Les fêtes annuellement céLÉBRÉes à





titreLes fêtes annuellement céLÉBRÉes à
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Pl. I. LES SEIGNEURS DES TROIS MONDES

Cependant, lorsqu'il y a une seconde personne présente, la première lui remet parfois les bâtons d'encens p.009 pour les planter dans la cendre. Enfin celui qui accomplit le rite s'agenouille et touche au moins trois fois la terre de sa tête 1. Cette cérémonie accomplie, on fait une offrande semblable, à laquelle les mêmes objets peuvent servir, aux esprits du Ciel, de la Terre et de l'Eau, qui sont connus sous le nom de Sam-Kàï-Kong ou « Seigneurs des trois Mondes ». Les Chinois eux-mêmes p.010 sont peut-être les moins au clair sur ce qu'ils entendent par ces trois divinités. Quelques uns disent que ce sont, 1° l'esprit qui préside au ciel ou au firmament, le t'ien-koan ; 2°, celui qui préside à la terre et à l'enfer, le tē-koan ; et, 3° celui qui préside à l'atmosphère et à l'eau, le soúi-koan. Souvent, mais à tort, on remplace le troisième par le djîn-koan, ou esprit qui préside au destin des hommes. Les jours de fête spécialement consacrés au culte de chacune de ces trois divinités (jours de naissance, sing-djít, comme les Chinois d'Émoui les appellent) tombent respectivement sur le 15 du premier, du septième et du dixième mois 1.

Les objets qui servent pour les offrandes au dieu du Ciel et aux Seigneurs des trois Mondes sont plus ou moins abondants et de qualité plus ou moins précieuse suivant la richesse et le degré de dévotion des adorateurs. On offre souvent, outre les objets déjà mentionnés, des fruits et des pâtisseries ; on orne de fleurs la table qui sert d'autel, et jamais on ne néglige d'y déposer un petit plat d'oranges. D'ordinaire on n'enlève la table que dans le cours du troisième jour, car les mêmes objets doivent être offerts aux mêmes divinités les deux jours après le nouvel-an. Ces deux fois cependant on supprime la génuflexion, et l'adorateur se contente d'accomplir le rite du tch'ioùn-dziā, que nous avons décrit. La cérémonie se termine les trois fois en faisant partir des pétards, auxquels les étrangers en Chine donnent p.011 généralement le nom anglais de « crackers ». On les fait d'ordinaire partir devant la porte ouverte et cet acte s'appelle en chinois pàng p'ào.

Les « crackers » sont de petites cartouches en papier épais et solide, remplies de poudre. Anciennement on les faisait en bambou. Une petite mèche est introduite à l'extrémité, du reste fermée, de la cartouche ; elle communique le feu à la poudre, qui fait éclater le papier avec bruit. Ils sont donc construits sur le même principe que les pétards et les serpenteaux qui font la joie de nos gamins. Toujours on en fait une guirlande en attachant les mèches à une ficelle inflammable, dont on fixe souvent une des extrémités au bout d'un bâton. On allume l'extrémité inférieure de la guirlande, le feu se communique successivement à tous les pétards, qui partent les uns après les autres avec une grande rapidité ; cela fait comme une fusillade, dont le bruit remplit tout le quartier. Il ne s'accomplit guère de cérémonies religieuses sans qu'on les termine par ces feux d'artifice. Du reste, ils forment une partie indispensable des fêtes de toute espèce, et il arrive rarement qu'un Européen se mette en voyage pour rentrer dans sa patrie sans que son personnel fasse partir en son honneur une bruyante pétarade en guise d'adieux.

On a prétendu et on prétend encore que ces pétarades ont pour but d'effrayer les mauvais esprits qui errent par les rues et qui épient quelque occasion de se glisser dans les maisons. Une autre opinion veut qu'elles soient destinées à attirer l'attention des divinités sur les offrandes que l'on vient de leur présenter. Cependant dans les classes les plus cultivées de la société on n'y voit qu'une manifestation de joie. Chez nous aussi on tire le canon dans les réjouissances publiques ; on fait partir des feux d'artifice à l'occasion de noces et d'autres fêtes, et l'on peut sans crainte admettre que les « crackers » des Chinois ont, en général, aussi cette signification 1.

p.012 La pétarade est terrible dans les rues, surtout durant la nuit du jour de l'an. Chaque famille accomplit les cérémonies de l'offrande à l'heure qui lui convient, et comme il y en a beaucoup qui commencent déjà à minuit, tandis que d'autres attendent jusqu'au lever du soleil, il s'ensuit que plusieurs heures durant tous les bruits disparaissent au milieu de l'infernal p.013 concert des explosions. Les Européens qui habitent une ville chinoise doivent renoncer au sommeil pendait cette nuit-là. Et ce n'est pas fini. La pétarade continue plus ou moins nourrie pendant les jours suivants, où se font encore des offrandes, et il se brûle une si immense quantité de ces cartouches dans certaines villes que les paysans de la banlieue y viennent balayer les débris restés dans les rues afin de les employer comme engrais.

Offrande aux dieux domestiques.

