AÏn sefra ’la Perle du désert’





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AÏN SEFRA ...’la Perle du désert’


 

  André HENRI  



 Souvenirs d'une campagne

ou

Le journal de marche d’un appelé du contingent sur

les Hauts Plateaux sahariens. ALGERIE : 1959 à 1961  


"...Un beau jour je raconterai l'histoire

A mes petits-enfants

Du voyage ou notre seule gloire

C'était d'avoir vingt ans. 

L'Algérie

Avec ou sans fusil

Ca reste un beau pays.

                                       "L'Algérie" - Paroles de Serge LAMA . 1975)

                        

 

A SIMON, ARNOUX et DUBOIS, morts en Algérie,

                    A tous mes camarades de la 2è Compagnie - 8ème RIMa.

 

 

                                        A mes enfants Corinne et Serge,

                                  A mes petits-enfants Mickaël, Yoann et Damien.

 

                            

                                       ‘Un homme sans souvenirs est un homme perdu.’

                                             (Armand SALACROU)

1) le camp le coq : Après avoir participé aux opérations de Sélection du Centre de Tarascon, du 22 au 24 octobre 1958, je suis appelé, le 4 mars 1959, au Camp LECOCQ - GITTOM (Groupement d'Instruction et de Transit des Troupes d'Outre-mer), à Fréjus dans le Var, pour y effectuer les tous débuts de mon service militaire.    

 

      Mon frère Georges, mon aîné de 18 ans, avait souhaité m'accompagner. Il est certain que j’appréhendais le moment où j’allais me retrouver seul car c’était bien la première fois que je quittais, comme bien d'autres, le cocon familial, pour vivre une aventure qui allait durer deux bonnes années, avec, en point de mire, l’Algérie qui se profilait à l’horizon et dont la situation faisait l'objet de nombreuses discussions dans les chaumières de France. L'Algérie, depuis 1881, était constituée de trois départements français: l'Oranais, l'Algérois et le Constantinois. Dans ce pays, au-delà de la méditerranée, se livrait une sourde guerre civile que le gouvernement de l'époque refusait de reconnaitre, s'agissant d'un conflit sur notre propre territoire national...Une guerre dissimulée sous l’appellation "d'opérations de maintien de l'ordre" consistant à protéger les populations civiles ainsi que les biens privés et publics et surtout, ce qui ne faisait pas l'objet de grandes explications, à traquer les 'fellaghas', ces hors-la-loi qui s'opposaient par tous les moyens au régime gouvernemental de la France. En somme, un problème de 'Police intérieure'...Une situation qui avait pris naissance à la Toussaint de l’année 1954, c'est-à-dire, il y avait cinq ans.

 

            "La rebellion indépendantiste algérienne, qui n'employait pas les méthodes d'une guerre conventionnelle mais le terrorisme et la guérilla contre la population civile (assassinats, attaques et incendies d'exploitations agricoles, poses de bombes en zone urbaine, etc, et embuscades sur des patrouilles françaises par des djounouds de l'ALN), était assimilée à du banditisme".  ('Appelés du contingent - Guerre d'Algérie').

 

           "Le 1er novembre 1954, des bombes artisanales explosent à Alger. Elles donnent le signal d'un conflit qui durera huit ans.

           Selon leur habitude, à Paris les politiques minimisent l'importance de l'évènement. Etrangers depuis toujours à la réalité de la province nord-africaine, cette fois plus que jamais leur absence de jugement sera le creuset d'erreurs qui se révèleront fatales. L'objectif des insurgés n'est pas la énième revendication d'accession à la citoyenneté française. Le combat qui commence a pour but l'indépendance de leur pays.

            La campagne d'Indochine s'achève à peine, onze ans séparent la victoire du monde libre sur le nazisme et les familles n'ont pas terminé de soigner leurs blessures et pleurer leurs morts.

             Cette guerre s'annonce aussi pénible que la campagne d'Indochine. Mais cette fois, politiques et militaires sont d'accord sur un point: il faut la gagner!

