Les fêtes annuellement céLÉBRÉes à





titreLes fêtes annuellement céLÉBRÉes à
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Chou-king a le plus contribué à accréditer cette conviction 4. En effet, on y lit que l'empereur Choun (que la chronologie chinoise place vingt deux siècles avant notre ère) aurait dit un jour à son ministre Yu :

— Je désire contempler les p.063 figures emblématiques des anciens, le soleil, la lune, les étoiles et constellations, la montagne, le dragon, l'oiseau à fleurs, qui sont brodés ; le calice du temple des ancêtres, l'herbe aquatique, les flammes, les grains de riz, la hache, et les raies noires et bleues, qui sont brodés : tous ces ornements distribués sur cinq couleurs, et formant ainsi les vêtements officiels.

Ce passage fait allusion aux vêtements sacerdotaux de l'empereur, qui portaient ces douze figures. Il était défendu à la plus haute noblesse elle-même de porter des images du soleil, de la lune ou des étoiles 1, le privilège de figurer le firmament sur ses habits appartenant exclusivement à l'empereur, parce qu'il était le seul représentant du Ciel sur la terre. Il est intéressant d'entendre Choun, qui lui-même appartient à une antiquité si reculée, parler de vêtements sacerdotaux des anciens.

Relevons en passant que, selon quelques auteurs, les anciens prêtres juifs se revêtaient aussi des symboles de la Nature pour accomplir leurs cérémonies religieuses ; ils imitaient en cela la divinité suprême, dont le vêtement splendide est l'Univers. « La tunique du souverain sacrificateur », dit Dupuis 2, signifie aussi la terre ; l'hyacinthe, qui tire sur la couleur d'azur, représente le Ciel. L'éphod 3, tissu de quatre couleurs, représente de même toute la Nature, et j'estime que l'or y a été ajouté pour représenter la Lumière. Le Rational, qui est au milieu, représente aussi la terre, qui est au centre du monde. Les deux sardoines, qui servent d'agrafes, marquent le Soleil et la Lune, et les douze autres pierres précieuses, les mois, ou les douze Signes, figurés par le cercle que les Grecs appellent Zodiaque » 4. C'est Philon, dans son ouvrage sur Moïse 5, qui donne cette explication des ornements du grand prêtre, ainsi que Clément d'Alexandrie 6. Ainsi, à supposer que ces auteurs aient bien vu, les anciens prêtres juifs, de même que les prêtres taoïques actuels, s'habillaient comme pour devenir un Univers en petit p.064 lorsqu'ils entraient dans leur sanctuaire ; ils se faisaient symboles vivants de la grande Nature dont ils étaient, ou dont leurs prédécesseurs avaient été les serviteurs. Les mages des anciens Perses se paraient des signes zodiacaux pour vaquer à leurs rites, et dans l'Église catholique les prêtres portent à certaines solennités sur leur étole un agneau sur une croix entouré d'un soleil rayonnant, ce qui, à ce que pensent plusieurs personnes, est le symbole du soleil du printemps, qui, au commencement de notre ère, célébra à Pâques, (c'est à dire après l'équinoxe quand les jours commencent à devenir plus longs que les nuits) sa victoire sur l'esprit des ténèbres, ce qui eut lieu alors dans le signe du bélier, l'Agneau, où se coupaient (se croisaient) l'équateur et l'écliptique.

En se rendant au temple les prêtres taoïques s'arrêtent un moment devant la maison de chacun des souscripteurs, où ils distribuent des amulettes en papier, et se chargent des prières écrites au moyen desquelles chaque famille désire faire connaître au dieu du Ciel ses désirs et ses besoins. On doit avoir soin de noter exactement dans ces prières les noms et prénoms des membres de la famille, les dates de leur naissance et l'endroit ou la maison est située, afin de faciliter au dieu la distribution de ses bénédictions. Souvent les prêtres se font accompagner d'un homme chargé d'un panier dans lequel on peut déposer les prières. Celles-ci sont destinées à être lues au dieu dans le temple, puis brûlées. On les nomme ou siá-sò, ou encore, en style plus lettré, sò boûn. Quand il arrive dans le temple, le prêtre les place parmi les offrandes disposées à l'avance en grand nombre sur la table autel par les soins de l'administrateur du sanctuaire.

La messe commence par « l'invitation du dieu » tch'iáng-sîn, cérémonie que nous avons déjà mentionnée à la page 51. Elle consiste principalement en prières récitées, marmottées et chantées avec accompagnement d'instruments de musique et de tambours. Les musiciens eux mêmes ne battent pas la mesure ; ce soin regarde un des deux prêtres inférieurs, qui s'en acquitte en frappant avec un bâtonnet le k'ók, instrument en bois creux, de forme sphérique. On fait quelquefois aussi usage dans ce but d'un paquet de planchettes reliées ensemble par un bout, que l'on secoue de façon à les faire s'entrechoquer en mesure.

Tantôt les prêtres s'agenouillent, tantôt ils se relèvent, sans cesser leurs supplications passionnées, tantôt enfin ils se mettent sur la mesure de la p.065 musique à parcourir le temple, à faire le tour de la table des offrandes, allant et revenant en zigzag ; en rond, en exécutant des marches ondoyantes. La mesure s'accélère peu à peu et avec elle la marche des prêtres, qui finissent par se mettre presque au trot. De temps en temps ils se dépouillent de leurs vêtements sacerdotaux afin de prendre quelques moments de repos.

A un moment donné le principal prêtre produit, en s'accompagnant des incantations et des prières voulues, un grand document contenant les noms de l'administrateur du temple, des chefs, des dévots qui ont fourni les offrandes et des principaux souscripteurs pour la cérémonie ; quelquefois on y joint la mention générale des habitants du quartier. On le lit en présence du Ciel et des autres divinités qui se trouvent dans le temple, on invoque les bénédictions d'en haut en faveur des généreux donateurs, puis c'est le tour des prières recueillies aux maisons des souscripteurs ou apportées par les habitants du quartier ; les prêtres les lisent aussi, mais en se dépêchant, si bien qu'il peut arriver que plusieurs soient oubliées. Cette cérémonie se nomme t'ák sò ou liēm sò « lecture ou récitation des prières écrites ». Quand elle est achevée, les chefs du temple, dont toujours un au moins assiste à la messe, et qui pendant la lecture des prières sont restés agenouillés dans l'attitude de l'humilité, se relèvent et l'on procède à l'offrande proprement dite, qui, faite en l'honneur du Ciel, s'accomplit quand celui-ci est le plus brillant, c'est à dire entre onze et une heures.

C'est la partie principale de la messe. On la nomme hièn kìng « présentation des offrandes ». Le prêtre principal, aux sons de la musique, prend un des plats et l'élève comme pour l'offrir au dieu du Ciel, ensuite il le donne à l'administrateur du temple, qui répète l'acte, puis replace le plat sur la table. Naturellement on récite ou chante en même temps les formules obligées et l'on s'accompagne de mouvements et de gestes bizarres, dont parfois ne peut s'empêcher de sourire le spectateur européen incrédule. Tous les mets sont offerts l'un après l'autre de la même manière, après quoi l'après midi s'écoule au milieu d'un renouvellement de marmottages, de prières et de chants, qui se prolongent jusqu'au soir avec de courts intervalles de repos. D'ordinaire la messe entière se divise en sept actes, dont trois s'accomplissent le matin, trois l'après midi, et un au milieu du jour. Nous retrouvons p.066 donc ici peut-être ce nombre de sept, fondé sur le système planétaire tel que les anciens le connaissaient, qui a joué un si grand rôle dans toutes les théologies et religions de l'Orient et de l'Occident. Il n'est pas rare que les cérémonies ne soient pas encore terminées au soleil couché. Quand elles approchent de la fin, on brûle un grand nombre de papiers d'offrande, dont beaucoup ont l'apparence de petits paquets d'un doigt de long et de large et d'un à deux centimètres d'épaisseur. On les appelle à cause de leur forme « papiers en fonds de lanternes » ting tsō tsoá. Enfin on fait un feu des gardes du temple, des listes de souscription et des prières écrites, à quoi on ajoute souvent une figure en papier, qui est censée porter les prières dans l'autre monde pour les mettre sous les yeux du dieu du Ciel.

