Centre rhone –alpes d’ingenerie sociale solidaire & territoriale





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Homo œconomicus est-il trop égoïste ?

Parallèlement au développement de ces réflexions sur la rationalité au sens du raisonnement et de l’anticipation, d’autres économistes se sont intéressés à la motivation des sujets. Ils ont proposé de modifier le modèle standard d’Homo œconomicus en modifiant seulement les motivations qui lui sont attribuées, sans toucher aux hypothèses du modèle standard de la théorie des jeux concernant la façon de raisonner. Ainsi, la théorie des préférences sociales prend acte du fait que les individus se comportent comme s’ils valorisaient positivement ou négativement les paiements des autres. Il y a alors plusieurs façons de modifier le modèle standard pour intégrer cette interprétation.

Le modèle le plus simple et le plus connu est le modèle dit d’aversion aux inégalités proposé par Ernst Fehr et Klaus Schmidt en 1999. Les auteurs ont proposé de modifier la fonction d’utilité d’Homo œconomicus, qui ne dépend que de son propre paiement matériel, en y intégrant simplement une composante qui est la différence entre le paiement de l’individu et celui de l’autre ou une moyenne de ceux des autres. La fonction d’utilité est alors une somme pondérée du paiement matériel du joueur et de cette composante « sociale » que représente l’aversion aux inégalités. Ainsi l’utilité de l’individu n’augmente pas nécessairement avec son paiement si cette dernière devient beaucoup plus importante que celle de son ou ses partenaires.

L’hétérogénéité dans ce modèle réside dans la différence de sensibilité aux inégalités entre individus. L’agent est cependant toujours plus sensible aux inégalités qui sont en sa défaveur qu’à celles qui sont en sa faveur ; il valorise l’égalité des paiements mais il est aussi plus ou moins légèrement biaisé en sa propre faveur. Fehr et Schmidt ont montré que leur modèle permettait de reproduire fidèlement les faits stylisés issus des protocoles ultimatum. Le modèle a ensuite été utilisé pour expliquer les comportements observés dans d’autres jeux avec une réussite certaine. On peut dire aujourd’hui qu’il a connu un succès phénoménal dans la littérature économique. Parmi les articles publiés dans le Quarterly Journal of Economicsdepuis sa création, celui de Fehr et Schmidt est le quatrième article le plus cité. Le dialogue fructueux entre expérience et théorie n’allait pourtant pas s’arrêter là.

Trois ans seulement après la publication de l’article de Ferh et Schmidt, un groupe d’expérimentalistes, Cherry et al. (2002), ont publié de nouveaux résultats qui remettent en question les fameux faits stylisés que l’on pensait avoir expliqués. Au protocole traditionnel basé sur le jeu du dictateur, les auteurs proposent d’ajouter une première étape au cours de laquelle le dictateur doit accomplir une tâche pour gagner le montant qu’il pourra partager dans la deuxième étape. Il apparait que le dictateur devient alors très égoïste et son comportement est à nouveau conforme à ce que prédit la théorie toujours dominante. Pour autant cet article ne donne pas raison à cette théorie mais montre que l’explication en termes d’aversion aux inégalités est sans doute un peu trop simple. L’expérience permet en effet de comprendre que les protocoles à la base de cette vaste littérature expérimentale sur les jeux d’ultimatum et du dictateur partent tous d’une hypothèse fausse, selon laquelle les sujets n’accorderaient pas d’importance à l’origine du montant qu’ils ont à partager. Autrement dit, dans les protocoles comme dans la fonction d’utilité, l’argent n’aurait pas d’odeur. Cette hypothèse, concluent les auteurs, aurait cependant dû être mise en question en même temps que celle du comportement égoïste des agents.

