«S’autoriser à penser la violence»





télécharger 26.79 Kb.
titre«S’autoriser à penser la violence»
date de publication07.02.2017
taille26.79 Kb.
typeDocumentos
d.20-bal.com > loi > Documentos




« S’autoriser à penser la violence »

L’Ancre Bleue - Historique

L’ancre bleue est un lieu d’accueil pour auteurs de violences intrafamiliales, intégré à l’association « MAHRA - Le Toit ». Ce dispositif a vu le jour au mois de septembre 2009, sous l’impulsion de Monsieur le procureur et de la CASO, en partenariat avec la communauté Emmaüs. Auparavant, aucun dispositif ne permettait d’accueillir et d’accompagner les auteurs dans la région audomaroise.

En ce sens, l’association « MAHRA - Le Toit » vient apporter une réponse novatrice et multiplier les solutions de prise en charge des personnes en proie à la violence conjugale.

L’accueil se fait sur décision du procureur qui charge l’ASEJ du contrôle judiciaire. Dans l’attente du jugement, ce dispositif permet l’éloignement et la prise en charge de la personne accueillie.

Cette mesure prononcée par le parquet de St Omer résulte de l’application de la loi du 4 avril 2006, visant à prévenir les risques de réitérations voire de récidives avérées des violences intrafamiliales par éviction du conjoint.

Dans une perspective de prévention, l’intervention auprès des auteurs de violence intrafamiliale apparaît comme le complément indispensable des actions d’aide et de protection des victimes proposées par l’AVIJ62.

La sanction pénale ne peut être dissociée de la visée socio-éducative et thérapeutique, à savoir retrouver sa place dans la société des hommes, dans le respect des droits de chacun.

L’équipe est composée

  • D’une psychologue clinicienne à mi temps

  • D’une éducatrice spécialisée à mi temps

Les missions

  • Proposer une prise en charge socio-éducative et psychologique.

  • Orienter si la problématique le nécessite vers des structures de soins adaptées.


Les objectifs 

  • Permettre à l’auteur de s’exprimer librement, sans crainte d’être jugé

  • Faire émerger une prise de conscience quant à la portée et à la gravité des actes commis, afin d’éviter la récidive et la répétition des recours à la violence, réintroduire la notion de responsabilité.

  • Permettre à l’auteur d’accéder à un travail de réflexion sur lui-même.

  • Amener l’auteur à identifier les origines de ses recours à l’acte et rechercher avec lui des solutions lui permettant, à l’avenir, d’établir des relations basées sur le respect et la reconnaissance authentique de l’Autre. Amorcer une dynamique de changement.

  • Conduire l’auteur à réfléchir sur les causes et conséquences de son comportement, afin de donner un sens à la mesure judiciaire, à la démarche de soin.

  • Préparer l’auteur à l’audience et à la sortie.



  1. Accompagnement socio-éducatif


Concernant la prise en charge socio-éducative, chaque auteur bénéficie d’un suivi intensif (2 à 3 entretiens par semaine). En moyenne, 12 entretiens sont proposés dans l’attente du jugement.

Objectifs :

  • Régulariser les situations administratives

  • Accompagner la personne au quotidien dans une vie autonome durant le séjour.

  • Créer un lien permettant à la personne de s’exprimer et de prendre conscience des lois humaines et sociétales. Une relation de confiance mutuelle permettra au lien de se renforcer.

  • Maintenir et développer le partenariat avec les différentes structures adaptées aux problématiques de chacun, si nécessaire (soins liés aux dépendances : CSAPA, ABCD, L’Archipel ; suivis santé, etc.)

  • Encourager et faciliter l’accès (ou le retour) à l’emploi et/ou à la formation.

  • Amener la personne à créer du lien social par le biais de rencontres avec des organismes ou associations extérieures (Croix rouge, Associations sportives et culturelles et caritatives).