Enfin on joue encore le soir la comédie dans l'avant cour de certains temples ou dans leur voisinage ; toutefois ce n'est pas une règle. Les chefs du temple et ceux qui ont fourni des mets pour l'offrande les enlèvent, ou les font enlever, pour les apprêter et les consommer, à moins qu'on ne les distribue aux souscripteurs ; pendant ce temps les prêtres se dépouillent de leurs vêtements de cérémonie, ramènent au jour leur queue, qu'ils avaient cachée sous leur bonnet, et reprennent en simples bourgeois le chemin de leurs demeures.

Quand un quartier a été visité par l'incendie, des inondations, quelque épidémie ou d'autres calamités, on offre dans les premiers jours de l'année un culte spécial au Ciel, outre celui qui a lieu dans les familles et dans les temples. Les habitants de la rue choisissent dans ce but quelque habitation un peu vaste, dont alors le propriétaire cède l'usage ; on y dresse un autel, que l'on orne de paravents variés, de fleurs, de vases, de rouleaux d'images, en un mot de toutes les belles choses que l'on parvient à se procurer. Le soir on illumine l'appartement d'autant de bougies et de lanternes que possible. Bref on s'efforce de rendre le local des plus attrayants, pour que le dieu du Ciel y descende volontiers voir la comédie et entendre les prières. On y établit donc aussi une scène, sur laquelle, si possible, on donne tous les jours une représentation. Le 9 du premier mois, et en outre tous les jours où l'on joue, les personnes qui ont été désignées pour avoir le soin de l'autel réunissent une quantité p.067 d'objets propres aux offrandes, sucreries, viandes des trois ou des cinq sortes (voy. page 31), gâteaux, pâtisseries et « plats d'offrande » (voy. page 50), assez souvent même un porc tout entier, et ils présentent le tout au Ciel en suivant le cérémonial que nous avons décrit aux pages 21 et suivantes, Naturellement les habitants de la rue ont à supporter les frais. On célèbre aussi le 9 du mois une messe taoïque ; parfois même on ne s'en contente pas, et l'on en fait une de trois jours, sam tiao tsiò, le 8, le 9 et le 10. Il arrive souvent aussi qu'au lieu de dresser les autels dans l'intérieur des habitations, on les établisse en pleine rue, entre deux maisons qui se font vis à vis, assez haut pour que l'on puisse passer dessous, et que le Ciel puisse voir sans aucun empêchement tout ce qui se passe dessus. Souvent on peint, sculpte et dore fort élégamment la charpente de ces échafauds, qui portent le nom de T'in Kong toân « autels du dieu du Ciel », ou de tsiò toân « autels pour offrir des messes ».

Pendant toute la période de temps consacrée aux rites en l'honneur du Ciel, les rues restent tendues d'un côté à l'autre de pièces d'étoffe de mille couleurs, ornées de figurines, de fleurs et d'inscriptions, et entremêlées de lanternes brillamment colorées. On les appelle pout kièn t'ien, « (toiles) qui rendent le ciel invisible », et elles n'ont d'autre but que celui de décorer les rues en l'honneur de l'esprit céleste qui doit y descendre, de même qu'ailleurs on met des drapeaux aux fenêtres pour souhaiter la bienvenue à un prince : Peut-être aussi faut il y voir un symbole de la parure aux multiples couleurs dont le printemps qui renaît revêt la Nature entière. En général on orne les rues de ces tentures toutes les fois que pour une raison ou pour une autre on célèbre une messe taoïque (voy. p. 59), et aussi à l'occasion d'une tsòï k'ìng sîng ou « fête de félicitation pour l'achèvement (d'un temple nouvellement construit ou réparé) ».

4. Processions pour obtenir la pluie

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Lorsqu'il se produit des sécheresses prolongées, les mandarins adressent au Ciel des prières pour obtenir un changement de temps. Cela s'appelle p.068 k'it hō « mendier pour la pluie », ou kioû hō « demander la pluie ». D'ordinaire cela se fait à la demande du peuple, qui adresse une pétition au premier magistrat du lieu, ou qui lui envoie une députation pour lui faire connaître son désir. Il n'est pas rare cependant que le magistrat prenne l'initiative ; alors il fait afficher partout l'annonce du moment où il se rendra dans le temple afin d'obtenir la pluie des puissances supérieures.

Jamais un mandarin n'oserait se refuser à ce vœu de la population, car il s'agit de la moisson, du premier de tous les intérêts nationaux, devant lequel toute autre considération doit céder. Il jouerait gros jeu en refusant ; car si la récolte venait à manquer en tout ou en partie, non seulement il risquerait que le peuple lui fît un mauvais parti, mais encore le gouvernement le rendrait responsable des conséquences de la calamité. La plus douce punition à laquelle il aurait à s'attendre, serait la destitution. Aussi ne refuse t on jamais, ne fût ce que par prudence personnelle.

Pour obtenir la pluie on invoque l'intervention du dieu qui tient le premier rang dans la ville, du « père des Murs et des Fossés » Sîng Hông Yâ 1. A Émoui son temple se trouve à l'intérieur de la citadelle siang, située au centre de la ville. Dans les villages et bourgs non enceints de murailles, et privés par conséquent d'un dieu urbain, les anciens et les chefs désignent la divinité locale qui est première en rang.

La veille du jour fixé pour la cérémonie proprement dite, ou même plusieurs jours auparavant, le premier magistrat se rend au temple, accompagné de quelques mandarins inférieurs. En signe de deuil et pour marquer qu'ils s'humilient devant le Ciel, ils sont tous habillés de chanvre ou de coton, sans porter d'ornements ni d'insignes de leur dignité. Il est vrai qu'ils ont leur chapeau de gala conique ; mais on en a enlevé les franges rouges, puisque, comme on l'a déjà dit à la page 7, le rouge doit disparaître dans le deuil. Ils font la course, chacun dans un simple palanquin à deux porteurs, ou même à pied. En tout cas, ils n'ont ni cortège, ni suite ; on n'aperçoit près d'eux que quelques agents de police, revêtus de leurs sales p.069 costumes de tous les jours. Ils trouvent dans le temple, réunis pour les attendre, des prêtres bouddhistes ou taoïstes, suivant la secte à laquelle le sanctuaire appartient. Quand ils sont arrivés, les prêtres commencent aussitôt à marmotter des prières et à prononcer des formules pour conjurer la pluie, et pour émouvoir tout le panthéon des dieux et des déesses ; pendant ce temps, chaque mandarin à son tour allume de l'encens et l'offre au dieu en faisant les révérences et les gestes obligés. Chacun, après avoir présenté au dieu ses bâtonnets d'encens, les fait planter dans le cendrier, puis fait trois génuflexions devant l'autel, en touchant chaque fois à trois reprises le sol de sa tête. Enfin on brûle une prière écrite demandant la pluie, après quoi chaque mandarin remonte dans sa litière et rentre sans apparat dans son Ya mun 1.

