Conférence donnée par Louis Eckert, Président d’honneur de l’arah, à Lamonzie-Saint-Martin (Dordogne), le 16 septembre 2011, dans le cadre des Journées Européennes du Patrimoine





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BLANCHE FRANC DE FERRIERE
Conférence donnée par Louis Eckert, Président d’honneur de l’ARAH, à Lamonzie-Saint-Martin (Dordogne), le 16 septembre 2011, dans le cadre des Journées Européennes du Patrimoine.

En rédigeant, en 1979, une petite note pour le bulletin de l'ARAH, je ne pensais pas que, quatorze ans plus tard, Jacques Valentin me demanderait de vous parler ce soir de Blanche Franc de Ferrière qui fut l'épouse de Julien Viaud plus connu sous le nom de Pierre Loti.
N'ayant aucune expérience de l'art oratoire, je me suis demandé par quel bout commencer: Blanche et la famille Franc de Ferrière? Pierre Loti et la famille Viaud? J'ai finalement pensé que je devais d'abord vous dire pourquoi j'avais écrit ces quelques lignes. Le fondateur de l'ARAH avait inclus Gardonne et Lamonzie-St-Martin dans le cadre de son association en raison des liens étroits que ces communes avaient eu avec Prigonrieux, La Force et St-Pierre-d'Eyraud à l'époque où la Dordogne était traversée par de nombreux gués et bacs. Leur suppression progressive distendit ces liens malgré la construction du pont de Gardonne, d'où mon désir de tenter de pallier à la pauvreté de notre bulletin sur ces communes. En fouillant dans ma mémoire, je me suis rappelé que ma mère nous avait dit, qu'étant enfant, elle avait rencontré Pierre Loti au château du Valladou à trois ou quatre kilomètres au nord de Montcaret. Il y était venu rendre visite à la famille de son épouse, Blanche Franc de Ferrière, cousine de mon grand père.
Mes parents ne parlaient guère de leurs familles et je n'ai connu aucun de mes grands-parents. Mon grand-père paternel, issu d'une famille de bûcherons et paysans des Vosges alsaciennes avait opté pour la France après la guerre de 70. Il avait passé la frontière avec bourse plate et livret d'ouvrier plombier serrurier en poche. Entré aux Chemins de fer d'Orléans il avait terminé sa carrière comme chef du dépôt de la vingtaine de locomotives qui acheminaient les trains de Bergerac à Libourne, Mussidan, Le Buisson et Marmande. Mon grand-père maternel était lui originaire du Périgord, ses père et grand-père, Armand et Pierre Antoine de Termes, avaient été maires de La Force. Mon grand-père vivait de ses terres, vinifiant et vendant le produit de ses vignes de Gravillac sur la commune de Prigonrieux. La crise du phylloxéra avait écorné ses revenus et l'hémorragie humaine de la guerre de 14 avait rendu la main d'œuvre agricole plus rare et coûteuse accroissant la difficulté de vie de la famille. J'ai encore le pied de cordonnier avec lequel il réparait les chaussures de sa famille, il était passé maître dans l'art d'assembler deux ou trois morceaux de verre pour reconstituer une vitre ou de réparer les meubles... parfois avec des clous! Mais il fallait avant tout garder la face et les cartes de visite de ma grand-mère mentionnaient le jour où ses connaissances et amies pouvaient lui rendre visite.
Comment le fils du premier, jeune ingénieur des télécommunications de 37 ans rencontra-t-elle la fille du second, sans dot et encore célibataire à 27 ans. Lui, républicain convaincu et elle, de tradition monarchiste. On le doit sans doute à une bienveillante marieuse bergeracoise et à la foi profonde qui les animait tous deux: mon père appartenait au Sillon Catholique, ce mouvement chrétien social créé par Marc Sangnier et interdit par le pape Pie X en 1910, tandis que ma mère participait à la formation des enfants de Marie de Bergerac... Tout cela pour vous dire pourquoi nos parents ne nous entretenaient guère de leurs familles respectives. Vivant en région parisienne, nous venions à Gravillac chaque année pour les vacances sans nous préoccuper de nos origines. Mon père, très pris par son travail, nous y rejoignait rarement et pour quelques jours seulement. Plus tard ma vie professionnelle et familiale nous entraina au Havre pendant 34 ans. Dans une de ses lettres reçue de l'autre côté de l'Atlantique, une de mes sœurs me dit un jour avoir fait la connaissance de cousins Franc de Ferrière à l'occasion d'une balade en vélo terminée par un pique-nique à l'Hirondelle, leur grande maison familiale du côté de Montcaret.
