Notes prises lors de l’intervention de Bruno Bernardi, «Rousseau, solitaire et solidaire» qui a eu lieu au théâtre de Privas le samedi 14 janvier 2012





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Notes prises lors de l’intervention de Bruno Bernardi, « Rousseau, solitaire et solidaire » qui a eu lieu au théâtre de Privas le samedi 14 janvier 2012.
Bruno Bernardi est ancien élève de l’Ecole Normale supérieure, agrégé de philosophie, Habilité à diriger des Recherches. Ses principales publications portent sur Rousseau dont il a édité plusieurs œuvres (notamment le Contrat social, Flammarion, 2001) et étudié la pensée politique (La fabrique des concepts, recherches sur l’invention conceptuelle chez Rousseau, Champion, 2006) et, plus largement, sur la philosophie politique (La démocratie, Flammarion, 1999, Qu’est-ce qu’une décision politique ?, Vrin, 2003, Le principe d’obligation : sur une aporie de la modernité politique, Vrin, 2007). Ses recherches en cours portent sur le concept de société civile (objet d’un séminaire dans le cadre du Collège International de Philosophie). Son travail cherche à éclairer par une démarche d’histoire conceptuelle les problématiques contemporaines.
Politeia site de philosophie politique de Bruno Bernardi
http://rousseau2.wordpress.com/accueil/


Solitaire, solidaire : réfléchir à relation entre 2 dimensions opposées attachées à la personnalité et à l’oeuvre de Rousseau (noté R dans ce qui suit) ; ds notre univers symbolique, le nom de R est attaché à 2 images contrastées : celui de Jean Jacques : lui même se livre, l’homme des Confessions qui nous apparait comme l’initiateur de l’autobiographie moderne ( ce que l’on nomme depuis pacte autobiographique ; écriture de soi) en même temps , R est auteur du Contrat Social qui signait du titre de citoyen de Genève ; ses amis le nommait Le Citoyen, figure tutélaire de la pensée démocratique et Républicaine.

Ces 2 images paraissent hétérogènes ; elles font signe vers 2 versants de la personnalité de R qui semblent opposées : goût profond de sociabilité qui se traduit par le plaisir qu’il prend à la convivialité : partager la boisson et la chair ; fit grand cas des formes populaires de convivialité, des fêtes, des cercles ; dc il y a 1 R ouvert, orienté vers 1 socialité ouverte vers le peuple ;

D’1 autre côté, il recherche la solitude, recherche d’Hermitage, aux Charmettes, à Montmorency, sur l’île St Pierre,… : celui qui se retire dans des thébaïdes, dans de lointains lieux à l’écart de tout.

Mais ces 2 dimensions renvoient à 2 faces de sa pensée qui impliquent 2 conceptions de l’homme : 1 ho qui ne serait lui- même que ds solitude, solitude innocente de la nature ou fausse socialité : se soustrait aux mondanités ; solitude résignée et heureuse de ses 2 dernières années

Et la dimension d’1 ho qui s’épanouirait dans la vie publique, ds assemblée : dimension de socialisation po, de communauté

Certains qui jugent la vie et pensée de R cô incohérente y voient 1 preuve : goût du paradoxe, ou contradiction de son régime

D’autres, la preuve de la richesse de la complexité de l’homme et de l’œuvre. Ces 2 côtés sont inséparables l’1 de l’autre

La théorie de l’ho constituée par R articule les 2 dimensions de l’individu et de la communauté

Et montrer que besoin de solitude et celui de communauté définissent la condition de l’homme moderne.

Montrer comment ces 2 dimensions s’y conjuguent de façon intéressante : mouvement de balancier qui donne successivement lieu à l’expression d’1 mouvement centripète et centrifuge
Années d’enfance : né en 1712 à Genève quitte en 1728 à 16 ans : sentiment de communauté, R perd sa mère très jeune, est éduqué par son père puis par 1 oncle : est ds 1 milieu qui est 1 forte communauté d’identité : protestantisme, sur plan po : le Genèse est 1 République (exception à l’époque) avec 1 fierté Républicaine où tt le monde peut se revendiquer du titre de citoyen et de souverain (présidence du conseil général) ; communauté sociale : par sa mère était lié à la Genève du haut : classe aisée, par son père appartient la Genève du bas , dont l ‘identité est caractérisée par artisans horlogers, qui se revendiquent cô 1 peuple digne ; R est fortement marqué par ses traits.