              L'état-major réfléchit à l'envoi d'une force supplétive. Le contingent constituera cette force d'appoint. 

              Or, annoncer tout de go que l'on va envoyer les jeunes Français en Algérie pour y faire la guerre, cela risque à coup sûr de provoquer des remous au sein de la population. La classe ouvrière est puissante, le monde rural l'est tout autant. Dès lors, un seul mot d'ordre circule dans les couloirs des ministères: 'Ne pas affoler les couches populaires et ne rien faire qui puisse amener une nouvelle crise politique'. Les crises politiques, la France de la IVe République en est percluse.

               La main sur le coeur, on promet que les jeunes Français feront du 'maintien de l'ordre et rien d'autre'! A compter de ce mensonge, le premier d'une longue série, pendant huit ans, et des années après la fin du conflit, le mot 'guerre' ne sera jamais prononcé. On parlera plutôt, avec un air gêné, des 'évènements'.

              Les têtes pensantes agissant dans les officines ministérielles inventent un second mensonge, tout aussi dénué de sens que le précédent, surtout lorsque l'on connaît la réalité de la situation: la 'pacification'. Personne n'aura alors la curiosité de poser la question: En cent trente ans de présence en Algérie, si la France n'a pas pacifié les populations qui se sont ralliées à son drapeau, alors qu'a-t-elle fait?". ('Les Oubliés de la Guerre d'Algérie' par Raphaël DELPARD).

 

       "Le 12 novembre 1954, Pierre MENDES-FRANCE (Radical-socialiste), président du Conseil, s'adressant à l'Assemblée nationale, exprime clairement la distinction entre l'Algérie d'une part, la Tunisie et le Maroc d'autre part :

          ...A la volonté criminelle de quelques hommes doit répondre une répression sans faiblesse. On ne transige pas lorsqu'il s'agit de défendre la paix intérieure de la nation, l'unité, l'intégrité de la République. Les départements d'Algérie constituent une partie de la République française. Ils sont français depuis longtemps et d'une manière irrévocable. Leurs populations, qui jouissent de la citoyenneté française et sont représentées au Parlement, ont d'ailleurs donné dans la paix, comme autrefois dans la guerre, assez de preuves de leur attachement à la France, pour que la France, à son tour, ne laisse pas mettre en cause cette unité. Entre elles et la métropole, il n'y a pas de sécession concevable. Jamais en France, aucun gouvernement, aucun Parlement français, quelles qu'en soient d'ailleurs les tendances particulières, ne cèdera sur ce principe fondamental. J'affirme qu'aucune comparaison avec la Tunisie ou le Maroc n'est plus fausse, plus dangereuse. Ici, c'est la FRANCE'". ( "Pieds-Noirs" - Wikipédia).

 

        En 1956, un gouvernement de gauche arrive au pouvoir. Guy MOLLET, alors Président du Conseil, donne la priorité à une victoire militaire sur le FLN (Front de Libération Nationale). Le ministre-résident en Algérie, Robert LACOSTE, laisse l'armée conduire la guerre à sa façon. François MITTERRAND est le ministre de l'Intérieur depuis le déclenchement de l'insurrection en 1954. En 1959, les effectifs militaires en Algérie, étaient estimés à 430 000 hommes.

 

           Des morts, il y en avait mais les médias n'avaient pas une réelle connaissance des pertes françaises ou, tout au moins, racontaient ce que leur permettait une certaine censure gouvernementale. A cette époque, la RTF (Radio et Télévision Française), l’unique organisme audio-visuel français, était placé sous le contrôle de l’Etat, conformément à l’ordonnance de 1945. Lors de ces ‘évènements d’Algérie’, l’Elysée contrôlait entièrement l’information et s’arrogeait le droit de censurer. Ainsi, la métropole apprenait ces évènements uniquement au travers d' informations plus ou moins manipulées ou données avec parcimonie. Et en Algérie, la presse écrite était entre les mains de certaines personnalités politiques très influentes telles celles d'Alain de SERIGNY, directeur de ‘L’Echo d’Alger’ ou de Léopold MOREL, directeur de ‘La Dépêche de Constantine’. Ces informations n’étaient, la plupart du temps, que des communiqués de victoires évitant, dans la mesure du possible, de faire état des pertes françaises. 

