Les fêtes annuellement céLÉBRÉes à





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Pl. XIII. KOUAN-YIN

Bois doré du XVIIIe siècle. Haut. 45 cm.

et dans différentes contrées, avec d'autres divinités des deux sexes, mais il serait trop long d'exposer cela dans le détail. Nous nous contenterons d'ajouter à ce que nous avons dit pour mettre brièvement en lumière l'origine bouddhiste de Kouan Yin, l'histoire légendaire d'une déesse avec laquelle Avalokiteçvara a été identifiée, et qui, paraît il, était déjà honorée en Chine avant que le bouddhisme y pénétrât.

Dans sa mythologie originelle Avalokiteçvara a exclusivement des attributs mâles, et, en revanche, Kouan Yin chez les Chinois est presque sans exception considérée comme une divinité féminine. Il est vrai que certaines désignations chinoises de la déesse témoignent d'une origine mâle, par exemple le nom de « Grand Seigneur oncle » que l'on donne à Émoui à son incarnation adorée lors des fêtes du septième mois (voy. l'article, II, 2) ; mais il faut admettre que dans la règle les Chinois voient en Kouan Yin une déesse, et en cette qualité le chef de l'Église bouddhique. On se demande comment ceci doit s'expliquer, ainsi que le fait que, lorsque le culte d'Avalokiteçvara fut importé en Chine, on a évidemment exprès évité de lui donner son vrai titre içvara « Prince », et qu'on y a substitué le mot de Yin, svara, « voix, prière », qui y ressemble pour l'oreille, mais non pas pour le sens. Nous tâcherons, en donnant un court aperçu de quelques traditions p.187 chinoises, de fournir la solution du problème. Si l'on accorde à ces traditions un peu plus de confiance qu'au premier coup d'œil elles ne semblent en mériter, on verra que primitivement il y a eu en Chine une espèce de déesse de la Grâce de sexe bel et bien féminin, et beaucoup plus ancienne que l'Avalokiteçvara des bouddhistes. On verra aussi qu'il y a lieu de supposer que les missionnaires hindous, quand ils arrivèrent en Chine, cherchèrent un équivalent indigène de leur Avalokiteçvara ; qu'ils furent aussitôt frappés de l'analogie entre son nom et ses attributs, d'une part, et, d'autre part, ceux de la déesse du pays ; qu'ils résolurent donc de faire passer celle ci pour le prototype de leur dieu, dont ils espéraient ainsi rendre plus aisément le culte populaire ; qu'ils réussirent en démontrant, par un genre de tour de force qui n'a rien de surprenant, que le nom ou le titre de la déesse, Kouan Yin, qui, traduit littéralement, aurait été Avalokita svara, était identique à celui d'Avalokita içvara, et que par conséquent la déesse chinoise était une incarnation de leur dieu à eux ; et enfin qu'ils expliquèrent la différence des sexes au moyen de la doctrine de la métempsychose, en vertu de laquelle chaque divinité peut à sa volonté s'incarner dans n'importe quels êtres mâles ou femelles. Il serait difficile de dépeindre plus fortement et clairement cette aptitude du bouddhisme à s'assimiler des divinités étrangères, que ne l'a fait Köppen dans le passage suivant :

[Trad.] « Unwillkürlich and unmerklich sind von Anfang an, so scheint es, die Volksgötter der Hindu und der priesterliche Brahmâ in die buddhistische Weltanschauung übergegangern ; denn schon in den ältesten einfachen Sûtras and Legenden spielen sie ihre Rolle. Und was anfangs natürlich and absichtslos geschah, ward später das Werk hierarchischer Berechnung. Um recht viele Laien anzulocken, duldete man, dass der nicht geistliche Bekenner des Buddha die gewohnten Gegenstände seiner Andacht auch ferner verehre and sorgte dafür, dass er sie in der neuen Lehre and Kirche wiederfinde. Aber auch abgesehen von der priesterlichen Politiek, lag in der toleranten Tendenz und im Universalismus der Buddhadoctrin die Möglichkeit, die verschiedensten religiösen Elemente sich anzueignen. Denn nach der buddhistischen Ansicht giebt es nur eine Lehre, ein Gesetz, eine Offenbarung — den Dharma, welchen für unser Zeitalter der Sohn der Çâkja in seiner Reinheit wiederhergestellt hat ; die Glaubenssätze, Philosopheme, Priesterlehren and Cultusformen aller Völker des Erdballs sind folglich nur p.188 Ausflüsse, mehr oder weniger dunkle Erinnerungen, Entstellungen and Entartungen des einen und nämlichen Dharma, den vor dem Buddha Çâkjamuni tausend and abertausend Buddhas verkündigt haben. Sämmtliche Religionen sind daher an sich and ursprünglich im Dharma, d. h. im Buddhismus enthalten, wurzeln in ihm and sollen, von ihren Irrthümern and Auswüchsen gereinigt, wieder in ihn zurückkehren. Daher die Geneigtheit der Buddhisten, was der reinen Lehre nicht schnurstracks zu widersprechen scheint, in alien Religionen als Wahrheit anzuerkennen ; daher das Bestreben dieselben sich theoretisch unterzuordnen and ihnen innerhalb des Systems ihre Stellen anzuweisen. Auch für das Christenthum würde der Buddhismus Platz gehabt haben, wenn er in früheren Jahrhunderten mit demselben in lebendige Berührung gekommen wäre. Und der Christus würde zu einem buddhistischen Heiligen, zu einem Bôdhisattva oder auch zu einer früheren Geburt Çâkjamunis gestempelt worden sein 1.