Mais si on veut marquer la « seconde naissance » de R, elle se situe jour de juin 1728, sortie de ville de Genève, décide de ne pas rentrer : errance qui va le mener loin et longtemps : ne reviendra qu’en 1754 au moment du Snd Discours (Discours sur l ‘origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes)

S’en va seul, à pied, en Savoie où il accueilli par Mme de Warens, puis Italie (Turin) =rupture : abandonne aussi la religion évangélique, conversion au catholicisme. Mvt centripète.

Cela va le conduire à 1 recentrage : passage par les Charmettes. Revient auprès de Mme de Warens : adolescence attardée Les Charmettes devient lieu clos où on vit en petit comité, à l’écart du monde ds 1 solitude, celle d’1 milieu d’intimité.

Repart d’1 nouvel excursus qui le déplace vers 1 nouveau centre : se fixe 44 -45 à Paris ; s’y inscrit au mi-temps : milieu des Encyclopédistes, rédige quantité d’articles sur musique et po ; est ds années 1750 1 des acteurs connu, vivant et centraux de la vie intellectuelle et politique parisien. Or, le mvt qu’il reprend est celui de l’excentration, rupture, réforme qui le conduit à quitter paris, les Encyclopédistes pour aller se mettre à l’écart de ce centre : à Montmorency et Montlouis. R en faisant ce geste (écrit à Montmorency les Grandes oeuvres de maturité Nouvelle Héloïse, Emile, Du Contrat social...) il fallait 1 grosse demi journée de marche de Paris : loin mais proche : qu’on ne l’oublie pas, montrer la prise de distance.

R est 1 nomade aussi : se déplace à pied,

Présent sur le mode de l’absence, de l’écart, mvt qui préside à sa correspondance ( qui double son oeuvre) le correspondant est ds la présence et ds la distance : lettre s’écrit loin, ailleurs même si elle est là ; signification de sa façon d’être dans son siècle : est dans position d’écart au centre

R ou l’autocritique des Lumières : pour faire cela il faut être au centre sur le mode l’écart, du rapport critique.

Années de fin de vie : errance : de 1762 est condamné en France, il fuit avant d’ê arrêté ; arrive à Genève, apprend qu’il est à nouveau condamné : on l’accuse de détruire la religion et les gouvernements ; cette fois-ci à l’instigation de Voltaire qui fait figure de tolérance… ; fuira en Angleterre, , va encore errer en Fce, notamment du côté de Bourgoin, pour finir à peine toléré à paris à partir de 1770. Où va – t-il vivre : en Paris, de nveau rue plâtrière ; mais ds l’isolement mais refusant de voir ses anciens amis ; ê là au milieu mais ailleurs ; moment capital 1776 1778 , rédige les Rêveries du promeneur solitaire : la solitude lui est imposé (isolement) mais en même temps mise à l’écart qui est 1 chance car elle lui permet d’être à soi, de jouir avec soi, de se retrouver ds ce rapport à lui-m^ qui fait que l’on vit, que l’on est pleinement.
Cette polarité est réfléchie dans ce que R appelle sa théorie de l’homme.

Le pt de départ est que R ds son anthropologie inaugure son oeuvre par 1 rupture fonda avec ce qui est l’horizon dominant de son époque et qui l’est resté jusqu’à nous : la pensée nat ou jusnaturaliste Grotius, Pufendorf VII

Ds cette pensée du jusnaturaliste : tentative pour penser la nature de l’ho et ho en soc à partir de la reconnaissance de qualités qui appartiendraient naturellement à l ho : ê 1 ê sociable et raisonnable : ho seraient naturellement portés à se regrouper m^ si cette sociabilité est 1 « insociable sociabilité »  (pour reprendre l’expression de Kant, dans l’Idée d’une histoire universelle d ‘un point d vue cosmopolitique)

2eme trait : la raison ; ho naturellement rationnel et raisonnable m^ si à cela s’oppose aux passions. Passion serait ce qui corrompt, entrave la raison : la tâche qui incomberait aux éducateurs, savants, po serait que sociabilité s’accomplisse d’1 bonne manière et que la raison triomphe en faisant le silence des passions

