Discours de la méthode





titreDiscours de la méthode
date de publication14.02.2017
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typeCours
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DESCARTES, Discours de la méthode, 5ème partie


Argumentation du passage :

L’exposé de sa physique :

Descartes refuse de « faire voir » ce qu’il a pu trouver grâce à la découverte des premiers principes – « toute la chaîne des autres vérités que j’ai déduites de ces premières » – afin de ne pas se brouiller avec les savants (scolastiques, qui défendent la physique d’Aristote) sur certaines questions débattues. Il se contente d’en exposer les grandes lignes.

Descartes réaffirme qu’il a déduit ses découvertes du « cogito » et que l’évidence est le critère de vérité. Il faut parvenir à une certitude comparable à celle que nous donne une démonstration mathématique.

Descartes fait alors le résumé de sa physique (celle du Traité du monde, qu’il n’a pas publié à cause de la condamnation de Galilée).

Science et métaphysique :

Les lois de la nature découvertes par Descartes ont été imprimées dans notre esprit par Dieu, d’où la concordance entre les lois trouvées par notre raison et les lois réelles. Elles sont universelles et nécessaires (alors que pour Aristote, le monde sublunaire est contingent).

  • Les vérités sont innées (contrairement à Locke, empiriste, qui pense que notre âme n’est qu’une table rase à la naissance, et que nous n’apprenons que par expérience).

  • Descartes imagine un monde nouveau, créé par Dieu, à partir des lois qu’il établirait. Il imagine donc un modèle fictif (probablement pour éviter les condamnations, car ses thèses s’opposent aux thèses admises) : « ce qui arriverait dans un nouveau [monde], si Dieu créait maintenant quelque part, dans les espaces imaginaires ».

    • De même, il suppose que « Dieu formât le corps d’un homme, entièrement semblable à l’un des nôtres », un corps humain identique au nôtre, d’abord sans âme. Puis il suppose que Dieu créée une âme raisonnable qu’il joint à ce corps.

  • Les lois de la physique se fondent sur les lois métaphysiques :

    • La nature de Dieu : un être parfait, libre dans ses décisions, mais qui ne les change plus une fois prises (il est « immuable »). Les lois de la nature ont été créées librement par Dieu. C’est la thèse de la création des vérités éternelles (contrairement à Leibniz pour qui les lois logiques s’imposent même à Dieu).

    • De l’immutabilité de Dieu se déduit par exemple le principe d’inertie (conservation de la quantité de mouvement). Les lois de la nature sont invariables.

    • Thèse de la création continuée : Dieu ne s’est pas contenté de créer le monde en une fois. Il le maintient dans l’être à chaque instant. Il a une constance à créer le monde, à chaque instant : « l’action, par laquelle maintenant il le conserve, est toute la même que celle par laquelle il l’a créé ».

    • Il y a peu de principes en physique (contre la multiplicité des entités scolastiques) : il y a trois lois de la Nature, à partir desquelles on peut déduire tous les phénomènes physiques.

Le mécanisme de Descartes :

  • Les lois de la nature sont les lois des corps, et sont des lois du mouvement. Les propriétés des corps sont celles de leur étendue (dimension) et leur figure (leur forme spatiale). C’est le mécanisme : doctrine selon laquelle le monde peut être expliqué entièrement d’après sa « grandeur, figure, mouvement », c’est-à-dire la matière est expliquée à partir des seules propriétés de l’étendue géométrique (« grandeur », « figure ») et les phénomènes physiques à partir des seules lois du mouvement.

  • La physique cartésienne s’oppose à la physique d’Aristote. Tout corps selon Aristote est composé d’une matière et d’une forme. Tout s’explique à partir de la spécificité de la forme. Au contraire, il n’y a plus de telles « formes substantielles », sortes de forces mystérieuses pour Descartes. Tout peut être expliqué à partir de l’étendue et du mouvement : c’est le mécanisme. La physique devient une science nécessaire. Il y a entre tous les phénomènes des relations de causes à effet. Le monde est régi par des causes efficientes, et non des causes finales, comme pour Aristote. Les corps vivants sont des machines. La physique est une science déductive, qui déduit ses lois des principes métaphysiques, et non de l’observation de l’expérience.