Une nouvelle littérature expérimentale se développe alors, basée sur un protocole-type composé de deux étapes : une première étape dans laquelle, à la différence du cadre de Cherry et al., tous les sujets participent pour gagner une somme qui peut être ensuite partagée dans la deuxième étape. On comprend que l’aversion aux inégalités a pu constituer une interprétation pertinente parce que l’absence de phase de production équivaut à donner des droits égaux aux deux sujets. Le partage égalitaire est alors le principe de justice le mieux adapté à ce contexte. Une autre interprétation plus générale est ainsi proposée, selon laquelle les sujets se réfèrent à des principes de justice (Cappelen et al. 2007, Rodriguez et Moreno 2012). Mais comment les principes de justice influent-ils sur les comportements ? La littérature apporte différentes réponses, parfois contradictoires, à cette question. Ainsi, selon Cappelen et al (2007), l’individu est caractérisé par un idéal de justice qui le guide dans ses choix. Pour Rodriguez et Moreno (2012) par contre, l’individu n’a pas vraiment d’idéal, en bon Homo œconomicus moral il choisit entre différents principes de justice, selon les circonstances, celui qui maximise son utilité. Peut-on alors continuer à soutenir que les principes de justice ne modifient que les motivations ?

Les fausses idées sur les sciences économiques

On aurait tort de croire que les sciences économiques reposent sur un modèle unique et incontesté de la rationalité. Le modèle d’Homo œconomicus a sans doute encore de beaux jours devant lui, notamment parce qu’il sert de base à la macroéconomie, partie des sciences économiques la plus mobilisée pour conseiller le décideur public. Pour autant, l’étude du comportement est un domaine de recherche dynamique qui explore des pistes très variées et se nourrit d’un dialogue fructueux entre théorie et expériences… sans abandonner l’approche hypothético-déductive chère aux sciences économiques. Le célèbre théoricien des jeux Ariel Rubinstein a écrit en 2001 que « l’économie expérimentale est entrée dans l’orthodoxie de l’économie. » Cette littérature a en effet gagné ses lettres de noblesse dans les sciences économiques en se constituant comme une sous-discipline homogène. Elle a ses codes, comme le paiement des sujets, ou l’absence de communication pour un meilleur contrôle. Et elle a sa méthode, fondée sur les comparaisons entre observations et prévisions théoriques. Cependant, déjà, de nouvelles recherches s’engagent hors des sentiers battus, rompant parfois avec le bel édifice disciplinaire nouvellement établi. Celles-ci proposent d’enrichir les expériences en les organisant sur le terrain, hors du laboratoire, prenant le risque de ne pas satisfaire l’exigence de contrôle. Elles tentent des méthodes plus inductives et ne considèrent plus le modèle de l’Homo œconomicus comme référence. Elles vont chercher ailleurs, dans d’autres disciplines, comme la psychologie ou les neurosciences, leurs éléments de comparaison. Force est de constater que ce développement et ce renouvellement continu de l’économie expérimentale et comportementale ont aujourd’hui profondément modifié la théorie économique et la finance.

Aller plus loin

Pour aller plus loin

 Axelrod, Robert, (1984), The Evolution of Cooperation, New York, Basic Books.

 Camerer, C., (2003), Behavioral Game Theory, Princeton, Princeton University Press.

 Cappelen, Alexander W., Astri Drange Hole, Erik Ø. Sørensen and Bertil Tungodden, (2007), “The Pluralism of Fairness Ideals : An xperimental Approach”, The American Economic Review, Vol. 97, No. 3, pp. 818-827.

 Cherry, Todd L., Peter Frykblom and Jason F. Shogren, (2002), “Hardnose the Dictator”, The American Economic Review, Vol. 92, No. 4, pp. 1218-1221
 Fehr, Ernst, and Klaus M. Schmidt, (1999), “A Theory of Fairness, Competition, and Cooperation”,Quarterly Journal of Economics, 114(3) : 817-68.
 Güth, W., Schittberger R. et Schwarze B., (1982), “An experimental analysis of ultimatum bargaining”,Journal of Economic Behavior and Organization, vol. 3, p. 367-388.