Ces principes, R les rejette ensemble : thèse du Sd Discours : les hommes vivent naturellement épars : ils vivent sans avoir besoin, sans être mêlés, sans nouer de rapports stables entre eux ; la socialisation est 1 processus : ho devient 1 ê social

La raison et les passions ne st pas nat à l’hô : la raison Si l’on entend par rationalité d’ê raisonnable ou cô Hobbes le calcul d’intérêts, ds 2 cas c’est supposer 1 fac que l’ho primitif ignore totalement : ne peut procéder que de l’acquisition du langage, de la comparaison des hommes entre eux : la raison est la plus tardive des fac humaines. Les passions (envie, désir de domination, d’accumuler) qui ne peut naître qu’à l’intérieur des rapports sociaux : il n’y a pas de sociabilité nat ; au fond ce que ns sommes comme hommes, nous le sommes devenus en devenant des ho civils : on ne naît pas homme, on le devient : le passage à l’état civil:

Ce passage de l'état de nature à l'état civil produit dans l'homme un changement très remarquable, en substituant dans sa conduite la justice à l'instinct, et donnant à ses actions la moralité qui leur manquait auparavant. C'est alors seulement que la voix du devoir, succédant à l'impulsion physique et le droit à l'appétit, l'homme, qui jusque-là n'avait regardé que lui-même, se voit forcé d'agir sur d'autres principes, et de consulter sa raison avant d'écouter ses penchants. Quoiqu'il se prive dans cet état de plusieurs avantages qu'il tient de la nature, il en regagne de si grands, ses facultés s'exercent et se développent, ses idées s'étendent, ses sentiments s'ennoblissent, son âme toute entière s'élève à tel point, que si les abus de cette nouvelle condition ne le dégradaient souvent au-dessous de celle dont il est sorti, il devrait bénir sans cesse l'instant heureux qui l'en arracha pour jamais, et qui, d'un animal stupide et borné, fit un être intelligent et un homme.

Rousseau, Du Contrat Social, Livre I, chap. VIII

l’ambivalence profonde du passage à l’état civil pour R : ce qui nous a humanisé a simultanément élevé et abaissé l’ho : élevé en le faisant accéder à l’intelligence à des sentiments plus raffinés , à l’amour, à la culture et à la moralité (il n’y a de bonté morale que réfléchie dc que ds soc) mais en même temps, indissociablement la raison, les sent et la moralité naissent corrompus, avec les agents de leur corruption : ns cherchons à dominer, à paraître, ordre de facticité : rapports d’inégalités.

Par conséquent, la problématique de R consiste en ce diagnostic ambivalent cette sur réalité de ce qu’est l’ho : tte sa pensée consiste à se demander comment, sachant que la nature ne régresse pas (pas de retour en arrière) (pas de retour à l’état de nat) Ds quelles conditions il est poss, coT rendre ce changement légitime : coT peut-on concevoir 1 ho civil qui échappe à la corruption de la société, à l’inégalité et à la servitude qui les caractérisent.

Donne 2 réponses parallèles et publiées en 1 geste unique, à la m^ époque L’Émile et le Contrat : on retrouve la polarité.

Réponse du Contrat : lib et égalité : condition de la lib et la condition de l’égalité : s’agit d’envisager comment cet ho qui est devenu 1 être relatif, de relations peut-il connaître 1 ordre de socialisation qui soit légitime : à condition que l’ordre soc soit construit sur le ppe de la lib de chacun de ses membres : idée fondatrice du Contrat soc : il ne p y avoir de soc que fondée sur reconnaissance de ce qu’elle résulte de la libre vol de chacun de ses membres ; se considère co résultant de l’accord de ses col ; or pour que cette lib existe, il y a 1 condition fondamentale c’est qu’il y ait 1 égalité suffisante pour que chacun reste libre : que nul ne soit assez pauvre pour ê obligé de se vendre ni assez riche pour en acheter 1 autre :

Ça implique que chacun accède en tt que singularité à considération du commun : vol générale

Vol gle : ce qui procède de la généralisation des vol particulières ; vol commune qui résulte de ce fait que chacun en pensant à soi, pense à tous et respectivement en pensant à communauté, pense à soi ; identification de son intérêt coïncide avec intérêt commun, intérêt commun est la forme sous laquelle on peut obtenir la réalisation de son intérêt propre.