  • La nature est entièrement connaissable. Elle ne contient plus de forces ou esprits mystérieux. Il ne faut pas « l’admirer », s’étonner devant elle (ce qui paralyse le jugement) mais l’expliquer, en dégager les causes.

  • Les lois de la nature sont explicables mathématiquement (cf. Galilée, le livre de la nature est écrit en langue mathématique). « Toute ma physique n’est autre chose que géométrie ».

Les lois physiques :

  • Descartes n’expose pas les lois physiques dans l’ordre de leur déduction. Elles apparaîtront sans leur fondement : comparaison avec les peintres qui ne peignent que certaines faces d’un solide, laissant les autres dans l’ombre : ils « ne les font paraître, qu’en tant qu’on peut les voir en la regardant ».

  • Descartes commence par l’étude de la lumière, et les corps qu’elle éclaire. La vue est le sens le plus fiable, capable de saisir les propriétés des choses. Descartes décrit ce que nous pouvons voir.

    • Thèse du déplacement instantané de la lumière.

  • Monde indéfini : le monde n’est plus clos comme le « cosmos » d’Aristote. Il n’a pas de limite.

  • La matière : étendue. Les corps ne sont que des fragments d’espace. L’espace est plein, continu (il n’y a pas de vide). Il est indéfiniment divisible (il n’y a pas d’atomes insécables comme le pensent les Epicuriens).

  • Corps-machine : les corps des vivants sont des machines « faites des mains de Dieu », et donc « incomparablement mieux ordonnées ».

    • Plus d’explications par les causes finales. Les corps ne sont pas doués d’une intention qui les fait tendre vers le centre de la Terre, comme le pense Aristote. Seule l’âme des hommes a des intentions.

    • Description mécanisme de la circulation du sang : c’est une fermentation qui échaufferait le cœur (comme l’échauffement du foin qui fermente) et le dilaterait. Le cœur n’a pas de « vertu pulsatile » (Descartes juge irrationnelle cette force et la rejette ; c’est pourquoi il ne comprend pas le mouvement du cœur, contrairement au chirurgien Harvey, qui lui se fonde sur l’observation, l’expérience ; or Descartes ne veut pas fonder la science sur l’expérience).


Définitions à connaître :

Certitude : l’état de l’esprit qui adhère à ce qu’il pense être vrai. La certitude manifeste la possession de la vérité pour Descartes. Il y a selon lui deux sortes de certitudes :

  • La certitude métaphysique : ce dont on est certain ne peut être autrement.

  • La certitude morale : on sait qu’on peut faire confiance à nos évidences car Dieu est infiniment bon et ne veut pas nous tromper (il n’est pas un malin Génie).

Démonstration : raisonnement déductif qui établit la vérité d’une proposition en l’inférant d’autres propositions reconnues comme vraies. La déduction (du général au particulier) s’oppose à l’induction (on tire la loi générale à partir de l’observation de plusieurs cas particuliers). Pour Descartes, la démonstration ne requiert pas la preuve de l’expérience et est le seul raisonnement valable. Pour être vrai, comme il ne peut démontrer les premiers principes, il s’appuie sur l’intuition des idées vraies, évidentes, « claires et distinctes ».

Evidence : ce qui est intuitivement saisi comme vrai, sans démonstration. Pour Descartes, ce qui nous apparaît immédiatement n’est pas évident. Il faut faire un effort de réflexion avant de percevoir ce qui est « clair et distinct » = évident. L’évidence est le critère de la vérité : une idée vraie nous apparaît évidente.

Principe : proposition première, reconnue comme vraie, posée au fondement d’une démonstration. S’oppose à la conséquence, laquelle est déduite du principe.

  • Pétition de principe : raisonnement circulaire qui s’appuie sur ce qu’on veut démontrer.

  • On ne peut pas démontrer les principes sous peine de « régression à l’infini » (Aristote).

