Les fêtes annuellement céLÉBRÉes à





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Pl. III. KOUAN-TI ENTRE TCHEOU-TSANG ET KOUAN-PIN

Statuettes bronze chinois du XVIIIe siècle. Haut. 15,8 cm

Notre biographie du Mars chinois sera principalement tirée d'un roman historique populaire, intitulé « Histoire des trois Empires » San kwoh tchi.

On ne trouvera pas un grand nombre d'ouvrages littéraires qui aient conquis une popularité comparable à celle de ce livre, et quant aux récits historico romanesques en particulier aucun certainement n'a jamais eu autant de lecteurs que celui-ci. Un Chinois sachant lire et qui n'ait pas parcouru cet ouvrage d'un bout à l'autre est un original rare ; les personnages principaux sont connus de tout le monde, et chacun a ses sympathies et ses antipathies motivées à leur égard. De fait, c'est uniquement par « l'Histoire des trois Empires » que la grande majorité de la nation sait quelque chose de l'importante époque qui a vu tomber la célèbre dynastie de Han pour p.097 faire place à la maison de Tsin. Cette période va de 168 à 265 ap. J.-C. C'est parce qu'il est si populaire et qu'il est connu des Chinois de tout rang, que nous avons choisi cet ouvrage pour en faire notre source principale afin de raconter l'histoire de Kouan Ti, du héros dont non seulement la bravoure a fait le dieu de la guerre, mais dont la loyauté et la science ont encore fait un patron des marchands et des lettrés. Presque tout ce que le peuple sait de cette divinité, et ce qui par conséquent sert à expliquer le culte qu'il lui rend vient de ce roman historique, dans la composition duquel du reste l'imagination a eu si peu de part, que l'on peut le mettre presque au rang d'une source historique. En outre, il n'existe peut-être pas d'ouvrage aussi riche que celui-ci en détails sur le compte de notre héros. Quant au style, il est simple, mais élégant et attachant. Les Chinois en font le plus grand cas et le considèrent comme à peu près inimitable. Ce mérite seul suffirait à rendre l'ouvrage digne de l'attention de chacun, surtout de celle des Européens qui s'occupent de littérature chinoise.

Dans la seconde moitié du deuxième siècle le relâchement des mœurs et la décadence politique minaient le pouvoir des représentants de la glorieuse dynastie de Han. Partout se manifestaient des symptômes de mécontentement ; il éclatait sans cesse des révoltes, et les guerres civiles qui en résultaient ébranlaient de plus en plus le trône des empereurs. On vit s'ouvrir une période de luttes entre le pouvoir constitué et divers usurpateurs, période riche en incidents de toutes sortes, d'où sont sortis maints récits romanesques et dramatiques, comme cela est aussi arrivé chez nous pour les époques les plus agitées de notre histoire. L'auteur du chef d'œuvre dont nous parlions il y a un moment s'appelait Lo Kouan Tchoung et vivait, dit-on, sous la dynastie de Youen 1. En décrivant la chute de la maison de Han il






Pl. IV. KOUAN-TI

Bronze chinoise du XVIIIe siècle. Haut. 28.5 cm

s'est acquis une haute réputation littéraire, qui fera vivre son nom. Son ouvrage se compose de 120 chapitres, dont 44 ont été traduits en français par Théodore Pavie. Le reste n'a jamais été publié dans aucune langue européenne 1.

L'empereur Ling Ti prit en 168 les rênes du pouvoir. La corruption p.098 des mœurs était très grande en haut lieu ; l'administration s'en ressentait ; l'empereur abandonnait à ses eunuques les affaires d'État les plus considérables. Le mécontentement croissait de jour en jour et du peuple passa à ceux des grands que la corruption n'avait pas atteints. On vit paraître des bandes d'insurgés qui dévastaient le pays ; enfin un certain Tchang Kioh en réunit un grand nombre, et lorsqu'il se trouva à la tête d'une armée formidable, déploya ouvertement l'étendard de la rébellion contre l'empereur. Il prétendait qu'un être surnaturel lui avait remis un livre magique au moyen duquel il devait rétablir la paix et le bonheur universel, et il parvint, avec l'aide de ses deux frères, à inspirer au peuple une confiance aveugle dans son pouvoir magique. Des milliers et des milliers de partisans accoururent sous ses drapeaux ; il en forma trente six corps sous un nombre égal de ses lieutenants, et réussit par leur moyen à mettre les provinces du Nord en pleine révolte. Ses hommes portaient un mouchoir jaune enroulé autour de la tête et avaient des bannières jaunes. Quand le Nord fut soulevé, ses bandes se massèrent pour attaquer les frontières de la partie de l'empire qui était encore restée fidèle à l'empereur.

Alors le préfet de Yeou Tcheou, district de la province de Tchihli, fit afficher partout une proclamation destinée à appeler à combattre les rebelles les habitants des contrées fidèles au pouvoir légal. Un jour un Chinois nommé Liou Pi lisait la proclamation à côté d'un nommé Tchang Féï, ce qui amena une conversation entre les deux personnages, et ils finirent par se promettre de travailler ensemble au salut de leur patrie. Ils entrèrent dans une auberge afin de concerter leurs plans, et virent tout à coup entrer un homme de taille gigantesque. « Il avait neuf pieds de haut et sa barbe était longue de deux pieds ; sa figure ressemblait à une datte double et ses lèvres avaient l'air enduites de rouge de plomb ; ses yeux étaient comme ceux d'un phénix rouge et ses sourcils comme des vers à soie étendus ». Liou Pi l'invita à prendre place et lui demanda comment il s'appelait et d'où il venait.

— Mon nom de famille est Kouan, dit il, et mon nom à moi Yu. Mon surnom est proprement Cheou Tch'ang, mais je l'ai plus tard changé en Youn p.099 Tch'ang. Je suis originaire du département de Kiaï Tcheou 1 dans la province de Ho Toung 2, mais j'ai dû m'enfuir, parce que j'ai tué un grand qui abusait de son pouvoir pour opprimer le peuple. Il y a cinq ou six ans de cela. Maintenant j'ai appris que l'on enrôle des soldats contre les rebelles et je suis venu ici pour obéir à l'appel qui a été fait.

Quand il eut fini de parler, les deux autres lui exposèrent leurs projets, sur quoi tous les trois convinrent de se rencontrer le lendemain matin dans le verger des pêchers de Tchang Feï, pour s'y jurer fraternité les uns aux autres en invoquant le Ciel et la Terre, et pour s'engager à s'efforcer ensemble de sauver la dynastie. Ils prêtèrent donc serment, après quoi ils appelèrent au combat les jeunes gens de l'endroit et se rendirent auprès du préfet de Yeou Tcheou pour lui offrir leurs services. Bientôt les rebelles se montrèrent aux frontières. Liou Pi avec Tchang Feï et Kouan Yu, tous trois à cheval, marchèrent, suivis de leurs partisans, à la rencontre de l'ennemi ; ils défièrent en combat singulier les chefs de leurs adversaires, et Tchang Feï perça de sa lance l'un d'entre eux, qui était de rang subordonné. Mais quant au chef suprême, Kouan Yu le coupa en deux sur son cheval, et cela répandit une telle panique dans les rangs des rebelles qu'ils se mirent à jeter leurs armes et à s'enfuir en désordre. Les vainqueurs se lancèrent à leur poursuite et en massacrèrent un nombre immense. Les trois frères d'armes rentrèrent alors en triomphe dans la ville.