C’est ds l’activité citoyenne, participation de chacun à l’assemblée du peuple ; se représenter la décision cô me concernant cô concernant au même titre que la communauté ; c’est la délibération commune que vol de chacun des citoyens vont s’assembler et former la République

Au fond, il s’agit de réparer, s’il se peut, par l’artifice po, les dégâts fait par l’art commençant ; le passage à l’état civil est un loupé, d’où la nécessité d’1 soc légitime.
Autre voie : celle de l’Emile : Traité d’éducation :Rousseau le citoyen , le penseur po, on l’attendrait du coté de l’instruction publique, d’ailleurs il est l’un des premiers à avoir parler d’1 éducation publique ; or Emile est 1 ouvrage qui est à la fois 1 roman, narration de l’éduc d’ 1 enfant et 1 traité d’éducation, éduc domestique, privée, avec 1 précepteur.

Au fond, Rousseau a écrit Contrat pour 1 soc qui n’existe pas ; s’agit de se tourner vers les hommes existants : que peut-on on faire ? : c’est le règne de l’arbitraire, de servitude, il faut donc se contenter d’1 éduc privée, lect pas fausse mais insuffisante

Mais l’essentiel  est qu’il s’agit d’une réflexion sur l’individu : va chercher à faire ds Emile : il va chercher l’objectif de l’éducation : s’agit de rendre l’enfant 1 individu libre. Ds ses textes po, R a montré qu’en devenant ho civil devait passer de l’indépendance (lib nat) à 1 conception de lib comme autonomie : d’obéir à loi qu’on se donne.

Quand il s‘agit de penser éducation de individu, il faut chercher non pas à conserver 1 lib d’indépendance qui a disparu, mais arriver à recréer cette lib en l’alliant avec lib d’autonomie

3 dimensions : 1° indépendance à l’égard des préjugés : le préserver de la corruption sociale : est-ce que l’on p avoir 1 ho humain : lui apprendre le métier d’homme ; corruption : celle d‘avoir des préjugés

2° de le protéger, le soustraire à 1 corruption de la raison par l’autorité, programme empiriste : ce qui est vrai est, non pas ce qui a été expliqué, mais acquis par l’exp et par la pratique de son propre raisonnement : ê indépendant : ni soumis à la loi du préjugé ni à 1 autorité qui s’exerce sur lui

3° hors toute religion. Dans l’Émile, l’homme libre est celui qui n’obéit qu’à sa conscience.

Or, tte cette dimension fait que l’on s’aperçoit de signification différente de notion de relation : se tenir à écart de soc en ce qu’elle est corruptrice est condition de créer les conditions de l’entrée de l’individu ds 1 soc

C moment de l’altérité livre IV éveil à sexualité : seconde naissance : « ns naissons 2 fois : mère qui donne la première ; 1re naiss fait épanouir l’esp ; la Sde est faite pr l’individu : naiss de la singularité

Penseur qui a enclenché la réflexion féconde sur sexualité et sa place ds processus de l’individu : cette ouverture à l’altérité conditionne l’éveil à la conscience. Il faut avoir connu 1 femme pour connaître Dieu

On voit comment que tt l’enjeu est de préserver ds l’individu les conditions d’1 bonne socialisation.

CoT se termine l’Émile ? A fin livre V donne lieu à ultime leçon : leçon de morale po puis 1 leçon de morale sexuelle

Leçon la + forte : il a 1 esprit sain, a 1 métier, 1 conscience mais n’a pas vu le monde. On l’envoie faire le tour du monde, il revient de ce tour : le précepteur lui demande le résultat : Emile lui réponde : le monde est un désastre, on voit inégalités, servitude. Je vais m’en retirer. Le précepteur prend 1 colère : c’est inacceptable : les soc st corrompues, tu n’a pas patrie mais qd on n’a pas de patrie on a tjs 1 pays : on est avec les gens avec qui on vit, dont notre existence dépend : on ne peut s’en détourner : tu fais de l’associatif, tu vis bien avec tes voisins : qu’il le veuille ou non, l’idée de prétendre se retrancher de soc c’est n’avoir rien compris à la moralité qui suppose moralité d’engagement.