De même que les anciens Romains avaient leurs Lares, les Chinois ont leurs dieux domestiques. Leurs images se trouvent d'ordinaire dans une armoire ouverte, placée en face de l'entrée principale de la maison. Devant l'armoire se trouvent à demeure un encensoir et deux chandeliers, tout prêts à recevoir les bâtonnets d'encens et les cierges que l'on pourrait vouloir offrir aux dieux. Plus loin nous décrirons chacun de ces dieux en particulier en traitant du jour consacré à son culte. Il suffira ici de savoir qu'à Émoui on en distingue dans la règle quatre, savoir :

  1. Koan-Im-Póut-Tsó, déesse de la Grâce (voy. le 19e jour du 2e mois).

  2. Keh-Sìng-ông, le saint prince Keh (voy. le 22e jour du 2e mois),

  3. T'ó-Tī-Kong, dieu de la Terre et aussi de la Richesse (voy. le 2e jour du 2e mois).

  4. Tsaò-Koun-Kong, le duc-prince de la Cuisine, dieu de la Cuisine (voy. le 3e jour du 8e mois).

Il n'y a pour ainsi dire pas de demeure à Émoui où l'on ne puisse être sûr de trouver au moins un de ces quatre dieux, outre les dieux spéciaux que l'occupant de la maison adore en raison de son rang ou de son genre d'occupation. Nous reviendrons plus loin sur les principaux de ces dieux spéciaux. Lorsque les quatre dieux domestiques dont nous avons donné les noms se trouvent réunis, la déesse de la Grâce occupe le fond du tabernacle, et devant elle prend place Keh-Sìng-ông avec le dieu de la Richesse et le prince de la Cuisine à sa droite et à sa gauche. L'image de la déesse de la Grâce est d'ordinaire un peu plus grande que celles des trois autres divinités.

On doit le jour de l'an faire une offrande commune à tous ces dieux p.014 domestiques, afin d'obtenir leur bénédiction pour l'année qui commence. Une table autel se place devant le tabernacle et l'on y dépose à peu près les mêmes objets que pour l'offrande au dieu du Ciel, seulement la quantité en est généralement moindre. Chaque membre de la famille à son tour, en commençant par le plus âgé, doit offrir de l'encens, s'agenouiller et toucher plusieurs fois le sol avec sa tête. Dans quelques familles on brûle des morceaux de bois de santal et l'on ajoute des fleurs et des oranges à l'offrande. De même que la table où se trouve devant la porte principale l'étalage en l'honneur du dieu du Ciel et des Sam Kàï Kong, celle qui a été dressée devant le tabernacle des dieux domestiques n'est pas desservie avant le troisième jour, l'offrande devant se répéter chacun des deux matins qui suivent le jour de l'an. Il n'est point nécessaire cependant, pour la seconde et la troisième offrande, de frapper le sol de la tête ; il suffit d'incliner à plusieurs reprises le haut du corps en tenant dans ses mains jointes des bâtons d'encens, que l'on plante ensuite dans l'encensoir (tch'ioùn-dziā, voy. ci-dessus). On doit renouveler le second et le troisième jour le thé qui se trouve sur la table des offrandes. Les riches dressent souvent trois tables différentes, une pour le Ciel, une pour les Seigneurs des trois Mondes, et une pour les dieux domestiques ; mais les pauvres ont ordinairement à se contenter d'une seule. Régulièrement après chaque offrande on fait partir des pétards.

Indiquons brièvement ici quelles offrandes périodiques se font collectivement en l'honneur des dieux domestiques, en outre des grandes offrandes spéciales qui se font à chacun d'entre eux au jour qui lui est consacré, et dont nous parlerons plus loin. Le matin du premier et du quinze de chaque mois, on place devant leur autel trois tasses de thé avec des cierges et de l'encens allumés ; le soir du même jour on brûle encore des cierges et de l'encens. Les bâtons d'encens se plantent dans le cendrier après avoir été présentés aux dieux par la cérémonie du tch'ioùn-dziā déjà décrite. On ne s'agenouille pas et on ne frappe pas le sol de la tête.

En outre, tous les soirs sans exception, on allume des cierges et de l'encens devant tous les dieux, mais on n'offre point de thé et il n'y a pas de cérémonie le matin, comme le premier et le quinzième jour du mois.

Compliments aux parents.

Suivant une règle dont on ne s'écarte pas, les enfants ne vont pas p.015 souhaiter la bonne année à leurs parents avant que l'on ait rendu hommage aux dieux ; car les dieux sont plus grands que les parents et doivent prendre le pas sur eux. Mais quand l'offrande en l'honneur des dieux domestiques est achevée, les parents s'assoient, pour recevoir les compliments de leurs enfants, à côté de l'autel où sont placées les idoles et les tablettes ancestrales, qui sont décrites ci-dessus dans le présent article. Les fils s'avancent ; l'aîné le premier, et tour à tour ils s'agenouillent et se mettent en devoir de frapper le sol de leur tête ; mais les parents ne leur permettent jamais d'aller jusqu'au bout et leur commandent de se lever avant qu'ils aient fini, — ce que l'étiquette chinoise veut que l'on fasse toujours à l'égard de celui qui se prosterne. En saluant leurs parents les enfants disent d'ordinaire : Hō sī-toā lâng tûng hè sioū « je souhaite une longue vie aux grandes gens (parents) ». Quand tous les fils se sont ainsi acquittés de leur devoir, les filles s'avancent à leur tour, et pendant ce temps les cadets présentent avec le même cérémonial leurs hommages à leurs aînés, qui, de même que les parents, les empêchent d'achever. Les deux époux sont égaux en rang et ne se font point de compliments l'un à l'autre ; s'il y a une concubine ou une esclave, elle leur doit son hommage à tous deux. Après que la cérémonie des compliments est achevée, on commence les préparatifs pour les honneurs que l'on rendra aux tablettes ancestrales ; pendant ce temps une partie de la famille se disperse pour aller faire des visites aux parents, aux amis et aux connaissances. En Chine comme en Hollande, on fait grand usage de cartes de visites, que l'on envoie à ceux que l'on ne peut pas visiter en personne.