Il arrive mainte fois que les mandarins retournent le même jour brûler de l'encens dans le temple, et parfois aussi qu'ils répètent la chose tous les jours ; jusqu'à celui qui a été fixé pour faire la procession proprement dite pour obtenir la pluie. Ce jour arrivé, ils se rendent de très bon matin au temple, avec la simplicité d'appareil que nous avons décrite. Ils y sont attendus par des vieillards, députés des rues qui ont pris l'initiative, revêtus en signe de deuil profond de très grossière toile gris sale et la tête couverte de bonnets de même étoffe. Ils portent à la main la baguette de deuil 2. La foule se rassemble peu à peu en silence dans le temple et devant le temple. Les prêtres répètent leurs incantations et leurs prières, les mandarins renouvellent leur offrande d'encens, on brûle de nouveau des prières écrites, puis tous les assistants sortent. Les vieillards en deuil ouvrent la marche dans l'attitude la plus humble. Derrière eux viennent les prêtres, puis la foule silencieuse ; elle s'avance avec toutes les marques du respect et de l'humilité. Quelques-uns de ceux qui la composent portent un chapeau parapluie de bambou à larges bords pour symboliser la pluie désirée, sur lequel ne se p.070 trouve aucun autre signe distinctif que le rameau de figuier 1 vert qui y est attaché en signe de deuil. D'autres tiennent des bâtonnets d'encens dans leurs mains jointes. Les mandarins n'accompagnent pas la procession, mais rentrent immédiatement et sans bruit à leurs Ya mun, chacun pour y attendre la procession et, dès qu'elle passera, sortir pour fléchir le dieu du Ciel par leur encens et leurs génuflexions.

Près des vieillards marchent deux porteurs avec un seau d'eau suspendu à un bâton qui repose sur leurs épaules. De temps en temps celui qui marche le second trempe un rameau vert dans l'eau, et en asperge la foule à droite et à gauche en marmottant des incantations et des prières, et en poussant le cri hō lôï, hō lâî « viens, ô pluie ! » Un porte dans le cortège un oiseau en papier, au cou long, à la tête petite, avec une seule patte, placé au bout d'un bâton levé, et une figure de nain monstrueux, aussi en papier. L'oiseau porte l'appellation de siong iông 2 et présage la pluie ; en revanche le p.071 mannequin représente le hān poát 3, ou démon de la sécheresse. La procession avance lentement le long des rues ; la foule qui la suit s'accroît de moment en moment, et pendant tout le temps les vieillards marmottent entre leurs dents : hān poát oûi tsaï, siong iông pont boú, hô tāï k'ó, etc., « le démon de la sécheresse cause des calamités et le siong iông ne sautille pas ; pourquoi (ô Ciel) cette grande misère ! » et le cortège roule toujours lentement, de rue en rue, sans bruit, sans disputes, dans un profond silence, au milieu duquel s'entend seul le murmure des vieillards. Tout à coup l'un de ces derniers se jette à genoux : le gong de l'avant garde fait entendre trois coups sonores, auxquels répondent celui du milieu et celui de la queue du cortège. A ce signal tous se prosternent et les rues retentissent du cri : Hông T'ien ā, k'it hō ā, kioù bān bîn ā, « ô Ciel Impérial, nous te supplions de donner la pluie, viens au secours de ton peuple » etc. Chacun se relève ensuite et la marche se reprend ; mais au bout d'une vingtaine de pas elle s'arrête de nouveau, on se jette encore à genoux et l'on répète la même prière. On passe devant la maison d'un mandarin ; celui-ci sort, et allume des bâtonnets d'encens qu'il plante dans un cendrier placé, entre deux cierges allumés, sur une table que l'on a dressée devant la porte. Deux bannières avec l'inscription « nous te supplions de donner la pluie féconde » flanquent la table des deux côtés. Dès qu'ils voient leur magistrat s'agenouiller trois fois en grande humilité et neuf fois p.072 toucher le sol de sa tête pour invoquer le Ciel, les gens de la procession se jettent à terre de leur côté et de nouveau éclate comme le grondement du tonnerre leur « ô Ciel Impérial, nous te supplions de donner la pluie ». Après bien des tours et des détours la procession atteint enfin la mer. Alors on saisit et on tue le démon de la sécheresse, c'est à dire que l'on maltraite le mannequin comme s'il était vivant, qu'on le met en pièces et le jette à l'eau ; mais on rapporte l'oiseau dans le temple d'où l'on est parti, et on le place devant l'idole jusqu'à ce que la pluie vienne et que donc les prières aient été exaucées.

Naturellement il arrive souvent que la pluie s'obstine à ne pas tomber malgré tout ce que l'on a fait. Il faut alors avoir recours à un autre moyen pour obtenir des divinités ce que l'on veut. On déshabille presque complètement l'image du dieu des Murs et Fossés, ou du dieu, si c'est un autre, auquel les mandarins ont adressé leurs prières, et on le place tête nue au soleil en dehors du temple, afin qu'il sente lui-même de quelle chaleur brûlante on souffre, et qu'ainsi il soit ému à pitié. On lui suspend même une chaîne de fer au cou, comme pour lui faire faire pénitence pour le mal qu'il fait au peuple, et on le laisse dans cette position jusqu'à ce qu'il pleuve. Parfois on fait subir ces traitements au dieu dès le premier jour où les mandarins se sont rendus à son temple pour offrir de l'encens. Si ce moyen échoue à son tour, il n'en reste plus qu'un, c'est de faire faire pénitence au peuple, qui devra s'abstenir de viande. Les magistrats défendent de tuer, et bientôt on voit de toutes parts afficher des proclamations avec le simple en tête : « Il est interdit de tuer » 1. Cette prohibition s'étend à un certain nombre de jours consécutifs, à l'expiration desquels on la renouvelle, s'il le faut ; ou bien encore elle est destinée à rester en vigueur jusqu'à ce que la pluie tombe. Du reste, on l'observe fort mal ; on se contente d'exposer et de vendre la viande moins ouvertement qu'en temps ordinaire, et les seuls qui profitent de la mesure sont les policiers, qui extorquent de l'argent aux bouchers, sous menace de les dénoncer aux magistrats. Quant au peuple, il mange sa viande, un peu plus cher que d'ordinaire, et laisse jeûner ses mandarins, bénévolement convaincus que la population entière se morfond avec eux dans le sac et la cendre.



5. La papauté taoïque

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p.073 On n'en comprendra que mieux le développement de la religion des Chinois si nous mentionnons ici l'incarnation du dieu du Ciel dans la personne du pape des taoïstes, chef visible de la secte sur la terre. Un trait remarquable du système religieux des taoïstes consiste dans la tendance à identifier les dieux avec des êtres humains, afin de les rattacher plus intimement aux intérêts de la terre. Du reste, cette tendance existe aussi à divers degrés chez les peuples de l'Occident, et il n'y a guère de pays dont un ou plusieurs dieux n'aient foulé le sol terrestre sous une forme humaine. C'est un article de foi de l'Église catholique que Jésus a été une incarnation de Dieu même, et qu'il s'est expressément revêtu de la nature humaine afin d'entrer en contact direct avec l'humanité, et de pouvoir souffrir et mourir pour elle. La mythologie grecque a des récits analogues au sujet de ses dieux, de ses demi-dieux et de ses héros. Hercule, par exemple, n'est autre que le dieu soleil parcourant les douze signes du zodiaque ; l'imagination le représente dans sa course comme un héros vigoureux qui se distingue par l'accomplissement de douze grands travaux ou victoires. Il remplit de sa gloire tout le monde occidental, de Thèbes à la Bretagne, et de l'Égypte à l'océan Atlantique, et n'est venu sur la terre que pour la délivrer des monstres, des fléaux et des tyrans. Nous ne reviendrons pas sur Osiris, le dieu solaire égyptien, et sur son épouse, la lune ; nous en avons déjà parlé dans le premier paragraphe de cet article, où l'on a vu qu'eux aussi ont parcouru la terre sous une forme humaine pour faire le bien. On voit de même descendre souvent du Parnasse des dieux et des déesses de moindre rang, et il n'y a pas jusqu'au bouddhisme, cette religion athée, ne reconnaissant comme êtres supérieurs que les hommes qui sont parvenus par leurs méditations à se détacher de la matière, qui n'incarne le plus élevé de ces bouddhas, Sakyamouni, fondateur de la religion, dans un Dalaï Lama, chef visible de l'Église sur la terre. Le panthéon taoïque a sous ce rapport eu le même sort que les dieux de l'antiquité plus occidentale. On a déjà vu 1 que le dieu du Ciel, l'Empereur de Jade, était représenté comme un fils de roi qui, de même qu'Osiris et Isis, comblait l'humanité de ses bienfaits. p.074 Maintenant nous allons voir comment au premier siècle de notre ère cette divinité s'est entièrement incarnée, et, comme Hercule, est venue délivrer le monde des démons et des monstres. Celui à qui est échu le bonheur d'héberger dans son corps le dieu suprême du Ciel, est un certain Tchang Tao Ling, le premier pape taoïque, à la descendance duquel a passé la dignité de chef de l'Église, pour s'y conserver jusqu'à ce jour.