  1. Accompagnement psychologique


Etant donné la courte durée de l’obligation de soins, la prise en charge psychologique individuelle est menée avec un rythme de séances très soutenu (deux entretiens par semaine), afin de faire émerger une demande de soutien à plus long terme et l’amener à faire appel à un tiers pour remettre en question ses comportements et attitudes.

En effet, lorsque débutent les séances, certains auteurs ne sont pas d’emblée porteur de la demande, ils viennent contraints et forcés, leur discours est emprunté. Dans un premier temps, la demande peut être portée afin que renaisse une parole personnelle authentique, condition nécessaire à l’expression d’une demande de soin adulte et responsable. Amener le sujet à passer d’une injonction de soin à une réelle demande. D’une obligation de changer à un désir de changer. Il devient alors patient. La demande est portée par un tiers, la justice.

Sur le plan thérapeutique, nous pouvons dégager les principaux axes de travail.

L’objectif de cette prise en charge reste la préparation de l’auteur à l’audience ; un cheminement dans sa réflexion lui permettra de prendre conscience de la portée et de la gravité des faits, de reconnaître les différents visages de la violence émise au sein du couple ou de la famille (physique, psychologique, verbale, économique, ou encore sexuelle).
Un autre axe de travail auquel nous attachons une très grande importance est la restauration de l’empathie, c’est à dire la prise en considération du ressenti de la victime. Dans la violence conjugale, la femme n’existe pas en tant que sujet, en tant qu’être unique. La violence « est la négation de l’Autre ». Le passage à l’acte violent a pour but d’annihiler cette altérité, de réduire le Sujet au statut d’objet. L’envers de la violence, n’est pas la « non violence » mais avant tout le respect de l’Autre. Son avancée dans la thérapie passe par la reconnaissance de l’autre en tant que victime et sujet, plutôt qu’objet dénué de toute altérité.

En ce sens, il s’agit d’offrir au sujet un lieu contenant, de créer ensemble un espace pour s’autoriser à penser ce qui s’est passé, mettre des mots sur la violence.

Le travail du psychologue est d’accompagner les personnes dans un processus de changement de comportement et révéler une souffrance non perçue. Chez de nombreux auteurs de violence, la souffrance est occultée, niée, sidérée ; la prise d’alcool l’étouffe et la colmate, la parole est cadenassée. Il faut lui permettre en ces lieux sécurisants, de reconnaître cette souffrance, mais également de la penser, la parler, l’élaborer, et parfois la pleurer. La prise en charge individuelle doit permettre à l’auteur de conscientiser de fortes émotions inconscientes, ce qui constituera une première étape importante dans la maitrise de la violence.
Notre rôle n’est pas d’excuser, de justifier, ni même de déresponsabiliser l’auteur de violence, mais d’appréhender les différents facteurs à l’origine de la violence au sein du couple. En sens, il est nécessaire d’amener l’auteur à une meilleure compréhension de son propre fonctionnement et celui des êtres qui l’entourent, de percevoir comment la violence s’est installée dans son histoire de vie et celle du couple, de reconnaître qu’il est intriqué dans une relation de couple aliénante et générant de la souffrance en chacun des membres de la famille.

Il s’agit d’interroger les liens préexistant dans le couple, de retravailler le lien à l’autre, d’humaniser les interrelations au sein du couple.
Constat établi sur l’année 2011

Durant l’année 2011, nous avons accueilli 9 Hommes, auteurs de violences conjugales.

Cependant, même s’il s’agit de violences exercées à l’encontre de leur compagne, nous préférons utiliser le terme de violences intrafamiliales car dans chacune des situations rencontrées, les enfants se situaient au cœur des conflits. Ils sont considérés comme victimes indirectes, victimes de violences psychologiques dans le sens où ils sont témoins des agressions répétées au sein du couple de leurs parents. Un conjoint exerçant des violences à l’encontre de sa compagne n’est pas nécessairement un mauvais père mais le climat pathogène instauré au sein du couple nuit considérablement à la construction psychique et à l’épanouissement de l’enfant.

Concernant la nature des violences exercées au sein du couple, celles-ci recouvrent de multiples visages : la violence physique n’est que la partie émergée de l’iceberg… Elle révèle un climat empreint de violence psychologique présent bien avant les coups.