Celui qui reçoit des visites, dit kiong hí à ses visiteurs et leur offre en même temps des sucreries de diverses espèces, rangées dans des soucoupes sur un grand plateau. Naturellement l'indispensable thé et la pipe à tabac ne font pas défaut. Il est de très bon ton de ne pas manger les sucreries offertes, mais que l'on se contente de soulever un ou deux bonbons et de les replacer dans une autre soucoupe que celle où on les a pris, et pendant ce temps de formuler un vœu de bonheur en faveur de la personne qui reçoit. Par exemple, si c'est un marchand, on lui dit : « J'espère que vous gagnerez beaucoup d'argent et deviendrez riche » ; si c'est un lettré, on lui dit : « Je vous souhaite de monter en rang », et ainsi des autres, p.016 chaque fois suivant le cas. Pour qui connaît les Chinois, il va sans dire que la présentation des sucreries est de la part du maître de la maison l'expression silencieuse du vœu que, dans le cours de l'année, ses visiteurs puissent jouir de la douceur de la vie et que les amertumes leur en soient épargnées. Il convient de mettre une ou deux oranges, par manière de réciprocité de leurs vœux de bonheur, dans les mains des enfants qui viennent faire un compliment de bonne année 1. Si l'on négligeait de le faire, tout garçon grandelet, victime de cet oubli, se considérerait comme malhonnêtement traité, et offensé dans sa dignité.

Offrande aux ancêtres.

Enfin une dernière offrande se fait, soit avant, soit après les compliments aux parents, en l'honneur des ancêtres défunts, représentés dans la demeure de la famille par ce qu'on appelle leurs tablettes, planchettes sur lesquelles sont inscrits leurs noms et qualités. Toutefois, avant de décrire cette cérémonie, il nous faut donner quelques détails sur le culte des ancêtres chez les Chinois ; car ce culte a jeté de si profondes racines dans l'esprit du peuple que l'on peut dire qu'il fait partie de l'âme de la nation et qu'il constitue le fond même de son sentiment religieux.

C'est dans l'Asie orientale que le culte des ancêtres a pris le plus grand développement, mais il n'y a presque pas de contrée sur notre globe où il n'ait pas existé, ou n'existe même pas encore, dans quelque mesure : Ce n'est point surprenant. Les liens du sang — les plus solides que la Nature ait jamais forgés — ont produit ce culte. Combien aisément, cherchant une protection, les enfants n'ont ils pas tout naturellement pensé à leurs parents défunts, aux parents de ceux ci, aux grands parents ? En cas de détresse et de danger, dans la maladie, dans le besoin, dans les soucis et p.017 la tristesse, ne devait on pas supposer que les cœurs des ceux de qui on tenait la vie devaient être émus de compassion ? N'est ce donc pas auprès d'eux que l'on devait chercher secours et consolation ? Là où le sentiment filial était très développé, le culte des ancêtres a jeté nécessairement de profondes racines. C'est le cas en Chine, où tout a servi à le maintenir en honneur et à l'étendre. La source en est donc respectable, et il est pour le moins étrange que ce culte soit l'objet du mépris de personnes qui elles mêmes brûlent des cierges devant les images de soi-disant saints, d'origine douteuse ou fabuleuse, dont les mérites sont rarement les services qu'ils ont rendus à l'humanité souffrante, mais bien plus souvent le fanatisme qui leur avait fait chercher le martyre au nom de chimères enfantées par leur imagination surchauffée. Le culte des ancêtres chez les Chinois est plus noble de caractère que cela. En tout cas, que celui qui est sans péché d'idolâtrie leur jette le premier la pierre.

