Emmanuelle benoit*, Nadia perrot**, Dora liban





télécharger 93.45 Kb.
titreEmmanuelle benoit*, Nadia perrot**, Dora liban
page1/3
date de publication13.10.2019
taille93.45 Kb.
typeManuel
d.20-bal.com > loi > Manuel
  1   2   3
 Le pharmacien et la prise en charge

des personnes en situation de précarité

à l'officine

_______________

A partir d’une enquête réalisée en 2005


Emmanuelle BENOIT*, Nadia PERROT**, Dora LIBAN***



* Maître de Conférences en Communication à la Faculté de Pharmacie de Nancy

** Docteur en Pharmacie, Pharmacie des Villes de France, Vandoeuvre-lès-Nancy

*** Docteur en Pharmacie, CHU Nancy-Brabois

Les personnes en situation de précarité sont définies comme des populations en danger d’exclusion du système, en particulier du système de soins. Ce sujet est quasiment absent de la littérature professionnelle pharmaceutique. Aussi, paraît-il intéressant d’examiner comment la pharmacie assure son service de proximité envers ces publics. C’est pourquoi, nous avons mené une enquête auprès de pharmaciens d’officine pour mieux connaître leur rôle sur le terrain auprès de ces personnes.

Dans cet article, nous rappellerons d’abord quelques données récentes sur la précarité, ensuite nous présenterons de manière synthétique les résultats de notre enquête ; enfin, nous discuterons ces résultats selon trois axes de réflexion.
1. DONNEES RECENTES SUR LA PRECARITE

1.1. Définition

La précarité est d’abord une absence de sécurité. Dans son avis du 11 février 1987, le Conseil Economique et social français (CES) a proposé une définition de la précarité : c’est « l’absence d’une ou plusieurs sécurités, notamment celle de l’emploi, permettant aux personnes et aux familles d’assumer leurs obligations professionnelles, familiales et sociales et de jouir de leurs droits fondamentaux. »  (1) « Quand elle affecte plusieurs domaines de l’existence, qu’elle tend à se prolonger dans le temps et devient persistante » (1) en s’enchaînant, les carences et les difficultés constituent une sorte de « cercle vicieux », pouvant même mener à la grande pauvreté, dont la conséquence ultime est l’exclusion, c'est-à-dire la mise à l’écart de cette personne.

1.2. Chiffres sur la précarité en France

Bien qu'il n'existe pas de chiffres précis décrivant le nombre de personnes vivant dans une situation de précarité, plusieurs indicateurs peuvent donner une idée de la population concernée, comme :

Le seuil de pauvreté : actuellement on estime que plus de quatre millions de personnes vivent en France sous le seuil de pauvreté (698,22 €/mois en 2001). (2)

Les minima sociaux : au 31 décembre 2002, 3 millions de personnes sont allocataires des huit minima sociaux dont les trois principaux sont le Revenu d’Insertion Minimum (RMI), l’Allocation aux Adultes Handicapés (AAH) et l’Allocation de Parent Isolé (API). (3)

La CMU et la CMU complémentaire : au 31 décembre 2004, 1,6 millions de personnes étaient affiliés à l’assurance maladie sur critère de résidence (Couverture Maladie Universelle de base) et la CMU complémentaire concerne 4,6 millions de personnes (4) .
1.3. Lois garantissant à tous l’accès aux droits fondamentaux en matière de santé

Vu l'impact de la précarité sur la santé, diverses lois ont été successivement votées pour garantir l'accès à tous dans le domaine de la santé.

1.3.1. Loi du 1er décembre 1988 (5)

Elle instaure la création du Revenu d’Insertion Minimum (RMI). Elle prévoit également l’affiliation automatique à l’assurance personnelle des allocataires n’ayant pas de droits ouverts au régime général de l’assurance maladie.

1.3.2. Loi sur la réforme de l’aide médicale du 29 juillet 1992 (6)

Elle a pour objectif une meilleure gestion des dossiers et un paiement plus rapide des prestataires de soins. Ainsi, les allocataires du RMI bénéficient du remboursement à 100% de leurs dépenses de santé, avec dispense d’avance des frais de soins ; les procédures de dépôt de dossiers d’aide médicale sont simplifiées ; l’aide médicale est accordée pour une période d’un an à titre préventif, ce qui permet une prise en charge rapide des malades.