 

        Car les pertes en hommes étaient importantes au regard d'actions dites de 'maintien de l'ordre'. Les cercueils des militaires, tués dans des opérations ou des embuscades, étaient débarqués discrètement dans certains ports français tels ceux de Sète ou de Marseille. Les pauvres parents, le corps de leur malheureux fils enseveli dans le cimetière communal, restaient avec leur terrible malheur. L’avoir vu partir en bonne santé et le voir revenir dans un cercueil plombé avec ce doute terrible : 'Est-ce bien le nôtre qui est là-dedans!'.     

 

       Dans le train, j’eu droit aux nombreux conseils qu’un grand frère accorde en pareille circonstance. Ma mémoire enregistrait plus ou moins toutes ces bonnes paroles qui m’étaient prodiguées dans mon propre intérêt mais, au fur et à mesure que le train avançait vers sa destination, ma pensée se détachait de la vie familiale pour se tourner tout doucement vers cette nouvelle vie qui allait être dorénavant la mienne mais que je ne faisais que soupçonner.

 

        A la sortie de la gare de Fréjus, de nombreux jeunes se trouvaient là, apparemment dans la même situation que moi. Et les camions de l’armée nous attendaient déjà…Je fis discrètement mes adieux à mon frère et m’installais aussitôt sur la banquette d'un de ces bahuts avec, je me souviens, la gorge un tout petit peu serrée…Arrivé au camp Lecocq, ce fut le passage d'abord chez le fourrier pour les tenues vestimentaires, aux tailles tout à fait approximatives, puis chez le coiffeur, qui n'avait d'ailleurs que le nom, pour une coupe 'non au rasoir mais à la tondeuse', et enfin l’affectation dans une chambrée.

 

       Mon parcours militaire prenant effet dans ce camp, je vais donc raconter succinctement les souvenirs qu’il m’a laissé tout au long de ces deux mois de classe et autant pour le peloton d'élève-caporal que j'avais accepté de suivre.

 

       De ce camp, avec ses baraquements disposés sur différents niveaux de terrain, qui servaient chacun de chambrée pour une quarantaine d’hommes, je me souviens:

 

--des lits métalliques doubles surélevés, disposés des deux côtés de la chambrée,

 

--les revues de paquetage au ‘carré’. Le rangement devait être bien ordonné et surtout, rapidement assuré. Si cela ne convenait pas au gradé de service, le paquetage était viré par terre, et le malheureux trouffion quitte pour tout recomposer en un temps record,

 

--le repassage de la chemise de ‘sortie’ afin de  rétablir, en particulier, les deux ou trois plis verticaux devant impérativement figurer à certains emplacements de celle-ci,  

 

--ces fameuses guêtres à lacets qui seront abandonnées heureusement en Algérie pour le plus grand bénéfice des 'rangers' ou mieux, des 'pataugas',

 

--les fusils pour l’entrainement, ces fameux MAS 36, attachés au râtelier, disposé dans chaque chambrée, avec un câble passant à l’intérieur des pontets et bouclé par un cadenas dont les gradés possédaient la clé (le MAS 36 a remplacé le Lebel (modèle 1886-93). Il était fabriqué par la Manufacture d'Armes de Saint-Etienne. Magasin de 5 cartouches - Calibre de 7,5 m/m - Poids chargé avec la baïonnette:4,020 kg. Il sera remplacé, à partir des années 1950 par le fusil semi-automatique MAS 49, puis ensuite par le MAS 49/56).