Ce qui est dit ici généralement par rapport à des dieux étrangers au bouddhisme est réellement arrivé en Chine à l'égard de Kouan Yin. Lorsque, peu après l'ère chrétienne, la doctrine fut importée en Chine, Avalokiteçvara fut pour ainsi dire greffée sur une déesse indigène, une certaine Miao Chen, dont nous allons donner l'histoire dans le paragraphe suivant. Nous puisons nos renseignements à ce sujet essentiellement dans un opuscule qui circulait à Makao à une époque où nous y séjournions, et qui a pour titre « Traditions complètes sur la Kouan Yin de la mer méridionale ».

§ 2.

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Dans la onzième année de l'époque du Ciel d'or, c'est à dire en 2587 av. J.-C., vivait en Occident un roi appelé le Spirituel et Excellent. Son nom de famille était P'o, son nom K'ié Piao et son titre Lo Youh 2. p.189 Son royaume s'appelait la Forêt de la Prospérité et son titre royal était Miao Tchoang, c'est à dire le Majestueux admirable. Voici quelles étaient les frontières de son royaume : à l'occident, il s'étendait jusqu'à l'Inde, au nord, jusqu'à Siam, à l'est, jusqu'à Sumatra 1, et au sud, jusqu'à T'ien Tchun 2. Le roi était intelligent, les fonctionnaires vertueux, et le peuple jouissait de la paix et du bonheur. La reine s'appelait Pao Teh, ou la Vertu précieuse. Il y avait déjà quarante ans que son époux occupait le trône, qu'elle ne lui avait encore point donné d'héritier, et, comme elle en éprouvait un vif chagrin, elle conseilla au roi de se rendre avec elle aux collines de l'Occident, au mont des Fleurs, où se trouvait l'image d'une divinité douée d'une puissance miraculeuse si grande que jamais on n'y avait recours inutilement. Ils y allèrent en grande pompe, y présentèrent beaucoup d'offrandes pendant toute une série de jours depuis le 19 du second mois, puis revinrent dans leur royaume, non sans avoir promis aux prêtres une récompense magnifique au cas où la reine deviendrait enceinte.

p.190 En réalité, la reine conçut trois fois et donna successivement le jour à trois filles, Miao Ts'ing, la Belle Pureté, Miao Yin, le Beau Son, et Miao Chen, la Belle Vertu. C'est cette dernière, la cadette, qui devint plus tard Kouan Yin. Or le roi vieillissant de plus en plus et n'ayant toujours pas de fils, il résolut de marier ses filles et de laisser son trône à l'un de ses gendres. Les deux aînées furent unies chacune à un fonctionnaire des plus distingués, mais Miao Chen refusa de se marier et déclara qu'elle préférait passer sa vie dans la réclusion, pour se perfectionner par la méditation et la spéculation, afin de parvenir à l'état de bodhi 3. Mais son père l'entendit avec un grand courroux et voulut la forcer à lui obéir, sur quoi elle le supplia, s'il voulait absolument la marier, que ce fût du moins à un médecin ; car, dit elle,

— Je veux guérir le monde de fonctionnaires incapables et stupides, des fléaux du froid et du chaud, des passions égoïstes et sensuelles, des infirmités de l'âge et de la maladie, de la différence entre les grands et les petits, de l'humiliation de l'indigence et de l'intérêt personnel. Oui, Bouddha est vraiment bodhi ! s'écria t elle enfin.

La fureur du roi ne connut plus de bornes quand il entendit ce langage. Il ordonna que l'on arrachât les vêtements du corps de la princesse, qu'on la chassât dans le parc à coups de fouet, et qu'on l'y enfermât pour qu'elle y mourût de froid et de faim ; mais elle ne perdit rien de sa constance. Elle remercia son père de la sentence qu'il avait prononcée et se soumit avec joie aux privations et aux souffrances auxquelles on la condamna. En vain les dames de la cour s'efforcèrent de lui persuader de revenir au palais ; ni leurs instances, ni rien d'autre ne put la réconcilier au monde, et elle résolut enfin de se retirer dans le monastère des Moineaux Blancs pour y vivre dans la réclusion. Ce monastère était situé dans le district de Loung-Chou, dans le département de Ju Tcheou 1. Le roi n'empêcha pas la p.191 princesse de s'y rendre, parce qu'il espérait que sa fille serait bientôt dégoûtée des austérités de la vie monastique, et reviendrait alors d'elle même aux agréments et aux jouissances du palais.