La légende le fait naître le 15 du premier mois de l'année qui répond à peu près à l'an 24 de notre ère. Sa mère, qui était vierge, rêva une nuit que le dieu de l'étoile polaire était descendu vers elle et lui tendait une herbe odoriférante ; à son réveil, elle trouva, non seulement qu'elle était enceinte, mais encore qu'un suave parfum remplissait l'appartement. Elle mit au monde son enfant sur la « Montagne des Yeux du Ciel » située au nord ouest de Lin Ngan 2, chef lieu de district dans la province actuelle de Tchehkian.

Nous ne pouvons ici nous empêcher de faire remarquer que cette légende a quelque analogie avec ce que l'on raconte de la naissance de Jésus et de celle de Bouddha. Tous deux aussi sont mis au monde par une vierge, Marie et Mayâ devî ; Marie en effet conçoit par l'action du Saint Esprit et Mayâ devî par celle d'un rayon lumineux de cinq couleurs. Il faut encore relever que la naissance de Jésus et l'introduction du bouddhisme en Chine se placent dans le même siècle que la naissance de Tchang Tao Ling.

La jeunesse du prophète fut signalée par un si grand nombre de faits merveilleux que l'on pourrait en remplir des volumes. A l'âge de vingt ans il avait neuf pieds deux pouces de haut ; sa tête avait la forme la plus extraordinaire ; il avait d'épais sourcils et des cheveux rouges cramoisi. Ses yeux étaient triangulaires et avaient les pupilles vertes ; l'os frontal était allongé et proéminent ; il avait la barbe courte et hérissée et ses bras descendaient plus bas que les genoux. « De fait », dit le chroniqueur, « sa vue faisait trembler dans tous leurs membres tous ceux qui l'apercevaient » 3.

De même que Jésus dans son enfance était rempli de connaissances et p.075 frappait d'étonnement les docteurs de la loi par sa sagesse 1 ; de même que Sakyamouni surpassait tous les autres et que son maître le déclarait le plus grand des dieux, un génie incomparable 2 ; Tchang Tao Ling se distingua par ses talents et sa haute intelligence.

« Il connaissait à fond les cinq livres canoniques ; mais plus tard il lui arrivait de dire en soupirant : Tout cela n'allonge en rien la durée des années de la vie. Alors il s'adonna à l'étude de l'art de prolonger la vie, et il dépensa toute sa fortune en plantes et en drogues, de sorte que sa famille fut plongée dans la dernière misère. Une fois il apprit que les habitants de la contrée de Chouh — c. à d. la partie occidentale de la province actuelle de Sz'tch'ouen — étaient encore pour la plupart des gens simples, qui avaient échappé à la corruption et qui seraient facilement accessibles à la prédication pour se convertir, et aussi qu'il y avait là beaucoup de montagnes célèbres. Il s'y rendit donc avec ses disciples, et il s'établit sur la Montagne des Cris des Cygnes, où il écrivit en vingt quatre chapitres un livre sur la doctrine taoïque. Il y raffina ses méditations et purifia ses pensées, jusqu'au moment où soudain des êtres célestes descendirent vers lui avec des milliers de chariots et des myriades de cavaliers, avec des chars en or et des baldaquins ornés de plumes, des dragons attelés trois à trois et des tigres harnachés, dont on ne pouvait pas même supputer le nombre. Ils gratifièrent Tchang Tao Ling d'une doctrine nouvellement éclose, vraie, une, claire et imposante. Il l'accepta et posséda dès lors la puissance de guérir les malades. Alors le peuple accourut à lui et l'honora et le servit comme son Maître.

Tel est le résumé de la mission que Tchang Tao Ling reçut du Ciel, p.076 telle qu'on la trouve rapportée dans le quatrième chapitre des « Traditions sur les Esprits et les Génies » ouvrage du IV e siècle. Mais nous donnerons quelques autres détails, plus historiques, sur le compte du prophète.

Il paraît que vers l'an 60 de notre ère l'empire chinois fut en proie à des troubles si sérieux que l'empereur Ming Ti résolut de demander à ses ministres et à ses savants de lui faire connaître leur avis. Tchang Tao Ling envoya un rapport, qui témoignait de tant de sagacité et de talent que l'on désigna l'auteur, pour revêtir les fonctions de gouverneur de Kiang Tcheou, partie sud-ouest de la province actuelle de Chansi. Mais bientôt après il donna sa démission et se retira dans les monts Poh M'ang, où il se livra de nouveau à la recherche de l'élixir de vie et à la magie.

A leur tour les empereurs Tchang Ti et Ho Ti lui offrirent de hauts emplois, mais Tchang Tao Ling refusa et fixa sa demeure sur la montagne du Dragon et du Tigre, située dans le département de Kouang Sin 1 de la province actuelle de Kiangsi. Plus tard il se rendit de là à la « Montagne des Cris des Cygnes », où il reçut sa mission du Ciel selon le récit des « Traditions sur les Esprits et les Génies », dont nous avons donné le résumé.

D'autres légendes, disent que, lorsque le prophète fut visité par les êtres célestes, il reçut encore une épée à deux tranchants pour l'extermination des démons, un sceau officiel qui possédait la propriété de laisser son empreinte sur cent feuilles de papier lorsqu'il était apposé à la première, et d'autres talismans qui lui conférèrent le pouvoir d'être présent partout.

Afin de soumettre et de détruire d'autant mieux les esprits malfaisants, Tchang Tao Ling fit choix de vingt huit localités pour y siéger en même temps et y faire comparaître devant lui les démons et mauvais esprits. Un jour, dit on, il anéantit un million d'esprits en une fois d'un seul trait de son pinceau, après quoi il les ressuscita, haut fait qui surpassa toutes ses autres actions merveilleuses.

L'an 147 il se rendit dans les monts de K'ou T'ing, y remit sa p.077 mission à son fils Tchang Hung, lui donna le glaive miraculeux et le sceau surnaturel, et lui commanda de transmettre le tout à ses descendants et successeurs. Il but alors l'élixir de vie, qu'il avait confectionné d'après les indications de Lao Tsz' lui-même, et monta au ciel depuis la « Montagne de la Terrasse des Nuages » 2. Il avait donc passé environ 123 ans sur la terre.