Après la mort de mon père, j'eus connaissance d'une lettre, datée de 1880, adressée par mon arrière-grand-père, Armand, à son fils Fernand à l'occasion de sa majorité. Sur huit longues pages, il décrit l'histoire de sa famille depuis ce jour de 1566 où, venant du Limousin, un certain Bertrand de Termes, passa par Lalinde en allant se faire moine à Cadouin; il vit en l'église une jolie fille oyant pieusement la messe et décida sur le champ de l'épouser. C'est du moins ce que rapporte la légende familiale... Armand évoque aussi les branches maternelles de la famille et en particulier de sa mère Philippe Franc de Ferrière. Revenu pour la retraite à Gravillac, j'ai commencé à explorer ce passé, visitant les divers lieux hantés par nos deux familles ainsi que quelques lointains cousins vivant ou séjournant en Périgord.
C'est ainsi que je rencontrais Arnaud Franc, sieur de Tournon, gentilhomme protestant, né vers 1585 à Lalinde et vivant sur les terres de Ferrière sur la paroisse de Ste Colombe, aujourd'hui rattachée à la commune de Lalinde. De son épouse Marthe Macerouze, il eut un fils Raymond qui épouse, en 1667, Henrie de Termes fille de François, mon ancêtre à la neuvième génération. Ecrasé sous les taxes qui frappèrent les protestants à la révocation de l'édit de Nantes, leur fils Armand dût vendre Ferrière et s'installer à Prigonrieux, sur les terres de sa femme.
Leur petit fils Pierre Franc de Ferrière, né en 1742, a donc déjà du sang de Termes par son arrière-grand-mère Henrie. En 1767, Pierre épouse Anne Naudy d'une famille protestante de Lunas. Ils ont six enfants qu'ils parviennent à faire baptiser à Lamonzie et reconnaître comme légitimes en jouant sur les absences du curé de Prigonrieux et l'appartenance de ces deux paroisses à des diocèses différents. Un peu quelque chose comme la loi informatique et liberté. Les deux aînés décèdent en bas âge. La troisième, Marie Emilie, épousera Jean Planteau, négociant né à La Tour, commune de Prigonrieux où ils sont tous deux enterrés. Nous reviendrons plus loin sur Jean-Jacques, le quatrième qui sera le grand-père de Blanche, la cinquième, Marie, épousera Richard Martin, ingénieur des Ponts et Chaussées, ils auront une fille religieuse au couvent de la Miséricorde, à Bergerac. La dernière, Philippe, épousera Pierre Antoine de Termes, mon ancêtre. Dans cette généalogie, catholiques et protestants se croisent, apparemment sans trop de problèmes. Pendant la Révolution, Pierre Franc de Ferrière sera commandant d'un des deux bataillons de la garde nationale de La Force et c'est sans doute en sa qualité de protestant qu'il obtiendra que l'église de Prigonrieux ne soit pas détruite par les ouvriers qui pensaient trouver là une carrière plus accessible que le château de La Force dont ils transportaient les pierres pour reconstruire le pont de Bergerac, enlevé par la crue de 1783.. reconstruit seulement quarante ans plus tard.
Mais revenons à Jean-Jacques, le seul fils de Pierre Franc de Ferrière. Né en 1775 à Lanxade commune de Prigonrieux, il épouse en 1804 Anne Métivier, née à la Birondie, commune de Pomport. Fille de Jean-Pierre Métivier, gentilhomme propriétaire de plusieurs domaines: La Birondie à Pomport, Le Valladou à Bonneville, Les Nébouts à Prigonrieux et sans doute d'autres lieux... La soif de plaisirs du Directoire a gagné Bergerac; Jean-Jacques se laisse entraîner à jouer dans les tripots de la ville et perd beaucoup d'argent. Sans doute conseillée par son père, sa femme demande la séparation de biens; c'est une jeune femme volontaire et intrépide qui n'hésite pas à chevaucher seule sur une trentaine de kilomètres, de La Birondie au Valladou, mais les routes sont peu sûres et elle a toujours deux pistolets chargés dans les fontes de sa selle. Totalement ruiné, Jean-Jacques demande à son beau-frère, Jean Planteau. d'honorer ses dettes de jeu. Anne Métivier devra se défendre contre Paul Gaussen, le gendre de Jean Planteau, qui lui en réclame le remboursement. Il sera finalement retenu sur l'héritage de Jean-Jacques. Anne terminera modestement sa vie dans la métairie de la Birondie, acceptant de loger son mari au Valladou.