 

--les revues d’armes dans la chambrée, les bidasses au 'garde-à-vous', l’arme démontée et présentée sur le lit, chaque pièce bien propre. Il ne fallait pas oublier le nettoyage de l’intérieur du canon car toute trace de rouille ou de saleté pouvait valoir à son servant une punition. Une pièce de monnaie, disposée à la lumière du jour, à un certain endroit de la culasse permettait, par la réflexion de la lumière à l'intérieur du canon, de vérifier très rapidement la qualité du nettoyage,

 

--le maniement d’arme, quelle belle corvée! Des heures à manier le fusil pour le ‘Présentez arme !’, puis la marche par rangs de trois ou quatre avec les fameux commandements : ‘En colonne, couvrez !; A droite, droite', et j'en oublie très certainement. Et enfin la délivrance avec le ‘Rompez les rangs’. Bien avant cela, il y avait l’apprentissage du ‘salut’, savoir se présenter à un supérieur, etc.

 

 

         Et le 8 mai n’étant pas loin, on devait être prêt pour défiler sur le boulevard Charles de Gaulle de St Raphaël, la petite ville toute proche de Fréjus, avec le fusil correctement positionné sur l’épaule. Les erreurs de maniement étaient punies par des séries de 'pompes', avec obligation de chanter, dans le même temps, certaines bêtises voulues par nos petits planqués de gradés (... en sursis d'Algérie) et d’autres exercices équivalents, au beau milieu des copains plus ou moins moqueurs. Il valait mieux s'obliger à suivre les conseils de ces petits chefs et se faire oublier autant qu’on le pouvait,

 

-- l’appel sur la place, le matin à 7 heures pour le Rapport, 

 

-- les heures de garde et de présence au Poste de Police, à l’entrée du camp. Le mot de passe que l'on réclamait la nuit au chef de la patrouille revenant de manoeuvre avec sa section, lequel s’en moquait pas mal,

 

-- la bouffe exécrable qui nous changeait sacrément des petits plats confectionnés par la maman. Il ne fallait pas se trouver souvent en bout de table sinon on avait de fortes chances de subir un régime forcé, les premiers se servant copieusement sans état d'âme. Très souvent, j'allais, le soir au bas du camp; là, se tenaient quelques marchands ambulants, munis d'un 'passe-droit' qui moyennant finances, nous permettaient d’améliorer ou de compléter notre ordinaire par des sandwichs, café-crème et autres gourmandises,

 

-- le réveil à 6 heures par un ‘Allez, debout là-dedans’ suivi parfois de la corvée de café, puis la toilette à l’eau froide. On n’avait pas le temps de s’attarder devant le lavabo car d'autres attendaient la place... Ici,  on n’était pas à la maison...,

 

-- les chiottes, pardonnez-moi le terme, quelle consternation pour l’époque et pour nous, soldats. Il faut bien que j’en parle en qualité d’utilisateur obligé. Ouverts à tous les temps et  à la vue de tous ou presque. L’intimité n’était pas sauve mais, en Algérie, cela ne sera guère différent. Ces latrines étaient constituées par une dalle en béton surélevée d'un bon mètre, avec des trous percés tous les 1m 50 environ. A chaque trou correspondait, en-dessous de la dalle et à sa verticale, un fût de 150 litres environ, pour la réception de ce que l'on imagine. En fait, il y avait un trou et trois cloisons, la porte d’entrée étant absente. Lorsque les fûts étaient aux trois quarts pleins, il étaient chargés sur des camions par les tôlards. On n'a jamais su où ils étaient déchargés, souhaitant que l'environnement ne soit pas trop pollué mais, à cette époque de la guerre d'Algérie, les problèmes du respect de la nature ou d'écologie n'étaient pas le grand souci du gouvernement en place...Ce travail était effectué par les tôlards à qui revenaient les plus sales besognes. Il nous était attribué le nettoyage de la dalle et ses 'annexes' lorsque nous étions de 'corvée de chiottes'.