Dans le couvent on lui imposa, de propos délibéré, les travaux serviles les plus pénibles ; mais elle était aidée par des esprits de toute sorte, même par des tigres et des oiseaux. Sa soumission et son activité firent soupçonner à l'abbesse ce qui se passait ; elle communiqua ses suppositions au roi, et celui-ci imagina un moyen cruel pour remplir sa fille de tant de terreur que cela pût la décider de revenir au palais. Un jour le monastère fut soudain environné par un corps d'armée qui mit le feu aux quatre coins du bâtiment : Folles d'épouvante, les nonnes couraient de côté et d'autre en invoquant le Ciel et la Terre, mais Miao Chen s'adressa au Prince des Monts spirituels et du Monde, qu'elle avait choisi pour lui servir de modèle, et elle le supplia de venir à son secours. En même temps elle prit une épingle qui était plantée dans sa chevelure, s'en piqua la gorge et en cracha le sang vers le ciel ; aussitôt s'amoncelèrent de grandes masses de nuages et il tomba des pluies telles qu'en quelques instants l'incendie fut éteint : Les soldats allèrent en hâte rapporter au roi ce qui était arrivé ; mais ce miracle ne put pas disposer le prince à la douceur, et il ordonna au commandant de la troupe d'aller chercher Miao Chen et de l'amener au palais.

On organisa des fêtes de toute beauté afin de réconcilier la princesse avec la vie du monde ; mais tout fut en vain, et même les menaces de mort ne purent pas l'ébranler. Alors son père résolut de la faire véritablement décapiter. Il la fit traîner hors du palais pour subir le supplice ; mais le dieu tutélaire de la contrée 1 avait déjà fait connaître au Seigneur du Ciel 2 la situation où elle se trouvait, et il avait reçu l'ordre de veiller à ce que son corps ne fût pas mutilé et à ce que son âme fût conduite dans les lieux infernaux. Lors donc que le bourreau brandit son sabre pour lui couper la tête, l'arme se brisa soudain ; il voulut alors la transpercer d'une lance, p.192 mais une main invisible fendit celle ci en deux ; il ne resta donc au bourreau d'autre ressource que d'étrangler la victime. Pendant l'exécution, il souffla tout à coup un grand vent d'orage ; le ciel fut obscurci et une lumière éclatante parut autour de Miao Chen ; alors le dieu tutélaire de l'endroit, ayant pris la forme d'un tigre, bondit hors de la forêt ; les spectateurs épouvantés s'enfuirent dans toutes les directions, et le tigre emporta sur son dos le cadavre dans la montagne. Les bourreaux et les soldats consternés accoururent auprès du roi pour lui apprendre ces évènements ; mais le prince ne s'effraya pas ; il considéra cet enlèvement comme un châtiment d'en haut qui continuait à s'appesantir sur sa fille même après sa mort, pour la punir de son manque d'amour filial et de sa désobéissance.

Le corps de Miao Chen était donc resté parfaitement entier, de sorte qu'il ne s'était pas non plus perdu la moindre parcelle de son âme. Elle avait un sentiment semblable à celui d'un rêve, comme si elle avait flotté sur les nuages, et elle s'étonna fort de se trouver en un lieu où il n'y avait ni soleil, ni lune, ni étoiles, ni montagnes, ni plantes, ni hommes, ni bêtes. Soudain elle vit paraître devant elle un jeune homme revêtu d'azur. Il rayonnait de lumière tout en s'avançant vers elle, une longue banderole à la main, et il lui dit qu'il lui était envoyé par Yama, le dieu des lieux infernaux 3. p.193 Il la pria poliment de le suivre en enfer pour y être témoin de toute la misère et des tortures auxquelles les pécheurs sont en proie après leur mort. Mais partout où elle se montra, sa puissance miséricordieuse se manifesta, et les âmes torturées, assistées de ses prières et de ses bénédictions, purent retourner en foule sur la terre. Les princes de l'empire infernal désirèrent entendre aussi ces prières si puissantes. Elle déféra à ce vœu, en y mettant la condition qu'alors toutes les âmes seraient délivrées de l'enfer ; on consentit, et en un clin d'œil le lieu de tourments fut transformé en un paradis de délices. Toutes les âmes retournèrent sur la terre, mais Yama, voyant qu'elle détruisait son empire, se hâta de renoncer aux droits qu'il avait sur son âme et la fit reconduire sur la terre sans perdre une minute.

Quand Miao Chen se réveilla, elle fut fort embarrassée, ne sachant pas où aller ; mais Sakyamouni, l'illustre fondateur du bouddhisme, vint à elle sur un nuage et lui proposa de se rendre à la montagne de P'ou T'o 1, dans l'île de l'Encens, où elle pourrait suivre sa vocation ; et comme elle avait, pour y arriver, à franchir trois mille milles, il lui donna une pêche du jardin du plus haut ciel, qui devait la préserver pendant un an de la faim p.194 et de la soif, et de plus lui procurer la vie éternelle 2. Elle se mit en route, mais, voyant sa fatigue, la planète Vénus ordonna au dieu local de l'île de se changer en tigre et d'aller à sa rencontre. Le dieu obéit et porta Miao Chen sur son dos à l'île de P'ou T'o, avec la rapidité du vent.