Voilà comment notre roman met son héros en scène. On sait peu de chose de sa jeunesse. De même que ses deux frères d'armes, il était d'obscure extraction et il avait gagné sa vie en vendant de la bouillie aux fèves 1. Plus tard il s'était mis à étudier, et il devint si savant qu'on finit par lui donner une place parmi les cinq divinités de la Littérature — mais nous reviendrons plus tard là dessus. C'est en 184 qu'il jura fraternité à Liou Pi et à Tchang Feï, et eux à lui. Cette date est donc celle de son entrée dans la carrière militaire.

Poursuivons maintenant l'histoire de notre héros, telle que nous la p.100 trouvons dans le San kwoh tchi. La ville de Ts'ing Tcheou ayant été investie par les mouchoirs jaunes, le préfet écrivit à Yeou Tcheou pour demander du secours ; car le danger était pressant. On envoya cinq mille hommes, auxquels les trois amis se joignirent ; il y eut un rude combat, mais l'armée de secours fut repoussée. Les impérialistes eurent alors recours à un stratagème. Kouan Yu occupa sans bruit les hauteurs qui se trouvaient sur un des flancs de l'armée ennemie, et Tchang Feï les hauteurs en face ; Liou Pi, avec le commandant de l'armée de secours, attaqua de front ; mais il se retira quand la lutte fut vivement engagée, l'ennemi poursuivit et tomba dans l'embuscade. Attaqués soudain de trois côtés à la fois, les mouchoirs jaunes furent mis en désordre ; en même temps la garnison de Ts'ing Tcheou fit une sortie ; les rebelles se trouvèrent complètement enveloppés et l'on en fit un grand carnage.

Après avoir ainsi contribué à faire lever le siège, notre trio marcha contre Tchang Kioh, chef suprême des rebelles, auquel le général Lou Tchih, à la tête de troupes impérialistes trois fois plus faibles en nombre que les siennes, avait bien de la peine à tenir tête dans la partie méridionale de Tchihli. Quand nos héros arrivèrent à l'armée avec les cinq cents hommes qui les suivaient, on leur adjoignit quelques renforts, et on les envoya à Ying Tch'ouen, au nord de la province de Honan, pour y attaquer les deux frères de Tchang Kioh, Tchang Pao et Tchang Liang. Liou Pi opéra sa jonction avec les troupes restées fidèles dans cette contrée, mit le feu au camp ennemi et sut si bien mettre à profit la confusion qui s'ensuivit, que bientôt l'armée rebelle toute entière fut dispersée ou détruite. Un carnage plus grand encore fut fait par les impérialistes commandés par un nommé Ts'ao Ts'ao, général d'origine obscure, qui débuta par ce haut fait dans une très glorieuse carrière, et qui figurera plus tard au premier rang dans l'histoire des trois empires.

Cette expédition menée à bonne fin, Liou Pi, Kouan Yu et Tchang Feï rebroussèrent vers le nord, attaquèrent Tchang Kioh, dispersèrent son armée et le tuèrent lui-même. Ensuite ils se retournèrent contre Tchang Pao, qui avait réussi à rallier les débris des armées rebelles mises en déroute, p.101 mais cette fois ils essuyèrent un revers, causé par un vent violent, des brouillards et des pluies que leur adversaire sut leur opposer par sa magie. Toutefois ils ne se laissèrent pas abattre. Ils occupèrent les hauteurs et de là ils jetèrent soudain sur leurs ennemis toutes sortes d'immondices et de déchets de boucherie, ce qui neutralisa les arts magiques des rebelles. Ceux ci se virent attaqués de trois côtés à la fois et furent obligés de battre en retraite et de s'enfermer à Yang Tch'ing, ville située sur la frontière sud de la province de Chansi. Les alliés les y pressèrent si vivement qu'ils tranchèrent eux-mêmes la tête à Tchang Pao et la livrèrent aux alliés avec la ville. Enfin le troisième frère, Tchang Liang, qui avait pris le commandement suprême des mouchoirs jaunes après la mort de Tchang Kioh, fut poursuivi par un autre corps d'impérialistes, essuya sept défaites successives, et fut enfin tué dans la bataille.

Mais la rébellion n'était pas encore réprimée pour cela. Partout surgissaient de nouveaux chefs à la tête de bandes de mouchoirs jaunes, et la guerre continuait acharnée. Il serait trop long d'en suivre toutes les péripéties. Disons seulement que Liou Pi et ses frères d'armes prirent part à l'investissement de la ville de Youen Tch'ing dans le nord de Chantoung, et qu'ils furent les premiers à y pénétrer. La lutte fut vive, et la ville enlevée et perdue à plusieurs reprises ; enfin les trois chefs des rebelles furent tués, et leur armée dispersée et détruite. Cette grande victoire mit fin pour le moment à la révolte des mouchoirs jaunes. L'empereur récompensa Liou Pi en le nommant préfet du district de Ngan Hi dans la province de Tchihli, et le nouveau dignitaire se rendit à son poste, accompagné de ses deux amis, désormais ses aides et ses conseillers inséparables. Mais les eunuques de la cour virent avec grand déplaisir élever à des emplois importants les héros qui s'étaient distingués dans la guerre, parce qu'ils prévoyaient que cela aurait pour effet de diminuer leur propre influence. Ils surent empoisonner l'esprit de l'empereur et l'amener à envoyer des délégués, qui devaient recueillir des griefs contre les magistrats nouvellement nommés, afin que l'on en pût tirer prétexte de les destituer. Celui qui se présenta dans le district de Liou Pi se conduisit à son égard avec la dernière arrogance, et joignit à la grossièreté de ses procédés l'iniquité la plus criante, le privant systématiquement de tout moyen de p.102 se défendre contre les accusations que l'on s'empressait de recueillir parmi les employés subalternes. La fureur de Tchang Feï s'alluma. Il força, malgré la forte garde qui la défendait, l'entrée de la demeure du délégué impérial, pénétra jusqu'auprès de ce dernier, lui fit les plus vifs reproches de sa conduite, et, le saisissant par les cheveux, le traîna jusque devant le palais du préfet, où il se mit à le battre d'importance, avec un bâton de saule. Liou Pi eut toutes les peines à lui arracher sa victime. Kouan Yu, attiré par la bagarre, donna ses deux amis le conseil de mettre le délégué à mort, puis de rentrer dans la vie privée. Liou Pi se contenta de suivre la seconde partie de ce conseil. Il suspendit au cou du délégué battu les sceaux de la préfecture et le renvoya ainsi à l'empereur, ce qui signifiait qu'il ne désirait plus être considéré comme faisant partie de l'administration.