Que l'on cause avec des Chinois cultivés, on s'apercevra bientôt que le désir de trouver protection et secours ne se trouve pas seul à la base du culte des ancêtres, mais que des sentiments plus relevés contribuent à le maintenir. « Peut être, disent ils, ne s'est on pas acquitté complètement du grand devoir national, qui dit : « Honore ton père et ta mère » ; peut être a t on laissé manquer de vêtements et de nourriture suffisants ceux à qui on doit l'existence ; peut être, sur leurs vieux jours, les a t on moins entourés de soins et de prévenance qu'on n'aurait pu et dû le faire. Eh bien ! puisque maintenant nos bien aimés parents nous ont été enlevés par la mort, et que leurs âmes, cela est certain, voltigent autour de notre demeure et font tomber sur nous des regards de protection de même qu'ils veillaient sur nous lorsque dans la faiblesse de notre enfance leurs soins nous étaient indispensables, — faisons tous nos efforts pour compenser dans la mesure du possible les manquements volontaires ou involontaires dont nous nous sommes rendus coupables à leur égard. Bien plus, les années pendant lesquelles la faiblesse et les infirmités de l'âge les ont placés à leur tour sous notre garde, ont été trop courtes pour nous permettre de leur rendre complètement tout ce qu'ils ont fait, pour nous dans notre jeunesse. Achevons donc après leur mort de leur rendre ce que nous leur devons ; resserrons encore les liens qui nous unissent à eux, en prouvant que nos cœurs conservent un souvenir plein de gratitude de l'amour qu'ils nous ont porté ». Comme nous l'avons p.018 dit, ce sont surtout les Chinois dont l'esprit a quelque culture qui expriment avec force des sentiments de ce genre ; mais il faut en tenir compte, lors même que pour la multitude plus grossière, le culte rendu aux ancêtres a surtout pour mobile le désir égoïste de s'assurer de leur secours matériel. Le principe même d'où ce culte découle a conduit les Chinois à brûler de l'encens devant les tablettes de leurs ascendants défunts, et même d'y faire tout un étalage d'aliments, afin que leurs morts chéris ne manquent de rien.

On ne connaît pas l'origine de ces tablettes ancestrales sîn tsoú ou bók tsoú qui servent à représenter visiblement les âmes des défunts que l'on honore. Quelques anciennes traditions et certaines cérémonies qui se sont perpétuées jusqu'à maintenant 1 donnent lieu de supposer que dans une antiquité très reculée elles p.019 n'auraient pas été autre chose que des images ; quoi qu'il en soit, la forme qu'on leur donne n'a plus rien qui rappelle l'apparence humaine. Elles sont composées d'un pied en bois supportant une planchette verticale où sont inscrits ou gravés le nom du défunt, celui de la dynastie sous laquelle il est décédé, et ceux des personnes qui ont érigé la tablette. A Émoui, les tablettes ancestrales ont rarement moins de vingt, ou plus de quarante centimètres de haut ; la largeur est environ le tiers de la hauteur. La façon en peut naturellement varier beaucoup suivant le degré d'opulence, le rang, la classe sociale de la famille. Quelques unes sont artistement travaillées et ornées de dorures et de sculptures ; d'autres sont en bois tout ordinaire, sans peintures ni ornements. Les emblèmes qui s'y trouvent le plus fréquemment sont, sur la face antérieure, un soleil au milieu de nuages, placé en haut, des dragons, placés à droite et à gauche, et une licorne sur le pied 1.

La tablette est refendue parallèlement aux deux faces. Les surfaces de contact des deux moitiés ne sont pas peintes ; toutefois celle de la moitié de derrière porte les noms et titres, ainsi que l'indication de l'âge et des dates de la naissance et de la mort du défunt, enfin celle de l'emplacement où se trouve sa tombe. Chaque tablette forme ainsi comme une page de la généalogie de la famille.

Quoique d'ordinaire chaque tablette ne représente qu'une seule personne, il n'est pas rare que le père et la mère s'y trouvent réunis. Seul le fils aîné a le droit d'ériger la tablette d'un défunt et de la garder chez lui. Il hérite de toutes les tablettes que son père possédait, et, à son tour, il les laisse après sa mort à son fils aîné, ou, s'il n'a point de fils, à son fils adoptif. Le fils adoptif ne fait jamais défaut, car, si un chef de famille vient à mourir sans laisser d'héritier, ses plus proches parents adopteront toujours à son intention un garçon du même nom de famille et de parenté aussi p.020 rapprochée que possible avec le défunt, afin que le culte des ancêtres ne subisse point d'interruption.

Il faut donc, lorsque les cadets d'une famille veulent présenter leurs hommages à leurs ancêtres, qu'ils se rendent pour cela dans la demeure de leur frère aîné. Il arrive très fréquemment néanmoins, par exemple lorsqu'un cadet va s'établir dans quelque autre localité, qu'il emporte avec lui un grand tableau sur lequel il a réuni tous les noms inscrits sur les tablettes dont son frère a la garde, afin de continuer au loin devant ce symbole le culte des ancêtres. Ce tableau porte le nom de ké sîn pâi « planche des âmes de la famille », ou de sîn tsoú pâï « planche des tablettes des âmes ». De même, quand le nombre des tablettes conservées dans une maison devient encombrant, on en extrait souvent les inscriptions sur un de ces grands tableaux, puis on enterre ou l'on brûle les tablettes originales.

Il n'est pas toujours facile de décider si un Chinois considère les tablettes de ses ancêtres comme servant de demeure à l'une des trois âmes des défunts — les Chinois attribuent trois âmes à chaque être humain — ; ou bien si elles ne sont à ses yeux qu'un souvenir visible de ceux que la mort lui a enlevés. Ce qui est certain, c'est que les Chinois ont la plus grande vénération pour leurs tablettes ancestrales et qu'ils ne les manient qu'avec respect ; de plus, certaines cérémonies qui s'accomplissent lorsqu'un décès a eu lieu ont évidemment pour but d'inviter l'âme du défunt à venir habiter la tablette 1. Pour la majorité du peuple c'est sans doute l'explication animiste qui est la vraie ; la tablette renferme une des trois âmes.

