Jomini et von Bülow: si elle ne prend pas en considération les circonstances concrètes, elle risque d’être une théorie impraticable ; mais sans approche théorique de la conduite stratégique, la pratique est aveugle :

Citation 1 « la théorie doit admettre tout cela (les circonstances toujours concrètes de l’engagement), mais son devoir est de donner la 1ère place à la forme absolue de la guerre comme à un point de référence ».

Citation 2 : «  C’est une investigation analytique de l’objet qui aboutit à sa connaissance exacte, et appliquée à l’expérience, en l’occurrence à l’histoire de la guerre, entraîne la familiarité avec cet objet. + elle atteint ce but, + elle passe de la forme objective d’un savoir à la forme subjective d’un pouvoir, et + son efficacité se révélera, même si la nature de la chose n’admet pas d’autre décision que celle du talent ; c’est par celui-ci qu’elle deviendra efficace » (II,2).
Préface et livre II (« Sur la théorie de la guerre ») expliquent l’objet, le projet et l’optique du traité que Clausewitz laisse inachevé quand il meurt du choléra en 1831.



  1. Objet : « l’art de la guerre au sens strict », « théorie de la conduite de la guerre, ou encore théorie de l’emploi des forces armées », qui comprend  la « tactique » (emploi des forces morales et physiques au combat), et la « stratégie » (organisation, conduite et coordination des combats en vue de la fin visée par la guerre) : « cet art de la guerre au sens strict se divise à son tour en tactique et en stratégie . La 1ère a trait à la forme de l’engagement pris individuellement, la seconde à son emploi » (II,1, p.127)



  1. Méthode

« La tâche 1ère de la théorie est de mettre de l’ordre dans les concepts et les représentations confuses et étroitement entremêlées. Ce n’est que lorsqu’on s’est entendu sur les termes et les concepts que l’on peut espérer progresser avec clarté et simplicité dans l’examen des problèmes » (p.127-128).


  1. Scientificité de la démarche : préface et « introduction » du chapitre 1

  • § 1 et 2 de l’Introduction générale

« Que le concept de science ne se résume pas seulement ou pas essentiellement dans un système ou une méthode d’enseignement tout faits, voilà qui de nos jours se passe d’explications. A 1ère vue, on ne trouvera dans cet exposé aucun système, et au lieu d’une méthode d’enseignement définitive, on n’y découvrira que des matériaux rassemblés.

Son côté scientifique réside dans la volonté de scruter l’essence du phénomène de la guerre, de montrer leur lien avec la nature de la chose. »


  • Livre I, chapitre I, introduction



  1. Refus de réduire l’ »art de la guerre » à une science exacte, dont l’application conduisît infailliblement au succès/ résultat

  • Sans renoncer à arraisonner la guerre, règne du désordre et de l’incertitude pour la soumettre aux décisions de la

volonté, Clausewitz polémique dans son traité avec des stratèges des Lumières qui ont prétendu réduire l’art de la guerre à la mise en œuvre et à l’application automatique d’un savoir infaillible, censé mettre l’action à l’abri des réactions imprévisibles de l’esprit par le recours à la géométrie, à la physique mécanique ou à la géographie : « La supériorité numérique est une donnée matérielle. Parmi tous les facteurs dont la victoire est le produit, on fit donc choix de celui-là pour la bonne raison que des combinaisons dans le temps et l’espace permettaient de le réduire à des lois mathématiques. On pouvait, croyait-on, faire abstraction de toutes les autres conditions, celles-ci étant égales des deux côtés, et se neutralisant naturellement. Nous n’y verrions aucun mal ; encore aurait-il fallu procéder ainsi temporairement, pour approfondir dans ses contingences de facteur isolé ; mais adopter cette conception de façon définitive, tenir la supériorité numérique pour la seule loi valable, et faire tenir tout le secret de l’art militaire dans la formule : amener en un temps donné une supériorité numérique sur tels points donnés ; c’était opposer à la puissance de la vie réelle une limite insoutenable » (II,2).