Jean-Jacques et Anne eurent quatre enfants: Anaïs qui épouse François Onésime Gast, le second, Jacques dit ''Adolphe'' épouse Jeanne Sophie Boyer née à l'Hirondelle, Elisabeth, la troisième, décédera à l'âge de 15 ans et le quatrième ''autre Jacques'' né en 1825 épousera Mathilde Mesnier, fille d'un riche négociant, maître de chai à Bordeaux qui introduira son gendre dans le monde du négoce.
Jacques et Mathilde auront quatre enfants: tout d'abord Daniel qui achète une étude d'avoué à Lesparre et épouse Elisabeth Taupier-Létage originaire de Gensac où sa famille possède le château de Vidasse. Le second, Raoul, décède en bas âge, le troisième, Jean- Jacques-Georges devient commissaire de la Marine Nationale et épouse Marguerite de Clermont; c'est de leurs descendants que je tiens nombre de mes informations sur la famille. Nous en arrivons enfin à la quatrième et dernière: Jeanne, Amélie, Blanche qui nait à deux heures du matin, le 21 Avril 1859 à La Birondie.
La jeune Blanche est mignonne et menue. Protestante, comme le reste de sa famille, elle grandit entre le Périgord et Bordeaux. Auprès d'elle, sa tante Anna, la soeur de sa mère, a sur elle une grande influence intellectuelle, morale et psychologique. Grâce à elle, Blanche deviendra une jeune fille à la fois cultivée et douée d'une haute élévation morale. Son père décède quand elle a 25 ans et elle n'est toujours pas mariée, sans doute n'en a-t-elle guère envie car la fortune de la famille fait d'elle ce qu'on pourrait penser être un ''beau parti''. Deux ans plus tard, un ami de la famille, le pasteur Frank Puaux, présente à la mère de Blanche une demande en mariage émanant de la famille de Julien Viaud, déjà connu pour ses romans sous le nom de Pierre Loti, ''Aziyadé'', ''Le mariage de Loti'', ''Le roman d'un spahi'', ''Mon frère Yves'', ''Pêcheur d'Islande''. Malgré la morale peu exigeante de ces livres, Blanche en a, sans doute, lu l'un ou l'autre et apprécié le charme à la fois romantique et exotique, en un temps ou le Club Med n'avait pas encore mis les plages de cocotiers et les aventures faciles à la portée des bourses modestes. Par sa tante Anna, Blanche est ouverte à la vie intellectuelle et par son frère Georges, elle est sensible au charme d'un bel officier de marine. Julien a 36 ans, il est protestant et d'une famille honorable de Rochefort. Blanche accepte et le mariage est célébré à Bordeaux, au temple des Chartons, le jeudi 31 octobre 1886 à quatre heures de l'après-midi.