2 remarques : l’Emile : R a envisagé 1 suite qui aurait été 1 vrai roman (Emile : plan d’éducation, on n’est pas dans le circonstanciel) Ap, entre dans la temporalité : Emile et Sophie ; les Solitaires : ouvrage inachevé : solution qu’aurait trouvé R : polygamie, Emile se retrouve avec 2 femmes

ds partie qui nous est restée : 1 épisode extraordinaire : Emile reprend la mer à Marseille, est arrêté par pirates, devient esclave à Alger : veut se libérer : il organise 1 grève d’esclaves (1765) Emile se tourne vers les esclaves de plusieurs nationalités, va les encourager à la révolte, monte sur un établi « camarades écoutez-moi…. La lib ou la mort » calcul d’intérêt rationnel ; ce qu’on voit c’est coT la constitution de l‘individu comme ê libre pour soi et la fois de condition de possibilité son existence po et social

Rêveries du promeneur solitaire : « aujourd’hui, jour de

« il n’y pas de jour où je ne ma rappelle avec… où je fus moi pleinement sans mélange et sans obstacle… je sus donner à mon âme encore simple la forme … le gout de la solitude t de la contemplation… » : goût de solitude st né avec sentiments expansifs « la tumulte et le bruit.. » j’ai besoin de me recueillir pour aimer »
« Aujourd'hui, jour de Pâques fleuries, il y a précisément cinquante ans de ma première connaissance avec madame de Warens. Elle avait vingt-huit ans alors, étant née avec le siècle. Je n'en avais pas encore dix-sept et mon tempérament naissant, mais que j'ignorais encore, donnait une nouvelle chaleur à un coeur naturellement plein de vie. S'il n'était pas étonnant qu'elle conçût de la bienveillance pour un jeune homme vif, mais doux et modeste d'une figure assez agréable, il l'était encore moins qu'une femme charmante pleine d'esprit et de grâces, m'inspirât avec la reconnaissance des sentiments plus tendres que je n'en distinguais pas. Mais ce qui est moins ordinaire est que ce premier moment décida de moi pour toute ma vie, et produisit par un enchaînement inévitable le destin du reste de mes jours. Mon âme dont mes organes n'avaient point développé les plus précieuses facultés n'avait encore aucune forme déterminée. Elle attendait dans une sorte d'impatience le moment qui devait la lui donner, et ce moment accéléré par cette rencontre ne vint pourtant pas sitôt, et dans la simplicité de moeurs que l'éducation m'avait donnée je vis longtemps prolonger pour moi cet état délicieux mais rapide où l'amour et l'innocence habitent le même coeur. Elle m'avait éloigné. Tout me rappelait à elle, il y fallut revenir. Ce retour fixa ma destinée, et longtemps encore avant de la posséder je ne vivais plus qu'en elle et pour elle. Ah ! si j'avais suffi à son coeur comme elle suffisait au mien ! Quels paisibles et délicieux jours nous eussions coulés ensemble ! Nous en avons passé de tels, mais qu'ils ont été courts et rapides, et quel destin les a suivis ! Il n'y a pas de jour où je ne me rappelle avec joie et attendrissement cet unique et court temps de ma vie où je fus moi pleinement, sans mélange et sans obstacle, et où je puis véritablement dire avoir vécu. Je puis dire à peu près comme ce préfet du prétoire qui disgracié sous Vespasien s'en alla finir paisiblement ses jours à la campagne: "J'ai passé soixante et dix ans sur la terre, et j'en ai vécu sept." Sans ce court mais précieux espace je serais resté peut-être incertain sur moi, car tout le reste de ma vie, faible et sans résistance, j'ai été tellement agité, ballotté, tiraillé par les passions d'autrui, que presque passif dans une vie aussi orageuse j'aurais peine à démêler ce qu'il y a du mien dans ma propre conduite, tant la dure nécessité n'a cessé de s'appesantir sur moi. Mais durant ce petit nombre d'années, aimé d'une femme pleine de complaisance et de douceur, je fis ce que je voulais faire, je fus ce que je voulais être, et par l'emploi que je fis de mes loisirs, aidé de ses leçons et de son exemple, je sus donner à mon âme encore simple et neuve la forme qui lui convenait davantage et qu'elle a gardée toujours. Le goût de la solitude et de la contemplation naquit dans mon coeur avec les sentiments expansifs et tendres faits pour être son aliment. Le tumulte et le bruit les resserrent et les étouffent, le calme et la paix les raniment et les exaltent. J'ai besoin de me recueillir pour aimer. J'engageai maman à vivre à la campagne. Une maison isolée au penchant d'un vallon fut notre asile, et c'est là que dans l'espace de quatre ou cinq ans j'ai joui d'un siècle de vie et d'un bonheur pur et plein qui couvre de son charme tout ce que mon sort présent a d'affreux. J'avais besoin d'une amie selon mon coeur, je la possédais. J'avais désiré la campagne, je l'avais obtenue, je ne pouvais souffrir l'assujettissement, j'étais parfaitement libre, et mieux que libre, car assujetti par mes seuls attachements, je ne faisais que ce que je voulais faire. Tout mon temps était rempli par des soins affectueux ou par des occupations champêtres. Je ne désirais rien que la continuation d'un état si doux. Ma seule peine était la crainte qu'il ne durât pas longtemps, et cette crainte née de la gêne de notre situation n'était pas sans fondement. Dès lors je songeai à me donner en même temps des diversions sur cette inquiétude et des ressources pour en prévenir l'effet. Je pensai qu'une provision de talents était la plus sûre ressource contre la misère, et je résolus d'employer mes loisirs à me mettre en état, s'il était possible, de rendre un jour à la meilleure des femmes l'assistance que j'en avais reçue. »
Rousseau, les Rêveries du promeneur solitaire. Dixième Promenade