Le rechercheur de griefs s'empressa de faire usage de la liberté qui lui était généreusement rendue pour aller déposer une plainte auprès du premier magistrat de la province, lequel à son tour envoya des gens chargés d'arrêter le trio. On ne les avait pas attendus ; nos trois aventuriers s'étaient réfugiés à Taï Tcheou dans le nord de la province de Chansi, où demeurait un parent de Liou Pi, Liou K'oueï, qui les cacha. Sur ces entrefaites une nouvelle rébellion éclata sur deux points à la fois, dans le midi de l'empire, et en même temps à l'extrême nord, à Yu Yang dans la province de Tchihli, et le général Liou Yu ayant été chargé de pacifier cette dernière contrée, ce fut pour les trois amis une occasion de rentrer en grâce auprès de l'empereur. Liou K'oueï écrivit à Liou Yu pour lui recommander ses protégés, et le général, charmé de s'assurer les services de si glorieux champions, assigna à Liou Pi un haut rang dans l'armée et lui confia même le commandement des troupes qui furent chargées de détruire le repaire des rebelles. Il y eut pendant plusieurs jours de suite de rudes combats, mais Tchang Choun, un des principaux chefs des insurgés, se fit tellement haïr des siens par sa tyrannie et ses injustices, qu'ils finirent par le tuer ; on livra sa tête, et son armée passa du côté de Liou Pi. Son frère Tchang Ku, qui s'était fait proclamer empereur, vit que sa cause était perdue, p.103 tant les désertions se multipliaient, et s'étrangla. L'empereur apprit quels hauts faits avaient de nouveau été accomplis par les trois héros. Il leur fit complètement grâce pour les traitements qu'ils avaient fait subir à son délégué et il nomma Liou Pi préfet du district de P'ing Youen, dans la partie septentrionale de la province de Chantoung.

Les intrigues n'en cessèrent pas pour cela à la cour ; au contraire, l'empereur étant tombé malade, la question de la succession au trône leur fit redoubler d'intensité. L'empereur était tiraillé entre sa mère, qui voulait lui faire reconnaître comme héritier du trône le prince Hieh, qu'elle avait élevé, et le généralissime Ho Tsin, de la sœur duquel, sa seconde épouse, l'empereur avait eu un autre fils, le prince Pien. Il inclinait en faveur de Hieh, mais il redoutait le mécontentement de Ho Tsin. Les eunuques, qui étaient aussi du parti de sa mère, lui inspirèrent la pensée de se débarrasser du généralissime en le faisant assassiner ; mais Ho Tsin fut averti à temps et échappa à la mort. Le décès de l'empereur étant survenu (190 de J.-C.), Ho Tsin jugea pouvoir se venger. Il usa si bien de sa haute position et fut si habilement secondé par ce Ts'ao Ts'ao, dont nous avons déjà dit un mot (page 100), et par un certain Youen Chao, qu'il parvint premièrement à faire proclamer empereur son neveu Pien, ensuite à faire mettre à mort la grand'mère du prince Hieh, enfin de faire signer par sa sœur, la nouvelle impératrice mère, un décret qui destituait les eunuques des charges qu'ils occupaient. Il en arriva ainsi à exercer de fait le pouvoir suprême dans la capitale. Afin de se consolider encore, il rappela avec son armée le général Toung Tchoh, qui était en campagne contre les Tibétains ; mais avant que ce soutien lui arrivât, les eunuques parvinrent à l'attirer traîtreusement dans le palais, où ils le firent périr. Là dessus Youen Chao, et Ts'ao Ts'ao attaquèrent le palais, afin de venger ce meurtre ; ils mirent le feu aux bâtiments, mais le principal auteur du méfait, l'eunuque Tchang Jang, s'échappa, et de plus réussit à enlever l'impératrice mère et ses deux fils. Youen Chao se mit aussitôt à sa poursuite, et le pressa si bien qu'il dut abandonner ses captifs et qu'il se noya dans une rivière pour ne pas tomber vivant entre les mains de ses ennemis.

p.104 Comme Ho Tsin était mort lorsque Toung Tchoh arriva dans la capitale avec ses troupes, ce dernier se vit en possession du pouvoir, mais il se fit haïr par ses cruautés et son arbitraire. Il déclara le jeune empereur Pién Ti incapable de gouverner, et il le remplaça par son frère cadet, le prince de Tch'un, Tch'un Liou Wang, qui fut proclamé sous le nom de Hien Ti. Non content de cela, il fit peu après assassiner l'empereur déchu et sa mère, et commit de si atroces cruautés que Ts'ao Ts'ao, son propre partisan, ourdit une conspiration contre lui. Le plan échoua et Ts'ao Ts'ao dut chercher son salut dans la fuite. Youen Chao fit aussi défection. Dans une assemblée de chefs il se prononça si ouvertement et si vigoureusement contre la déchéance dont avait été frappé le jeune empereur Pien Ti, qu'il en résulta une rupture complète entre lui et Toung Tchoh. Il alla rejoindre Ts'ao Ts'ao, que rallièrent de leur côté Liou Pi et ses deux frères d'armes, et bientôt l'opposition contre l'usurpateur Toung Tchoh eut une forte armée en campagne.

Kouan Yu va sortir à cette occasion de la pénombre où il est resté quelque temps. Les deux armées sont en présence ; celle de l'usurpateur est commandée par Hoa Hioung, guerrier de taille gigantesque, qui défie les chefs adversaires en combat singulier. Déjà il a triomphé de deux d'entre eux, dont les têtes sont tombées sous son sabre. Kouan Yu s'avance à son tour, monté sur son cheval de bataille. En un instant ses deux collègues sont vengés ; le héros rentre au camp et jette à ses pieds la tête du géant.

Toung Tchoh envoie le valeureux Lu Pou contre les alliés, et les deux armées se trouvent de nouveau en présence. Nouveaux combats singuliers ; Lu Pou fait mordre la poussière aux trois premiers qui osent se mesurer avec lui ; le quatrième quitte le champ clos grièvement blessé. Ts'ao Ts'ao conçoit le projet de s'emparer de la personne de ce terrible adversaire, pensant qu'alors il aura facilement raison de Toung Tchoh. Notre trio s'offre pour exécuter le projet. Lu Pou sort une cinquième fois de ses lignes pour renouveler son défi et met en fuite le champion qui se présente le premier. Alors Tchang Feï pousse son cheval vers lui ; le combat s'engage et reste indécis ; soudain accourent Kouan Yu et Liou Pi, mais p.105 les trois amis réunis ne parviennent pas à faire leur adversaire prisonnier ; tout ce qu'ils peuvent faire, c'est de le mettre en fuite. Pendant ce temps les deux armées s'attaquent ; celle de Lu Pou est prise de panique ; elle est chassée de ses retranchements et se retire dans la capitale Loh Yang 1.

Pendant que les adversaires de Toung Tchoh tenaient ainsi vigoureusement tête à ses troupes, ce tyran commit un acte de violence dont l'égal est rarement mentionné par l'histoire. Ne se jugeant plus en sûreté à Loh-Yang, sa capitale, qui, dit on, renfermait plus d'un million d'habitants, il força ceux ci de se transporter à Tch'ang Ngan dans la province actuelle de Chensi, où il voulait fixer le siège de son gouvernement. Ses soldats commirent à cette occasion tous les excès imaginables, violant les femmes et les jeunes filles, pillant et brûlant ensuite maisons, temples, palais, détruisant tout, sur l'ordre de leur cruel maître. Ils massacrèrent un nombre incalculable de personnes, et, pour mettre le comble à ses crimes, Toung Tchoh ordonna à Lu Pou de faire forcer l'entrée des tombeaux des empereurs et des grands, et il s'empara des immenses richesses que l'on y trouva en or et en pierres précieuses. Il va sans dire qu'il se fit suivre à Tch'ang Ngan par le jeune empereur et par toute la cour.