Quand elle y eut passé neuf ans dans la contemplation, un bouddha rédempteur dit au dieu de l'île :

— Maintenant elle a conquis un degré de perfection plus élevé que celui qu'aucun bouddha ait atteint jusqu'à ce jour, et déjà elle domine et gouverne tous les bodhisattvas : c'est aujourd'hui le 19 du second mois, et il nous faut lui faire prendre une place élevée, pour le bonheur et le salut des peuples.

Là dessus le dieu de l'île convoqua toute l'armée des dieux et des déesses, qui vinrent présenter leurs hommages à Miao Chen, assise pour les recevoir sur son trône de fleurs de lotus. Quand elle eut ainsi été élevée au rang de bouddha, on jugea nécessaire de lui adjoindre un disciple pour l'aider et la seconder, mais la difficulté était de trouver quelqu'un qui fût digne d'elle. Alors se présenta un jeune homme appelé Hoan Chen Tsaï, c'est à dire « celui qui prie pour avoir la vertu et le talent ». Il déclara qu'étant devenu orphelin, il s'était adonné à la sainteté bouddhique, mais qu'il n'était pas encore parvenu à la perfection, et qu'il avait franchi des milliers de milles uniquement pour venir se mettre au service de la déesse. Miao Chen ne voulut toutefois pas le prendre sans épreuve. Elle ordonna donc au dieu de l'île de se changer avec les autres dieux en bande de brigands et d'assaillir la montagne. On lui obéit, et Miao Chen, affectant une grande terreur, appela au secours à grands cris, se mit à fuir, et se laissa choir dans un profond précipice, comme par malheur. Mais Chen Tsaï n'hésita pas à sauter après elle, et Miao Chen lui sauva la vie par sa puissance miraculeuse. Un instant plus tard, il se trouvait sain et sauf au bord du précipice à côté de la déesse qui lui montrait un cadavre étendu par terre : c'était son corps à lui ; il en était débarrassé et affranchi, et, avec lui, de toute matière terrestre. Dès lors Chen Tsaï seconda fidèlement sa maîtresse dans toutes ses bonnes œuvres, accomplies pour le bien de l'humanité.

p.195 Bientôt Miao Chen acquit un second disciple, cette fois du sexe féminin ; c'était une petite fille du Roi-dragon des mers 1. Le troisième fils de cette divinité parcourait un jour les flots sous la forme d'un poisson, lorsqu'il se trouva enfermé dans les filets d'un pêcheur, qui le prit et le mit en vente au marché. L'œil qui voit tout de Miao Chen découvrit le danger qu'il courait, et elle ordonna à Chen Tsaï de revêtir la forme humaine, d'aller acheter le poisson, et de lui rendre la liberté. Il obéit, et pour marquer sa reconnaissance, le Roi-dragon offrit à Miao Chen une perle qui éclairait pendant la nuit, afin qu'elle pût lire les saints livres quand il faisait obscur. Il avait chargé de son message la propre fillette du prince racheté, Loung Nu 1, et celle ci, gagnée à son tour par le désir d'acquérir la sainteté bouddhique, pria Miao Chen de lui permettre de la suivre. Bien loin de lui refuser sa demande, la déesse l'unit à Chen Tsaï, de sorte qu'ils furent comme frère et sœur 2.

Quant au roi Miao Tchoang, qui avait eu la cruauté de faire mettre le feu au monastère, puis de faire étrangler sa fille, le Ciel, pour le punir, lui envoya une maladie terrible. Son corps tombait en pourriture, il endurait des souffrances atroces et était couvert de pustules et d'ulcères. Miao Chen aperçut son état sans qu'elle eût quitté son île, et le malade ayant fait publier un édit pour convoquer à la cour tous les meilleurs médecins du royaume, elle prit la forme d'un vieux prêtre et se fit annoncer auprès de son père. Dès qu'elle eut été admise en sa présence, elle déclara que le seul remède capable de le guérir était la main et l'œil d'un de ses proches ; tous deux, dit le vieux prêtre, se trouvaient dans l'île de P'ou T'o, et devaient procurer une guérison immédiate, si on les p.196 appliquait sur le malade avec des plantes médicinales. Sur le champ le roi envoya deux de ses ministres à la recherche des deux bizarres médicaments, mais ses deux gendres furent très mécontents de ce qui se passait, et résolurent d'assassiner le prêtre et d'empoisonner le roi, afin de se rendre du coup maîtres du trône. Miao Chen avait l'œil ouvert sur ces menées. Un complice des gendres apporta le poison au roi en prétendant que c'était un remède préparé par le prêtre ; mais elle avait fait prendre à Chen Tsaï la forme d'un serviteur, et celui-ci reçut la coupe empoisonnée et en répandit le contenu par terre. En même temps, un assassin ayant pénétré dans l'appartement du prêtre pour le tuer, il fut soudain comme paralysé ; il perdit momentanément l'usage de tous ses membres, et il fut aisé de le garrotter. Les deux gendres, se voyant sur le point d'être démasqués et condamnés à une mort ignominieuse, s'empoisonnèrent ; les deux princesses, leurs épouses, avaient trempé dans leurs méchants desseins et furent reléguées dans les appartements intérieurs pour y vivre dans la réclusion. Alors elles se repentirent de leur crime et résolurent de suivre l'exemple de leur sœur. Elles se vouèrent à la sainteté pour parvenir au Nirvâna, si bien qu'au bout de quelque temps Miao Chen et Chen Tsaï leur apparurent sous la forme d'un tigre bleu et d'un éléphant blanc et les emportèrent dans des régions meilleures, pour les mettre hors de l'atteinte de tout ce qui est de ce monde.