Un peu plus tard, au décès de ma mère, nous reprenons la maison familiale de Gravillac et venons l'habiter au moment de la retraite. Nous rassemblons dans de solides cantines de fer ce que les rats ont bien voulu nous laisser d'archives dans de vielles malles ou des coffres délabrés. Avec Jacqueline, mon épouse, nous tentons de déchiffrer ce qui nous tombe sous la main et d'en transcrire le plus compréhensible. Avec mes sœurs et leurs maris nous entreprenons de visiter les lieux où vécurent nos ancêtres alsaciens ou périgourdins. Familles de Termes et Franc de Ferrière se croisent de part et d'autre de la Dordogne entre Lalinde et Castillon: Nous allons rendre visite à la maison inoccupée de Ferrière, Un autre jour, en descendant la Dordogne, nous passons devant le château de Vidassse. Au Valladou, témoin de la rencontre de ma mère avec Pierre Loti, nous trouvons Mr de Laforêt Divonne qui nous reçoit très aimablement mais ne sait rien de la famille de Ferrière. A l'Hirondelle, de sympathiques hollandais fabriquent de l'Edam et du Gouda et nous indiquent qu'un Franc de Ferrière produit du vin au château de Carbonneau sur la commune de Pessac, de l'autre côté de la Dordogne. Nous trouvons là Wilfried Franc de Ferrière et son épouse néo-zélandaise. C'est un arrière petit-fils de Georges le frère de Blanche qui était commissaire de la Marine. Il arrive de Nouvelle-Zélande où son père Jean s'était fixé au moment de son mariage. Il ne sait pas grand chose de la famille mais sa cousine Mathilde, qui habite Strasbourg, est férue de généalogie et pourra nous en dire beaucoup plus long. Nous entrons en relation et rencontrerons les cousins à plusieurs reprises ainsi que leurs pères, Jean et Georges qui séjournent de temps en temps dans leur maison de Pignon à Juillac. Nous apprenons que leur grand-tante Blanche était morte au Bertranet presque sourde et aveugle après une vie conjugale sans grande joie. Mais nous ne savons toujours rien de précis sur son mari. En arrivant à Gravillac nous avons trouvé huit ouvrages de Pierre Loti... J'en ai ouvert un au hasard: ''Pèlerin d'Angkor'' où il parle beaucoup plus de lui-même et de son escorte que d'Angkor ou de l'architecture et de la civilisation khmère. Peu séduit, je rangeais la pile de romans au haut de la bibliothèque, sans m'intéresser d'avantage à leur auteur.
Quelques années plus tard, à l'occasion d'un séjour chez des amis en Charente, nous sommes allés à Rochefort et avons visité la maison de Pierre Loti où la démesure d'une imagination débordante, créatrice de décors fantastiques, côtoie la sobriété monacale de sa chambre. Un tel contraste m'a donné envie d'en savoir davantage sur ce personnage. J'achetais et feuilletais un livre racontant la vie de Pierre Loti mais l'abandonnais rapidement repris par les multiples occupations qui surchargent la vie d'un retraité.
Et voilà que Jacques Valentin vient me remettre au travail: tout d'abord rassembler ce que je peux savoir ou avoir su de la Famille Franc de Ferrière, me pencher ensuite sur le cas ''Pierre Loti'' que j'avais, peut-être un peu rapidement classé ''sans grand intérêt''. Je reprends mon paquet de romans et crois intelligent de commencer par ''Le mariage de Loti'' écrit en 1880, quelques années avant son mariage avec Blanche. Sous l'identité d'un officier de marine britannique, empruntée pour ne pas indisposer ses supérieurs, l'enseigne de vaisseau JulienViaud raconte sa rencontre avec Tahiti et la reine Pomaré qui décide de le marier avec la jeune Rarahu. '' Il allait sans dire que la reine ne me proposait point un de ces mariages suivant les lois européennes qui enchainent pour la vie ''. Suivent quelques descriptions langoureuses et exotiques, son amitié pour son camarade John: '' Ce même ami fidèle, ce même bon et tendre frère que j'aimais de toute la force de mon cour '.' Après cent cinquante pages de ce style, je refermais le livre et me plongeais dans celui que j'avais acheté à Rochefort puis dans le ''Roman d'un enfant'' paru dix ans après ''le Mariage de Loti''.
Julien Viaud est le troisième enfant de Théodore Viaud et de Nadine Texier. Quand il naît en 1850 à Rochefort, sa sœur Marie a 19 ans et son frère Gustave 12. Leur père Théodore est secrétaire en chef de la mairie de Rochefort; très cultivé, il a écrit plusieurs ouvrages et a quelques talents de peintre. C'est un homme consciencieux et travailleur qui a obtenu sa situation par ses seuls mérites, nous dit la biographie de son fils. Julien passe sa petite enfance entre ses parents, sa tante Clarisse, ses grand-mères et une ou deux grand- tantes; toutes entourent ce petit garçon intelligent et sensible de leur tendre affection. Elles craignent que des garçons mal élevés ne le bousculent dans la rue ou dans une cour d'école. Il sera donc éduqué à la maison par des maitres qui viendront lui enseigner français, latin, anglais; une jeune voisine, Lucette, l'initiera à la musique et au dessin. Chaque soir toute la famille se réunit dans le salon pour la prière et la lecture de la bible. Julien est élevé dans le respect du travail et reçoit de solides principes moraux, mais il nous confie : ‘‘Mon aversion du travail m'avait fait transiger avec ma conscience.'' aversion aggravée par la personnalité austère de ses précepteurs; seule Lucette trouvait grâce à ses yeux: ''Je travaillais seulement peinture et musique. ''Tout jeune, il découvre la mer en allant à l'ile d'Oléron patrie d'origine d'une partie de la famille et des bonnes de la maison. Il est effrayé mais fasciné.