Condition de l’ho moderne : fin livre 3 : Emile est 1 sauvage : exempt de la corruption sauvage, mais 1 sauvage fait pour vivre dans les villes, fait pour vivre non comme eux mais avec eux

Sauvage urbain

Pr se constituer cô 1 individu libre, il faut se défendre contre 1 soc et c’est en se défendant contre elle qu’on devient apte à y jouer 1 rôle, p ê ce qui permet de rendre ce changement légitime de socialisation

R est celui alors que modernité se mettait en place, à apporter 1 regard critique sur le rapport à la nat, il et celui qui a cherché à penser le statut de la subjectivité et de la singularité, et au moment où syst représentatif se mettait en place, est celui qui a affirmé que c’est l’activité des citoyens que est la condition de possibilité d’1 soc légitime

Ns avons aujourd’hui à repenser place de nat, le statut de l’individu et ce que ns avons mis en place comme modèle de démocratie, pour cela ns avons besoin de ns approprier les Lumières de façon critique : Rousseau est crédible car il est au centre et à l’écart : consonance indiscutable entre les questions que pose R et celles que ns ns posons aujourd’hui.
Lors de la discussion :
Image de la fê chez Rousseau :

clairement a travaillé comme secrétaire pendant 7 , 8 ans pour le compte de Mme Dupin qui rédigeait 1 ouvrage féministe ; R a fait le travail de documentation : il a 1 pensée, 1 ppe différentialiste ; il affirme que le parole et place des ho et des fe ne p e ne doivent pas ê les mêmes

d’1 autre côté, aucune référence à 1 supériorité de l’ho sur la fê

Idée (Nvele Héloise) qui est intellect, qui est fê d’action, qui décide, c’est Julie : St preux est 1 gentil garçon qui ne serait rien sans Julie ; pas minorisation de la fê chez R
St Preux est ds l’affect et Julie ds la pensée
Thèse centrale chez R : le dvt de la R et celui des passions st inséparables pour le meilleur et pour le pire : en se réclamant de la vol générale, en opposant vol gle rationnelle en se déprenant de passions est 1 méprise totale sur Rousseau

Il y a des affects qui sont des conditions de possibilité de vol gle

L’impuissance du républicanisme français contre le populisme est dans ce contresens