Lorsque les ambassadeurs du roi arrivèrent à l'île de P'ou T'o, Chen Tsaï les reçut et les présenta à Miao Chen. Celle ci leur offrit immédiatement son œil gauche et sa main gauche ; un des envoyés en prit possession et les apporta sur un plat à la cour. La reine fut consternée, car elle crut aussitôt reconnaître la main de sa fille ; mais le prêtre la rassura, mélangea cette chair avec ses remèdes et guérit avec cet onguent tout le côté gauche du roi. Comme l'autre côté du malade était resté dans le même état qu'auparavant, les envoyés du roi, sur le conseil du prêtre, retournèrent à l'île pour aller chercher aussi l'œil droit et la main droite. Le prêtre s'en servit pour achever la guérison commencée, puis il monta sur un nuage et disparut.

Personne à la cour ne doutait que ce ne fût la propre chair de Miao Chen qui avait servi à guérir le roi ; car une petite tache que la reine avait découverte à la main gauche et la description que les ambassadeurs firent p.197 de la personne à qui ils avaient été présentés, ne permettaient pas la moindre incertitude. C'est pourquoi le couple royal, plein de gratitude, résolut de se rendre dans l'île pour y remercier sa divine fille et lui faire hommage.

Nous laisserons à l'imagination du lecteur le soin de se figurer mille embûches tendues sur la route au roi et à la reine par les esprits et les fantômes, embûches chaque fois déjouées par Miao Chen, et nous passerons de même sur les innombrables luttes soutenues par la déesse contre une multitude de ces êtres malfaisants, qu'il va sans dire qu'elle vainc toujours et qu'elle détruit. Le couple finit par arriver dans l'île, où il aperçoit aussitôt Miao Chen, sans bras et sans yeux, assise sur son trône. Cette mutilation n'empêche pas ses parents de la reconnaître du premier coup d'œil ; tout bouleversé et profondément repentant, le prince exprime son ardent désir de pouvoir rendre la vie à sa fille, et avec la vie « les bras et les yeux complets » 1 ; à peine a t il manifesté ce vœu, qu'en réalité Miao Chen se trouve devant lui, saine et avec tous ses membres. Ce miracle achève la conversion du couple royal, qui se décide, à l'exemple de Miao Chen, à renoncer au monde et à se vouer à la vie ascétique.

— Quoique cette biographie légendaire de Kouan Yin soit un vrai tohubohu d'éléments bouddhiques et taoïques, elle fournit des arguments en faveur de notre thèse, que Kouan Yin a existé comme divinité en Chine avant l'introduction du bouddhisme dans cet empire. La date à laquelle sa naissance est placée, c'est à dire 25 siècles avant notre ère, quoique sans valeur positive, est tout à fait favorable à notre opinion. Il est vrai que quelques écrivains chinois rejettent cette haute antiquité et veulent identifier le roi Tchoang avec un empereur du même nom qui appartient à la dynastie de Tcheou, et qui a régné au sixième siècle avant notre ère ; mais cela ne va point à l'encontre de notre thèse, puisque le règne de l'empereur Tchoang précède encore de sept siècles l'introduction du bouddhisme en Chine. Rappelons encore que notre hypothèse explique d'une p.198 manière satisfaisante les attributs féminins de la Kouan Yin, alias Miao Chen, de la Chine, attributs que ne possède pas l'Avalokiteçvara du bouddhisme, et qu'elle explique aussi la fausse interprétation, évidemment intentionnelle, du nom du dieu hindou ; tout cela a été développé page 187. Il y a encore une autre chose dont la biographie légendaire de Miao Chen donne l'explication, c'est la manière dont on représente la déesse et les attributs qu'on lui donne. D'ordinaire elle a une attitude méditative, debout ou assise soit sur un nuage, soit sur une fleur de lotus, avec une auréole autour de la tête. A côté d'elle, devant ou derrière elle, Loung Nu tient à la main une grosse perle d'où jaillit une flamme lumineuse ; de l'autre côté, Chen Tsaï élève vers elle ses mains jointes comme pour la prière. Kouan Yin tient un rouleau de papier






Pl. XIV. KOUAN-YIN

Bronze chinois du XVIIIe siècle. Haut. 39.4 cm.

ou un livre, symbole des prières qu'elle a récitées et qui lui ont valu la sainteté bouddhique, comme elles peuvent la valoir à tout autre mortel et lui faire conquérir le Nirvâna. D'autres fois on lui met à la main un rameau vert, avec lequel elle est censée faire autour d'elle des aspersions de nectar divin. Cette sainte liqueur, l'Amrita des Hindous, porte chez les Chinois le nom de « douce rosée » 1 ; les prêtres en font dans certaines circonstances des aspersions dans l'air, afin de désaltérer les esprits et les fantômes ; cela a lieu en particulier dans le septième mois 2, le jour de l'alimentation des âmes qui sont en enfer. C'est pourquoi l'on voit souvent aussi à côté de l'image de Kouan Yin un vase, qui est censé contenir le nectar. Enfin elle a souvent près d'elle un oiseau qui lui apporte dans son bec un collier de perles, signe de sa dignité.