Les traditions sur le dieu du Ciel incarné restèrent vivantes 3 jusqu'à ce qu'en 424 un de ses sectateurs, nommé K'eou K'ien Tchi fut proclamé son successeur sous le titre de « Maître du Ciel ». Voici ce que rapporte à ce sujet le célèbre philosophe et historien Tchou Hi 4 :

« Le taoïste K'eou K'ien Tchi du mont Soung 1 s'adonna aux arts magiques de Tchang Tao Ling. Il racontait lui-même qu'il avait eu une entrevue avec Lao Tsz', qui était descendu pour lui ordonner de prendre la succession de Tchang Tao Ling en qualité de « Maître ou Seigneur du Ciel » ; que Lao Tsz' lui avait donné la plante qui apaise pour toujours la faim et le secret au moyen duquel on peut rendre le corps léger ; enfin il l'avait chargé d'épurer et de rétablir la doctrine taoïque. Il avait aussi eu une entrevue avec un être divin appelé Li Pou Wun, qui s'était dit l'arrière petit fils de Lao Tsz' 2, et qui lui avait donné des cartes et des recettes, ainsi qu'un livre authentique, avec l'ordre de concourir à l'exécution des lois des roues silencieuses du Palais céleste, que le divin Prince du grand équilibre du Nord avait promulguées 3. p.078 K'eou K'ien Tchi avait pris ce livre et le présenta au Seigneur de Weï 4, mais il y eut encore à la cour et au dehors beaucoup de gens qui n'eurent pas foi à ses paroles, et ce fut seulement (le favori du prince, le savant Ts'oui) Hao qui crut en lui et accepta ses doctrines. Il (Ts'oui Hao) présenta (au trône) un mémoire portant : « Quand les sages princes (de l'antiquité) recevaient leur mission, il venait toujours du Ciel quelque avertissement. Le dessin du Hoang ho et l'écrit du fleuve Loh 5 apportaient des messages en caractères d'écriture sur des animaux, mais ce n'est pas comparable à ce qui est arrivé maintenant, que des dieux et des hommes se rencontrent face à face. L'écriture est excellente et les indications sont profondes et surnaturelles, il n'y en a point eu de semblables depuis les temps les plus reculés. Comment est il possible que l'on ne cesse de s'occuper des hommes dans le monde et que l'on méprise les ordres des pouvoirs d'en haut ? » — Ceci plut à l'empereur. Il envoya des fonctionnaires sacrifier du jade, de la soie et des animaux d'offrande sur le mont Soung et se rendre à la rencontre de K'ien Tchi p.079 et de ses disciples, pour lui rendre hommage comme Maître du Ciel ...

Cette reconnaissance d'un pape taoïque par les empereurs chinois est la première dont j'aie pu découvrir la trace. Mais les chefs de l'empire allèrent plus loin. En 749 Huen Tsoung de la dynastie de T'ang confirma les privilèges héréditaires des descendants de Tchang Tao Ling, et reconnut aussi officiellement la qualité de « Maître du Ciel » de ce fondateur de la papauté. Dès lors jusqu'à maintenant les papes ont conservé ce titre et ils sont restés établis sur la montagne du Dragon et du Tigre dans le Kiangsi, que nous avons déjà signalée comme ayant servi de séjour à Tchang Tao Ling.

En l'an 1016 l'empereur Tchun Tsoung de la dynastie de Soung céda au Maître du Ciel d'alors l'usufruit de vastes terres dans le voisinage de la montagne du Dragon et du Tigre 1, et juste un siècle plus tard, donc en 1116, le dieu du Ciel, déjà alors complètement identifié à Tchang Tao Ling, reçut de l'empereur Hwoui Tsoung un nouveau titre, celui de Giôk Hông Siōng Tè ou de Monarque de Jade, Empereur suprême. Cet acte fut dû principalement aux instances de Lin Ling Sou, favori de l'empereur, ancien prêtre bouddhique, converti ensuite au taoïsme, dont il était devenu l'ardent propagateur 2.

Il y aurait peu d'utilité à exposer dans toutes ses phases l'histoire de la papauté taoïque, et nous nous bornerons à quelques grands traits. On se tromperait si l'on s'imaginait qu'elle ait eu sur la société chinoise une p.080 influence comparable à celle que la papauté catholique a exercée sur la nôtre, ou qu'elle ait été mêlée d'une manière sensible aux évènements politiques au sein de l'empire. Jamais l'État n'a été subordonné en Chine à l'Église, jamais un prince n'y a courbé le front devant les volontés d'un pape pour ce qui concerne les affaires du gouvernement. Les successeurs de Tchang Tao Ling sont toujours restés attachés à leurs autels, sans pouvoir être autre chose que les premiers des prêtres, exorciseurs impériaux des esprits et des démons, présentant, lorsque cela convenait au Fils du Ciel, des offrandes aux cinq montagnes sacrées de l'empire 3, conjurant des esprits lorsque cela leur était ordonné de haut lieu, brandissant au service de la nation le glaive miraculeux de Tchang Tao Ling. Il pouvait cependant arriver qu'ils fussent des personnages de poids. Ainsi, vers la fin de la dynastie de Min, (1368 1628 de J.-C.), le Maître du Ciel d'alors eut la charge importante, ou du moins le titre, de tuteur du prince héritier du trône, dignité qui ne se confère jamais, ou presque jamais, à un mandarin de rang inférieur à celui d'un gouverneur de province ; et les premiers empereurs de la dynastie actuelle, celle de Ts'ing, Choun Tchi 1 et le célèbre K'ang Hi 2, ont toujours admis les papes à leurs audiences et ont envoyé de somptueux cortèges à leur rencontre à leur arrivée à la cour. K'ang Hi même, du reste prince éclairé, donna la consécration impériale à la demeure du Maître du Ciel, et lui décerna le titre de « Palais de la Pureté suprême » 3. Quand un temple obtient la consécration officielle de l'empereur, cela lui donne autant de relief qu'en Europe une bulle papale avec promesses d'indulgences peut en conférer à un pèlerinage.

La demeure du Maître du Ciel, demeure dont le nom est dans toutes les bouches, est, comme nous l'avons vu, située sur la montagne du Dragon et du Tigre. Elle est à 27 milles environ au sud du chef lieu de district Koueï K'i 4, non loin par conséquent de la frontière nord de la province de p.081 Fouhkien. Le Palais de la Pureté suprême, entouré de monastères qu'habitent des prêtres et des moines voués au célibat, a été construit entre deux hauteurs, qui ont fait donner à la montagne son double nom du Dragon et du Tigre. Une soixantaine de ces moines ont toujours fort à faire à fabriquer des amulettes et des papiers magiques et à les distribuer à la foule de ceux qui viennent chercher du secours contre les démons et esprits malfaisants qui les tourmentent. Souvent, quand il se présente quelque personnage assez riche pour payer un tel honneur, le Maître du Ciel lui-même fait le nécessaire pour conjurer les influences malignes qui hantent la maison du pèlerin. Les couvents retirent de ces pratiques de grands revenus, moindres toutefois que le produit des terres considérables qu'ils doivent à la libéralité de divers empereurs. Les édifices sont néanmoins très mal entretenus, au point que plusieurs menacent ruine, tant est grande l'indifférence qui a pris la place de la vénération dont le chef de l'église taoïque a été une fois l'objet. On montre encore aux visiteurs un objet qui a servi, dit on, à Tchang Tao Ling à fabriquer la pilule de l'immortalité.

Anciennement, dit le Père Damicourt dans les Annales de la Foi (vol. II, 30), la puissance du Maître du Ciel a été plus grande que celle de n'importe quel prince laïque ou ecclésiastique de l'Europe. On se pressait en foule pour toucher la bordure de sa robe, on recueillait la boue et la poussière sous ses pas pour en faire des préservatifs contre toutes sortes de maux ; mais dans le cours du siècle dernier on lui a retiré le privilège de paraître à la cour et cela n'a pas peu diminué son prestige et son influence. Le pape qui occupait en 1856 le siège de Tchang Tao Ling était, au dire du même Père Damicourt, polygame, joueur, fumeur d'opium, en un mot adonné à tous les vices et méprisé de tout son entourage.

Quelque efficace que la magie des papes se soit montrée pendant des siècles contre les êtres surnaturels et les démons, il n'est pas fort surprenant qu'elle ait été impuissante contre les « démons aux longs cheveux » de Houng Siou Ts'uen. Ce rebelle leva en 1850 l'étendard de la révolte contre la dynastie tartare, ravagea avec ses bandes innombrables les provinces méridionales de l'empire, pénétra toujours plus avant vers le Nord, et finit p.082 par se faire proclamer empereur à Nanking sous le titre de Roi céleste 1.