 

-- parlant de tôlards, on avait, à cette époque, tout intérêt à se tenir peinard, à ne pas se faire remarquer car, l’armée n’avait pas de difficulté à mater les éléments les plus récalcitrants ou agités. Et en Algérie, les camps disciplinaires existèrent pour le plus grand malheur de certains,

 

-- les patrouilles de nuit, dans les garrigues proches du camp. On apprenait à se déplacer en silence, en se repérant à la boussole, à s’habituer à l’obscurité, tout cela au milieu des senteurs de thym, de romarin, de genêt et autres plantes toutes aussi odorantes,

 

-- le parcours du combattant  n’était pas mon fort. Le mur d’escalade était toujours trop haut et le passage sous les barbelés trop bas mais je n’avais pas le choix. Ce 'parcours du combattant' et la course à pieds effectués assez souvent, finissaient par nous muscler le corps, nous donner du tonus et affiner notre silhouette. Nous subissions une véritable préparation en vue du crapahut en Algérie. On se marrait bien lorsqu’un de nous avait des difficultés physiques dans les passages difficiles. Que de ‘bosses’ de rire nous avons pu faire! On était de grands gamins, heureux de vivre une 'expérience' et cependant, certains d'entre-nous allaient trouver la mort quelques mois plus tard en Algérie,

 

-- c’était au tir que j’excellais le mieux avec le MAS 36. Il fallait bien le tenir…Mes bons résultats m’ont permis de partir un peu plus souvent en permission,

 

-- le vaccin antitétanique, antidiphtérique et la TABDT qui nous laissaient tremblant de fièvre sur le lit,

 

-- tout déplacement dans l’enceinte du camp, se faisait en courant ou, tout au moins, au ‘pas cadencé’. Il n’était pas question de ‘trainer’ car un sergent-chef de carrière se faisait un malin plaisir de nous remettre dans les rangs à grands coups de gueule,

 

         Pour moi, comme pour beaucoup d’autres certainement, ce fut le dépaysement le plus complet…On s’est adapté par obligation à cette nouvelle vie, d’autant plus facilement que notre jeunesse, nos vingt ans, nous y aidèrent beaucoup. Cette vie s’écoulait assez rapidement, du fait d’un planning chargé, sans danger par rapport à celle que nous allions connaitre en Algérie.

 

         Le 24 juin 1959, j’obtenais mon Certificat d’Aptitude au grade d' Elève- caporal avec la mention ‘Passable’. Ma note était de 12,67 sur 20 et mon classement : 31è sur 47 élèves. Je n’étais pas le dernier mais cependant bien loin du premier. J'avais bien compris que je n'étais pas fait pour le métier des armes. Cela ne m’a fait 'ni chaud ni froid' car, du meilleur au plus mauvais, nous étions tous reconnus ‘Bon pour  le crapahut en Algérie’.

 

        Un bon mois après mon arrivée au camp, j’ai bénéficié de ma première permission dite 'de valise' qui consistait à laisser à la maison tous les vêtements civils. En rentrant au camp,  j’ai compris que j’étais militaire à part entière car il ne restait plus rien sur moi qui pouvait me rappeler ma vie de jeune citadin. 

 

           "C'est au début de l'année 1915 que l'armée décida de loger des troupes coloniales à Fréjus. Celles-ci étaient levées aux quatre coins de l'Empire colonial car le conflit en cours nécessitait d'énormes ressources humaines (Sénégal, Guinée, Soudan, Côte d'Ivoire, Dahomey, Niger, Congo, Abyssinie, Mauritanie, Cameroun, Madagascar, Tonkin, Annam, Cochinchine, Nouvelle-Calédonie, Tahiti, Iles Loyauté). 

           Le choix de Fréjus-Saint Raphaël découla de plusieurs facteurs: climat sain et peu humide, hiver doux, désserte par le chemin de fer, et proximité du port de Marseille pour l'embarquement ou le débarquement des troupes.

            L'armée utilisa des terrains sur les deux communes que sont Fréjus et Saint Raphaël. Si cette dernière ne désirait pas de présence militaire, ce n'était pas le cas de Fréjus. Celle-ci pouvait compter sur l'appui sans faille du général GALLIENI, grand personnage de l'épopée coloniale française. 

            Le site bavarois accueillit tous les types de bataillons coloniaux: bataillons de marche ou de première ligne, bataillons de renfort, bataillons d'étapes, bataillons de dépôt.

             Dès le quatrième trimestre de 1915, l'armée aménagea pas moins de 12 camps d'hébergement s'étendant sur ces deux communes.