Le lecteur devine que tous ces attributs et accessoires n'accompagnent pas nécessairement chaque image de la déesse. Il arrive même souvent que pour la représenter on se contente tout uniment d'un morceau de papier, sur lequel se trouvent son nom ou l'un de ses titres. Quand son image est peinte sur la paroi, elle n'est presque jamais sans acolytes ou sans attributs ; mais quand c'est une statuette de métal, de porcelaine ou d'argile, on place rarement à côté l'oiseau ou l'un des deux disciples. L'histoire légendaire de Miao Chen explique aussi pourquoi on représente souvent Kouan Yin assise p.199 sur un tigre. En effet, dans la légende, un dieu local changé en tigre l'emporte sur son dos après que le bourreau lui a ôté la vie ; un autre dieu, déguisé de la même manière, l'emmène à P'ou T'o ; enfin elle même, sous la forme d'un tigre, transporte sa sœur dans les régions meilleures. On a vu à la page 182 comment l'on représente aussi Kouan Yin avec un enfant sur les bras, en qualité de patronne que l'on invoque pour faire cesser la stérilité. Il y a cependant des personnes qui voient dans cet enfant l'image de son jeune disciple, Chen Tsaï.

Pour terminer, qu'il nous soit permis de dire un mot du culte qui se rend régulièrement dans le cours de l'année à la déesse de la Grâce divine dans le Fouhkien méridional. Ses trois fêtes principales se célèbrent le 19 du second mois, du sixième mois et du neuvième mois. Le premier de ces trois jours est en premier lieu celui où, d'après la légende, les parents de Miao Chen ont accompli auprès de l'image miraculeuse le pèlerinage qui a amené la grossesse de la mère de la déesse, et, en second lieu, le jour où dans l'île de l'Encens tous les dieux et les déesses ont consacré Miao Chen comme chef de tous les bouddhas. Quant aux deux autres jours, les Chinois sont embarrassés à expliquer pourquoi on les fête. Quelques uns prétendent que ce sont les jours de naissance des sœurs de la déesse ; d'autres veulent que ce soient les anniversaires de sa propre naissance, de sa mort, du jour où elle reçut le collier de perles qu'elle porte au cou ; bref, ils ne semblent pas bien certains eux mêmes de la signification qu'il faut donner à ces fêtes. Toutes les trois se célèbrent à peu près par les mêmes offrandes. On place les « plats d'offrande » ordinaires, dont il a été parlé à la page 50, devant les dieux domestiques, parmi lesquels, comme on sait 1, elle a sa place, et on présente l'offrande avec les cérémonies d'usage, en brûlant du papier d'or et de l'encens. Toutefois on n'offre point de chair à Kouan Yin, parce qu'elle est une déesse de la secte bouddhique, qui défend sous peine de péché mortel de tuer aucune créature vivante et de faire usage d'aucune nourriture animale. Les pauvres se contentent de présenter l'offrande de sucreries, tsièn áp, dont nous avons parlé à la page 8.

En sa qualité de patronne des femmes mariées, les femmes d'Émoui jeûnent à la façon bouddhique en son honneur. Quelques unes s'abstiennent p.200 dans ce but de toute nourriture animale le 3, le 6 et le 9, le 13, le 16 et le 19, le 23, le 26 et le 29 de chaque mois ; cette manière de jeûner s'appelle tsiáh sam lák-kaó, « manger le 3, 6 et 9 », parce que ces chiffres reviennent dans les trois séries de jours de jeûne. D'autres se réduisent aux aliments végétaux le 1 et le 15 de chaque mois, et appellent cela tsiáh tch'oï it tsap gō, « manger le 1 et le 15 » ; mais il y en a aussi qui s'abstiennent absolument de chair et de poisson, et cela s'appelle tsiáh tûng tsaï, « manger le long jeûne ». D'autres s'en abstiennent tous les jours au repas du matin, tsiáh tsá tsaï, « manger le jeûne matinal », ou enfin ne prennent rien du tout le matin, kiém toā tùng, « rester sans grand repas » (repas du matin). Les Chinois m'ont assuré qu'à Émoui, où les femmes se distinguent par leur dévotion à Kouan Yin, soixante dix pour cent au moins d'entre elles jeûnent en son honneur suivant quelqu'une de ces méthodes, et en outre beaucoup d'entre elles lisent des livres de piété et marmottent des prières, après s'être lavées et avoir changé de linge, les jours où elles jeûnent. Les hommes se préoccupent fort peu du culte de la déesse de la Grâce divine ; ils abandonnent le soin d'invoquer les bénédictions d'en haut aux femmes, qui, du reste, considèrent la chose comme formant un élément indispensable de leurs devoirs domestiques.