Sa marche apporta aussi le trouble dans les contrées où se trouve la résidence papale. De même que Pie IX a essayé de foudroyer de son excommunication les troupes de ses ennemis, le Maître du Ciel lança ses incantations contre les armées des rebelles T'aï p'ing ; mais ce fut aussi inutile dans un cas que dans l'autre. Le sceau et le glaive magiques, qui avaient servi à Tchang Tao Ling et à ses successeurs à détruire ou à chasser tant de millions de mauvais esprits, se trouvèrent sans force, et même le tonnerre et les éclairs que les Maîtres du Ciel peuvent, dit on, faire sortir de leurs bras ne purent pas arrêter les démons aux longs cheveux. Malgré toute cette magie dépensée en leur faveur, les troupes impériales furent partout dispersées ; et lorsque les rebelles approchèrent du Palais de Pureté, le Maître du Ciel n'eut rien de mieux à faire que de s'enfuir dans les montagnes, tout comme Pie IX à Gaète. Les fondateurs fabuleux de la papauté taoïque et de la papauté chrétienne, Tchang Tao Ling et St. Pierre, étaient, au dire des légendes, contemporains ; la fuite momentanée du Maître du Ciel et celle du pape de Rome ont eu lieu à moins de six ans d'intervalle l'une de l'autre. Tous deux siègent maintenant sur un trône chancelant, mais l'histoire aura plus tard à apprendre sur laquelle divina commedia des deux le rideau tombera la première. Sans doute celle de la Chine approche rapidement du dénouement, car le Maître du Ciel a perdu à peu près tout son prestige, et avant longtemps le grand rôle qu'il a eu à remplir ainsi que ses prédécesseurs sera une chose du passé ; le Palais de la Pureté suprême aura déchu de sa haute gloire historique pour devenir un simple couvent taoïque.

p.083 Les Maîtres du Ciel, en qualité de successeurs de Tchang Tao Ling, ont porté jusqu'à maintenant son nom de famille, Tchang. Ils sont mariés et transmettent toujours leur dignité à un fils ou à un parent très rapproché. Beaucoup de Chinois affirment que l'âme du pape défunt transmigre dans son successeur, de sorte que ce serait Tchang Tao Ling lui-même qui actuellement encore vivrait dans l'héritier de sa dignité ; il est probable que cette croyance a été empruntée à celle de la régénération du Dalaï Lama au Tibet.

Une des principales fonctions du Maître du Ciel est de désigner des dieux tutélaires et, des patrons pour les différentes villes de l'empire. Nous reviendrons là-dessus lorsque, à l'occasion du dernier jour de l'année, nous parlerons des divinités protectrices des Murailles et Fossés.

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DIXIÈME JOUR DU PREMIER MOIS

JOUR DE NAISSANCE DE LA TERRE

p.084 Naissance de la Terre. La déesse de la Terre identifiée avec un être humain, Ku Loung, de même que le Ciel avec l'Empereur de Jade et Tchang Tao Ling. On invite et on traite ses gendres, de même que l'on traite au printemps le Ciel et la Terre à l'occasion de leurs noces en leur présentant des offrandes. Places des convives réglées par leur rang et leur classe. Grenades, oranges, huîtres et canne à sucre, emblèmes d'une nombreuse progéniture, de la concorde dans la vie commune et de la douceur de l'existence. La plupart des mariages se célèbrent en Chine au printemps, en imitation de la Nature. Libations avec les coupes du mariage ; pilules emblématiques du dualisme dans la Nature. Offrande des nouveaux mariés au Ciel et à la Terre. La corne d'abondance des Chinois.

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Après le jour de la naissance, de la résurrection de la force vivifiante du Ciel, T'in Kong, vient celui de la résurrection de la Terre, Tōï-Kong 1. On pourrait aussi traduire fort bien ce nom par « Force terrestre », ce qui désigne la force productrice qui se cache dans le sol et qui donne l'existence à tout ce qui vit, croît, est. Après ce qui a été dit au § 1 de l'article précédent sur le culte du Ciel et de la Terre, honorés comme les deux principales divinités de la Nature, il serait superflu de revenir sur leurs fonctions comme puissances créatrices de l'Univers ; il est clair que p.085 le renouvellement de la force céleste vivifiante au printemps a pour conséquence immédiate la fécondation, la nouvelle naissance, la résurrection de la Terre. Disons seulement que la célébration solennelle de ce jour de naissance, le Tōï-Kong-sing , est tout à fait tombée en désuétude à la date à laquelle elle devrait proprement avoir lieu, et a été transportée au 2 du second mois (auquel nous renvoyons). Comme on le verra au § 1 de notre article sur ce jour, la déesse de la Terre a été identifiée avec un être humain appelé Ku Loung, et de plus ses attributs ont été répartis entre plusieurs dieux tutélaires des champs, auxquels s'adresse le culte du peuple ; le culte de Gea, en qualité de seconde déesse de la Nature, de même que celui d'Uranus, son époux, est réservé à l'empereur, qui est Pontifex Maximus et représentant dans ce monde de tout ce qui est le plus élevé dans l'Univers. Le peuple n'offre donc son culte qu'aux substituts de la Mère Gea, et ne s'adresse pas à la divinité elle-même, de même qu'il n'adore pas non plus le Ciel en sa qualité de divinité de la Nature, mais sous sa personnification semi-humaine de l'Empereur de Jade. Le Ciel et la Terre ont été ainsi confondus avec des êtres humains légendaires, ou semi-légendaires, la seconde avec Ku Loung, le premier avec Tchang Tao Ling, déifié comme Giók-Hông par l'empereur Hwoui Tsoung, et proclamé par lui chef de la secte taoïque 1. Dans les deux cas les Chinois ont agi d'une manière analogue à ce que les chrétiens ont fait, en confondant, sciemment ou involontairement, le culte du Libérateur, du dieu soleil, avec celui d'un être humain, d'un prophète, toutefois sans parvenir à débarrasser son culte de maints détails caractéristiques du culte du soleil, qui font maintenant encore partie du culte chrétien.

Il existe une coutume intéressante, peut-être d'origine très ancienne, qui est fondée sur l'union mystérieuse du Ciel et de la Terre, et que l'on continue actuellement à observer même dans les parties septentrionales de la province de Fouhkien 2. On invite les gendres de la famille à un repas composé des mets qui ont été offerts la veille au Ciel. L'invitation se fait au moyen d'une carte de visite, par lettre, ou de vive voix ; souvent on convie en même temps des amis et des connaissances. Cette fête prend p.086 surtout de l'importance lorsque le gendre a été récemment marié, ou du moins l'a été dans le courant de l'année qui vient de finir, et que sa femme ne lui a point encore donné d'enfants. Alors on sert un festin extraordinairement copieux. Il va sans dire que la place d'honneur est réservée au gendre, puisqu'il est le principal convive 3.

Parmi les plats, il y en a de symboliques. Des grenades coupées en deux, de sorte qu'on en voie le cœur et les graines, indiquent que l'on souhaite au gendre qu'il ait beaucoup d'enfants, car le mot chinois de tsoú signifie en même temps « graine » et « enfant » 4. Il y a aussi des oranges. Dans la langue populaire d'Émoui elles se nomment kam [ab], c'est à dire « l'arbre [a] de la douceur [b] », et elles sont donc sur la table indicatives de la douceur de la vie, que l'on souhaite sans fin au gendre ; en outre les compartiments où se trouvent les pépins symbolisent les ménages divers dont on espère que le gendre sera la souche, mais dont les enfants resteront toujours attachés à leur ancêtre, comme les pépins à l'axe du fruit. Le mot de kiet, qui est un autre nom de l'orange (voy. page 25), signifie aussi « lié ensemble, noué », ce que les membres de la famille doivent être entre eux, quoique kiet, dans ce sens, s'écrive []. Enfin il a été parlé, à la page que nous venons de citer, de l'idée de bonheur parfait représentée par l'orange.