  • Pour Descartes, le premier principe est le « cogito », la certitude d’exister à partir de la certitude de penser.

Vérité : accord de la pensée et de la réalité.
Textes importants de la partie 5 :

Les textes importants se situent à la fin de la partie. On peut « sauter » les passages plus techniques qui exposent la physique de Descartes.

Texte 1 :

Après avoir exposé le fonctionnement du corps humain, qu’il assimile à une machine, Descartes s’intéresse à la différence entre les machines et les hommes, en supposant qu’on puisse fabriquer des machines identiques soit à des animaux, soit à des hommes.
Et je m'étais ici particulièrement arrêté à faire voir que, s'il y avait de telles machines, qui eussent les organes et la figure d'un singe, ou de quelque autre animal sans raison, nous n'aurions aucun moyen pour reconnaître qu'elles ne seraient pas en tout de même nature que ces animaux;
Descartes dit ici que si on pouvait fabriquer des machines identiques à des singes, on ne pourrait faire la différence avec les vrais singes.
au lieu que, s'il y en avait qui eussent la ressemblance de nos corps et imitassent autant nos actions que moralement il serait possible, nous aurions toujours deux moyens très certains pour reconnaître qu'elles ne seraient point pour cela de vrais hommes.
En revanche, on ne pourrait pas confondre une machine d’homme, même très bien faite, avec un homme, pour deux raisons :
Dont le premier est que jamais elles ne pourraient user de paroles, ni d'autres signes en les composant, comme nous faisons pour déclarer aux autres nos pensées. Car on peut bien concevoir qu'une machine soit tellement faite qu'elle profère des paroles, et même qu'elle en profère quelques-unes à propos des actions corporelles qui causeront quelque changement en ses organes : comme, si on la touche en quelque endroit, qu'elle demande ce qu'on lui veut dire; si en un autre, qu'elle crie qu'on lui fait mal, et choses semblables; mais non pas qu'elle les arrange diversement, pour répondre au sens de tout ce qui se dira en sa présence, ainsi que les hommes les plus hébétés peuvent faire.
Une machine ne peut pas parler, c’est-à-dire exprimer ses pensées. Une machine pourrait parler mais seulement mécaniquement : elle ne pourrait « les arranger diversement », c’est-à-dire adapter ses paroles « pour répondre au sens de tout ce qui se dira en sa présence ». Une machine ne peut pas dialoguer. En revanche, même « les hommes les plus hébétés » sont capables de construire un message en réponse à un autre message.
Et le second est que, bien qu'elles fissent plusieurs choses aussi bien, ou peut-être mieux qu'aucun de nous, elles manqueraient infailliblement en quelques autres, par lesquelles on découvrirait qu'elles n'agiraient pas par connaissance, mais seulement par la disposition de leurs organes. Car, au lieu que la raison est un instrument universel, qui peut servir en toutes sortes de rencontres, ces organes ont besoin de quelque particulière disposition pour chaque action particulière; d'où vient qu'il est moralement impossible qu'il y en ait assez de divers en une machine pour la faire agir en toutes les occurrences de la vie, de même façon que notre raison nous fait agir.
Les machines peuvent faire des choses mieux que nous, mais elles le font mécaniquement, et sont limitées dans leurs capacités. En revanche, la raison, qui est le 2ème critère permettant de distinguer un homme d’une machine, est un « instrument universel, qui peut servir en toutes sortes de rencontres », c’est-à-dire que la raison se caractérise par sa capacité à s’adapter à toutes les situations. Les hommes sont ainsi capables d’inventer, contrairement aux machines. Ce sont des êtres libres.
Notions : Autrui, le langage

Problème : A quoi reconnaît-on un homme ?

Thèse : On distingue un homme et une machine avec deux critères : le langage, c’est-à-dire la capacité à exprimer ses pensées et à communiquer, et la raison, qui permet à l’homme de s’adapter à une infinité de situations.

Limites de la thèse : Ne pourrait-on pas imaginer des machines capables de parler, de raisonner ? cf. intelligence artificielle.