D'un naturel consciencieux et réfléchi et, sans doute influencé par son entourage, Julien décide qu'il sera pasteur. Il collectionne tout ce qui lui tombe sous la main: papillons, coquillages, nids d'oiseaux... et s'installe un petit musée dans une mansarde inoccupée. Il joue dans le jardin avec de petites voisines pour lesquelles il fait des dessins. Pendant ce temps, son frère Gustave, de douze ans son aîné, suit des études de médecine navale à Rochefort et part pour Tahiti où il restera quatre ans. Les lettres qu'il adresse à Julien l'enthousiasment et font évoluer sa vocation vers celle de missionnaire dans les pays lointains. Vers l'âge de 11 ans, il fait la connaissance de Jeanne, la fille d'une famille de marins, amie de ses parents. Avec elle, il imagine un théâtre, le théâtre de Peau d'Ane, dont il peint les décors et imagine les costumes.
Un an plus tard, il découvre ''la montagne et le midi'' en allant, avec sa grande sœur, visiter la famille d'un oncle éloigné. Une journée en train, une nuit à l'hôtel dans une petite ville et le voyage continue: '' Par des défilés, des ravins, des traverses, cinq heures de route, pendant lesquelles tout fut enchantement pour moi. En plus de la nouveauté de ces montagnes, il y avait des changements complets dans toutes choses.'' Tout surprend et enchante Julien, la couleur rouge du sol, le langage incompréhensible des paysans, les vieilles tourelles des maisons. Et nous voilà arrivés chez l'oncle à Bretenoux, un peu plus haut sur la Dordogne. La famille est nombreuse, les enfants jouent avec les petits paysans et Julien se mêle à leurs jeux, il a le prestige du citadin et ses cousins veillent sur lui. Il garde un souvenir ébloui de ses vacances.
Les parents de Julien pensent qu'il est temps de lui faire suivre une scolarité normale et décident de l'envoyer au collège protestant Bernard Palissy. Expérience difficile pour cet enfant qui n'a ni la taille ni la combativité nécessaire pour affronter ses semblables: '' Conduit et ramené par crainte des mauvaises fréquentations, je trouvais mes petits compagnons effrontés et mal tenus... alors je m'enfermais... il me fallut bien des années pour corriger cet orgueil pour redevenir simplement quelqu'un comme tout le monde''. Hors du collège, Julien continue à vivre dans univers féminin protecteur. Un jour, dans le grenier de la maison de Jeanne, il découvre un journal de bord ancien dont quelques phrases l'émeuvent profondément. De sa vocation de missionnaire dans les pays lointains il ne reste plus que l'attrait des pays lointains. La venue en permission de son frère Gustave le conforte dans cette idée et c'est à la marine que Julien songe maintenant mais il n'ose en parler à ses parents qu'il sait opposés à cette idée. Gustave leur suggère alors Polytechnique pour Julien. A la fin de son congé il part pour l'Indochine où il tombe malade et décède à bord du navire qui le ramenait en France. La famille est profondément affectée mais la vocation de Julien en sort renforcée.
Mais voilà qu'en 1866 la mairie de Rochefort constate la disparition d'un paquet de titres et accuse Théodore Viaud d'en être le voleur. Il parvient à se disculper mais il est renvoyé et doit rembourser les fonds dont il avait la garde. La famille se trouve tout à coup dans la gène; Julien a 16 ans et convainc ses parents que la marine lui permettra des études beaucoup plus courtes, plus sûres et moins onéreuses que Polytechnique. Après un an de préparation à Paris, il est reçu à l'Ecole Navale et embarquera un peu plus tard sur le ''Borda'' le voilier école de la marine de l'époque. Nommé aspirant, Il embarque sur le Jean Bart où il retrouve Joseph Bernard, un ancien compagnon du ''Borda'' qu'il cherchera à retrouver à l'occasion de divers embarquements. Le père de Julien décède en 1870 mais sa dette est loin d'être éteinte et son épouse doit en assumer le remboursement avec l'aide généreuse de son fils.