Kouan Yin est aussi la patronne des filles publiques et des prostituées. Il est rare cependant que celles ci osent placer ouvertement son image dans leurs maisons, peut être pour ne pas faire honte à leur patronne ; elles vont l'adorer dans quelqu'un de ses temples, que l'on trouve dans toutes les villes chinoises.

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VINGT DEUXIÈME JOUR DU DEUXIÈME MOIS

FÊTE DE KEH SING ONG

p.201 Cette divinité appartient en propre au Fouhkien, et elle s'y est fait sa place parmi les dieux domestiques qui y sont vénérés. On peut sans hésiter, l'appeler le saint tutélaire de la province. Nous renverrons son histoire et les légendes qui ont cours sur son compte à notre article sur le 2 du huitième mois, parce que nous pourrons décrire là en même temps les pèlerinages qui se font dans ce mois à son temple de An K'oï.

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TROISIÈME JOUR DU TROISIÈME MOIS

FÊTE DU TROISIÈME MOIS

p.202 Prémices du blé offertes aux dieux domestiques. Prototype de cette offrande dans le Livre des Rites. Offrande qui se fait sur le continent en mémoire de ceux qui périrent dans la guerre contre Koxinga. Opérations militaires de Koxinga dans cette partie du Fouhkien. Il s'établit à Formose.

Offrande qui se fait aux ancêtres, le 3 du troisième mois, à Émoui. Le siōng-soù. Les douze mois de l'année chinoise. Noms du jour de fête.

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Ce jour n'est pas consacré au culte d'une divinité particulière, mais plusieurs familles, du moins à Émoui, ont l'habitude de le célébrer par une offrande en l'honneur des dieux domestiques pris collectivement. Il est probable que l'idée fondamentale qui a donné lieu à cet usage est celle d'invoquer la bénédiction des dieux sur le blé qui mûrit. En effet, quand s'ouvre le troisième mois, le blé d'hiver a déjà été en partie moissonné, ou du moins il est presque prêt à être coupé 1, et il est donc convenable d'en offrir quelque chose aux puissances supérieures. On fait dans ce but de petits gâteaux de farine, que l'on offre aux dieux de la maison, en compagnie des trois ou des cinq offrandes de chair ordinaires et des autres objets habituels (voy. la page 31). Quelques personnes — pas du tout tout le monde — font en p.203 outre une offrande aux ancêtres. Mais il faut tenir compte de ceci : comme on le verra quand nous parlerons du déblaiement des tombeaux, on fait le jour de cette cérémonie une offrande générale aux tablettes ancestrales ; à Émoui on ne célèbre dans la règle que ce seul jour d'offrande, ce qui fait que, tandis que sur le continent on présente en outre généralement une offrande aux ancêtres le 3 du troisième mois, à Émoui cela n'a lieu qu'exceptionnellement. On verra tout à l'heure pourquoi.

Il est probable que l'offrande que nous venons de mentionner a eu pour prototype celle dont, dans une haute antiquité, l'empereur s'acquittait dans le dernier mois du printemps. C'est encore au Li-ki, ce document inappréciable des temps les plus anciens, que nous devons de connaître l'existence de cette antique offrande impériale. On y lit dans le chapitre des « Prescriptions mensuelles » :

« Au dernier mois du printemps l'empereur présente des vêtements couleur d'aster aux empereurs défunts ». Les commentateurs disent que la couleur jaune de l'aster est ici symbolique des feuilles bourgeonnantes du mûrier, car l'offrande en question avait pour but la prospérité de la culture de la soie. Ensuite, continue le Li-ki, « l'empereur se rend premièrement » dans un bateau, offre un esturgeon dans le temple ancestral et prie pour « que le froment soit plein ». On peut conclure de cela avec une certitude presque absolue que cette prière pour le froment était accompagnée de l'offrande des prémices de la moisson, car, lisons nous, l'empereur offrait des vêtements pour la prospérité de la culture de la soie et du poisson pour celle de la pêche ; n'aurait-il donc point offert de froment lorsqu'il priait pour la prospérité de cette plante ? 1 On lit aussi dans le Hia siao-tching cet antique calendrier de la dynastie de Hia dont nous avons parlé à la page 88, que dans le troisième mois « on prie pour que le froment soit plein » 2.