Enjeu : La liberté. Le langage et la raison se caractérise par leur capacité à créer du nouveau. L’homme est un être libre, qui n’est pas soumis à un déterminisme.

Plan : Il y a ici 3 parties :

  1. L’exposé de la thèse : on peut confondre une machine d’animal avec l’animal, mais non une machine d’homme avec un homme.

  2. Les deux critères de reconnaissance d’un homme :

    1. Le langage

    2. La raison

A expliquer :

Partie 1 :

  • Relever la dimension hypothétique du raisonnement : « si on pouvait… ». Descartes est ici visionnaire et pressent les progrès techniques à venir.

  • La thèse des « animaux-machines », selon laquelle les animaux sont en tout point comparables à des machines faites par les hommes, mais mieux faites. Ils ne pensent ni ne parlent. Ce ne sont pas « des êtres vivants doués de sensibilité », comme le reconnaît la loi.

    • La thèse des animaux-machines découle du mécanisme de Descartes : on ne peut expliquer la nature que par « grandeur, figure et mouvement ».

    • Descartes s’oppose à la physique aristotélicienne, qui expliquait les êtres vivants par leurs causes finales (un œil sert à voir). Descartes n’admet que les causes efficientes (même si le modèle de la machine réintroduit l’idée d’un projet, une finalité).

  • L’homme est une exception dans la nature : le corps de l’homme est une machine pour Descartes, mais il est mystérieusement uni à un esprit (au niveau de la glande pinéale). Cette union de l’esprit et du corps est éprouvée, mais elle ne peut être prouvée (scientifiquement) ou expliquée. C’est un fait, alors que l’esprit et le corps sont deux substances radicalement distinctes (pensée pour l’esprit, étendue pour le corps).

Partie 2 a :

  • Alternative : « de paroles ou d’autres signes ». Définir signe (élément sensible renvoyant à un élément non sensible, à une idée). En effet, un sourd-muet utilise le langage des mains. Même s’il n’utilise pas de paroles, il « parle ».

  • Pour Descartes, le langage sert avant tout à « déclarer aux autres nos pensées » : le langage a une double fonction, exprimer nos pensées et communiquer.

  • Justification : Descartes fait alors une concession : même si les machines parlaient, ce serait toujours « à propos des actions corporelles qui causeront quelque changement en ses organes » et non pas à propos de pensées. Les machines ne peuvent « proférer » de paroles que mécaniquement.

    • Mais les machines ne pourraient-elles pas parler ? cf. test de Turing, qui consiste à faire dialoguer un homme et un ordinateur : l’homme a-t-il eu l’impression de parler avec un homme ?

  • Le langage est le signe de la pensée. La pensée précède le langage (c’est pour cela qu’on peut philosopher en français ou même en « bas breton »). Il se caractérise par sa capacité de création et de dialogue.

  • On peut penser à la différence établie par le linguiste Benvéniste entre la communication des abeilles, code de signaux, et le langage humain, aptitude à symboliser.

Partie 2 b :

  • La raison se caractérise par sa plasticité, sa capacité à adapter l’homme à toutes les situations.

  • Les machines n’agissent que sous l’effet de leur mécanisme, « par la disposition de leurs organes » et non « par connaissance ».

  • Nous voyons le lien entre raison et langage : comme la raison, le langage est capable d’une infinité de messages en réponse à un autre message. Le langage est présent, comme la raison, chez tous les hommes.

  • « instrument universel » fait aussi écho ici à l’incipit du Discours : la raison est naturellement égale et tout entière chez tous les hommes.

  • La raison nous fait agir : d’une part en choisissant les meilleurs moyens pour atteindre une fin (action rationnelle) mais aussi en nous faisant choisir les meilleurs fins (action raisonnable, sage).

  • Supériorité de l’homme sur la machine (pourraient-elles nous remplacer ?). L’homme est défini par sa raison (thèse classique). Autres définitions possibles de l’homme : l’essence de l’homme est le désir (Spinoza) ou le travail (Marx).