Les alliés prirent possession des ruines de l'ancienne capitale, mais bientôt la discorde se mit parmi eux, principalement par suite de l'obstination de Youen Chao de n'agir qu'à sa tête. Ts'ao Ts'ao se sépara de lui, et, de son côté, Liou Pi quitta l'armée avec ses deux amis et s'en retourna dans le district de P'ing Youen. Peu après, nous retrouvons le trio guerroyant dans l'armée d'un adversaire de Youen Chao et contribuant à lui infliger une défaite si complète qu'il ne resta plus d'autre ressource à cet ambitieux que de faire sa soumission à Toung Tchoh.

Ce tyran se plongeait toujours plus dans la volupté et les cruautés, lorsqu'enfin, en 192, Lu Pou en débarrassa le monde en l'assassinant. On pendit son cadavre en public, exposé aux insultes de la foule. Ses biens furent confisqués et les membres de sa famille mis à mort, sans distinction d'âge. Les mouchoirs jaunes profitèrent de ces troubles pour se soulever de nouveau. Ils mirent Ts'ing Tcheou à feu et à flammes ; mais Ts'ao Ts'ao p.106 marcha contre eux et fit si bien que le plus grand nombre d'entre eux passa de son côté, ce qui le mit à même de réunir une armée assez puissante pour marcher contre la capitale, Tch'ang Ngan. Il n'eut pas de peine à y prendre le pouvoir en mains, et il exerça l'autorité suprême, toutefois au nom du jeune Hien Ti.

Il restait cependant des bandes de mouchoirs jaunes qui parcouraient le pays en tuant et pillant. Elles investirent la ville de Poh Haï, actuellement Weï, située dans le nord de la province de Chantoung. Liou Pi et ses amis, appelés au secours par les assiégés, tombèrent sur le dos de l'ennemi, à la tête de troupes peu nombreuses, mais choisies. Kouan Yu tua de sa main le chef ennemi sur son cheval, et une sortie des défenseurs de la place vint achever la victoire. Notre trio cueillit ainsi de nouveaux lauriers, mais tant de gloire enivra Liou Pi. Il était apparenté à la famille impériale régnante, car il descendait du septième fils de King Ti, qui était monté sur le trône l'an 156 av. J. C, et il résolut de prétendre à la couronne. Il s'établit dans ce but dans la ville de Su Tcheou, dans le nord de Kiangnan, pour ouvrir de là les hostilités contre l'usurpateur Ts'ao Ts'ao.

Ce fut le commencement d'une guerre interminable entre Ts'ao Ts'ao, Lu Pou, les trois frères d'armes et quelques généraux qui avaient su se créer des positions indépendantes. Il se fit et se défit des alliances, il se livra des batailles, il se noua des intrigues ; c'est un dédale dont nous ne poursuivrons pas les complications. Nous nous arrêterons seulement aux grands faits auxquels notre trio a sa part active, ou qui le concernent directement. Ts'ao Ts'ao remporta succès sur succès. Il s'empara de la ville de Ting T'ao au sud de la province de Chantoung, dans laquelle Lu Pou s'était établi, dispersa l'armée de ce général et soumit toute la province ; mais Lu Pou rallia ses troupes, et alla se mettre à Su Tcheou sous la protection de Liou Pi. Ts'ao Ts'ao là dessus voulut acheter Liou Pi, pour qu'il profitât de cette occasion de se défaire d'un rival redoutable ; mais il avait compté sans le sentiment d'honneur du héros et de son ami et conseiller Kouan Yu. Car, quoique on lui envoyât l'investiture impériale du fief de Su Tcheou, Liou Pi refusa de faire lâchement assassiner un homme qui s'en était remis à sa loyauté, et même, de concert avec Kouan Yu, il le défendit contre leur p.107 troisième ami, Tchang Feï, qui nourrissait contre Lu Pou une haine ardente et qui un jour leva sur lui son sabre nu.

Habile à « diviser pour mieux régner », Ts'ao Ts'ao intrigua si bien qu'il mit la discorde entre Liou Pi et un frère cadet de Youen Chao, Youen Chouh, qui avait aussi réussi à se rendre indépendant dans son territoire. Il en résulta une campagne dont Kouan Yu fut le héros. Il tua en combat singulier un des généraux ennemis, ce qui causa parmi les troupes de ce dernier une panique si grande qu'elles furent complètement mises en déroute. Pendant ce temps néanmoins, dans la place de Su Tcheou, où Tchang Feï avait été laissé pour y exercer le commandement, l'ancienne animosité entre lui et Lu Pou avait de nouveau éclaté, et Tchang Feï avait été chassé de la ville. Pourtant, lorsque Liou Pi et Kouan Yu revinrent après leur victoire, Lu Pou leur ouvrit aussitôt les portes et céda modestement la place à Liou Pi. Plus tard il effectua entre Youen Chouh et le trio une réconciliation qui eut une trêve pour conséquence.

Ses bons rapports avec les trois frères d'armes ne durèrent pas longtemps, à cause de la rancune de Tchang Feï, qui lui en voulait plus que jamais depuis que Lu Pou l'avait forcé à quitter la ville. Ce dernier eut le dessus dans les luttes qui survinrent, et le trio alla se réfugier auprès de Ts'ao Ts'ao, qui se garda bien de repousser des héros dont les services pouvaient lui être si utiles, et qui investit Liou Pi du fief de Yu Tcheou au nord ouest de la province de Honan... Mais pourquoi suivre pas à pas toutes ces querelles ? Disons seulement que Youen Chouh à son tour en vint aux mains avec Lu Pou, et qu'obligé de battre en retraite, il fut attaqué par Kouan Yu, qui le battit complètement. Plus tard la guerre se ralluma entre Lu Pou, d'un côté, et, de l'autre, Liou Pi et Ts'ao Ts'ao. Après de longues hostilités Lu Pou fut fait prisonnier et mis hors d'état de nuire, car Ts'ao Ts'ao le fit étrangler sur le conseil de Liou Pi, qui pensait que, si on le laissait vivre, Ts'ao Ts'ao pourrait bien avoir le sort de Toung Tchoh.

Bientôt l'empereur nomma Liou Pi commandant de l'armée de gauche et lui accorda le titre de T'ing heou, ou Gentilhomme du Pavillon (impérial). Il resta, pour le moment du moins, sur un bon pied avec Ts'ao Ts'ao, ce p.108 qui fut dû surtout à sa fidélité à la famille impériale. Il eut bientôt après à commander en chef une campagne, contre Youen Chouh, qui fut battu, s'enfuit et périt de misère.

Ts'ao Ts'ao était jaloux de Liou Pi et le craignait. Les lauriers cueillis par son rival dans cette dernière campagne l'aigrirent encore et il résolut de se défaire de lui. Il envoya donc un de ses généraux, nommé Tch'é Tcheou, avec un corps de troupes au camp de Liou Pi et lui ordonna de s'y faire admettre en qualité d'ami et alors de tuer le général en chef ; mais les frères d'armes furent avertis de cette trame et ce fut le valeureux Kouan Yu qui sauva la vie de son ami. Il laissa Tch'é Tcheou entrer librement dans la forteresse, mais ensuite il l'attaqua soudain de front et par derrière ; surpris et enveloppé, l'ennemi n'eut d'autre ressource que de poser les armes et de se rendre. Tch'é Tcheou s'échappa d'abord ; mais Kouan Yu se lança à sa poursuite, l'atteignit et le fit tomber de cheval à coups de sabre.