Oser dire que le corps po est sans passion est 1 absurdité ; question est de savoir quelles passions on développe ou pas (socialisation, passion aimante contre haineuse)
Texte d’Althusser en parlant d’Holbach : pour finir par dire que c’est moins intéressant que R qui a 1 type de systématicité harmonique et non consécutive

Ce que raconte le scd discours et le Contrat, on ne comprend rien si l’on pense qu’ l1 est la conséquence de l’autre

Penser d’un coté la genèse, de l’autre penser sa normation

1 réalité , 2 regards différents ;alors on voit 1 cohérence des énoncés.
On ne p les penser comme anti-Lumières

Est auto-critique des Lumières

Revue l’esprit aout 2010 : refaire les Lux
Annexes :

" Conscience ! conscience ! instinct divin, immortelle et céleste voix ; guide assuré d’un être ignorant et borné, mais intelligent et libre ; juge infaillible du bien et du mal, qui rends l’homme semblable à Dieu, c’est toi qui fais l’excellence de sa nature et la moralité de ses actions ; sans toi je ne sens rien en moi qui m’élève au-dessus des bêtes, que le triste privilège de m’égarer d’erreurs en erreurs à l’aide d’un entendement sans règle et d’une raison sans principe.
Grâce au ciel, nous voilà délivrés de tout cet effrayant appareil de philosophie : nous pouvons être hommes sans être savants ; dispensés de consumer notre vie à l’étude de la morale, nous avons à moindres frais un guide plus assuré dans ce dédale immense des opinions humaines. Mais ce n’est pas assez que ce guide existe, il faut savoir le reconnaître et le suivre. S’il parle à tous les cœurs, pourquoi donc y en a-t-il si peu qui l’entendent ? Eh ! c’est qu’il nous parle la langue de la nature, que tout nous a fait oublier. La conscience est timide, elle aime la retraite et la paix ; le monde et le bruit l’épouvantent : les préjugés dont on la fait naître sont ses plus cruels ennemis ; elle fuit ou se tait devant eux : leur voix bruyante étouffe la sienne et l’empêche de se faire entendre ; le fanatisme ose la contrefaire, et dicter le crime en son nom. Elle se rebute enfin à force d’être éconduite ; elle ne nous parle plus, elle ne nous répond plus, et, après de si longs mépris pour elle, il en coûte autant de la rappeler qu’il en coûta de la bannir.
Combien de fois je me suis lassé dans mes recherches de la froideur que je sentais en moi ! Combien de fois la tristesse et l’ennui, versant leur poison sur mes premières méditations, me les rendirent insupportables ? Mon cœur aride ne donnait qu’un zèle languissant et tiède à l’amour de la vérité. Je me disais : Pourquoi me tourmenter à chercher ce qui n’est pas ? Le bien moral n’est qu’une chimère ; il n’y a rien de bon que les plaisirs des sens. O quand on a une fois perdu le goût des plaisirs de l’âme, qu’il est difficile de le reprendre ! Qu’il est plus difficile encore de le prendre quand on ne l’a jamais eu ! S’il existait un homme assez misérable pour n’avoir rien fait en toute sa vie dont le souvenir le rendît content de lui-même et bien aise d’avoir vécu, cet homme serait incapable de jamais se connaître ; et, faute de sentir quelle bonté convient à sa nature, il resterait méchant par force et serait éternellement malheureux. Mais croyez-vous qu’il y ait sur la terre entière un seul homme assez dépravé pour n’avoir jamais livré son cœur à la tentation de bien faire ? Cette tentation est si naturelle et si douce, qu’il est impossible de lui résister toujours ; et le souvenir du plaisir qu’elle a produit une fois suffit pour la rappeler sans cesse. Malheureusement elle est d’abord pénible à satisfaire ; on a mille raisons pour se refuser au penchant de son cœur ; la fausse prudence le resserre dans les bornes du moi humain ; il faut mille efforts de courage pour oser les franchir. Se plaire à bien faire est le prix d’avoir bien fait, et ce prix ne s’obtient qu’après l’avoir mérité. Rien n’est plus aimable que la vertu ; mais il en faut jouir pour la trouver telle. Quand on la veut embrasser, semblable au Protée de la fable, elle prend d’abord mille formes effrayantes, et ne se montre enfin sous la sienne qu’à ceux qui n’ont point lâché prise.