  • Aux yeux de Clausewitz, les doctrines qui se proposent comme des approches scientifiques de la guerre commettent 3 erreurs :

«  Elles visent des grandeurs certaines, alors qu’en guerre tout est incertain, et que tous les calculs se font avec des grandeurs variables. »

«  Elles ne considèrent que des grandeurs matérielles, alors que l’acte de guerre est tout pénétré de forces et d’effets spirituels et moraux.

« Elles ne tiennent compte que de l’activité d’un seul camp, alors que la guerre repose sur l’action incessante que les deux camps exercent l’un sur l’autre » (II,2, Minuit p.128)


  1. Si la théorie de la guerre peut être une science de la guerre, elle ne peut être qu’une « science de la guerre dans des

conditions réelles et non idéales » (VIII 3 A), car «les phénomènes complexes de la guerre ne sont pas assez réguliers, et les phénomènes réguliers pas assez complexes pour qu’on arrive + loin avec ce concept (le concept de loi) qu’avec la simple vérité » (II, 4, p.156) => Le savoir de la guerre portant sur des singularités (II, 4, p.159) et la guerre étant un phénomène imprévisible/ imprédictible en raison de l’incertitude, des grandeurs morales et de l’action réciproque (II,2, p.136-137), « nous sommes en présence d’une théorie qui n’admet guère de plan systématique et encore moins de rigueur scientifique » (texte de 1808 cité par Aron, 1976, I, 65)


  1. Que propose alors la théorie ?

Ni doctrine, ni système, et encore moins « méthode qui prescrive comment agir », une « investigation analytique de l’objet, qui mène à une connaissance précise et qui « appliquée à l’expérience, en l’occurrence à l’histoire de la guerre », aboutit à une « intimité avec cet objet : « quand la théorie analyse les composantes de la guerre et distingue + nettement ce qui semble à 1ère vue se confondre, quand elle indique intégralement les propriétés des moyens et en montre les effets probables, quand elle détermine clairement la nature des fins visées, quand elle porte sur tout le domaine de la guerre à la lumière d’une observation critique approfondie, alors elle remplit l’essentiel de sa tâche. Elle sert de guide à quiconque veut se familiariser avec la guerre par le libre exercice de l’esprit ; elle éclaire son chemin, allège ses pas, elle forme son jugement et l’empêche de se fourvoyer. … La théorie existe pour éviter à chacun d’avoir à tout déblayer de nouveau et à se frayer un chemin, elle permet qu’il trouve les choses déjà ordonnées et éclairées. Elle doit éduquer l’esprit du futur chef de guerre, ou +tôt guider son auto-éducation, mais elle ne doit pas l’accompagner sur le champ de bataille ; de même qu’un éducateur avisé dirige et facilite le développement intellectuel de son jeune élève dans pour autant le maintenir en tutelle toute sa vie. Si les principes et les règles se dégagent naturellement des observations dont se sert la théorie, si la vérité se cristallise elle-même sous cette forme, la théorie alors ne s’opposera pas à cette loi naturelle de l’esprit ; elle la mettra au contraire en évidence, telle une clef de voûte qui scelle un arc. Mais elle ne le fait que pour satisfaire à la loi philosophique de la pensée, pour montrer clairement le point vers lequel convergent toutes les lignes, et non pour en déduire une formule algébrique à l’usage du champ de bataille. Car ces principes et ces règles doivent déterminer dans la réflexion les lignes directrices des mouvements habituels de l’esprit, +tôt que de lui jalonner la voie à prendre lors de l’exécution » (II,2, p.137).


  • Des principes, maximes générales mais non universelles, qui ne s’appliquent que de manière conditionnelle, si les

circonstances adéquates sont réunies (II,4), de sorte qu’il appartient au jugement de vérifier si les conditions sont réunies et si les principes sont ou non applicables.


  • Des méthodes, procédés choisis pour être utilisés dans des situations semblables sous leurs aspects les + généraux,

fondées sur les cas les + probables et engendrant des automatismes.