Texte 2 :

Après avoir exposé la différence entre machines et hommes, Descartes s’intéresse à la différence entre hommes et animaux.
Or, par ces deux mêmes moyens, on peut aussi connaître la différence qui est entre les hommes et les bêtes. Car c'est une chose bien remarquable, qu'il n'y a point d'hommes si hébétés et si stupides, sans composer un discours par lequel ils fassent entendre leurs pensées; et qu'au contraire, il n'y a point d'autre animal, tant parlait et tant heureusement né qu'il puisse être, qui fasse le semblable.
On reconnaît les hommes – même les plus stupides, ou les fous – à leur aptitude au langage, c’est-à-dire qu’ils sont « capables d’arranger ensemble diverses paroles » pour « composer un discours par lequel ils fassent entendre leurs pensées ». Les animaux ne parlent jamais.
Ce qui n'arrive pas de ce qu'ils ont faute d'organes, car on voit que les pies et les, perroquets peuvent proférer des paroles ainsi que nous, et toutefois ne peuvent parler ainsi que nous, c'est-à-dire en témoignant qu'ils pensent ce qu'ils disent; au lieu que les hommes qui, étant nés sourds et muets, sont privés des organes qui servent aux autres pour parler, autant ou plus que les bêtes, ont coutume d'inventer d'eux-mêmes quelques signes, par lesquels ils se font entendre à ceux qui, étant ordinairement avec eux, ont loisir d'apprendre leur langue. Et ceci ne témoigne pas seulement que les bêtes ont moins de raison que les hommes, mais qu'elles n'en ont point du tout.
L’incapacité au langage des animaux n’est pas liée à leurs organes : les pies et les perroquets arrivent à « proférer des paroles » mais ne parlent pas au sens strict du terme, c’est-à-dire en exprimant des pensées. En revanche, les hommes même sourds et muets peuvent parler avec des signes. Descartes en conclut que les animaux n’ont pas de raison.
Car on voit qu'il n'en faut que fort peu pour savoir parler; et d'autant qu'on remarque de l'inégalité entre les animaux d'une même espèce, aussi bien qu'entre les hommes, et que les uns sont plus aisés à dresser que les autres, il n'est pas croyable qu'un singe ou un perroquet, qui serait des plus parfaits de son espèce, n'égalât en cela un enfant des plus stupides, ou du moins un enfant qui aurait le cerveau troublé, si leur âme n'était d'une nature du tout différente de la nôtre.
On voit que n’importe quel homme peut parler : il faut donc peu de raison pour parler. Il y a des animaux plus doués que d’autres, et pourraient être comparés à un enfant « des plus stupides », si leur âme n’était radicalement différente de la nôtre.
Notion : Langage

Problème : Comment distinguer un homme d’une bête ?

Thèse : On différencie un homme d’un animal par l’aptitude au langage, c’est-à-dire à exprimer des pensées.

Limites de la thèse : N’est-ce pas contestable ? cf. expérience des Gardner avec la chimpanzée Washoe.

Enjeu : les animaux pensent-ils ? Ont-ils des points communs avec les hommes ?

Plan : Il y a 3 parties :

  1. Exposé de la thèse : c’est le langage qui fait la différence entre hommes et animaux.

  2. Explication : pourquoi les animaux ne peuvent-ils pas parler ?

  3. Radicalisation : n’y a-t-il pas des animaux capables de parler ?

A expliquer : Il faut lire le texte précédent et le texte squi suit pour pouvoir bien expliquer ce texte.

Partie 1 :

  • Que signifie « arranger ensemble diverses paroles » ?

  • Lien parole / pensée.

Partie 2 :

  • Opposition de deux « cas-limite » : pies, perroquets (animaux parlants) / sourds et muets (hommes qui ne parlent pas)

  • « ne peuvent parler ainsi que nous » : parler, c’est exprimer des pensées. Pourquoi ? parce qu’ils n’ont pas de raison.