Il va sans dire que la rupture fut complète entre Liou Pi et Ts'ao Ts'ao. Le premier se rendit auprès de Youen Chao, qui accepta avec empressement ses offres de service ; car Ts'ao Ts'ao avait mis sur pied contre lui une armée formidable, qui pénétrait déjà dans le Li Yang, l'arrondissement actuel de Siun dans le nord du Honan.

Les deux armées restèrent pendant deux mois en face l'une de l'autre, chacune dans son camp retranché, sans qu'aucune des deux osât se résoudre à l'attaque, et Ts'ao Ts'ao profita de cette période d'inaction pour détacher un de ses généraux contre Su Tcheou, où les trois frères d'armes se trouvaient encore. Ce fut de nouveau le valeureux Kouan Yu qui les sauva. Il fit une sortie vigoureuse, et, dans la furieuse mêlée qui s'ensuivit, il fit lui-même prisonnier le général ennemi et l'emmena en ville. Les assiégeants furent alors mis en fuite ; quant au général prisonnier, Liou Pi lui rendit la liberté et le renvoya à Ts'ao Ts'ao.

Liou Pi ne se sentait plus en sûreté à Su Tcheou. Il fit donc occuper par Kouan Yu la forteresse de Hia P'eï, dans le nord du Kiangnan, et lui-même, accompagné de Tchang Feï, se porta sur Siao P'eï, dans le même département de la même province ; mais Ts'ao Ts'ao vint bientôt l'y relancer, suivi de son innombrable armée. Liou Pi marcha courageusement p.109 à sa rencontre ; mais il succomba sous le nombre, fut totalement battu, et s'enfuit auprès de Youen Chao, dont il invoqua la protection.

Ts'ao Ts'ao n'eut pas de peine alors à occuper Su Tcheou, après quoi il alla attaquer Kouan Yu dans Hia P'eï. Liou Pi n'avait pas seulement chargé ce dernier, comme on l'a vu, de la garde de ce poste important, mais encore il lui avait confié ses deux femmes et ses enfants, sachant bien qu'il pouvait se reposer absolument sur la loyauté de ce généreux guerrier. Les grandes vertus de Kouan Yu eurent ample occasion de s'exercer dans les évènements qui suivirent. Il résista sans hésiter aux offres les plus séduisantes que lui fit faire Ts'ao Ts'ao, afin de le détacher de la cause de Liou Pi et de le rallier à la sienne. Alors Ts'ao Ts'ao eut recours à la ruse et à la trahison. Lors de la prise de Su Tcheou, il lui était venu un assez grand nombre de transfuges de la garnison ; il leur donna l'ordre de se présenter en fugitifs à Hia P'eï. Cela réussit ; on les accueillit à bras ouverts et on les incorpora dans l'armée de défense. Alors Ts'ao Ts'ao fit mine de vouloir attaquer la ville ; puis, Kouan Yu ayant fait une sortie, il feignit de se retirer et attira Kouan Yu dans une embuscade. Au fort de la mêlée, il surgit tout à coup des essaims d'ennemis qui enveloppèrent Kouan Yu et ses hommes et leur coupèrent la retraite du côté de la ville. En même temps les faux fugitifs ouvrirent les portes et livrèrent la ville, avec les femmes et les enfants de Liou Pi, à Ts'ao Ts'ao.

Kouan Yu se défendit vaillamment. Un moment il résolut de tenir bon jusqu'à la mort ; mais un envoyé de Ts'ao Ts'ao, venu pour l'inviter à se rendre, lui fit faire des réflexions qui changèrent sa détermination. N'avait-il pas juré dans le verger des pêchers de vivre et de mourir avec ses frères d'armes ? Ne devait il pas obéir à ce serment ? Et, de plus, sa conscience ne lui disait elle pas qu'il n'avait pas le droit de quitter sans nécessité une vie qu'il avait pour toujours vouée à la défense de la dynastie de Han ? Enfin, ne devait il pas à son ami intime Liou Pi de faire tout ce qui était en son pouvoir pour aider et assister ses épouses dans leur captivité ? Après mûre délibération, il se décida donc à se rendre, mais il fit la condition expresse que c'était à l'empereur qu'il se soumettait, et non pas à Ts'ao Ts'ao. Celui-ci accepta cette condition en riant, et dit :

— C'est moi qui représente en ce moment la dynastie de Han ; j'accepte.

Voilà donc Kouan Yu prisonnier ; mais, même alors, il ne perdit ni son p.110 intrépidité, ni sa fidélité à l'égard de ses frères d'armes. Il osa dire à Ts'ao Ts'ao lui-même qu'il n'hésiterait pas à s'enfuir, lui fallût il pour cela traverser le feu et l'eau, dès qu'il aurait appris où Liou Pi se trouvait. Ts'ao Ts'ao là dessus inventa une ruse infernale dans l'espérance de détruire l'amitié qui unissait les frères d'armes. Il fit enfermer une nuit Kouan Yu dans l'appartement ou se trouvaient les deux femmes de Liou Pi, Kan et Mi ; mais le héros sut montrer de nouveau dans cette délicate circonstance quelle était la force de son amitié et quel pouvoir il exerçait sur lui-même, car il passa toute la nuit en dehors de la porte, une lanterne à la main. Il faut dire à la louange de Ts'ao Ts'ao qu'il fut le premier à admirer cet acte de continence et de loyauté, et que dès lors il traita toujours Kouan Yu avec de grands égards, ce qui du reste s'accordait fort bien avec ses calculs. Mais tous ses efforts furent vains, il ne parvint jamais à ébranler Kouan Yu dans sa fidélité à Liou Pi. Ainsi Ts'ao Ts'ao lui ayant fait don d'un costume de guerre neuf, le vieux étant tout usé, Kouan Yu serra soigneusement les morceaux du costume mis de côté, et lui dit ouvertement qu'il voulait les garder en souvenir de son ami, qui les lui avait donnés. Une autre fois Ts'ao Ts'ao lui offrit un superbe cheval, qui avait appartenu à Lu Pou, et lui demanda pourquoi il en montrait une grande joie. Kouan Yu répondit sans hésiter :

— Je sais que ce cheval est capable de faire cent cinquante milles par jour, et je me réjouis de maintenant pouvoir rejoindre en un jour mon frère aîné Liou Pi, dès que j'aurai appris où il se trouve.

Tout prisonnier qu'il était, Kouan Yu eut encore l'occasion de montrer, outre sa fidélité et son intrépidité, sa vaillance guerrière. Voici ce qui se passa. Youen Chao mit son armée en campagne et Ts'ao Ts'ao l'imita. Bientôt parut l'avant garde ennemie sous les ordres de Yen Liang. Suivant l'usage la bataille fut précédée de défis pour des combats singuliers, et Yen Liang ayant tué deux officiers de Ts'ao Ts'ao et en ayant mis un troisième en fuite, personne n'osait plus se mesurer avec lui. Ts'ao Ts'ao crut l'occasion excellente pour brouiller enfin Kouan Yu et Liou Pi, et même pour précipiter ce dernier dans sa perte. En effet, Kouan Yu ignorait que Liou Pi avait fait alliance avec ce Youen Chao, avec lequel lui et ses deux amis avaient p.111 été auparavant en guerre. « Il me faut », se dit donc Ts'ao Ts'ao, « exciter Kouan Yu contre Yen Liang et l'envoyer se battre avec lui. Premièrement, cela me débarrassera d'un adversaire redoutable, car Yen Liang est sûr d'avoir le dessous ; ensuite, dès que Youen Chao apprendra ce qui s'est passé, il se méfiera de Liou Pi et le fera peut être tuer, de peur d'être trahi par lui et ses deux amis ». Il parla donc à Kouan Yu, qui promit de rapporter la tête de Yen Liang, et qui, en effet, fort peu de temps après, rentrait au camp avec son trophée. Comme cela arrivait souvent lors des combats singuliers, l'armée du chef vaincu se débanda, chacun cherchant son salut dans une fuite précipitée.