Nous avons dit déjà que sur le continent autour d'Émoui on a p.204 généralement la coutume de faire deux offrandes aux ancêtres dans la seconde moitié du printemps. L'une des deux se rapporte à la fête des tombeaux et nous y reviendrons par conséquent à l'occasion de cette fête ; mais l'autre, celle du 3 du troisième mois, peu pratiquée à Émoui, et au contraire très en usage sur le continent, semble se rattacher aux évènements militaires dont cette partie de la province a été le théâtre dans la seconde moitié du dix septième siècle. Le célèbre Koxinga, dont beaucoup d'auteurs hollandais font à tort un pirate vulgaire, refusait de reconnaître la dynastie tartare, qui s'était emparée du trône de la Chine et qui avait déjà réussi à soumettre toutes les provinces ; mais Koxinga, maître encore de la partie méridionale des mers chinoises, continuait à y soutenir énergiquement la cause de la dynastie légale, celle de Ming. Il fit en 1653 une descente à Émoui et assiégea Háï Tîng, forteresse située sur la rive méridionale de la rivière des Dragons. Il remporta une sanglante victoire navale sur les Tartares ; Háï Tîng tomba en son pouvoir et il pilla et ravagea tout le Midi de la province. Cependant, après d'innombrables combats, qui coûtèrent la vie à des multitudes d'êtres humains, il fut forcé d'évacuer le continent. Enfin, ayant fait sans succès quelques tentatives sur les côtes situées plus au nord, il alla tenter la fortune à Formose, en face du Fouhkien. On connaît trop bien les détails de cette entreprise, qui aboutit à l'expulsion des Hollandais, pour que nous nous y arrêtions.

Au dire des Chinois, l'offrande du 3 du troisième mois a été instituée en souvenir des combattants tombés à cette époque de trouble et de sang. Mais, comme la situation insulaire d'Émoui la mettait à l'abri des coups de main et par conséquent des scènes de meurtre et de carnage, on n'y célèbre pas ce jour de commémoration des victimes de la guerre. Ajoutons néanmoins qu'il y a un assez grand nombre de personnes qui ce jour là font une offrande aux ancêtres ; seulement cette offrande se rapporte au déblaiement des tombeaux et non pas aux guerres de Koxinga.

Du reste, ce n'est que sous réserve que nous donnons cette explication du fait que l'offrande ancestrale se fait deux fois à si court intervalle, car en Chine il ne faut jamais faire grand fond sur les dires des gens. Dès qu'on demande aux Chinois l'explication de quelque trait de leurs usages, p.205 ils sont embarrassés, ou bien ils vous font un récit les trois quarts du temps tellement tiré par les cheveux qu'il est impossible d'y attacher quelque importance. Ce n'en est pas moins un fait que la seconde moitié du printemps est particulièrement réservée pour le culte des défunts. En même temps on accorde une grande attention au feu solaire, qui remporte, après l'équinoxe du printemps, la victoire sur la nuit et les ténèbres, et nous aurons amplement l'occasion de nous en occuper dans les articles qui nous séparent encore de l'été. On a déjà pu voir, lorsqu'il était question de la fête des lanternes, que l'on rend hommage dans les premières semaines du printemps à la lumière solaire grandissante ; de même, les dernières sont consacrées au soleil, qui maintenant rend les jours plus longs que les nuits, et triomphe ainsi de l'esprit des Ténèbres. Cette période s'appelle à Émoui siōng soù 1, ou « première partie de la période de perfection (de l'énergie solaire) ». Cette expression s'emploie cependant souvent, dans p.206 un sens plus restreint, pour désigner le troisième jour du troisième mois, parce que cette date coïncide à peu près avec l'équinoxe, lorsque le nouvel an se célèbre aussi tôt que possible, le 21 janvier. Alors, à l'équinoxe, p.207 les trois premiers mois de la croissance du soleil, qui est né au solstice d'hiver, sont écoulés, et l'astre entre dans la seconde phase de son accroissement de force, pour parvenir au bout de trois nouveaux mois à son maximum. C'est pourquoi, lorsque l'expression de siōng soù est appliquée au troisième jour du troisième mois, on pourrait la traduire par « (commencement de) la plus grande perfection (de l'énergie solaire) ».

Ajoutons en terminant qu'à Émoui la fête du 3 du troisième mois porte le nom de sam djít tsoïh, « époque du troisième jour », ou sam géh tsoïh, « époque du troisième mois ».

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ÉPOQUE DU MANGER FROID

p.208 § 1. Extinction et renouvellement des feux, usage généralement répandu chez les peuples qui adoraient le soleil. Renouvellement des feux des Vestales, au printemps, à Rome ; fête du feu au printemps en Syrie, en Perse, en Égypte et en Grèce. Défense de faire du feu en Chine, et prescriptions y relatives sous la dynastie de Tcheou. Miroirs employés pour emprunter le nouveau feu au soleil. Le Tcheou li, « Livre des Rites de la dynastie de Tcheou ». Emploi de miroirs ardents pour allumer au moyen des rayons du soleil les feux des sacrifices au Pérou, lorsque florissait l'empire des Incas.

Légende relative à la défense de faire du feu en Chine. L'empire de Tsin. Opinion de Li Feou sur le renouvellement des feux au printemps. Cet usage est fondé sur le culte du soleil, qui se célébrait au printemps chez les Chinois, de même que chez les anciens Égyptiens, Perses, Grecs et Romains. Renouvellement du feu la veille de Pâques dans les églises catholiques romaines et grecques. L'époque du manger froid peut en quelque mesure se comparer à notre carême et aux fêtes de deuil qui précédaient dans l'antiquité le moment, où le soleil franchit l'équinoxe du printemps.

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