La place ordinaire des tablettes est à droite des dieux domestiques, dans l'armoire dont nous avons parlé page 13 2 : Cependant il n'est pas rare qu'un tabernacle séparé soit affecté aux tablettes. On offre à celles ci, le premier p.021 et le quinze de chaque mois, le matin et le soir, de l'encens et des cierges, de la même manière que cela se fait pour les dieux domestiques. Il y a encore une multitude d'autres jours, fixés d'après les dates de la naissance et du décès des défunts, qui sont consacrés au culte des tablettes. Mais il est clair que ces jours là ne sont pas des fêtes du calendrier général, et par conséquent ils ne rentrent pas dans le cadre du présent ouvrage.

Il va presque sans dire que l'on n'oublie pas les ancêtres quand on fait les compliments du jour de l'an. On place en effet devant les tablettes une offrande composée à peu près comme celle des dieux, puis tous les membres de la famille, en commençant par l'aîné, doivent s'agenouiller devant la table et toucher la terre avec leur tête. Naturellement on allume aussi de l'encens. Dans le courant de l'après midi a lieu une grande offrande de comestibles. Ceux des membres de la famille qui ne sont pas sortis pour faire des visites de nouvel an exposent devant les tablettes le repas destiné à la famille ; ils arrangent autour de la table autant de paires de bâtons à manger qu'il y a de tablettes, et ils accompagnent le tout d'une grande tarte au riz fermenté, appelée hoat ké. Cela fait, les personnes présentes font l'une après l'autre l'offrande ordinaire d'encens, et, agenouillées, touchent trois fois le sol de leur tête. Ensuite on place sept tasses sur la table autel et on les remplit de vin en s'y reprenant à trois fois — cette offrande s'appelle sam hièn tsioú, ou « triple libation de vin » ; on allume du papier 3, et au moment où il est sur le point de se résoudre en p.022 cendre, l'aîné des membres de la famille qui sont présents prend la tasse du milieu, et, après l'avoir agitée en rond, la vide dans le pot à feu, ou p.023 sur le sol à l'entour. Cette libation s'appelle koàn tōï ou tiēn tsioú ou, en language plus poli, koàn tiēn. On replace alors la tasse sur la table, on la remplit de nouveau, on tire des pétards, et enfin on enlève les mets et on les sert aux membres de la famille et aux convives invités pour la fête.

Quant aux sucreries qui ont été offertes aux tablettes, elles restent trois jours en place, parce que le second et le troisième jour après le nouvel an on les présente de nouveau aux ancêtres, avec accompagnement de révérences faites en tenant de l'encens. Quant à la grande offrande du dîner, elle ne se répète que le second jour, et même beaucoup de familles ne la répètent pas du tout. Quand la cérémonie s'accomplit, c'est tout à fait dans la même forme que la veille ; seulement ce sont de nouveaux mets, puisqu'on les mange après l'offrande.

Avant d'en finir avec le jour de l'an, nous mentionnerons certaines coutumes, qui, sans rentrer dans la catégorie des offrandes, n'en sont pas moins trop caractéristiques pour que nous les passions sous silence. Ainsi, la veille du jour de l'an, on fait une tourte au riz de forme conique, surmontée d'une orange dans laquelle est plantée une fleur. On y enfonce tout autour des fruits de toutes sortes, dattes sèches, œils de dragons 1 et autres — il y en a souvent plus d'une douzaine d'espèces — et on colle dessus des morceaux de papier rouge, sur lesquels sont écrits des caractères tels que []printemps, []bonheur, soit séparés, soit enlacés. Cette tourte porte le nom de kè nîn pūng ou « riz qui passe (de) la (vieille) année (dans la nouvelle) ». On la place sur la table des dieux domestiques p.024 et des tablettes, et on l'y laisse jusqu'au cinquième jour ; alors on la mange en famille.

On expose aussi devant l'autel un grand gâteau de même forme que la tourte, et orné d'une manière analogue. Chaque chambre en reçoit un plus petit, et dans la cuisine on en place un à côté du foyer, spécialement en l'honneur du dieu de la Cuisine. Ces gâteaux s'appellent kè nîn ké ou « gâteaux qui, passent (de) la (vieille) année (dans la nouvelle ». On les mange aussi le cinquième jour — si les rats n'ont pas pris les devants.

Enfin on prépare aussi un plat composé de trois sortes de légumes cuits à l'eau, et on place au dessus une orange dans laquelle une fleur a été plantée. Dans presque toutes les familles sans exception, on fait usage pour cela du koah ts'àï, qui est fort bon marché ; la racine en est blanche et comestible, et la feuille palmée. On emploie toute la plante, racines et feuilles. Les deux autres légumes employés d'ordinaire sont le pe lîng ts'àï, espèce d'épinard qui se rapproche du Convolvulus reptans, et le péh ts'àï, espèce de chou blanc. De même que la tourte et le gâteau, ce plat de légumes se prépare la veille de l'an et se garde jusqu'au cinquième jour de la nouvelle année. Partout dans les rues on entend des marchands ambulants les offrir verts au cri de tûng nîn ts'àï, « légumes pour toute l'année ». En plat, ils portent le nom de kè nîn ts'àï ou « légumes qui passent (de) la (vieille) année (dans la nouvelle) ».