1.3.3. Loi sur la protection sociale du 25 juillet 1994 (7)

Elle permet l’affiliation de tout demandeur à la sécurité sociale avec vérification a posteriori des droits. Sa circulaire du 21 mars 1995 réaffirme que l’intégration de tous dans le système de droit commun est la seule politique compatible avec l’éthique médicale et le plein respect de la dignité humaine.

1.3.4. Loi d’orientation relative à la lutte contre les exclusions du 29 juillet 1998 (8) et sa circulaire du 8 septembre 1998 

Cette loi pose les fondements de la lutte nationale contre les exclusions. Elaborée en concertation avec des acteurs sociaux, la loi pose comme principe l’égale dignité de tous les êtres humains, et comme objectif l’accès de tous aux droits fondamentaux, dans les domaines de l’emploi, du logement, de la santé, de la justice, de l’éducation, de la formation et de la culture, de la protection de la famille et de l’enfance. Citons en quelques articles phares :

Article 1 : La lutte contre les exclusions est un impératif national fondé sur le respect de l’égale dignité de tous les êtres humains et une priorité de l’ensemble des politiques publiques de la nation.

Article 67 : L’accès à la prévention et aux soins des personnes les plus démunies constitue un objectif prioritaire de la politique de santé.

Article 71 : Chaque région doit établir un programme pour l’accès à la prévention et aux soins des personnes les plus démunies (PRAPS).

Article 76 : Il prévoit la création des Permanences d’Accès aux Soins et à la Santé (PASS), lieux d’accueil, d’information, de prévention, d’orientation et de soins.

Article 143 : Les comités d’éducation à la santé et à la citoyenneté doivent se multiplier dans les établissements scolaires.

Article 153 : Un Observatoire National de la pauvreté et de l’exclusion sociale est chargé de recueillir les informations et de coordonner les actions sur le plan national.

La circulaire du 8 septembre 1998 redéfinit les caractéristiques des populations en situation précaire : leur recours aux soins est tardif et effectué dans l’urgence ; leurs pathologies sont non spécifiques mais parvenues à un stade évolué ; elles ont des difficultés, voire l’incapacité à faire valoir leurs droits à l’assurance maladie ; leur crainte d’affronter les structures de soins, parfois même les professionnels administratifs et sanitaires est un frein à leur accès aux soins.

1.3.5. Loi sur la Création de la CMU du 27 juillet 1999 (9)

La création d’une Couverture Maladie Universelle garantit à tous une prise en charge des soins par un régime d’assurance maladie et, aux personnes dont les revenus sont les plus faibles, le droit à une protection complémentaire et à la dispense d’avance des frais. L’attribution de la CMU et de la CMU complémentaire se fait sous condition de ressources avec un plafond qui varie selon la composition du foyer et le nombre de personnes à charge. Son entrée en application est intervenue le 1er janvier 2000.

1.3.6. Loi relative à la politique de Santé Publique du 9 août 2004 (10)

L’objectif de cette loi est de réduire la morbidité et la mortalité évitables et en particulier celles des populations fragilisées afin de réduire les inégalités de santé. Elle choisit la région comme niveau optimal de planification des actions et de la coordination. Les outils mis à disposition pour son application sont : la Conférence Régionale de Santé, lieu de concertation entre les acteurs de santé et de la région ; le Plan Régional de Santé Publique, aboutissement de cette concertation et évalué tous les 5 ans ; le Groupement Régional de Santé publique chargé de la mise en œuvre de ce plan.
2. ENQUETE SUR LA PRISE EN CHARGE A L'OFFICINE DES PERSONNES EN SITUATION DE PRECARITE

Un rapport d’expertise autour de la relation soignant/soigné publié en 2003 avait mis en lumière l’importance de la pharmacie comme lieu privilégié d’accès aux soins : « la pharmacie devient dans les quartiers l’interlocuteur santé, le lieu ouvert, le conseil gratuit ; le pharmacien est souvent cité comme un référent santé, celui à qui on parle en premier de ses problèmes de santé.» (11). C'est pourquoi, Nadia PERROT, en lien avec ATD quart monde, a décidé, dans le cadre de sa Thèse d’exercice (12) de mener une enquête auprès des pharmaciens d’officine sur les problèmes qu’ils peuvent rencontrer à la pharmacie lors de la prise en charge des personnes en situation de précarité.
2.1. Objectif de l’enquête