Cette partie de la machination de Ts'ao Ts'ao réussit donc, mais non pas le reste. Youen Chao comprit qu'il y avait un malentendu et il ne fit pas même mettre Liou Pi à mort lorsque de nouveau, dans une escarmouche qui suivit, notre héros renversa de cheval et tua un de ses officiers généraux. Enfin Liou Pi parvint à faire savoir par des espions à Kouan Yu qu'il faisait cause commune avec Youen Chao et se trouvait dans son armée. Il prévint ainsi de nouveaux actes de vaillance, qui auraient pu à la longue faire croire à la mauvaise foi des trois amis.

Kouan Yu savait donc où était celui qu'il appelait son frère aîné. Il ne s'agissait par conséquent plus que de saisir la première occasion de s'enfuir. Il y réussit, et parvint même à s'échapper de la forteresse en emmenant les femmes de Liou Pi et une vingtaine d'hommes. La présence de ces femmes le retardait beaucoup, et Ts'ao Ts'ao aurait pu le faire reprendre ; mais il s'en abstint, persévérant ainsi dans la générosité qui avait toujours été sa règle de conduite à l'égard de Kouan Yu. Celui-ci, quoique il ne fût pas poursuivi, n'en eut pas moins à accomplir un voyage des plus périlleux à travers un pays ennemi, et il n'en serait pas venu à bout sans sa bravoure incomparable. Il en faut dire quelque chose.

Un jour il se trouvait sur la limite de la contrée de Loh Yang et avait à franchir un col de montagne occupé par un général de Ts'ao Ts'ao avec cinq cents hommes. On lui demanda son passe port ou un congé de Ts'ao Ts'ao; il n'en avait pas et on lui refusa le passage. Il tua le général sur son cheval et passa de vive force. Le danger fut plus grand encore quand p.112 il arriva à la ville même de Loh Yang. Le préfet de l'endroit, Han Fouh, n'osa pas disputer ouvertement la route à un tel guerrier, mais il lui tendit un piège. Il posta ses soldats en haie derrière la porte de la ville, puis il envoya un de ses officiers à la rencontre de Kouan Yu comme pour le faire prisonnier, mais il lui donna l'ordre de fuir au milieu du duel et de rentrer ; Kouan Yu, pensait il, ne manquerait pas de le poursuivre et de tomber dans l'embuscade. L'officier suivit ses ordres, attaqua Kouan Yu, puis, au bout d'un moment, prit la fuite ; mais il avait compté sans la vitesse du cheval de son adversaire ; en un clin d'œil il fut atteint et abattu. Le héros cependant n'avait pu accomplir cette prouesse sans arriver à portée d'arc. Comme il allait revenir, il fut blessé au bras par une flèche lancée par le préfet, qui prit la fuite aussitôt ; furieux, Kouan Yu se lança à sa poursuite, et d'un coup fit tomber sa tête avec une des épaules. Alors il força le passage à la tête de ses hommes. Il parvint ainsi à un troisième fort, où l'attendait un piège non moins dangereux que le précédent.

Le commandant, Pien Hi, informé de son approche, cacha dans un couvent deux cents hommes armés jusqu'aux dents, et se porta ensuite à la rencontre de Kouan Yu avec les dehors de la plus complète bienveillance ; arrivés au couvent, il l'invita à s'y loger. Le héros accepta et ne dut son salut qu'à son incroyable vaillance ; quoique pris presque au dépourvu, il se défendit si bien qu'il fit mordre la poussière à tous ses assaillants. Pien Hi lui-même ayant essayé de lui écraser le crâne de sa lourde masse d'arme, il para le coup avec son sabre, et, du revers, coupa son adversaire en deux.

Kouan Yu arriva au poste de Ying Yang, dont le commandant, nommé Wang Tchih, était parent du préfet de Loh Yang, tué par le héros lorsqu'il avait si vaillamment forcé le passage. Wang Tchih naturellement avait soif de vengeance ; il accueillit avec des démonstrations d'amitié le terrible guerrier et les femmes qu'il escortait, et il leur offrit un logement pour passer la nuit. Kouan Yu, harassé des fatigues des jours précédents, accepta volontiers ; mais lorsque le déloyal commandant crut qu'il était plongé dans le sommeil, il fit environner la maison par des soldats, avec ordre d'y mettre le feu et de la brûler avec tous ceux qui s'y p.113 trouvaient. Ce lâche attentat échoua ; Kouan Yu avait été averti à temps, et, quand la troupe arriva, il avait déjà quitté et la maison et la ville. Wang Tchih se mit à sa poursuite, ce qui lui coûta la vie ; il n'atteignit notre guerrier que pour recevoir le digne prix de sa trahison ; il fut coupé en deux sur son cheval. Il ne restait plus à Kouan Yu qu'à franchir le Hoang ho pour arriver sur le territoire occupé par Youen Chao ; mais le passage était gardé par un fort, dont le commandant, nommé Ts'in Ki, voulut barrer la route au héros ; c'était trop de témérité ; sa tête tomba. Bientôt Kouan Yu et les femmes de Liou Pi se trouvèrent de l'autre côté du fleuve, en pays ami.

Heureux et confiants, ils arrivèrent dans la ville de Kou Tch'ing. Tchang Feï y commandait, et Kouan Yu croyait que son ami allait saluer sa venue avec des transports de joie, lorsque, à sa grande consternation, il se vit accueillir par les plus amers reproches. Tchang Feï refusait de le reconnaître comme ami et frère d'armes, et l'accusait d'avoir violé le serment du verger des pêchers en prenant délibérément fait et cause pour Ts'ao Ts'ao et en tuant les généraux de Youen Chao, l'allié de ses frères d'armes. Tout ce que put dire Kouan Yu fut inutile ; les préventions de Tchang Feï semblaient indestructibles, et ce fut bien pis encore, lorsque parut un corps d'armée ennemi, lequel voulait ravager la contrée. Kouan Yu n'eut d'autre moyen de convaincre son ami que de pousser son cheval vers l'ennemi, dont un instant après le commandant tombait d'un côté, et sa tête de l'autre.

Là dessus notre héros se rendit auprès de Liou Pi, qui avait pénétré dans la contrée de Chansi au nord du Hoang ho. Ici, plus de déception. Les deux amis revinrent ensemble à Kou Tch'ing ; Tchang Feï reconnut son erreur, et le trio, de nouveau au complet, célébra sa réunion par une offrande solennelle au Ciel et à la Terre.

La guerre continua entre les différents partis, surtout entre Ts'ao Ts'ao et Youen Chao. Après mille péripéties, le plus clair succès fut pour Ts'ao Ts'ao, son adversaire étant mort sans être parvenu à se créer une position solide ; pourtant il eut longtemps encore à guerroyer contre les fils de Youen Chao. Quant aux trois amis, la cause qu'ils persévéraient à soutenir était celle des prétentions de Liou Pi au trône impérial. Ils firent longtemps la p.114 guerre avec des alternatives de succès et de revers dans la partie méridionale de la province de Honan. Après quelques années, Liou Pi, aidé surtout de ses deux amis et des sages avis d'un conseiller qu'il s'était récemment attaché, K'oung Ming 1, parvint enfin à s'asseoir sur le trône qu'il convoitait.