 Konow, James, (2003), “Which Is the Fairest One of All ? A Positive Analysis of Justice Theories”,Journal of Economic Literature, Vol. 41, No. 4, pp. 1188-1239.

 Ledyard J. (1995), “Public Goods : A survey of Experimental Research”, in Kagel, J. and Roth, A. (eds.), The Handbook of Experimental Economics, Princeton, Princeton University Press.

 Maynard Smith, J. (1982), Evolution and the Theory of Games, Cambridge, Cambridge University Press.

 Nowak, M.A., (2006), Evolutionary Dynamics, Harvard, The Belknap press of Harvard University Press.

 Rodriguez-Lara, Ismael and Luis Moreno-Garrido, (2012), “Self-interest and fairness : self-serving choices of justice principles”, Experimental Economy, 15, p. 158–175.

 Rubinstein, Ariel, (2001), “A theorist’s view of experiments”, European Economic Review, vol. 45, p. 615-628.
 Un retour des classes sociales?

20 octobre 2016

Après-guerre et durant les vingt ou trente années qui ont suivi, le marxisme a dominé le débat intellectuel et avec lui l’idée que l’axe central d’analyse des sociétés reposait sur la lutte des classes, et plus fondamentalement sur l'existence de classes sociales aux intérêts antagonistes. Cette idée a perdu de sa force de conviction avec la montée des classes moyennes. Retrouve-t-elle aujourd’hui une pertinence avec le mouvement de polarisation sociale qui semble s’enclencher dans plusieurs sociétés développées?

Dès l’après-guerre, la théorie marxiste des classes, déjà contestée par Max Weber, a semblé s’accorder de plus en plus mal avec les faits, avec la montée de groupes professionnels intermédiaires entre le prolétariat et les propriétaires des moyens de production. Cette croissance des salariés intermédiaires ne remettait pas simplement en cause le caractère binaire-antagoniste de l’analyse des classes marxistes ; elle semblait, comme l’avait senti Ralf Darhendorf, modifier en profondeur le fondement de cet antagonisme : le point-clef n’était plus tant la propriété des moyens de production que la détention de l’autorité légitime dans les rapports de travail, autorité détenue par des managers non parties prenantes au capital.

En France, le thème de la montée des classes moyennes sera théorisé et développé par le sociologue Henri Mendras qui voyait se former une vaste « constellation centrale » donnant le « la » à l’ensemble de la société, entre une élite étroite et une « constellation populaire ». Le Parti socialiste, ses élus et ses militants dans les villes moyennes était compris comme l’émanation politique de l’émergence de cette classe sociale intermédiaire qui accédait aux commandes de la société.

Parallèlement, le débat a commencé à porter sur « l’embourgeoisement » de la classe ouvrière. Le livre de John Goldthorpe sur L’Ouvrier de l’abondance(1972) faisait le constat d’un affaiblissement de la solidarité de classe, du développement d’une conception instrumentale du travail et de la recherche de satisfactions dans la vie privée et la consommation. Il n’y avait plus de projet de transformation de l’ordre social et économique. La conscience de classe, toujours présente, conduisait à revendiquer des avantages économiques, non plus à agir pour remplacer ou abattre le système capitaliste.

Pourtant aujourd’hui le thème de la « moyennisation » de la société a disparu du débat social. Les raisons en sont en premier lieu objectives. Dans plusieurs sociétés occidentales, au premier rang desquelles la société américaine, les classes moyennes ont régressé, à la fois en termes de poids dans la population active et également en termes de niveau de vie. Ce n’est d’ailleurs pas le cas en France qui fait plutôt figure d’exception sur ce point.

Reste que dans les pays développés un mouvement de polarisation sociale semble s’enclencher. Les transformations structurelles de l’économie, le passage d’une économie industrielle à une économie tertiaire, une économie de services fondée à la fois sur du travail très qualifié dans les nouvelles technologies, la finance, les services aux entreprises et du travail peu qualifié dans les services à la personne, contribuent à cette polarisation.