Julien embarque ensuite sur le Vaudreuil et la Flore avec lesquels il parcourt les mers: Alger, le détroit de Magellan, l'Ile de Pâques.... Il a un bon coup de crayon et dessine tout ce qu'il voit. Pour aider sa mère à rembourser la dette, il fait parvenir ses dessins à un ami qui les présente au Monde Illustré et à l'Illustration qui les achète et les publie avec les commentaires de l'auteur. En 1872, il retrouve les traces de son frère à Tahiti où il séjournera plusieurs mois, le temps d'un mariage arrangé par la reine Pomaré et d'être baptisé Pierre Loti par les maoris. Ce sera le thème du ''Mariage de Loti'' qui raconte sa vie sous la plume fictive d'un certain Harry Grant officier de la marine de sa gracieuse majesté.
En 1873, sur le Pétrel, il retrouve son camarade Joseph Bernard. Durant une longue escale à Dakar, ils louent ensemble une case dans le quartier indigène. C'est, sans doute, là qu'il trouvera les éléments du ''Roman d'un spahi''. Mais julien est complexé par sa petite taille et sa faible constitution. Il demande et obtient un congé pour faire un stage de gymnastique à l'école militaire de Joinville. Il s'initiera à l'acrobatie et ne craindra pas de s'exhiber dans un cirque. Il se souvient de son enfance et aime toujours se déguiser et jouer la comédie. Il fait du vélo, monte à cheval, toujours pour améliorer sa forme physique dont il a grand souci.
En 1876 et 77, il embarque sur plusieurs bateaux en station dans les Dardanelles et le Bosphore; il est fasciné par l'Islam, loue une maison en ville, apprend le turc et s'habille à l'orientale ou se déguise en albanais pour parcourir les rues de Salonique. Il tombe amoureux d'une femme mariée, ce sera ''Aziyadé'' publié sous un nom d'emprunt. Ses croquis et commentaires continuent d'alimenter l'Illustration. Sa cabine est un véritable musée où il accumule tapis, vases et plateaux de cuivre, pistolets, poignards...
Un peu plus tard il retrouve Pierre Le Cor un robuste matelot breton connu sur le ''Borda'' avec lequel il noue une solide amitié. Ils se retrouvent sur plusieurs bateaux basés sur la côte Atlantique. Ensemble, au gré des escales, ils parcourent la Bretagne, séjournant plusieurs jours dans la famille de Pierre. Cette amitié profonde et durable entre un officier et un simple quartier maître doit faire frémir les autorités maritimes qui ne souhaitent cependant pas étaler au grand jour le comportement d'un officier du grand corps. Pierre Loti sera parrain de l'un des fils de Pierre. ''Mon frère Yves'' sera le fruit de cette longue amitié.

Pierre Loti continue à parcourir le monde nouant de nombreuses amitiés dans le monde littéraire, diplomatique et autres, toujours curieux de nouveautés et d'émotions. Il reste cependant profondément marqué par sa rigoureuse éducation protestante, il est tourmenté par des idées morbides et va faire une retraite chez les trappistes de Briquebec qui ne lui apporte aucun réconfort. Ses dessins et ses romans lui donnent une plus grande aisance que sa modeste solde d'enseigne de 1ère classe; la dette de la famille peut ainsi être définitivement éteinte en 1871 au moment où il accède au grade de lieutenant de vaisseau, l'équivalent du capitaine de l'armée de terre.
Pierre Loti est un charmeur il écrit avec talent, il enchante ses lecteurs et ses lectrices et les séduit, comédiennes, têtes couronnées, femmes de lettre ou femmes faciles. Il aime être aimé et ne songe guère qu'il puisse y avoir réciprocité.