Il n'y avait pas longtemps que Liou Pi avait pris à son service le célèbre K'oung Ming, lorsqu'une forte armée de Ts'ao Ts'ao marcha sur la contrée de Sin Yé sur les frontières méridionales de la province actuelle de Honan, où les trois amis avaient la base de leurs opérations. Un stratagème imaginé par K'oung Ming fut désastreux pour l'ennemi ; il fut mis en fuite après que son train eut été brûlé. Alors Ts'ao Ts'ao mit sur pied une armée immense — on parle de cinq cent mille hommes — pour frapper un grand coup, qui mit fin à la résistance de ses rivaux. Il ne réussit pas ; K'oung Ming fut de trop bon conseil pour Liou Pi. Il eut recours à quelque chose d'analogue à ce que les Russes ont fait en 1812 contre les Français. La campagne commença en 209. K'oung Ming fit évacuer Sin-Yé, la capitale, remplir les maisons de soufre et d'autres matières combustibles, et cacher quelques soldats à trois des portes, sur quoi on laissa Ts'ao Ts'ao entrer sans coup férir. Quand l'armée ennemie fut toute dans l'enceinte de la ville, l'incendie éclata sur trois points en même temps et se propagea avec une rapidité terrible, activé par un vent violent et nourri par les matières inflammables qu'on avait partout préparées. Trois portes brûlant, l'ennemi se précipita en désordre vers la quatrième, où l'incendie ne s'était pas encore propagé. Mais là il était attendu par l'armée de Liou Pi, qui en fit un carnage épouvantable. Des multitudes de fuyards couraient à la rivière, espérant trouver le salut de l'autre côté. Mais K'ouan Yu avait fait construire p.115 à l'avance avec des sacs une digue qui avait retenu l'eau en amont ; à un signal donné des milliers de mains se trouvèrent prêtes à enlever les sacs, l'eau fondit comme une trombe sur les fugitifs qui encombraient le gué ; les noyés furent innombrables.

La guerre continua et fut sanglante. Nous n'en suivrons pas les péripéties. Il suffit de dire que ce grand désastre fut le commencement d'un amoindrissement graduel et continu de la puissance de Ts'ao Ts'ao, d'autant plus que, grâce à K'oung Ming, les opérations de Liou Pi furent dès lors conduites avec plus d'ensemble et de tactique. Nos trois héros se liguèrent avec Soun K'uen qui avait fondé l'État de Wou (voy. la note à la page 114), et ils équipèrent de concert avec lui une flotte pour l'opposer à celle que Ts'ao Ts'ao avait sur le fleuve Yang tsz'.

Sa supériorité était ici encore écrasante. Ses jonques étaient montées par un million de soldats. Mais l'intelligence et la tactique faisaient défaut, et cela rétablit l'équilibre en faveur de Liou Pi. Sur le conseil de K'oung Ming, on résolut de détruire la flotte de Ts'ao Ts'ao au moyen de brûlots ; seulement il y avait une grave difficulté ; il était à craindre que les bâtiments ennemis ne se dispersassent à l'approche des barques incendiaires et qu'ainsi le feu ne se propageât pas. Voici ce qu'on imagina pour parer à ce danger. Un certain P'ang T'oung se fit admettre comme déserteur sur la flotte ennemie et réussit à persuader à Ts'ao Ts'ao qu'il connaissait un excellent moyen de prévenir le mal de mer, dont ses soldats souffraient très fort. Sur son conseil on relia les jonques les unes aux autres avec des chaînes, soi-disant pour en former une masse compacte, moins sensible aux oscillations. Ce beau conseil eut pour résultat l'anéantissement de la flotte. Pendant qu'on travaillait à le mettre à exécution, K'oung Ming avait érigé un autel en l'honneur des pléiades pour obtenir que le vent, qui soufflait du nord-ouest, tournât au sud est. En réalité le vent changea, et les brûlots purent approcher secrètement de la flotte ennemie. En quelques instants cette vaste masse fut transformée en un océan de flammes. Des milliers de soldats trouvèrent la mort dans les flots, et il ne resta guère de la vaste armée de Ts'ao Ts'ao que quelques bandes dispersées, formées de ceux qui avaient réussi à s'enfuir. Cette bataille navale eut lieu dans la province p.116 actuelle de Houpeh, à l'endroit appelé « bouches des trois rivières », par environ 30° 47' de latitude et entre 108e et 109e degrés de longitude.

De sa personne, Ts'ao Ts'ao échappa au désastre et s'enfuit accompagné d'une poignée de soldats, pour se voir barrer la route par Kouan Yu, à la tête d'un corps d'armée. Rien n'aurait été plus aisé à notre héros que de le tuer ou de le faire prisonnier, lui et toute sa troupe. Le fugitif le vit bien, mais, connaissant la générosité de Kouan Yu, il s'avança vers lui avec le plus grand sang froid, lui rappela avec quelle prévenance il l'avait traité lorsqu'il était son prisonnier, et lui demanda si ce n'était pas le moment de montrer qu'à toutes ses vertus militaires il joignait celle de la gratitude. Il s'éleva un grand combat dans l'âme de Kouan Yu. Il avait juré d'être fidèle en tout à la cause de Liou Pi, devenue identique à celle de la dynastie de Han ; pouvait il violer ce serment en laissant échapper le plus redoutable ennemi de son frère d'armes ? Malgré tout cependant la victoire resta à son sentiment de reconnaissance et à la générosité à laquelle il était naturellement porté quand il voyait devant lui un ennemi vaincu. Il oublia la ruse honteuse que Ts'ao Ts'ao avait inventée pour le faire manquer à ce qu'il devait aux femmes de Liou Pi et à cet ami lui-même ; il oublia que Ts'ao Ts'ao lui avait fait tuer deux généraux de l'allié de son ami ; bref, quoi qu'il lui en coûtât, il fit faire volte face à ses troupes et laissa Ts'ao Ts'ao suivre sa route. Quand il revint à l'armée de Liou Pi, K'oung Ming l'accusa de trahison et voulait qu'on le mît à mort ; mais Liou Pi s'interposa et lui sauva la vie.

La guerre n'était donc pas finie ; au contraire, elle continua inextricable et monotone entre une multitude d'ambitieux et de prétendants, dont l'appétit des grandeurs était aiguillonné par l'état de décomposition où se trouvait l'empire. Continuons de relever les faits qui intéressent la carrière de Kouan Yu. Un jour Liou Pi l'envoya attaquer dans son fort le cruel Han Huen, préfet de Tch'ang Cha 1, avec un demi-millier d'hommes seulement ; on jugeait que sa bravoure personnelle valait une armée. On ne l'avait pas surfait. Il commença par tuer en combat singulier un des lieutenants de Han Huen, puis il repoussa, malgré la faiblesse numérique de sa troupe, p.117 toutes les sorties que fit l'ennemi ; Han Huen périt enfin dans la mêlée, et la ville fut prise.