Partie 3 :

  • Descartes a-t-il raison ? Il s’attaque à Montaigne, qui pense que les animaux sont capables d’un raisonnement élémentaire


Texte 3 :

Descartes continue à expliquer la différence entre les hommes et les animaux en s’intéressant à la nature du langage.
Et on ne doit pas confondre les paroles avec les mouvements naturels, qui témoignent les passions, et peuvent être imités par des machines aussi bien que par les animaux; ni penser, comme quelques anciens, que les bêtes parlent, bien que nous n'entendions pas leur langage : car s'il était vrai, puisqu'elles ont plusieurs organes qui se rapportent aux nôtres, elles pourraient aussi bien se faire entendre à nous qu'à leurs semblables.
Les « paroles » des animaux ne font qu’exprimer des passions (l’action du corps), et peuvent être reproduites par des machines. Il ne faut pas penser que les animaux ont un langage que nous ne comprenons pas : en effet, comme ils ont des organes pour parler, ils pourraient parler avec nous comme avec leurs semblables.
C'est aussi une chose fort remarquable que, bien qu'il y ait plusieurs animaux qui témoignent plus d'industrie que nous en quelques-unes de leurs actions, on voit toutefois que les mêmes n'en témoignent point du tout en beaucoup d'autres : de façon que ce qu'ils font mieux que nous ne prouve pas qu'ils ont de l'esprit; car, à ce compte, ils en auraient plus qu'aucun de nous et feraient mieux en toute chose;
Les animaux semblent plus habiles que nous dans certains domaines, mais sont incapables de faire autre chose. Le fait qu’ils fassent mieux que nous ne prouve pas qu’ils pensent, car s’ils en avaient, ils pourraient tout faire.
mais plutôt qu'ils n'en ont point, et que c'est la Nature qui agit en eux, selon la disposition de leurs organes : ainsi qu'on voit qu'une horloge, qui n'est composée que de roues et de ressorts, peut compter les heures, et mesurer le temps, plus justement que nous avec toute notre prudence.
Les animaux ne pensent pas. Ils agissent sous l’effet de la Nature (instinct), c’est-à-dire de leur mécanisme corporel. Ils sont comparables à une horloge, qui compte plus exactement que nous.
Notion : Langage

Problème : Comment distinguer un homme d’une bête ?

Thèse : Les animaux sont des machines. Ils ne parlent pas, ne pensent pas.

Limites de la thèse : N’est-ce pas contestable ?

Plan :

Partie 1 : les animaux ne « parlent » que sous l’effet des passions.

Partie 2 : réfutation de l’objection : « peut-être ne comprend-on pas le langage des animaux ? »

Partie 3 : réfutation d’une seconde objection : « comment expliquer que les animaux ne pensent pas alors qu’ils font parfois mieux que nous ? »
A expliquer :

Partie 1 :

  • Définir « passion » : ce qui est reçu « passivement » par l’âme. La passion vient du corps. Ici la passion renvoie à l’instinct, poussée irréfléchie ancrée dans l’animal.

  • La thèse des animaux-machines : réduction de l’animal à une machine. Descartes veut nous dire que les paroles prononcées par les animaux ne sont pas des décisions de leur esprit, mais des conséquences de leur mécanisme corporel.

Partie 2 :

  • Réfutation d’une objection : ce n’est pas que nous ne comprenons pas leur langage. Les animaux ont les capacités de parler. Comme ils ne communiquent pas avec nous, cela montre qu’ils ne parlent pas.

Partie 3 :

  • Donner des exemples d’ « industrie » animale : ruche, nid, toile d’araignée…

  • Pourquoi les animaux font mieux que nous dans certaines tâches : parce qu’ils le font mécaniquement, donc avec plus d’exactitude.

  • Le problème : ils ne peuvent réaliser que quelques tâches, alors que nous sommes capables de tout faire (la raison est un « instrument universel »).

  • La preuve : puisque les animaux sont capables de faire mieux que nous dans certains domaines, s’ils pensaient, s’ils avaient une raison, alors ils feraient mieux que nous partout. Or ils sont limités.

  • Comparaison de l’animal à une horloge : l’horloge est l’exemple de la machine qui fonctionne avec exactitude, parfaitement réglée… Il n’y a aucun hasard dans une horloge.