67% d’entre eux vivaient maritalement au moment des faits. Dans les autres situations, les personnes étaient en concubinage. Les ¾ du temps, il s’agit de couples partageant une vie commune depuis plus de 15 ans.

La moyenne d’âge des hommes accueillis est de 46 ans (allant de 32 à 66 ans)

67% d’entre eux avaient un emploi en intégrant le dispositif.

1 personne était en situation de chômage lors de son arrivée et a été orientée vers la communauté Emmaüs afin qu’elle puisse bénéficier d’une activité de réentrainement par le travail. Cette personne a retrouvé une activité professionnelle durant la période d’accueil.

2 personnes étaient à la retraite au moment des faits de violence. L’une d’entre elle a été orientée vers la communauté Emmaüs. Il semblerait que le passage à la retraite ait été un facteur à l’origine de profonds remaniements psychiques, fragilisant l’équilibre du couple, déjà précaire.

Les personnes insérées professionnellement ont toutes été orientées vers l’appartement autonome, après avoir été hébergées sur le collectif du CHRS pour le week-end.
En moyenne, la durée de prise en charge à l’Ancre bleue est de 8,5 semaines.

L’ensemble des personnes accueillies ont sollicité l’aide d’un avocat.

L’ensemble des auteurs de violences ont bénéficié d’une prise en charge pluridisciplinaire (espace soin-justice) : ASEJ, CSAPA, suivi psychologique et socio éducatif à l’Ancre bleue.

Au vu de leur problématique alcool, ils rencontraient régulièrement un médecin alcoologue. Dans la majorité des cas (78,6%), les auteurs de violences accueillis au sein de l’Ancre bleue ont eu recours à l’acte sous l’empire de l’alcool, qui est la plupart du temps évoqué comme facteur expliquant et justifiant leur comportement violent. Cependant, il n’est que révélateur d’une puissante tension interne, dont il facilite la résolution dans le passage à l’acte.

MAHRA – Le Toit

Rapport d’Activité 201

Pôle Accueil Hébergement – L’Ancre Bleue

- -

similaire:

«S’autoriser à penser la violence» iconManuel valls n’a certes jamais caché son admiration pour Georges...
«Ce que les classes dirigeantes entendent par le maintien de l’ordre, ce qu’elles entendent par la répression de la violence, (…),...

«S’autoriser à penser la violence» iconRelatif à l’appel à projet visant à autoriser

«S’autoriser à penser la violence» icon11’30 contre le racisme – tumultes 06/02/07
«11’30 contre le racisme» n’incitent jamais à la violence. La seule violence présente dans ces paroles est bien celle qu’une société...

«S’autoriser à penser la violence» iconAtelier biblique Bible et violence Dieu et l’humain aux prises avec la violence
«dix commande­ments» (Exode 20, 1-17 & Deutéronome 5, 5-22) avant de lui communiquer, par l'intermédiaire de Moïse, ses instructions...

«S’autoriser à penser la violence» iconLa violence est un sujet brulant, c’est un thème d’actualité. On...
«La violence exercée contre celui qui a contracté l'obligation est une cause de nullité, encore qu'elle ait été exercée par un tiers...

«S’autoriser à penser la violence» icon1. La formation du contrat
«Il n’y a point de consentement valable si le consentement n’a été donné que par erreur, ou s’il a été extorqué par la violence ou...

«S’autoriser à penser la violence» icon1. La formation du contrat
«Il n’y a point de consentement valable si le consentement n’a été donné que par erreur, ou s’il a été extorqué par la violence ou...

«S’autoriser à penser la violence» iconPenser autrement les modes de vie en 2030

«S’autoriser à penser la violence» icon1. Un cadre postdualiste pour penser la textualité numérique

«S’autoriser à penser la violence» iconIntroduction : penser les conflits en géographie. 1ere partie






Tous droits réservés. Copyright © 2016
contacts
d.20-bal.com