  • D’où l’idée que la conduite de la guerre est un « art », « savoir » et « pouvoir » fondé sur « le tact du jugement » : « l’art commence où le logicien tire un trait, où cessent les prémisses qui sont un résultat de l’entendement, pour faire place au jugement » (II,3, 150-151). La stratégie étant le royaume de l’imagination : « il n’y a pas la moindre règle de la manœuvre stratégique ; aucune méthode, aucun principe général ne peut fixer le mode d’action » (III,13) , « quand il n’existe pas de système, de vérité reconnue, la vérité existe tout de même ; c’est le jugement, l’intuition due à une longue expérience, qui permet de la découvrir » (Minuit, 599)



  1. Situation et plan du livre I

  1. Situation du livre I dans le traité De la guerre 

  • Livre I : « sur la nature de la guerre » = analyse conceptuelle

  • Livre II : « sur la théorie de la guerre » : réflexion méthodologique sur la théorie de la guerre dans son rapport à la pratique des chefs militaires. = pb de l’articulation du normatif (ce qui doit être ou aurait dû être) et du descriptif (ce qui est ou a été) dans un « art de la guerre » qui ne connaît finalement pour règle unique que le succès ou l’échec : sur quels principes juger des combats révolus, refaire des batailles qui ont déjà livré leurs leçons, réécrire l’Histoire ?

  • Livre III : « de la stratégie en général » : comment surprendre en tombant juste => réflexion sur la « ruse » en lien avec l’information + qu’avec « l’intelligence de l’action » (la métis des Grecs).

  • Livre IV : « l’engagement », réflexion sur l’inscription d’une défaite ou d’une victoire (que faire de sa victoire ? comparaison Moskowa = « victoire à la Pyrrhus »/ Marengo, victoire totale) dans un tout stratégique qui ne se limite pas au champ de Mars. C’est l’usage de la victoire qui « fait », sinon parfait la victoire (Marengo) ou la transforme en défaite (Campagne de Russie pour Napoléon).

  • Livre V : « les forces militaires »

  • Livres VI et VII : « la défense » et «l’attaque » : « polarité » et « complémentarité »  « le point culminant de la victoire » coïncidant avec le « point subtil », le « sommet », l’acmè, « la fine pointe » qui risque de transformer une victoire en défaite, le général doit « deviner » ce qu’il faut faire au regard de la complexité des données qu’il faut intégrer sur le théâtre des opérations (p.309)

  • Le livre VIII : « le plan de guerre » revient sur les analyses du livre I et reste précieux pour comprendre comment la guerre est l’instrument paradoxal de la politique. Il donne aussi des éclairages sur la manière de viser directement les « centres de gravité », p.353.




  • Le traité, dans son inachèvement, embrasse les aspects les + divers de la tactique et de la stratégie. Mais c’est le livre I qui théorise ce qu’il faut exactement comprendre par la notion de « guerre ».




  1. Plan du livre I

  • Chapitre I : « qu’est-ce que la guerre ? »

  • D’une définition moniste, schématique et abstraite, de la logique interne au concept de la « guerre absolue », abstraction faire de la réalité historique, politique, matérielle et humaine dans laquelle toute « guerre réelle » se produit (§ 2-5) à la seule définition véritable, essentielle, qui rendre compte de la totalité de la guerre comme fait humain et fait social total : « l’étonnante trinité » (violence/ probabilité/ politique ; peuple/ chef de guerre/ gouvernement) (§ 28), en passant par la « formule », dualiste, de la guerre comme moyen d’une fin politique (§ 11 et 22-24).

  • Ce qui trouble la pure logique du concept de la guerre comme « ascension aux extrêmes » est l’inscription de la guerre dans le temps (§ 6-9) et dans l’espace : la durée réelle du jeu des interactions induit une temporalité spécifique.