Cette enquête a été menée dans le cadre de la réalisation de la Thèse d’exercice de Nadia PERROT (12). Elle avait pour objectif de connaître les difficultés rencontrées par les pharmaciens d’officine dans leur exercice auprès des personnes démunies et les solutions qu’ils y apportent.
2.2. Méthodologie de l’enquête

Un questionnaire écrit, réalisé en partenariat avec l’association ATD (Aide à Toute Détresse) Quart-Monde, a été envoyé début mai 2005 à 156 pharmaciens syndiqués au FSPF (Fédération des Syndicats Pharmaceutiques Français) de Meurthe et Moselle. 36 réponses ont été reçues entre mai et juillet 2005. Les analyses des résultats ont été réalisées à l’aide du logiciel d’exploitation le Sphinx® .
2.3.Construction du questionnaire

Sa construction s’est appuyée sur les cinq thèmes dégagés du rapport d’expertise sur la relation soignant soigné.(11) Ces 5 thèmes étaient :

2.3.1. 1er thème : le regard de l’autre : Les professionnels comme les précaires sont conscients de l’impact du regard que l’on porte sur eux. D’un côté, les précaires constatent encore des rejets de la part des soignants. De l’autre côté, les professionnels reconnaissent avoir vis à vis des personnes en situation de précarité des attitudes de rejet dues aux problèmes posé par ce public du fait de son ignorance ou de sa conception différente du besoin et de l’offre de soin.

2.3.2. 2ème thème : les médicaments non remboursés : Le problème des médicaments non remboursés est ressenti comme un frein à l’accès aux soins par les plus démunis. Il peut anéantir le bénéfice de la dispense d’avance des frais de la consultation et nuire gravement à l'observance du traitement. Ce point de vue est également partagé par les pharmaciens : en effet, les médicaments non remboursés sont rarement acceptés par les patients ce qui oblige les pharmaciens à trouver des solutions de remplacement.

2.3.3. 3ème thème : les génériques : Les précaires soulignent avant tout l’augmentation du risque d’erreurs avec les génériques, qui leur semblent plus compliqués à prendre. Ces difficultés sont confirmées par les pharmaciens.

2.3.4. 4ème thème : les problèmes de papiers, la dimension sociale de la pharmacie : C’est un thème beaucoup plus abordé par les professionnels de santé que par les précaires. Ils reconnaissent que lorsqu’une personne en situation de précarité se présente, il y a risque de rencontrer des difficultés par manque d’ouverture de droit ou parce que les compléments ne sont pas versés . Et dans ces situations, le rôle des pharmaciens est déterminant pour que les soins ne s’arrêtent pas ou puissent quand même commencer.

2.3.5. 5ème thème : l’écoute, l’accompagnement, l’éducation : Les précaires sont très conscients du rôle du pharmacien dans l’accompagnement du soin. Même si les relations sont dans l’ensemble plutôt bonnes avec les pharmaciens, les personnes en situation de précarité reconnaissent parfois faire preuve d'une agressivité qui est un signe de défense dû à la honte, et qui ne tient pas tant à la qualité de l'accueil qu’à un manque de confidentialité ». Les professionnels sont également conscients de leur rôle d’écoute, d’accompagnement et d’éducation et prennent à cœur leur rôle de conseiller, même s’ils évoquent des difficultés quand il s'agit de responsabiliser ce type de patients.

Ces cinq thèmes ont été repris par un questionnaire comprenant 11 questions à choix multiple, 24 questions à choix simple et 16 questions ouvertes, regroupées en 6 parties :

1. Présentation du pharmacien

2. Généralités sur les personnes en situation de précarité

3. Attentes des personnes en situation de précarité ressenties par le pharmacien

4. Problèmes rencontrés à la pharmacie avec les personnes en situation de précarité

4.1 Sur la délivrance des médicaments sur ordonnance

4.2 Sur le conseil pharmaceutique

5. Attentes du pharmacien

6. Autres commentaires.

C’est ce questionnaire qui a été envoyé aux 156 pharmaciens de Meurthe et Moselle syndiqués au FSPF. (12)
2.4. Résultats de l’enquête

2.4.1. Profil des pharmaciens ayant répondu

Les résultats ont montré que les pharmaciens qui ont répondu à l’enquête étaient concernés par le sujet de la prise en charge des personnes démunies à l’officine puisqu'ils sont 36 sur 156 à avoir répondu à l'enquête ; en outre, ils ont volontiers répondu aux questions ouvertes posées dans le questionnaire et se disaient pour la moitié d’entre eux intéressés par des formations sur la prise en charge des personnes en situation de précarité.