En 1883 il est en mer de Chine avec l'Atlante et assiste à la prise de Torane. Ses dessins parviennent à l'Illustration qui les publie avec les commentaires de l'auteur: '' Plus personne à tuer. Alors les matelots, la tête perdue de soleil et de bruit sortaient du fort et descendaient se jeter sur les blessés avec une espèce de tremblement nerveux... Ceux qui tendaient les mains pour demander grâce, ils les achevaient en les crevant à coup de baïonnettes... '' C'en est trop, passe encore de batifoler avec la morale, voilà maintenant qu'il offense l'honneur de la marine française. Il est rappelé en France et mis à la disposition de l'amiral Peyron, alors ministre de la marine. Il craint un jugement sévère et de graves sanctions et demande à une de ses admiratrices d'intervenir en sa faveur. Faveur obtenue, il ne sera ni renvoyé ni rétrogradé, il sera seulement affecté à terre pour un an à Rochefort, la punition aurait pu être pire mais son avancement en sera durablement compromis.

Retour en mer de Chine en 1885, il séjournera plusieurs mois à Nagasaki où il épousera, '' Okane San '' qui sera madame Chrysanthème et fréquentera à nouveau sa '' belle famille '' quand il retournera au Japon en 1905.
Nadine, la mère de Julien, s'inquiète de ce qu'elle sait de la vie de son fils. A 35 ans, il est toujours célibataire et coureur de jupons, le mariage pourrait sans doute, lui mettre un peu de plomb dans la cervelle. Son entourage féminin se met en chasse mais Pierre Loti n'a guère d'estime pour ''ces liens qui enchaînent''. Plusieurs projets échouent faute d'enthousiasmer le futur. De guerre lasse, il finit par accepter l'idée mais pose ses conditions: la future doit être riche, protestante et plus petite que lui. Muni de ce portrait robot, ces dames se mettent en chasse et le pasteur Puaux leur propose Blanche. Entre temps, Julien s'est entiché de la noble et fière race basque , il souhaite avoir une descendance basque et installe à Rochefort la jeune Crucita Gainza qui, en 1885, lui donnera son premier fils Raymond. Un fils basque!
Mais, en 1886, au moment de l'épouser, Blanche connaissait-elle la personnalité et la vie de Pierre Loti? Sans doute beaucoup moins bien que nous! Mais les voilà partis en voyage de noces en Espagne. Madrid, Tolède, Séville, Grenade. Il écrit à sa soeur Marie qu'il s'entend bien avec sa femme et espère avoir trouvé un peu de paix dans la vie, à défaut du bonheur impossible.... fin d'une citation assez révélatrice. Au retour, ils s'arrêtent au château de Vidasse chez Daniel, le frère aîné de Blanche puis s'installent avec la mère de Julien dans la maison familiale de Rochefort. L'histoire ne dit rien des relations de Blanche avec sa belle-mère. Julien, désormais hors du besoin, achète la maison voisine et entreprend de grandes transformations, il rêve toujours de théâtre et entreprend de construire une salle moyenâgeuse au rez-de-chaussée. Blanche est enceinte et fait une chute provoquant la naissance prématurée d'un petit S amuel qui ne vivra pas. Julien exprime toute sa douleur: ''J'ai pleuré, la vie me semblait vide, affreusement vide'' tandis que Crucita lui donnait un second fils Lucien. Quelle connaissance Blanche a-t-elle de la double vie de son mari? En Avril 88, elle participe à la première fête donnée pour l'inauguration des premiers travaux. Les invité sont priés de se vestir et de parler en gentils hommes du temps de Louis le onzième, dîner en treize services; ménestrels, jongleurs, sorcières et jeteurs de sorts réjouiront les invités entre les services. Blanche apparaît, faucon au poing en tenue princière de Charlotte de Savoie, l'épouse de Louis XI. Les bals succèdent aux fêtes, mais Blanche n'est pas heureuses, son accident l'a rendue presque sourde et elle est à nouveau enceinte et accouche d'un deuxième Samuel le 17 mars 1889 qui, lui, vivra et aura lui-même deux fils;.
Au gré de ses embarquements, Pierre Loti continue sa vie de célibataire choyé et adulé des femmes conquises par cet écrivain exotique et sentimental. Samuel grandira entre son père et sa mère. Quelque peu délaissée, Blanche fera de fréquents séjours au Bertranet, maison que possède son frère Daniel à La Monzie-Saint-Martin. Dans les années suivantes, Pierre Loti aura plusieurs affectations à Rochefort lui permettant d'être proche de sa mère septuagénaire, de Blanche et de Crucita. Il fait de nombreux voyages, rend visite à la reine Elisabeth de Roumanie, retourne à Constantinople. Dans sa maison agrandie, il aménage une mosquée, une salle chinoise, une pagode japonaise, une salle paysanne et organise des fêtes dans le style de chacune d'elles. Blanche n'apprécie que modérément ces festivités, elle préfère se tenir dans ''le salon rouge'' la pièce la moins remaniée par son époux.