  • Chapitre 2 : « Fin et moyen dans la guerre » = penser le combat, réel ou possible, comme fin de l’engagement (p.66, 62). Ce qui « fait » la guerre, c’est la possibilité effective (et non pas simplement la possibilité logique ou abstraite) d’un combat où notre existence comme celle de l’ennemi est mise en jeu. La possibilité réelle, comme tendance au combat et non comme fiction théorique, caractérise la guerre en tant que guerre.




  • Chapitre 3 : « le génie martial », « traité des passions » du guerrier avant et pendant la guerre, éloge de l’intelligence, de la sagacité et du sang-froid d’un esprit déductif +tôt qu’inventif, ayant moins le sens de l’analyse que celui de la synthèse, et patient davantage encore que passionné. Ce portrait du chef de guerre idéal s’écarte du « modèle romantique » de la génialité.



  • Chapitre 4 : « le danger dans la guerre » qui « relève du phénomène de la friction », c.à.d. de tout ce qui s’introduit immanquablement entre nos projets et leur exécution. Avec l’expérience du « danger », le réel surprend notre représentation théorique de la réalité : l’événement est ce qui n’entrait pas dans nos vues, mais qu’il nous fait avoir le courage de regarder en face.. Le réel résiste de manière imprévisible à la réalisation pratique de nos meilleurs plans. C’est l’obstacle qui traverse nos prévisions et qui peut venir tout ralentir et dérègler. Ignorer la friction revient à ignorer ce qui constitue le milieu même de la guerre : le monde de la contingence, du hasard, du probable. La guerre implique la « friction », non au sens banal de dispute ou de chamaillerie, mais au sens ontologique ou mécanique d’une « résistance » des choses à notre désir de maîtrise, d’un « frottement » qui s’oppose à nitre élan (p.109).



  • Chapitre 5 : « de l’effort dans la guerre »  pose la question des limites des sacrifices qu’un général peut attendre de ses hommes et de ceux devant lesquels il se rebelleront. A la guerre, le général doit souvent demander l’impossible à ses hommes, mais rien n’est + dangereux : »celui qui néglige le possible en cherchant l’impossible est un insensé » ; « seul un esprit vigoureux pourra tendre les forces de son armée au-delà de leur tension normale » (p.101)



  • Le chapitre 6 : « les renseignements dans la guerre » ajoute à « l’effort physique » dans la guerre » et au « danger dans la guerre » un dernier élément à intégrer au phénomène général des « frictions » : le brouillage de l’information, lié à l’abîme qui sépare la réalité de nos croyances..



  • La nature énigmatique du danger auquel on s’expose (4), l’effort maximal que l’on peut légitimement réclamer des hommes (5), le renseignement inévitablement flou dont on dispose (6) : autant d’élément qui constituent la « friction », objet du chapitre 7, qui donne la clé des 3 précédents et est donc aussi fondamental que le 1er chapitre, puisque c’est le phénomène de friction, de frottement, de résistance du réel à nos plans rationnels, qui explique que l’on ne peut jamais se contenter du concept abstrait, théorique, de la guerre. L’expérience de la guerre, en tant qu’elle se distingue formellement de sa pure conceptualisation, est celle-là même de la friction  (107-108), qui détermine en dernier recours les particularités concrètes de la guerre (108-110). Or ce milieu qui définit les relations humaines, intersubjectives, complexes et subtiles, empêchent que la guerre ne réalise sa nature de pure violence ou ne monte facilement aux extrêmes, comme elle devrait le faire si elle ne suivait que la logique propre de son concept.. C’est parce que le monde réel est celui de la fiction que le concept de guerre examiné au ch 1 ne peut que difficilement s’y accomplir. Heureusement, en somme, que la réalité humaine empêche le concept de la guerre de réaliser sa vérité, de donner toute sa puissance logique, car nous n’assisterions sans cela qu’à des guerres d’anéantissement. Le rapport au monde réel modifie si bien le concept de guerre en soi (cf I,I,§ 6, p.25-27) que le grand général est peut-être moins celui qui cherche à désarmer l’(adversaire et à anéantir sa force de frappe, comme un bon duelliste, que celui qui sait montrer du « tact », capacité de toucher juste et d’y insister ni + ni moins qu’il faut (110).