  • N’est-ce pas contestable ? Ne peut-on apprendre des choses aux animaux ?


Texte 4 *** :

Puis, Descartes va s’intéresser à ce qui fait la spécificité humaine : l’union de l’âme et du corps. ce texte est très célèbre.
J'avais décrit, après cela, l'âme raisonnable, et fait voir qu'elle ne peut aucunement être tirée de la puissance de la matière, ainsi que les autres choses dont j'avais parlé, mais qu'elle doit expressément être créée;
L’âme n’est pas matérielle (mais spirituelle). Elle est créée par Dieu.
et comment il ne suffit pas qu'elle soit logée dans le corps humain, ainsi qu'un pilote en son navire, sinon peut-être pour mouvoir ses membres, mais qu'il est besoin qu'elle soit jointe et unie plus étroitement avec lui pour avoir, outre cela, des sentiments et des appétits semblables aux nôtres, et ainsi composer un vrai homme.
L’âme n’est pas dans le corps comme un pilote dans son navire (même si elle dirige le corps) – comparaison venant de Platon – mais unie beaucoup plus intimement à lui, comme le montrent nos sentiments.
Au reste, je me suis ici un peu étendu sur le sujet de l'âme, à cause qu'il est des plus importants; car, après l'erreur de ceux qui nient Dieu, laquelle je pense avoir ci-dessus assez réfutée, il n'y en a point qui éloigne plutôt les esprits faibles du droit chemin de la vertu, que d'imaginer que l'âme des bêtes soit de même nature que la nôtre, et que, par conséquent, nous n'avons rien à craindre, ni à espérer, après cette vie, non plus que les mouches et les fourmis; au lieu que, lorsqu'on sait combien elles diffèrent, on comprend beaucoup mieux les raisons, qui prouvent que la nôtre est d'une nature entièrement indépendante du corps et, par conséquent, qu'elle n'est point sujette à mourir avec lui; puis, d'autant qu'on ne voit point d'autres causes qui la détruisent, on est naturellement porté à juger de là qu'elle est immortelle.
Il est dangereux de nier Dieu et de croire que l’âme des bêtes est semblable à la nôtre. Cela risque de nous rendre immoraux car cela voudrait dire qu’il n’y a pas de châtiment ou de récompense après la mort. Au contraire, si l’âme des hommes est différente de la matière, alors elle est immortelle.
Notions : l’esprit et la matière, la conscience, la morale.

Problème : L’âme est-elle de même nature que le corps ? Quelle est la nature de l’âme ?

Thèse : L’âme est unie étroitement au corps mais pourtant n’est pas matérielle comme lui. Elle est donc immortelle.

Limites de la thèse : L’âme n’est-elle pas matérielle, comme le pensent par exemple les Epicuriens ?

Enjeu : L’immortalité de l’âme est ce qui permet – pour Descartes – une conduite morale (crainte du châtiment, désir de la récompense dans l’au-delà). Surtout, le fait que l’âme ne soit pas matérielle (donc régie par les lois de la physique), autorise la liberté. Il n’y a rien qui contraigne l’âme.

Plan :

  1. L’âme n’est pas matérielle.

  2. Mais alors, comment peut-elle être unie au corps, qui est matériel ?

  3. Conséquence : l’immortalité de l’âme


A expliquer :

Partie 1 : L’âme n’est pas matérielle

  • « âme » : au sens large. Descartes préfère le terme d’ « esprit », car la notion d’âme (telle qu’elle est définie par Aristote, avec ses trois degrés : sensitive, motrice et réflexive) implique le corps. Or l’âme n’est constituée que de pensée.

  • L’âme ne naît pas de la matière : elle est spirituelle. Comme on ne peut expliquer scientifiquement, avec les lois physiques, la naissance de l’âme, alors il faut qu’elle ait été créée (par Dieu).

  • Se pose alors le problème de l’union avec le corps : comment l’âme spirituelle peut-elle être jointe au corps, matériel ?