Dans les familles pauvres on voit aussi sur la table, avec une intention p.087 symbolique analogue, des grappes d'huîtres, telles qu'on les trouve sur les bancs rocheux autour d'Émoui. Elles signifient : « Puissent les fils rester inséparablement attachés, comme ces huîtres, aussi bien ensemble qu'à leur centre commun » ! Les familles riches dédaignent d'employer ce symbole, parce que les huîtres sont si abondantes à Émoui qu'on les a presque pour rien et que par conséquent on ne les trouve pas dignes d'être servies aux convives. Enfin, on met encore sur la table de la canne à sucre, qui signifie, parce qu'elle est de plus en plus sucrée d'un compartiment entre deux nœuds à l'autre : « Puisse le bonheur de la famille augmenter à l'adjonction de chaque nouveau membre ».

L'époque de l'année pendant laquelle il est d'usage en Chine de célébrer les mariages s'étend du dixième au troisième mois, et embrasse donc l'hiver et le printemps. Parfois on en célèbre aussi en été ; mais le printemps est la saison préférée par le plus grand nombre, comme chez nous ; quant à l'automne, les mariages y sont si rares que l'on peut dire que c'est comme si jamais ils n'avaient lieu dans cette saison.

Cela vient de ce que « l'automne est la saison de la maturité des grains » 1. La Nature ne produit plus rien, mais laisse tout parvenir à sa perfection, puis paisiblement mourir, ce qui fait que l'on dit que « l'influence de l'automne est tuante » 2. Mais le printemps est l'époque de la fécondation, de la vie, de la naissance. « Il est cause de ce que les portes du Ciel et de la Terre s'ouvrent, le principal auteur de toute nourriture et de toute production, et les formes de la Nature (les saisons) proviennent de lui » 3. C'est donc l'époque favorable pour conclure les mariages, à l'instar de cette mystérieuse union du Ciel et de la Terre qui produit au printemps tout ce qui existe. Les Chinois ont compris aussi bien que nous qu'il n'y a pas de moment plus propice pour obéir à la voix de la Nature qui dit : « Croissez et multipliez » 4 ! Aussi, pour mieux signifier l'étroit rapport qui existe entre l'union p.088 du Ciel et de la Terre au printemps et celle de l'homme et de la femme, on fait participer les deux couples, pour sceller leur alliance, à un même repas sacrificiel. Il faudra bien ainsi que la Nature jette sur le nouveau couple, afin que sa richesse en enfants s'en accroisse, l'ombre d'une part de la fécondité de son propre mariage.

Certaines cérémonies actuellement en usage dans les mariages montrent bien que les Chinois reconnaissent ce rapport entre les unions que les êtres humains concluent et celle du principe mâle avec le principe femelle de la Nature. Aussitôt que la fiancée, accompagnée d'un cortège d'amis et de connaissances, est arrivée à la demeure du fiancé et que celui-ci l'a reçue, tous deux prennent place ensemble à une table. On y a servi une douzaine de plats, accompagnés de deux coupes de vin doux, symboles de la douceur de la vie nuptiale. Chacun des époux boit la moitié du contenu d'une coupe, puis ils échangent les coupes et boivent le reste. En général un fil rouge relie les deux coupes pendant cette cérémonie 1. De cette manière se consomme l'union entre l'homme et la femme comme une sorte de réflexion de celle qui relie le couple nouveau à la Nature, et que la participation au même repas sacrificiel consacrera complètement le dixième jour de l'année. Quand les coupes du mariage ont ainsi été vidées, les époux s'inclinent l'un vers l'autre en tenant leurs mains jointes à la hauteur de la poitrine. Là dessus on place devant eux deux plats, qui contiennent de petites pilules de farine rouges et blanches mêlées ensemble. Les rouges représentent le principe mâle de la Nature, p.089 le Yang, les blanches le principe femelle, le Yin 2. Chaque époux prend ensemble avec une cuiller une pilule rouge et une blanche et les avale, après quoi on fait l'échange des plats qui les contiennent, chacun en avale de nouveau deux, l'époux et l'épouse s'inclinent une seconde fois l'un devant l'autre, et le mariage est estimé conclu en rapport avec le dualisme de la Nature. Tout se termine le surlendemain du mariage par une grande offrande au Ciel et à la Terre. De très bon matin on dresse devant la porte de la grande salle une table chargée des objets ordinaires, viandes et autres offrandes, les époux se prosternent et touchent la terre de la tête, selon le rite accoutumé, en l'honneur du double principe de la Nature, du Ciel et de la Terre. Ils se relèvent, puis se prosternent l'un devant l'autre et touchent le sol de leur tête en signe de respect mutuel. Remarquons qu'il était aussi d'usage à Athènes, et même que la loi ordonnait, que les nouveaux mariés offrissent un sacrifice à Uranus et Gea 1.

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RÉCEPTION DU PRINTEMPS

Réception du printemps. Cette cérémonie est très ancienne en Chine. Vêtements bleus portés au commencement du printemps. Chun Noung, patron de l'agriculture. Le bœuf du printemps ; notre bœuf de Pâques.

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La veille du 5 février, qui est « l'ouverture du printemps » 1, a lieu une cérémonie spéciale, qui a eu son analogue en Occident, quoique à un moment plus avancé de l'année, et qui s'y observe encore en quelques localités. Nous voulons parler de la réception faite au printemps à son arrivée, nyiâng tch'oun.

Cette cérémonie n'a pas toujours lieu à la même date de l'année civile des Chinois. Comme on s'en convaincra en se reportant à notre liste des vingt quatre phases de l'année 2, le « commencement du printemps » est déterminé par le moment où le soleil se trouve au quinzième degré du Verseau, et tombe donc sur le 5 février ; et comme le premier jour de l'année civile varie du 21 janvier au 19 février (voy. p. 4), il s'ensuit que « l'ouverture du printemps » peut varier du 16e jour du 12e mois au 15 du 1er p.091 mois de l'année civile. La cérémonie peut donc avoir lieu aussi bien à la fin de l'hiver qu'au commencement du printemps.

Chacun connaît la belle page du « Harold » de Bulwer, dans laquelle on voit chez les anciens Saxons les jeunes gens des deux sexes se répandre dans la campagne le premier jour de mai, se parer gaiement de verdure et de fleurs au sein de la libre nature, et se former en cortège pour ramener en ville leurs bestiaux ornés de guirlandes.

[Trad.] « Thus they brought the summer home ».

Dans le bon vieux temps, avant Édouard le Confesseur, princes et nobles n'avaient pas dédaigné de faire ainsi cortège au mois de mai ; mais cette fête avait un parfum de paganisme qui scandalisait le pieux Édouard. Le peuple n'en continua pas moins à y répandre sa bonne humeur, et il faut avouer que les chants ne devinrent pas plus tristes et les rameaux moins verts, pour l'absence du roi et de ses comtes dans la procession 3. — C'est quelque chose d'analogue que l'on trouve en Chine. C'est un usage qui date d'une antiquité très reculée, et empereurs et magistrats y ont toujours pris part de la manière la plus officielle. C'était une des obligations positives dont l'administration avait à s'acquitter à l'égard du peuple. On lit dans le chapitre intitulé « Prescriptions mensuelles » du Livre des Rites, le Li-ki :

« Trois jours avant le commencement du printemps le grand Annaliste se rendit auprès du Fils du Ciel, disant :

— Tel et tel jour sera le commencement du printemps et la force végétative sera présente dans les plantes.