  • Le chapitre 8 conclut le livre I en rassemblant les éléments étudiés dans un concept commun de « friction généralisée » (112).



  • « L’atmosphère » de la guerre, ce milieu résistant et rebelle de la « friction généralisée » empêche matériellement (comme la finalité politique le fait d’un point de vue formel) que le concept de la guerre ne déroule en vrai toutes les tendances qui sont théoriquement contenues dans son extension, tous les possibles logiques qu’il implique, comme « l’ascension aux extrêmes » dans l’usage de la violence ou la volonté démesurée, effrénée, de soumettre autrui.

  • Mais c’est aussi parce que la guerre est l’espace de la friction que le 1er devoir du guerrier, même en temps de paix, est de s’ »aguerrir », de s’y « frotter », de s’y « polir », pour conquérir d’authentiques vertus militaires.

  • On est ainsi passé de l’analyse théorique de la guerre (« qu’est-ce que la guerre ») à des considérations sur l’entraînement physique du guerrier, car il faut s’exercer au métier des armes, « moins pour y habituer le corps que l’esprit » (113).




1 Il en va de Koutouzov face à Napoléon comme de Fabius Cunctator face à Hannibal ou de Thémistocle face à Xerxès : il prend la décision d’abandonner Athènes aux troupes de Xerxès et de Mardonios, qui purent ainsi entièrement brûler le sanctuaire de l’Acropole, mais non démoraliser les Athéniens, réfugiés volontairement à Salamine et convaincus que l’oracle de Delphes et le serpent gardien de l’Acropole les y invitaient.


similaire:

Point de départ de la réflexion: une œuvre et une pensée à la destinée singulière iconIdée de départ de l’ouvrage : scansion du discours selon de grandes...
...

Point de départ de la réflexion: une œuvre et une pensée à la destinée singulière iconQuestionnaire type 40 Témoignage pour la réflexion 42 Liste des participants...
«révolution de la longévité» est désormais présente, prégnante, dérangeante même dans la mesure ou elle (les vieux) coûte cher et...

Point de départ de la réflexion: une œuvre et une pensée à la destinée singulière iconLa loi hamon en bref
«socle unique» de la négociation. Ce qui signifie qu’elles constituent le point de départ de la négociation commerciale posant ainsi...

Point de départ de la réflexion: une œuvre et une pensée à la destinée singulière iconConférence-débat organisée par Accueil Solidarité Fleury Salle de...
«Tout le monde a le droit de prendre un nouveau départ» et comme objectif : «Contribuer à l’insertion des personnes détenues. Promouvoir...

Point de départ de la réflexion: une œuvre et une pensée à la destinée singulière iconChloé adam 11. 02. 2014
«end to end» ou architecture de bout en bout : toute donnée doit être traitée de la même manière entre son point de départ et son...

Point de départ de la réflexion: une œuvre et une pensée à la destinée singulière iconLa décision d’investissement occupe une place singulière dans la...

Point de départ de la réflexion: une œuvre et une pensée à la destinée singulière iconN° 2013 30 – Lundi le 26 août 2013
«la création d’un compte personnel pénibilité qui donnera des droits en matière de départ anticipé ou progressif à la retraite, ou...

Point de départ de la réflexion: une œuvre et une pensée à la destinée singulière iconSequence d’ histoire n°1 : les etats-unis et le monde
«destinée manifeste», une idée selon laquelle les Etats- unis seraient tenus à une mission civilisatrice

Point de départ de la réflexion: une œuvre et une pensée à la destinée singulière iconL’émergence d’une pensée communicationnelle 4

Point de départ de la réflexion: une œuvre et une pensée à la destinée singulière iconCours du second semestre consacré à l’organisation de la répression,...
«il faut privilégier une pensée ou une action non plus en fonction de son caractère juste mais si elle est le plus utile au plus...






Tous droits réservés. Copyright © 2016
contacts
d.20-bal.com