Partie 2 : l’union de l’âme et du corps

  • Descartes refuse d’assimiler la relation de l’âme et du corps à celle du pilote et du navire, sauf en ce qui concerne le mouvement du corps : en effet, l’âme dirige bien le corps à la manière du pilote qui dirige son navire.

    • Cette comparaison vient de Platon.

  • Mais la comparaison s’arrête là, parce que l’âme est « jointe et unie plus étroitement avec lui » : en effet, si le navire heurte un obstacle, le pilote n’a pas de douleur. Nous avons des sentiments, et cela montre bien l’union de l’âme et du corps.

    • Donner des exemples de « sentiments et appétits » : joie, tristesse, plaisir, douleur, faim…

  • « il est besoin » : il est nécessaire que nous soyons intimement unis au corps pour « composer un vrai homme ». Un homme est aussi ce qui éprouve des passions, il n’est pas une pure raison.


Partie 3 : l’immortalité de l’âme 

  • Le sujet de l’âme « est des plus importants » : en effet, la nature de l’âme a des conséquences sur la morale.

  • Descartes a réfuté partie 4 « l’erreur de ceux qui nient Dieu », avec ses preuves rationnelles de l’existence divine. Descartes parle ici de l’existence de Dieu car elle est nécessaire si l’âme est de nature spirituelle (il faut que l’âme ait été créée, si elle n’est pas issue de la matière).

  • Si notre âme est comme celle des bêtes, alors elle est matérielle (en réalité, les animaux n’ont pas d’âme au sens strict, comme Descartes l’a montré plus haut). Cette conception propre aux « esprits faibles » (allusion aux « esprits forts » qui sont athées) « éloigne du droit chemin de la vertu » : en effet, si Dieu n’existe pas, tout est permis (Dostoievski), car « nous n’avons rien à craindre, rien à espérer, après cette vie », il n’y a plus de crainte du châtiment de l’Enfer.

    • Comparaison ironique avec « les mouches et les fourmis » : si l’âme de l’homme n’est pas spirituelle et immortelle, alors l’homme devient aussi insignifiant qu’un insecte. En réalité, l’homme est exceptionnel, à l’image de Dieu.

    • « lorsqu’on sait combien elles diffèrent » = combien l’âme des hommes est différente de l’âme des bêtes.

    • Conséquence : « on comprend beaucoup mieux les raisons qui prouvent que la nôtre et d’une nature entièrement indépendante du corps ». Si l’on sait que l’âme humaine est différente de l’âme des bêtes, qu’elle est spirituelle, alors on comprend pourquoi elle est indépendante du corps. L’argument de Descartes semble déroutant, car il semblerait plus logique de comprendre d’abord les raisons de l’indépendance de l’âme et du corps pour conclure à la spiritualité de l’âme. Or, c’est ici l’inverse : nous savons d’abord que l’âme est spirituelle : référence au « cogito ». Après le doute hyperbolique, nous savons que nous sommes des substances pensantes, avant de savoir si nous avons un corps.

  • Conséquence de la distinction substantielle de l’âme et du corps : « elle n’est point sujette à mourir avec lui ». Descartes fait une différence entre « ne pas mourir avec le corps » et « être immortelle » : en effet, l’âme pourrait mourir quelques temps après le corps. mais « on est naturellement porté à juger de là qu’elle est immortelle » car « on ne voit point d’autres causes qui la détruisent ». Qu’est-ce qui pourrait faire mourir l’âme, à part la mort du corps ? Descartes ne le voit pas. Donc l’âme, vraisemblablement, est immortelle. Remarquons que cet argument reste hypothétique.

  • Discussion : les rapports de l’âme et du corps (le « mind body problem »).

    • Difficulté du « dualisme interactionniste de Descartes » : comment deux substances de nature différente peuvent-elles s’unir ?

    • Réductionnisme matérialiste ou physicaliste : les scientifiques (ex, J.P. Changeux, L’homme neuronal). La pensée est explicable par les mécanismes cérébraux.

    • Spiritualisme : la pensée est irréductible au corps, la matière n’est qu’une représentation de l’esprit (exemple : immatérialisme de Berkeley).



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