En 1891, Pierre Loti est promu commandant de la canonnière Javelot, stationnaire de la Bidassoa. Il loue, puis achète une maison à Hendaye qu'il gardera jusqu'à la fin de ses jours. Il y reçoit beaucoup mais Blanche y viendra rarement. Elle séjournera de plus en plus au Bertranet que son frère Daniel qui, faute d'héritier, a donnée à Samuel à condition que Blanche et leur mère, Mathilde, puissent y terminer leurs jours.
Au milieu de sa vie bouillonnante, Pierre Loti reste hanté par l'obsession religieuse et décide d'aller à Jérusalem pour '' tâcher de ressaisir quelques bribes de foi '' . Mais là encore on retrouve son goût de la mise en scène et du déguisement au risque d'égratigner quelque peu sa modestie. En février 1894, il embarque pour Alexandrie avec deux amis. Ils passent quelques jours au Caire et se rendent à Suez où les attend une caravane d'une douzaine de chameaux: serviteurs, guides et escorte armée. Ils traversent le désert du Sinaï en s'arrêtant au monastère de Sainte Catherine. D'Akaba, ils traversent le Néguev et parviennent à Jérusalem en passant à Gaza. Visitant le Saint Sépulcre, il attend en vain '' un signe une manifestation rassurante ''. Parcourant la Galilée, il écrit encore '' aux approches de Nazareth, le fantôme ineffable du Christ deux ou trois fois s'est montré, errant, presque insaisissable, sur le tapis des lins roses et des pâles marguerites jaunes, et je l'ai laissé fuir entre mes mains trop lourdes''.

Impossible de suivre Loti dans ses embarquements, ses voyages, ses amitiés, ses amours et ses succès littéraires qui le conduisent l'académie française en1891. Promu capitaine de frégate (Lieutenant colonel) en 1899, il retourne une fois de plus en Turquie, en 1903, comme commandant du ''Vautour'', aviso torpilleur, stationnaire de l'Ambassade de France à Constantinople. Pierre Loti aime la Turquie où ses écrits l'ont rendu célèbre et sympathique. Il y reçoit la visite de Blanche et de leur fils Samuel, alors âgé de quinze ans auquel il va commencer à s'intéresser, cherchant à le soustraire un peu à l'influence du Bertranet qu'il juge excessive. Après le Vautour, Pierre Loti restera à Rochefort affecté à la préfecture maritime ou parfois même sans affectation jusqu'à sa retraite en 1910. ( La marine appréhenderait-elle de lui confier le commandement d'un navire naviguant en haute mer?) Il est fier de ses fils et ne craint pas d'officialiser sa liaison en se faisant photographier au milieu d'eux. Pendant la guerre de 14, il reprendra du service dans différents états-majors et mourra à Hendaye le 10 juin 1923 et sera enterré, selon ses désirs, sur l'île d'Oléron. Ses obsèques seront célébrées avec toute la grandeur et la pompe qu'il aurait pu souhaiter... à moins qu'il n'eut préféré l'austérité de sa chambre de Rochefort?
Pendant ce temps, Blanche vit au Bertranet avec sa mère, veuve depuis 1885, qui y décèdera en 1917 et sera inhumée dans le cimetière de la famille de Ferrière à Larchère tout près de La Birondie à Pomport. Blanche perd progressivement la vue et n'assistera pas au mariage de son fils qui épouse, le 12 mai 1920, Elsie Charlier, fille d'un ancien préfet maritime de Rochefort. Ils auront deux fils: Pierre né en 1921 et Jacques en 1926. Tous feront régulièrement visite à Blanche. Dans une lettre, la veuve de Pierre nous dit combien son mari parlait souvent du Bertranet et de ses souvenirs auprès de sa grand-mère.
Blanche mourra le 25 mars 1940 au Bertranet et sera inhumée auprès de sa mère, tout près de la maison de sa naissance. Obsèques aussi discrètes que l'avait été sa vie. Bien qu'habitant Bergerac à l'époque, nous n'avons rien su de la disparition de celle qui avait su, dans la dignité, renoncer au bonheur.


Louis ECKERT

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