Combattu sans cesse par mes sentiments naturels qui parlaient pour l’intérêt commun, et par ma raison qui rapportait tout à moi, j’aurais flotté toute ma vie dans cette continuelle alternative, faisant le mal, aimant le bien, et toujours contraire à moi-même, si de nouvelles lumières n’eussent éclairé mon cœur, si la vérité, qui fixa mes opinions, n’eût encore assuré ma conduite et ne m’eût mis d’accord avec moi. On a beau vouloir établir la vertu par la raison seule, quelle solide base peut-on lui donner ? La vertu, disent-ils, est l’amour de l’ordre. Mais cet amour peut-il donc et doit-il l’emporter en moi sur celui de mon bien-être ? Qu’ils me donnent une raison claire et suffisante pour le préférer. Dans le fond leur prétendu principe est un pur jeu de mots ; car je dis aussi, moi, que le vice est l’amour de l’ordre, pris dans un sens différent. Il y a quelque ordre moral partout où il y a sentiment et intelligence. La différence est que le bon s’ordonne par rapport au tout, et que le méchant ordonne le tout par rapport à lui. Celui-ci se fait le centre de toutes choses ; l’autre mesure son rayon et se tient à la circonférence. Alors il est ordonné par rapport au centre commun, qui est Dieu, et par rapport à tous les cercles concentriques, qui sont les créatures. Si la Divinité n’est pas, il n’y a que le méchant qui raisonne, le bon n’est qu’un insensé.
O mon enfant, puissiez-vous sentir un jour de quel poids on est soulagé, quand, après avoir épuisé la vanité des opinions humaines et goûté l’amertume des passions, on trouve enfin si près de soi la route de la sagesse, le prix des travaux de cette vie, et la source du bonheur dont on a désespéré ! Tous les devoirs de la loi naturelle, presque effacés de mon cœur par l’injustice des hommes, s’y retracent au nom de l’éternelle justice qui me les impose et qui me les voit remplir. Je ne sens plus en moi que l’ouvrage et l’instrument du grand Etre qui veut le bien, qui le fait, qui fera le mien par le concours de mes volontés aux siennes et par le bon usage de ma liberté : j’acquiesce à l’ordre qu’il établit, sûr de jouir moi-même un jour de cet ordre et d’y trouver ma félicité ; car quelle félicité plus douce que de se sentir ordonné dans un système où tout est bien ? En proie à la douleur, je la supporte avec patience, en songeant qu’elle est passagère et qu’elle vient d’un corps qui n’est point à moi. Si je fais une bonne action sans témoin, je sais qu’elle est vue, et je prends acte pour l’autre vie de ma conduite en celle-ci. En souffrant une injustice, je me dis : l’Etre juste qui régit tout saura bien m’en dédommager, les besoins de mon corps, les misères de ma vie me rendent l’idée de la mort plus supportable. Ce seront autant de liens de moins à rompre quand il faudra tout quitter.
Pourquoi mon âme est-elle soumise à mes sens et enchaînée à ce corps qui l’asservit et la gêne ? Je n’en sais rien : suis-je entré dans les décrets de Dieu ? Mais je puis, sans témérité, former de modestes conjectures. Je me dis : Si l’esprit de l’homme fût resté libre et pur, quel mérite aurait-il d’aimer et suivre l’ordre qu’il verrait établi et qu’il n’aurait nul intérêt à troubler ? Il serait heureux, il est vrai ; mais il manquerait à son bonheur le degré le plus sublime, la gloire de la vertu et le bon témoignage de soi ; il ne serait que comme les anges ; et sans doute l’homme vertueux sera plus qu’eux. Unie à un corps mortel par des liens non moins puissants qu’incompréhensibles, le soin de la conservation de ce corps excite l’âme à rapporter tout à lui, et lui donne un intérêt contraire à l’ordre général, qu’elle est pourtant capable de voir et d’aimer ; c’est alors que le bon usage de sa liberté devient à la fois le mérite et la récompense, et qu’elle se prépare un bonheur inaltérable en combattant ses passions terrestres et se maintenant dans sa première volonté.

Rousseau, Émile ou de l'éducation (livre IV, « La profession de foi du Vicaire Savoyard »)

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