              Certains comme le 'camp Galliéni' fut utilisé jusqu'en 1960. Ses terrains sont maintenant occupés par un Complexe sportif et par le 'Mémorial des Guerres d'Indochine'.

              Le 'camp des Darboussières' est aujourd'hui un Centre de vacance militaire. 

             Quelques noms de ces camps: 'camp de l'Oratoire de Guérin', de 'Valescure Golf', du 'Grand Gontin', de 'la Péguière' rebaptisé 'camp Raymond', de 'Caudrelier', de 'Rondony', de 'Largeau', de 'Bataille', de 'Boulouris', des 'Plaines', des 'Caïs', des 'Sables'.

              En avril 1918, le camp de 'la Lègue' était mis en service. Son occupation a été continuelle jusqu'à nos jours, rebaptisé, depuis fort longtemps, de camp 'Colonel LECOCQ'. Il est actuellement le lieu de garnison du 21ème RIMa.

             Si Saint Raphaël mit fin à la présence militaire peu après le premier conflit mondial, Fréjus devint au contraire, une ville de garnison pour l'armée coloniale. De nombreuses troupes y séjournèrent durant l'entre-deux-guerres, puis le site devint, après la guerre, un grand centre d'entrainement pour les unités destinées à être engagées dans les conflits aux Colonies". ( "20-CAMPS 2 -Forum Julii").

      

 

Pour information :

         'Le colonel Charles Le COCQ est né en 1898 à Rennes. Ayant servi au Soudan et en Mauritanie, il était surnommé le Grand Méhariste. Il forma de nombreux jeunes officiers et sous-officiers qui devaient compter parmi les plus brillants de l'armée française. Il trouva la mort le 10 mars 1945  en essayant d'enlever le Poste ennemi d'Ha Coi situé dans la Baie d'Ha Long, dans le Golfe du Tonkin. Compagnon de la Libération, il fut inhumé dans le cimetière Alphonse Karr à Saint Raphaël".   ("LE  COCQ  Charles - Memoresist").

 

        Le camp Lecocq se situe route de Bagnols-en-Forêt, sur les hauteurs de la commune de Fréjus, dans le Var.

 

        Il y eut ensuite la permission de détente avant notre transfert vers l’Algérie. Je n’appréhendais pas ce départ n’ayant pas trop connaissance de ce qui m’attendait et ne cherchant pas à en savoir davantage. Le plus pénible fut pour mes parents qui étaient âgés et se tenaient plus informés que moi sur la nature de ce conflit. Aussi, c’est avec beaucoup d'inquiétude et les larmes aux yeux qu’ils me virent partir pour Fréjus, lieu de notre regroupement.

 

           "Le départ en Algérie est un arrachement à la famille, aux amis, au village ou au quartier. C'est aussi l'aventure. On voyage peu à cette époque, certains parmi les ruraux prennent le train pour la première fois. La découverte de la réalité en Algérie sera un choc pour le jeune appelé. On lui a menti: ce n'est pas du maintien de l'ordre qu'il va faire ici, mais la guerre! Le soldat sera confronté à la violence, l'air algérien en est imprégné, à la peur, à la torture, à la mort". ('Les Oubliés de la Guerre d'Algérie' par Raphaël DELPARD).

 

      Le 13 juillet 1959, nous avons effectué en train le trajet nous reliant à Marseille. Le Centre de transit interarmes de Sainte-Marthe, appelé DIM (Dépôt des Isolés Métropolitains)  nous accueillit à ‘bras ouverts’, passage incontournable pour tous les militaires qui se rendaient, à une époque peu lointaine, en Indochine, et maintenant, en Algérie. Il était construit à la périphérie de Marseille, pas trop éloigné de la gare Saint-Charles, ni de la Joliette…Il pouvait accueillir jusqu’à 20 000 hommes à la fois. Il n’avait pas bonne réputation ; bâtiments sinistres, propreté plus que douteuse et corvées pour tous ceux qui paraissaient désoeuvrés…j’en ferai l’expérience. L’impression générale de ce camp : un immense foutoir.