Ts'ao Ts'ao perdait toujours plus de terrain, et, non sans que beaucoup de sang eût été répandu, Liou Pi finit par soumettre les uns après les autres tous les districts du pays de Chouh dans la province actuelle de Sz' tch'ouen. Il y fonda un empire qui, dans l'histoire, porte le nom de Chouh, et, avec la principauté de Wou, fondée par Soun K'uen dans la province actuelle de Tchehkiang, et celle de Ts'ao Ts'ao, connue dans l'histoire sous le nom de Weï, forme la transition entre l'empire, de la dynastie de Han et celui de la dynastie qui suivit, celle de Tsin. Sur ces entrefaites l'empereur et son épouse Fouh Heou tramèrent à la cour une intrigue dont le but était de faire périr Ts'ao Ts'ao. L'impératrice écrivit à ce sujet à quelques-uns de ses parents une lettre qui fut interceptée. Ts'ao Ts'ao ordonna aussitôt d'arrêter la princesse ; elle essaya de se cacher, mais on l'arracha à sa retraite, on la traîna par les cheveux, les pieds nus, jusque devant Ts'ao Ts'ao et on l'assomma sous ses yeux. Le tyran fit de même mettre à mort ses deux fils, ainsi que le messager qui avait été chargé de la lettre, et qui fut décapité en place publique avec plus de deux cents parents de l'impératrice. Cette sanglante tragédie de palais se jouait en l'an 215. Peu de temps après, la fille de Ts'ao Ts'ao, qui faisait déjà partie du harem impérial, fut élevée au rang d'impératrice, et enfin, deux ans plus tard, l'empereur investit Ts'ao Ts'ao lui-même de la dignité royale, avec le titre de « Roi de Weï ».

Toujours également opiniâtre, la guerre continuait entre les trois États de Chouh, de Wou et de Weï, mais, du côté de Liou Pi, grâce au talent de K'oung Ming, avec une grande supériorité dans l'art militaire, et pour cela avec le plus de succès. Son territoire s'arrondissait de plus en plus, et enfin il céda aux instances de sa noblesse et de ses hauts fonctionnaires, qui le pressaient de prendre ouvertement le titre de roi. Il choisit pour cela l'appellation de « Roi du pays entre les fleuves », c'est à dire de la partie de la province actuelle de Chensi qui est située entre le Hoang ho et le Yang tsz' ; en même temps, il nomma ses deux frères d'armes, avec p.118 trois autres officiers supérieurs, commandants en chef de toutes ses forces avec le titre de « généraux tigres ».

Ce fut la dernière période de la vie de Kouan Yu, et elle ne fut pas longue. Il exerçait son haut commandement dans le pays de King Tcheou, partie méridionale de la province actuelle de Houpeh, lorsqu'un jour le prince de Wou lui fit demander pour son fils la main de sa fille ; il refusa d'une manière si hautaine que Soun K'uen en fureur contracta contre lui alliance avec Ts'ao Ts'ao. Kouan Yu prévint l'attaque de ses ennemis. Il marcha sur Siang Yang, dans le nord de la province de Houpeh, y battit l'armée de Weï et en tua le commandant de sa propre main ; ensuite il mit le siège devant Fan Tch'ing, où s'étaient réfugiés les débris de l'armée vaincue. Il repoussa longtemps toutes les sorties ; mais enfin parurent sept corps d'élite, venant de Tch'ang Ngan, capitale de Weï, au secours des assiégés. Il fallut se retourner contre cette armée. Dans une des nombreuses escarmouches qui s'ensuivirent, Kouan Yu fut blessé d'une flèche qu'un des chefs ennemis, nommé P'ang Teh, lui tira. Il se vengea quelques jours après ; les deux armées en étant de nouveau venues aux mains et la fortune penchant de son côté, il réussit, dans un combat sur le fleuve, à envelopper ce P'ang Teh avec plusieurs autres chefs ; il en tua un certain nombre à coups de flèches, et P'ang Teh tomba à l'eau ; on le retira vivant et Kouan Yu le fit décapiter. L'armée de secours fut dispersée, mais la place tenait toujours. Elle ne fut jamais prise par notre héros ; au contraire, elle fut cause de sa mort.

Un jour, comme il s'était témérairement approché des murailles, on en profita pour lui tirer des flèches empoisonnées, dont deux le blessèrent au bras droit. Il tomba de cheval, sur quoi les assiégés firent une sortie pour l'achever ; mais son fils Kouan P'ing accourut à son secours et le dégagea. On le ramena au camp, où un habile chirurgien 1 lui fit subir une terrible opération qu'il endura héroïquement ; il continua de manger, de boire ou de causer comme si de rien n'était, pendant qu'on fouillait, non seulement ses p.119 chairs, mais même ses os, pour couper et gratter toutes les parties où se trouvait du poison. Il fut bientôt suffisamment guéri pour pouvoir monter à cheval et même pour pouvoir quelque peu manier le sabre.

Pendant que le siège traînait ainsi en longueur, les troupes de Wou envahirent le pays de King Tcheou, et Kouan Yu détacha son fils Kouan P'ing pour les repousser. Mais Ts'ao Ts'ao ne restait pas inactif de son côté, et il marcha en personne à la tête de son armée à Fan Tch'ing. Kouan Yu se vit contraint de céder au nombre ; il leva le siège et partit pour King Tcheou, afin de réunir ses troupes à celles de son fils. Ils tinrent tête vaillamment à l'armée de Wou, mais leur étoile les abandonna ; un jour, après de sanglants combats, ils se trouvèrent enveloppés et n'eurent plus d'autre ressource que de se retirer derrière les murs de Meh Tch'ing. Naturellement toutes les forces de Wou se concentrèrent autour de cette place, qui finit par être étroitement investie. Kouan Yu résistait néanmoins à tous les assauts, quoique sa garnison se fondît. Enfin, n'ayant plus que deux cents hommes valides, et voyant qu'il n'était pas secouru, il résolut de faire une trouée pour s'échapper. L'ennemi était sur ses gardes ; quelque soudaine que fût la sortie, le héros se vit au bout de quelque temps enveloppé de toutes parts. De longs crocs et des lassos fendirent l'air ; Kouan Yu fut tiré à bas de son cheval ; son fils accourut pour essayer de le dégager, mais fut enveloppé à son tour, et, après une valeureuse résistance, ils furent pris tous deux. On les amena à Soun K'uen, qui voulut les décider à passer à son service ; mais Kouan Yu déclara qu'il aimait mieux mourir que de violer le serment qu'il avait fait dans le verger des pêchers d'être fidèle à la maison de Han et à Liou Pi. Soun K'uen voulait malgré cela lui laisser la vie et se contenter de le garder comme prisonnier. Mais ses généraux lui remontrèrent avec instances combien il en avait coûté à Ts'ao Ts'ao d'avoir, par une générosité mal entendue, laissé en vie un ennemi, qui avait ensuite été l'auteur principal de ses désastres. Soun K'uen céda, et les têtes du vieux guerrier — il avait cinquante huit ans — et de son fils tombèrent. Cela arriva dans le dixième mois chinois de l'an 219 2.

p.120 Telle est en gros l'histoire du grand héros de l'époque des trois Empires, devenu le dieu de la Guerre des Chinois. Aucun guerrier peut-être n'a tué en combat singulier autant de chefs adversaires que lui, ni combattu dans autant de batailles ; sa carrière forme une longue chaîne d'actes de bravoure et de hauts faits, et c'est ce qui lui a mérité le rang de Mars chinois. Il






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