Les trois mets que nous venons de décrire ne sont pas des offrandes, mais des emblèmes, qui signifient que l'on a épargné quelque chose dans l'année écoulée pour la nouvelle, qu'il y a donc eu abondance, et que l'on espère transporter cette abondance d'une année à l'autre (kè nîn). On se présage ainsi à soi-même de la nourriture pour tout le cours de l'année qui s'ouvre, et c'est de là que vient le nom de tûng nîn ts'àï, « légumes pour toute l'année » : C'est dans cette signification symbolique qu'il faut aussi chercher le motif pour lequel on emploie la plante de koah entière, c'est à-dire racines, tiges et feuilles, et l'on dépose jusqu'au cinquième jour derrière chaque porte de la maison une ou deux tiges vertes de canne à sucre ; avec p.025 les racines et les feuilles de la canne. Cette canne à sucre sert en même temps de symbole de la douceur de la vie, et de signe de l'espérance que l'on nourrit, que l'amertume sera épargnée à la famille durant toute l'année ; toutefois on n'y rattache aucune idée de culte ou d'offrande présentée à quelque être supérieur. Les fleurs que l'on plante dans les oranges de la tourte, du gâteau et du plat de légumes, et que l'on dépose sur les tables autels, ont aussi leur signification. Elles symbolisent le printemps, qui commence et qui va répandre sur toute la nature ses vives couleurs et ses suaves parfums ; elles portent pour cela le nom de « fleurs de printemps », tch'oun hoï ou tch'oun á-hoï. Comme toutefois le mot de tch'oun, printemps, signifie aussi « reste » ou « abondance » dans la langue d'Émoui, le nom de ces fleurs peut aussi se traduire par « fleurs d'abondance », et elles mêmes prennent ainsi une signification emblématique semblable à celle de la tourte, du gâteau et des légumes. Enfin les oranges sont allégoriques comme le reste. Elles portent le nom de kiet á. Or le mot de kiet, écrit autrement, signifie « félicité », et les oranges deviennent par un jeu de mots tout indiqué l'emblème visible du bonheur. Si on analyse le caractère qui se lit kiet dans le sens d'oranger 1, on verra qu'on peut fort bien le traduire par « arbre[a] du bonheur[b] ». En outre il faut remarquer que l'orange est un fruit tout rond et que la peau en reste plus souvent intacte que ce n'est le cas pour d'autres. fruits. Nouvelle raison pour en faire un emblème, celui de la perfection. Enfin l'orange se recommande aux Chinois par sa couleur rouge vif, puisque cette couleur est pour eux celle du bonheur et de la joie 2. On comprend ainsi fort bien pourquoi l'on donne des oranges aux enfants qui viennent faire leur compliment du jour de l'an 3.

Il est très rare que l'on pratique le jour de l'an un jeûne spécial à cause de la fête ; mais il y a des femmes qui ont la coutume de jeûner p.026 régulièrement le premier de chaque mois, et qui pour ce motif s'abstiennent en partie de nourriture le premier jour de l'année 4. Toutefois il existe une superstition en vertu de laquelle on ne doit pas manger ce jour-là de riz cuit avec beaucoup d'eau, parce que, dit on, si on ne s'en abstient pas, on aura de la pluie toutes les fois qu'on sortira. Quand on trouve de la pluie en sortant dans la rue, on est presque sûr d'entendre quelque gamin moqueur crier, sur vos talons : sin tsiang lí tsiáh ám, « vous avez mangé du riz à l'eau au nouvel an ! »

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DEUXIÈME JOUR DU PREMIER MOIS

p.027 Répétition de l'offrande de sucreries faite le jour de l'an au Ciel, aux Seigneurs des trois Mondes, aux dieux domestiques et aux tablettes. Répétition de la grande offrande du nouvel an faite en l'honneur des ancêtres.

Fermeture et ouverture des puits. Nourriture donnée aux âmes délaissées le 2 et le 16 de chaque mois.

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Comme nous l'avons dit plus haut en passant 1, on offre de nouveau l'encens le matin du second jour, avec la cérémonie du tch'ioùn-dziā, au dieu du Ciel, aux Sam Kàï Kong, aux dieux domestiques et aux tablettes, et cela se fait devant les tables où sont encore étalées les sucreries de la veille. On renouvelle le thé de chaque table, mais non pas les bonbons. Vers midi, dans quelques familles, on offre encore ce jour là aux ancêtres ce que l'on a l'intention de manger pour le dîner, et l'on s'y prend de la même manière que nous l'avons déjà brièvement décrit 2.