          'Le terrain avait été acquit en 1847 par un certain MONTRICHER. Il s'agissait alors d'un terrain de 22 ha, dénommé 'Dommaine de la Pioche' ou de 'Bois Noël'. Par la suite, il fut réquisitionné par les Autorités militaires en 1910-1915, et fut dénommé, après des aménagements, 'Transit des Troupes Coloniales', permettant l'hébergement de troupes en instance de départ pour le front des Balkans (Salonique) puis, plus tard, celui d'Orient (l'Indochine)'. 

 

           Comme beaucoup d’autres, j’ai voulu, avec deux autres copains, à notre arrivée, jouer au malin en faisant le ‘mur’. La tentation étant trop forte, ayant découvert un passage dans la clôture, celle-ci fut vite franchie. Dans la rue, un taxi se présenta à nous. Quelle aubaine mais, aussi bien, il attendait-là en fin connaisseur des 'habitudes' des militaires. A peine étions-nous installés sur les sièges, tout heureux de passer une bonne journée, qu’un camion militaire, que nous n’avions pas vu arriver, trop absorbés par nos pensées, s’est arrêté à notre hauteur, bloquant le départ du taxi. En est sorti un adjudant, le responsable bien connu du DIM, qui nous fit sortir  du taxi sans élever la voix si je me souviens bien…La chance nous avait quitté aussi vite qu’elle était arrivée. Adieu Vieux Port, 'bouillabaisse' et autres bagatelles telle une visite à la rue Thubaneau, connue pour l'accueil et la gentillesse de ses dames de ‘petite vertu’.

 

        'Un sujet pas souvent abordé et pourtant il était le principal sujet des discussions entre bidasses. A vingt ans, quoi de plus normal. Cela commençait au moment du départ à Marseille, rue Thubaneau, la 'rue des amours', comme se plaisaient à dire les gens de Marseille. Quel militaire ne désirait-il pas faire une petite visite en ville, avant son départ pour l'Afrique?'. ( 'Les Filles à soldats' par Francis MAURO).

 

        C’est au n° 25 de cette rue que se trouvait le ‘Club des amis de la Constitution’ où fut chanté pour la première fois, le 22 Juin 1792 le 'Chant de guerre pour l'armée du Rhin' composée par un certain Rouget de Lisle, lequel chant   deviendra plus tard ‘La Marseillaise’ que chantent si bien certains de nos sportifs actuels…

 

       Nous avons rejoint le Centre sans difficulté. Mais si cela s’était arrêté-là, nous n’aurions pas été plus mécontents pour autant. Dès notre arrivée au DIM, nous pensions que l'adjudant ne se souviendrait plus de nous. Grossière erreur...Il est revenu à la charge en nous proposant non pas pour une corvée de 'pluche', ce qui aurait été finalement acceptable, compte-tenu de notre tenue de ville impeccable, mais pour une corvée de charbon. 

 

       Des tonnes de charbon à rentrer à l'intérieur d'un grand hangar, des centaines de petites boulettes noires à manipuler à la fourche, à la pelle, par une chaude et belle journée du mois de juillet. Cela a duré deux bonnes heures et quand tout fut fini, notre tenue de ville n’en était plus une. Nous étions dans un bel état de propreté, la figure marquée par des traces grises de cette fine poussière de charbon mais aussi par la sueur. Ce jour-là, les oreilles de ce sous-off ont dû lui siffler longuement sans cependant modifier quoi que ce soit à notre situation.

 

        Ce qui ne m’a pas empêché, arrivé en Algérie, de plier tels quels pantalon et chemise et de les glisser dans le ‘boudin’, ce sac fourre-tout, où ils y sont restés un bon bout de temps avant que je ne les remette en bon état par un lavage et un repassage corrects. La première permission accordée sur le sol algérien n’eut lieu que quelques mois plus tard mais, à ce moment-là, cette tenue était impeccable.

     De tout cela, j’en souris maintenant.                                                                 

 

 


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