Alors le Fils du Ciel jeûna. Le jour du commencement du printemps il se mit à la tête de ses trois ministres principaux, de ses neuf ministres, de ses nobles et des grands de son empire, pour aller à la rencontre du printemps dans la campagne orientale 1.

Sous la dynastie de Han, chacun était habillé de p.092 bleu pour cette fête 2, allusion à la belle couleur du ciel printanier et de la verdure dont la Nature entière se pare 3. Cette antique cérémonie est restée en vigueur jusqu'à maintenant, et elle se célèbre encore dans sa pureté, quoique à Émoui, qui n'a pas même le rang de chef lieu de district, on ne soit pas tenu à l'observer strictement. Un grand cortège part de la demeure du magistrat. Les autorités civiles et militaires en robes d'hiver, doublées et ornées de fourrures, sortent de la ville du côté de l'orient, en litières ou à cheval, et accompagnées de leur suite ordinaire. Derrière viennent des gens portant sur leurs épaules un bœuf ou un buffle, en papier de diverses couleurs. On le nomme tch'oun goû ou « bœuf de printemps », et il symbolise l'agriculture, dont les travaux vont recommencer, et la parure aux mille couleurs dont la Nature va se revêtir. Arrivé dans la campagne, le cortège se dirige vers un autel dressé en l'honneur des divinités des champs et du blé 1, ou en l'honneur du patron de l'agriculture 2. Les p.093 mandarins se prosternent, brûlent de l'encens, puis, lorsque le buffle du printemps a été brûlé ou mis en pièces, ils se retirent, chacun dans son Yamun. Alors, toujours en conformité de ce que fait la Nature elle-même, ils dépouillent leur costume d'hiver et mettent leurs habits du printemps.

L'origine de la coutume de porter le bœuf du printemps aux champs se perd dans la nuit des temps. On lit en effet dans le Livre des Rites, chap. « Prescriptions mensuelles », que, dans le dernier mois de l'année, sur l'ordre du Fils du Ciel, « on portait dehors un bœuf de terre, afin de reconduire l'air froid ».

Nous ne croyons pas que le bœuf de pâques que l'on a l'habitude dans un grand nombre de villes de la Hollande de promener dans les rues, orné de fleurs et de verdure, puis d'abattre, ait quoi que ce soit en commun avec le bœuf du printemps des Chinois. Notre bœuf gras a probablement été primitivement un symbole du signe du Taureau, qui, il y a environ 4000 ans, se trouvait à la rencontre de l'équateur et de l'écliptique, et dans lequel le soleil célébrait alors à l'équinoxe du printemps sa victoire sur l'Esprit des ténèbres. Le dieu solaire, en entrant dans ce signe, le rendait invisible et ainsi tuait le taureau : — c'est aussi pour cela que Mithra, le dieu solaire des Perses, était représenté assis sur un taureau et lui plongeant un glaive dans le cou. Il est probable que l'abattage du bœuf de pâques est symbolique de cette victoire.

p.094 Il est vrai que les Chinois donnent le nom de Bœuf à une constellation, mais c'est celle qui correspond au Capricorne, et par conséquent il n'est pas admissible qu'on l'ait mise en rapport avec le printemps. Il est donc à peu près certain que leur bœuf du printemps n'est pas en rapport avec le ciel, nouveau motif de ne pas le rapprocher de notre bœuf de pâques. Voilà pourquoi nous inclinons à le considérer simplement comme un symbole de l'agriculture, dont le cycle recommence au printemps.

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TREIZIÈME JOUR DU PREMIER MOIS

FÊTE DE KOUAN TI, DIEU DE LA GUERRE

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p.095 Le San kwoh tchi. Décadence politique à la fin de la dynastie de Han. Les « mouchoirs jaunes ». Liou Pi, Tchang Feï et Kouan Yu ; leur serment dans le verger des pêchers. Défaite des « mouchoirs jaunes » ; combat singulier de leur chef avec Kouan Yu. Jeunesse de Kouan Yu. On l'a fait dieu de la Littérature à cause de sa grande science. Nouvelles défaites des « mouchoirs jaunes ». Ts'ao Ts'ao. Liou Pi à Ngan Hi ; aventures des trois alliés. Ils rentrent en grâce auprès de l'empereur. Nouveaux hauts faits des trois héros dans la lutte contre les révoltés.

Intrigues à la cour pour la succession au trône. L'empereur Hien Ti. L'usurpateur Toung Tchoh et sa lutte contre les trois héros. Kouan Yu remporte dans un combat singulier la victoire sur le géant Hoa Hioung. Défaites de Toung Tchoh ; il change de capitale. Discorde entre les trois alliés. Toung Tchoh assassiné.

Nouvelle révolte des « mouchoirs jaunes » ; ils sont vaincus par Ts'ao Ts'ao, qui s'empare ensuite de la capitale. Les trois alliés délivrent Poh Haï et Kouan Yu pourfend le chef des assiégeants sur son cheval. Liou Pi décide de prétendre au trône et de résister à l'usurpateur Ts'ao Ts'ao. Les trois héros s'établissent dans ce but à Su Tcheou.

La guerre recommence. Générosité de Liou Pi et de Kouan Yu à l'égard de Lu Pou. Lutte des alliés contre Youen Chouh. Quatrième combat singulier de Kouan Yu.

Les héros s'allient à Ts'ao Ts'ao contre Lu Pou ; ce dernier est fait prisonnier et mis à mort. Trahison de Ts'ao Ts'ao contre Liou Pi déjouée par la bravoure de Kouan Yu. Le meurtrier tué de la main de Kouan Yu. Rupture et nouvelle guerre entre Ts'ao Ts'ao et Liou Pi. Kouan Yu, au siège de Su Tcheou, fait prisonnier, dans un combat singulier, le commandant ennemi. p.096

Kouan Yu commandant de la forteresse de Hia P'eï. Liou Pi vaincu par Ts'ao Ts'ao. Siège de Hia P'eï ; Kouan Yu refuse de se rendre. La ville est prise et lui-même fait prisonnier avec les femmes et les enfants de Liou Pi.

Captivité de Kouan Yu. Lâches tentatives de Ts'ao Ts'ao pour semer la division entre lui et Liou Pi. Héroïsme et fidélité de Kouan Yu. Il tue en combat singulier deux généraux de Youen Chao, allié de son frère d'armes. Sa fuite. Il traverse cinq postes ennemis de suite, tuant à chaque fois le commandant de sa propre main. Il rejoint ses deux alliés.

Renouvellement de la guerre. K'oung Ming. Revers de Ts'ao Ts'ao à Sin Yé. Alliance entre les États de Chouh et de Wou. Destruction de la flotte de Ts'ao Ts'ao sur le Yang tsz'. Générosité de Kouan Yu à l'égard de Ts'ao Ts'ao. Son expédition contre Tch'ang Cha, et sa quatorzième victoire en combat singulier.

Ts'ao Ts'ao fait mettre à mort l'impératrice et ses deux fils, et est peu après revêtu de la dignité royale. Liou Pi se proclame roi du « pays entre les fleuves ». Kouan Yu commandant à King Tcheou ; sa guerre contre Wou et Weï ; son quinzième combat singulier. Il assiège Fan Tch'ing et bat l'armée de secours, mais il reçoit une grave blessure devant les murs de la ville. Il est contraint de lever le siège et de se retirer à Meh Tch'ing. Assiégé à son tour, il est enveloppé par l'ennemi dans une sortie, fait prisonnier et décapité avec son fils.

Reste de l'histoire des trois empires. Kouan Yu déifié par Hwoui Tsoung et Wan Lih. Kouan Ti, dieu des marchands et des lettrés. Ses images en cette qualité. Ses deux gardes Kouan P'ing et Tcheou Ts'ang, Jours destinés aux offrandes à Kouan Ti ; ces offrandes.






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