D’autre part, ce sont des pharmaciens expérimentés qui connaissent bien le quartier dans lequel ils exercent (depuis au moins 10 ans pour les 2/3 d’entre eux). Ces quartiers sont confrontés à la précarité et les pharmaciens ont tous affaire à des patients bénéficiant de la CMU. Pour faire face à cette réalité, les pharmaciens disent travailler en relation étroite avec les professionnels de la santé. Ils collaborent tous aussi étroitement avec la sécurité sociale et les services sociaux de leur quartier, jouant le rôle de relais auprès de ces services.

2.4.2. Les personnes en situation de précarité vues par les pharmaciens

Pour les pharmaciens interrogés, les personnes en situation de précarité sont confrontées à des problèmes multiples, dont les quatre premiers cités sont les problèmes de revenus, de santé, de travail et d’isolement. Les pharmaciens soulignent le besoin des personnes défavorisées d’être aidées et accompagnées dans la prise en charge de leur santé. Selon les pharmaciens de l’enquête, ces problèmes multiples ont des répercussions sur la santé des plus démunis : elle est moins bonne et nécessite une prise en charge plus coûteuse que la santé des autres populations surtout lorsque la dispense d’avance de frais n’est pas effective. Cela entraîne un nombre de consultations et d’ordonnances plus important. Les pharmaciens soulignent aussi que les personnes défavorisées font davantage appel au pharmacien pour des conseils sur leurs traitements et sur la prise en charge administrative de leur santé que sur la médication officinale.

2.4.3. Les difficultés rencontrées lors de la délivrance

Lors de la délivrance des traitements des personnes en situation de précarité, les pharmaciens disent rencontrer trois types de difficultés :

- la délivrance des traitements est remise en cause dès que la réalisation du tiers payant est impossible. Ceci reste fréquent: 92% des pharmaciens interrogés rencontrent des problèmes liés au renouvellement des CMU, malgré la présence de bornes de mise à jour des cartes vitales à la pharmacie.

- la délivrance des produits peu ou pas remboursés est une difficulté : dans la moitié des cas le patient ne peut ou ne veut pas régler les produits.

- il existe des problèmes d’illettrisme et de langage : ils sont signalés respectivement par 50% et 61% des pharmaciens.
2.4.4. Les solutions proposées par les pharmaciens

Face à ces obstacles, les pharmaciens répondent en s’adaptant à la situation dans le but de favoriser la meilleure délivrance possible du traitement afin d’obtenir la meilleure observance :

- lorsqu’il existe un problème d’ouverture des droits, le pharmacien dit privilégier l’avancement du dossier en entretenant des liens étroits avec la sécurité sociale et les services sociaux de son quartier (78 % des pharmaciens disent faire le relais avec la sécurité sociale lorsque il existe une rupture des droits CMU). Les pharmaciens se disent aussi prêts à retarder le paiement du traitement (mise en attente des ordonnances ou crédit, cités par respectivement 39% et 64% des pharmaciens) pour faciliter la délivrance.

- lorsqu’il existe un problème de règlement d’un médicament non remboursé ou d’un dispositif médical avec dépassement, le pharmacien privilégie les situations avantageuses pour le patient : il recherche un équivalent remboursé ou accorde une remise sur le dépassement (cités respectivement par 69% et 33% de pharmaciens). Toutes ces solutions nécessitent une grande capacité d’adaptation en fonction du cas de chaque personne.

- les pharmaciens conservent une part active dans l’orientation, l’écoute et l’accompagnement des personnes défavorisées mais aussi des personnes isolées : ils disent effectuer des livraisons de médicaments à la demande de toute personne en ayant besoin et servir de relais entre les patients, les médecins, les professionnels paramédicaux et les services sociaux.