Pour autant assiste-t-on au retour d’un possible antagonisme binaire entre classes ? La question reste hautement controversée. Apportons, sans prétendre conclure, quelques éléments du puzzle.

Il est tout d’abord indéniable qu’une nouvelle classe de prolétaires voit le jour. Mais ces nouveaux prolétaires ont peu de choses en commun avec la classe ouvrière telle que l’analysait Marx. Cette dernière devait, selon ses prédictions, être unifiée dans une conscience commune à la faveur du développement de la production de masse dans la grande industrie. Aujourd’hui rien de tel dans le nouveau prolétariat. Il se caractérise au contraire par son éparpillement qui tient à la nature de son travail dans les services à la personne, le commerce ou la restauration. Cet éparpillement pourrait être encore renforcé dans l’avenir avec le développement des plateformes numériques. Sans compter le fait que ces travailleurs sont souvent des immigrés sans statut ou des jeunes sans qualification et qu’ils passent très souvent par la case « chômage ». Certains théoriciens considèrent d’ailleurs qu’aujourd’hui la véritable opposition à l’intérieur de la population active est celle qui sépare les « insiders », qu’ils soient ouvriers ou cadres, des « outsiders » qui naviguent aux frontières du système productif.

Quant aux ouvriers, la conscience de classe qui semblait les souder dans les années 1950-1960 semble s’être presque totalement évaporée. La plupart d’entre eux se sentent appartenir à la classe moyenne, leurs préférences politiques les portent dorénavant plus volontiers vers l’extrême-droite que vers la gauche. Ils sont plus portés au repli national qu’à l’internationalisme assimilé dorénavant à une mondialisation honnie. Ils ne croient plus du tout aux « lendemains qui chantent » et aux utopies révolutionnaires. Ils récusent l’ensemble des élites, y compris celles qui prétendent les représenter. Il est bien difficile de voir en eux les ferments de l’affrontement de classe tel que le théorisait la tradition marxiste et plus largement une grande partie de la gauche politique. Celle-ci semble d’ailleurs avoir assez largement renoncé à séduire cette clientèle électorale qui, il est vrai, voit son poids dans la population se réduire régulièrement depuis le milieu des années 1970 (passant de 32% de la population active en 1975 à 22% en 2010) .

Un autre élément vient entamer la conviction d’un « retour des classes sociales ». Les conflits sociaux sortent de plus en plus souvent du cadre du système productif qui les organisait presque exclusivement autrefois et qui donnait sa consistance à la théorie des classes. Aujourd’hui le thème de l’identité et des discriminations prend le pas sur celui du partage de la valeur ajoutée. Sexe, origine ethnique, identités locales, particularismes culturels sont le support de plus en plus fréquent de demandes de reconnaissance qui n’ont plus grand-chose à voir avec des revendications matérielles. Celles-ci n’ont pas disparu bien sûr. Mais elles ne semblent plus organiser fondamentalement le débat social. II suffit d’ailleurs pour s’en convaincre d’observer le débat politique qui oscille du thème de l’identité à celui de la compétitivité.

Les partis politiques, précisément, ne semblent pas avoir engagé de réflexion approfondie sur ces transformations sociales pour y adapter leur discours et leurs propositions. La gauche est soupçonnée d’avoir abandonné la classe ouvrière (à moins que ce ne soit l’inverse) et d’être devenue un parti de classes moyennes, mais sans idées fortes sur les nouvelles fractures et inégalités qui traversent la société. La droite se contente d’un discours gestionnaire sans véritable vision, elle non plus, de la société et de ses mutations. Le renouveau politique auquel beaucoup de personnes disent aspirer devra passer, aussi, par une réflexion approfondie sur ces mutations sociales et les nouveaux clivages qui traversent la société.
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