Une cérémonie singulière du second jour consiste à ouvrir les puits », k'oui-tsíng. On prétend qu'aussi bien que les hommes, les esprits aiment à avoir au moins un jour de calme liberté, et qu'ils veulent se reposer le premier jour de l'année : Pour ce motif on ferme les puits la veille de l'an, de sorte que les esprits qui les habitent ne soient pas dérangés le lendemain, ce qui serait le cas si on puisait de l'eau. On se sert de préférence d'un grand tamis dans ce but, parce qu'il ne serait pas bien de p.028 priver les esprits de leur liberté ou de les tenir renfermés dans les ténèbres, et qu'il convient au contraire de leur laisser la possibilité de passer par les trous du tamis pour aller où bon leur semble. Au matin du second jour de l'an, on expose des sucreries 3 avec des cierges allumés à côté du puits pour se concilier les bonnes grâces de l'esprit du puits, on fait l'offrande d'encens avec le tch'ioùn-dziā, et enfin l'on puise un peu d'eau, comme pour inaugurer le puits pour tout le cours de la nouvelle année.

D'après les croyances populaires de la Chine, le monde invisible est peuplé d'une multitude d'âmes qui errent affamées, soit parce que ceux auxquels elles ont appartenu n'ont pas de descendants, soit parce que ceux ci négligent de leur offrir de la nourriture. C'est un devoir pour chacun de donner à manger, le 2 et le 16 de chaque mois, à ces esprits abandonnés. C'est pourquoi ces jours là, dans presque chaque famille, on expose vers le coucher du soleil les mets destinés au souper sur une table placée devant la porte ou à côté ; alors, agenouillé et touchant le sol avec la tête, et brûlant de l'encens, on invite les âmes à venir apaiser leur faim : Les négociants aiment à profiter de cette occasion pour faire servir un souper meilleur que de coutume et ainsi donner une petite fête à leurs commis et à leurs employés. La présentation de cette offrande s'appelle tsòï gê et l'on donne aux âmes errantes le titre honorifique de mûng k'áo kong 1 ou « seigneurs (que l'on traite) à la porte ». Quelque honorable que soit ce titre, on l'applique parfois en plaisantant aux mendiants 2.

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TROISIÈME JOUR DU PREMIER MOIS

p.029 Seconde répétition de l'offrande de sucreries faite le jour de l'an au Ciel, aux Seigneurs des trois Mondes, aux dieux domestiques et aux tablettes.

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L'offrande faite la veille aux trois catégories de dieux indiquées et aux ancêtres, se répète pour la dernière fois le troisième jour de l'an, mais on ne fait plus aux tablettes ancestrales la grande offrande de ce que l'on compte manger au repas du jour. On verra dans la description du jour suivant ce qui se passe le soir du troisième jour pour « la réception des dieux domestiques ».
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QUATRIÈME JOUR DU PREMIER MOIS

RÉCEPTION DES DIEUX DOMESTIQUES

p.030 Réception des dieux domestiques à leur retour du ciel. On leur procure, en papier, chevaux, voitures, porteurs, etc. pour le voyage. Rafraîchissements qui leur sont offerts à leur arrivée. Offrandes de chair en l'honneur des idoles.

Reprise des occupations journalières en partie interrompues par les fêtes du nouvel an.

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Ce jour s'appelle « jour pour la réception des dieux », tsih sîn djít. On croit que le 24e jour du douzième mois (voy. l'article) les dieux domestiques, et spécialement le dieu de la Cuisine (voy. le 3e jour du 8e mois), montent au ciel pour aller faire le service du dieu du Ciel (voy. le 9e jour du 1er mois), et pour lui faire leur rapport sur ce qui se passe sur la terre en général, et, en particulier sur la conduite de ceux qui se sont placés sous leur garde dans les maisons. Ils sont censés revenir de leur excursion le 4 du premier mois. Il est clair que l'on doit alors les recevoir, non seulement avec les honneurs dus à leur rang et à leur dignité, mais aussi avec la plus libérale hospitalité, afin de les disposer favorablement pour l'année qui commence. Dans ce but on brûle la veille au soir de petits morceaux de papier sur lesquels sont représentés des chevaux, des voitures, des palanquins et des porteurs, destinés à faciliter aux dieux la longue et pénible route qu'ils ont à franchir pour p.031 atteindre la terre. Souvent aussi on y joint de l'argent en papier, pour leur donner de quoi subvenir aux frais du voyage. Ces moyens de transport en papier s'appellent hoûn bé 1 « chevaux esprits », ou hoûn bé-tsoá « papiers de chevaux esprits », et sur chaque feuille se trouve, soigneusement écrit dans un des angles, le nom du dieu à qui elle est destinée. Après les avoir allumées, on les jette dans un grand tamis qu'on agite en tous sens en plein air, de sorte que les cendres s'envolent et se dispersant dans l'atmosphère : Cela s'appelle sio hoûn bé « brûler les chevaux esprits ».

Quelques personnes pensent qu'il convient d'abreuver les chevaux et de donner une réfection avant le départ à leurs conducteurs en papier. C'est pourquoi souvent, avant de brûler les papiers, on dépose devant la porte de la maison un seau d'eau, parfois avec de l'herbe ou des fèves, pour les chevaux, et des sucreries, du thé et de l'encens pour les porteurs et les conducteurs de chevaux ; d'autres personnes cependant ne destinent des denrées qu'aux dieux, dont on attend le retour dans le cours de la nuit, et qui devront trouver à l'arrivée de quoi se réconforter un peu. En effet, ils auront encore à prendre patience jusqu'au jour suivant avant que l'on puisse leur offrir un repas vraiment substantiel. Du reste, quels que soient les personnages à qui on destine les sucreries, on brûle dans tous les cas à l'intention des porteurs une espèce inférieure de papier, qui leur procurera leur salaire et de quoi payer leurs frais de route.