3. DISCUSSION : LE PHARMACIEN ET LA PRISE EN CHARGE A L'OFFICINE DES PERSONNES EN SITUATION DE PRECARITE

Dans cette partie, nous allons discuter ces résultats en les considérant sous trois angles : d’abord, la connaissance que le pharmacien a de la population de son quartier ; ensuite, la façon dont le pharmacien lève les obstacles financiers et enfin, celle dont il lève les obstacles de communication.
3.1. Le pharmacien connaît bien la population de son quartier

3.1.1. Eléments tirés de l’enquête

Cette enquête a montré que les pharmaciens ayant répondu sont expérimentés et que la plupart exercent depuis plus de 10 ans dans leur quartier. C’est cette continuité d’exercice dans un même quartier qui leur permet de bien connaître la population de leur quartier.

Leur bonne connaissance des populations s’appuie également sur la participation des pharmaciens à des réseaux interprofessionnels, structures locales d’information et d’accompagnement des patients. En outre, les pharmaciens enrichissent leur connaissance de la population de leur quartier en travaillant en étroite collaboration avec la sécurité sociale et les services sociaux  et ils sont également fréquemment amenés à discuter d’un patient avec un autre professionnel de santé ou à servir d’intermédiaire avec les professionnels paramédicaux.

Les pharmaciens de l'enquête ont une bonne expérience des personnes en situation de précarité puisqu'ils exercent dans des quartiers classés en zones de pauvreté moyenne à un peu élevée (13) et ont pour la moitié plus de 10 % de CMU dans leur clientèle. De ce fait, ils font preuve d'une bonne connaissance de la situation des personnes défavorisées et des mécanismes généraux qui influent sur leur santé.

3.1.2. Données générales corroborant la bonne connaissance de la population du quartier par le pharmacien

Tout d'abord, la répartition des pharmacies sur le territoire français est réglementée par une loi de 1941 dont l’objectif premier est celui d’assurer une répartition harmonieuse afin de répondre au mieux aux besoins de la population. Cette loi a été revue et corrigée en 1999 par une nouvelle législation modifiant sensiblement les conditions d'implantation, de transfert ou de regroupement dans le but de répondre de façon optimale aux besoins en médicaments de la population résidant dans les quartiers d'accueil des officines. (14) Cette répartition est un atout que le pharmacien utilise pour bien connaître la population de son quartier.

D’autre part, la population a confiance dans son pharmacien. En effet, une enquête réalisée dans la région de Nancy et les Vosges en 2003 (15) a montré que la population attend principalement du pharmacien qu’il sache conseiller et faire preuve d’humanité. 50% des personnes interrogées ont déclaré que leurs attentes étaient satisfaites. La population semble prête à accorder sa confiance au pharmacien si celui-ci « se comporte comme un véritable acteur de santé et que les conseils qu’il prodigue ne sont pas guidés par le profit mais par la volonté de rendre le meilleur service au patient. »

Une analyse du rapport entre le pharmacien et sa clientèle souligne que : « pour les classes populaires et une partie des classes moyennes, le pharmacien est celui qui, non seulement est issu d’un milieu différent mais également le détenteur d’un savoir qu’ils ne possèdent pas ; investi de cette double qualité, il est aussi celui qui est à la portée de tous, présent sur un lieu ouvert sur la rue et s’il se montre « pas fier », aimable et attentif, on comprend que le client issu de ces milieux, ait tendance à solliciter de celui-ci des conseils médicaux ou non, pour lesquels il suppose le pharmacien éclairé et désintéressé. » (16)

Le pharmacien peut s’appuyer sur cette confiance pour construire sa relation avec ses patients : ils se confient plutôt facilement à leur pharmacien. Les échanges entre le pharmacien et le patient vont au-delà de la santé et permettent au pharmacien d’avoir une connaissance plus globale de la situation du patient.

Enfin, l'étendue des plages horaires, associée à la gratuité du conseil offerts, permettent à chacun de pouvoir être servi à la pharmacie : on trouve toujours une pharmacie ouverte et, hors honoraires de garde, la gratuité du conseil est permanente.

3.1.3. Importance de cette bonne connaissance dans la prise en charge des personnes en précarité

Importance pour le pharmacien : comme avec tout patient, le pharmacien cherche à établir une relation de confiance afin de fidéliser sa clientèle. Les personnes en situation de précarité seront fidélisées d’abord sur les ordonnances et les conseils associés, qui constituent leures principales demandes, plutôt que sur les produits proposés en parapharmacie ou en conseil. Ces personnes ne viennent pas pour acheter mais d’abord pour être conseillées. Le pharmacien doit en tenir compte dans ses rapports avec les personnes défavorisées.