Le lendemain, dans la règle avant midi, le plus souvent de bon matin, on convie les dieux fatigués à un repas abondant préparé devant le tabernacle où sont leurs images. Dans les familles pauvres on se contente de servir des sucreries, de petits gâteaux et d'autres menues friandises, mais chez les gens à leur aise on tient à présenter aux dieux les « trois offrandes de chair » ou sam sing, c'est à dire un canard grillé ou rôti, une poule préparée de la même manière et une tête de porc. Parfois, si on a pour cela assez d'argent et de dévotion, on y joint des tripes et un foie de porc ; alors il s'agit des « cinq offrandes de chair », ngó sing. Pour préparer le canard et la poule on ne les a pas coupés en morceaux ou éventrés, mais p.032 on en a retiré les intestins par l'anus, on par une petite incision faite au cou. Il n'est point indispensable d'offrir de la chair précisément de ces trois espèces d'animaux ; toute autre viande provenant d'animaux peut servir tout aussi bien ; même il est admissible de remplacer par du macaroni, du vermicelle ou des œufs un, ou même plus d'un, des plats de viande. Presque toujours il y a encore quelques autres plats, fruits, petits gâteaux, suivant la fantaisie de celui qui ordonne l'offrande.

L'offrande, soit des sam sing, soit des ngó sing, porte le nom « d'offrande animale » sing-lé, et se présente aux dieux de la manière que nous avons décrite aux pages 21 et suivantes.

Beaucoup de Chinois regardent le jour du retour et de la réception des dieux comme le moment convenable pour reprendre leurs occupations ordinaires, suspendues en l'honneur des fêtes du nouvel an. D'autres cependant, et c'est la majorité, attendent encore jusqu'au lendemain.
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CINQUIÈME JOUR DU PREMIER MOIS

p.033 Enlèvement de tous les emblèmes du nouvel an qui sont dans la maison. Balayage. Légende qui se rattache à l'usage en vertu duquel on ne balaie pas pendant cinq jours. Clôture des fêtes du nouvel an.

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Au matin du cinquième jour de l'année, tout ce qui est encore mangeable parmi les denrées ayant servi aux offrandes, ou simplement aux emblèmes indicatifs du passage d'une année à l'autre (voy. p. 23 et suivantes), s'apprête et se mange. En outre on balaie, ce qui n'avait pas eu lieu depuis le commencement de l'année, un usage singulier voulant que l'on n'enlève pas les ordures avant le cinquième jour. Voici la légende que racontent les Chinois pour expliquer cet usage :

« Un homme du nom de Ngeou Ming, originaire de l'État de Chang 1, longeait le « lac de l'Herbe verte », lorsque l'esprit du lac vint à lui et l'invita à l'accompagner dans sa demeure. L'esprit lui demanda ensuite de quoi il avait besoin, sur quoi quelqu'un de côté souffla à cet homme :

— Demandez seulement Ju Youen (c. à. d., littéralement, l'accomplissement de mes désirs) et surtout rien de plus.

Ming suivit ce conseil ; le prince du lac l'approuva, sortit et cria :

— Ju Youen !

C'était une jeune esclave. Elle p.034 suivit (Ngeou Ming) chez lui, et en quelques années celui-ci devint fort riche. Mais un jour, au nouvel an, il la frappa de son fouet à cause du dîner qu'elle avait servi ; aussitôt elle se fourra dans les balayures et petit à petit Ming redevint pauvre. C'est pour cela qu'à présent on n'emporte pas les balayures hors de la porte au commencement de l'année 2.

Le cinquième jour de l'année est généralement considéré comme mettant fin aux solennités du nouvel an. Tchoï gō kè k'oui, « le cinq du mois l'ouverture (de l'année) est passée », disent les Chinois d'Émoui. On peut encore faire des visites de nouvel an le second jour sans choquer la bienséance, mais déjà le troisième jour, ce serait trop tard, à moins que la visite ne se fasse chez des intimes. La plupart des gens s'abstiennent après le cinquième jour de saluer du kiong hí (voy. page 8) ceux qu'ils rencontrent fortuitement ; cependant cette salutation s'entend encore souvent dans les rues jusqu'à la fin du mois.
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NEUVIÈME JOUR DU PREMIER MOIS

FÊTE DU CIEL

§ 1. — p.035 Le dieu du Ciel. Le culte de la Nature, du Ciel et de la Terre existe chez les Chinois de même qu'il existait chez les anciens peuples de l'Occident. C'est le Ciel matériel qui est l'objet de leur culte. Légende allégorique sur la naissance du Ciel ; Lao Tsz'. Explication de cette légende. Isis et Osiris. Apollon. Pourquoi c'est au commencement du printemps que l'on célèbre la naissance du Ciel. Canonisation officielle de l'Empereur de Jade. Les 24 périodes solaires de l'année.

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