Le suivi de la santé des personnes en situation de précarité nécessite aussi que le pharmacien connaisse le rapport qu’elles entretiennent à leur santé : ce rapport est marqué par une faible prévention et par un recours différé aux soins en cas de troubles de santé importants.(17) Le pharmacien n’est pas confronté à des pathologies plus graves mais à une différence de priorités dans la prise en charge de la santé par le patient. Cela influe sur la manière dont le pharmacien délivre ses messages de santé : il est plutôt amené à insister sur la prévention (elle est faiblement ancrée chez les personnes en situation de précarité) et sur la nécessité de se soigner le plus tôt possible en tenant compte de priorités différentes des siennes (nourriture et logement peuvent passer avant la santé par exemple).

Sur le plan administratif, la prise en charge des personnes en situation de précarité nécessite une bonne connaissance des droits de ces personnes en matière d’accès aux soins. De cette bonne connaissance du système de soins dépend le remboursement des frais pharmaceutiques que le pharmacien dispense.

Importance pour les personnes en situation de précarité :

La précarité n’est pas un processus figé, mais peut, un jour, toucher n’importe qui. Aussi, il est inévitable que tout pharmacien soit un jour ou l’autre confronté à des personnes en situation de précarité et peut-être même de plus en plus souvent.

Pour ces personnes, un pharmacien qui connaît bien leur situation devient pour elles un acteur efficace, à son niveau, de leur intégration ou de leur réintégration dans le système de soins.

3.1.4. Comment aider le pharmacien à mieux connaître les populations en situation de précarité dans son quartier ?

Que ce soit pour les pharmaciens concernés par le sujet, comme pour ceux qui ne le sont pas ou pas encore, il est important de réfléchir à des outils pour aider le pharmacien à bien connaître les populations en situation de précarité de leurs quartiers.

Outils pratiques

Les pharmaciens de notre enquête demandent des outils de synthèse leur donnant une meilleure connaissance du système d’accompagnement des personnes en situation de précarité : papiers à réunir pour demander la CMU, personnes à contacter au niveau des organismes de prise en charge, adresses d’organismes travaillant avec les personnes en situation de précarité, numéros de téléphone des services sociaux. Ces renseignements pratiques pourraient être disponibles sous forme de carnet d’adresses ou sur un site Internet.

Il suggèrent aussi la création de réseaux spécifiques à la précarité. En effet, le renforcement de la collaboration entre les différents professionnels impliqués dans l’accompagnement des personnes en situation de précarité, permet une meilleure efficacité. Cependant, « la participation à des réseaux de soins se heurte à un certain nombre d’obstacles au premier rang desquels l’importante surcharge de travail ainsi qu’une rémunération inadaptée à ce type de travail » (18) souligne M.C. DAVADIE dans sa Thèse sur les relations entre les pharmaciens et les personnes défavorisées. La construction de tels réseaux devrait s’accompagner également d’une solide réflexion sur la confidentialité et la place du patient en situation de précarité dans le réseau.
  1   2   3

similaire:

Emmanuelle benoit*, Nadia perrot**, Dora liban iconEmmanuelle Béart qui incarnait Emmanuelle dans

Emmanuelle benoit*, Nadia perrot**, Dora liban iconLiban / Politique / Arabie saoudite

Emmanuelle benoit*, Nadia perrot**, Dora liban iconIntervention de me benoit renaud

Emmanuelle benoit*, Nadia perrot**, Dora liban iconEpi : «Conditions féminines dans une société en mutation (1815-1914)»
«les femmes ont-elles une histoire ?», Michelle Perrot, Fabienne Bock et Pauline Schmidt

Emmanuelle benoit*, Nadia perrot**, Dora liban iconDirectrice de département Economie et Gestion
«Cnam» dans six centres régionaux au Liban en coopération avec les Dirigeants Nationaux de Paris

Emmanuelle benoit*, Nadia perrot**, Dora liban iconEmmanuelle villard

Emmanuelle benoit*, Nadia perrot**, Dora liban iconEmmanuelle gwiazdowski

Emmanuelle benoit*, Nadia perrot**, Dora liban iconEmmanuelle lefevre

Emmanuelle benoit*, Nadia perrot**, Dora liban iconEmmanuelle rigaud

Emmanuelle benoit*, Nadia perrot**, Dora liban iconRapporteurs : Madame Emmanuelle reynaud






Tous droits réservés. Copyright © 2016
contacts
d.20-bal.com