Résumé La mise en œuvre de la Loi d'Orientation Agricole dans les dom interpelle le modèle productiviste tourné vers l'exportation, que défend encore la majorité des institutions d'appui au développement.





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Communication pour le séminaire "PSDR", mars 2005

"Territoires et enjeux du développement régional"
Thème 1. Développement régional et processus de production agricole, point 3, "approches locales et régionales de transformation des exploitations, des métiers et du développement agricoles".
Spécificités territoriales et évolutions des

exploitations agricoles

Les CTE à La Réunion et en Guadeloupe
Michel Dulcire, CIRAD-TERA, BP 5032, TA 60/15, 73 rue JF Breton, 34398 Montpellier Cedex 5, michel.dulcire@cirad.fr
Eduardo Chia, INRA-SAD, CIRAD-TERA, BP 5032, TA 60/15, 73 rue JF Breton, 34398 Montpellier Cedex 5, chia@ensam.inra.fr
Marc Piraux, CIRAD-TERA, BP 20, Station de la Bretagne, 97408 Saint-Denis Messagerie Cedex 9 – La Réunion, marc.piraux@cirad.fr
Résumé

La mise en œuvre de la Loi d'Orientation Agricole dans les DOM interpelle le modèle productiviste tourné vers l'exportation, que défend encore la majorité des institutions d'appui au développement. Les enquêtes compréhensives menées à La Réunion et en Guadeloupe auprès des agriculteurs signataires et des institutions d'accompagnement montrent que les Contrats Territoriaux d'Exploitation signés ont d'abord soutenu des situations existantes ou accéléré des dynamiques en cours : ils n'ont que rarement fait émerger un nouveau projet ou de nouvelles pratiques de développement local. L'analyse des systèmes d'action des deux départements expliquent que les CTE aient été source d'innovations techniques, économiques ou encore organisationnelles à La Réunion, et très peu en Guadeloupe. Néanmoins les représentations des différentes fonctions de l'agriculture, certes distinctes entre les deux îles, restent imprégnées du modèle productiviste tourné vers l'exportation, de façon évidente en Guadeloupe, de manière plus nuancée à La Réunion. Les CTE ont donc été gérés comme des aides "traditionnelles" à l'exploitation agricole. Ce "détournement" d'incitations de nouveau type peut paradoxalement augurer d'une prise en main plus satisfaisante des prochains Contrats d'Agriculture Durable par la profession agricole et les institutions d'accompagnement.
Mots clés : Contrat – CTE-CAD – DOM – Exploitation agricole - Guadeloupe – Innovation - LOA - Multifonctionnalité – Pratiques des agriculteurs – La Réunion – système d'action

Les nouvelles attentes de la société vis-à-vis de l’agriculture concernent les fonctions qu’elle remplit au côté du processus de production, une aspiration que veut satisfaire la Loi d'Orientation Agricole (LOA, 1999). Cette loi reconnaît la multifonctionnalité de l'agriculture, "activité aux multiples facettes, que le seul marché – ouvert ou régulé - ne peut gérer en totalité" (Hervieu 2002). Elle résulte de la volonté des pouvoirs publics de redéfinir les instruments d’intervention ainsi que les mécanismes d’orientation et d’aides à l’agriculture, qui prennent mieux en compte la "demande sociale". Cette nouvelle articulation entre l’agriculture et la société s'appuie sur deux principales démarches :

  • L'une contractuelle engageant les agriculteurs sur des façons de produire et de gérer, et non sur des quantités.

  • L'autre territoriale relative à la protection des paysages mais aussi à l’établissement des nouvelles relations avec la société.


En Guadeloupe et à la Réunion, la mise en œuvre des Contrats Territoriaux d’Exploitation (CTE) interpelle les modèles de développement, jusqu’alors dédiés à la promotion d’une agriculture productiviste, tournée vers l’exportation. Mais quelle lecture en ont fait les organisations professionnelles, les organismes de recherche et les institutions régulatrices ? Comment se sont-ils emparé de cet outil conçu dans et pour des conditions métropolitaines ?
Les résultats que nous présentons ici sont issus d'un projet s'inscrivant dans le dispositif de recherche INRA-CEMAGREF-CIRAD, la multifonctionnalité de l'agriculture et des espaces ruraux. Ce projet visait à analyser en quoi la mise en place des CTE ont contribué à la remise en cause des modèles de développement en Guadeloupe et à la Réunion.
Nouvelle demande sociale, et engagements de nouveau type ?
Les CTE, principal instrument de la LOA, avaient comme objectif d’orienter les systèmes de production agricoles vers une agriculture plus respectueuse des hommes et de l’environnement : des projets individuels mais énoncés dans un cadre collectif devaient refléter de nouvelles façons de produire. Selon Delorme (2002) la multifonctionnalité peut "servir à renouveler les modèles de développement agricole" ou au contraire à les consolider. "Le risque est donc réel de détournement vers la consolidation de l’existant, notamment parce que les agriculteurs 'professionnels' maîtrisent mieux que les autres les ressources économiques, institutionnelles et intellectuelles qu’implique la mise en œuvre des nouvelles réglementations". Sa reconnaissance impose donc aux agriculteurs mais aussi aux autres acteurs du développement de prendre en compte des dimensions jusqu’ici peu présentes, comme la gestion des paysages et des ressources naturelles, la territorialisation des activités, les coordinations avec les autres usagers de l'espace et surtout la dimension contractuelle.
Ces "nouveaux" modes d’intervention1 contractuels de l’Etat (Lascoumes et Valluy, 1996) gagnent également l'agriculture. La dimension contractuelle implique des changements des pratiques techniques, organisationnelles, relationnelles, de la part des agriculteurs, mais aussi de la part des institutions de gestion et d'appui. Ces changements conduisent à la redéfinition du métier d’agriculteur, des dispositifs de développement et du système d’action. Par contre cette nouvelle posture individualise les engagements et peut favoriser en conséquence des inégalités entre signataires (Supiot, 2001) en regard d'une situation régulée.
Sur ces bases nous faisons l'hypothèse que des contextes d'action différents se traduisent par des modes d'appropriation2 et des pratiques d'utilisation3 des CTE distinctes entre les deux îles.
Le dispositif de recherche
La recherche a porté sur :

  • la compréhension des représentations des acteurs quant à l'activité agricole et ses instruments de pilotage, anciens et promus par la LOA.

  • Une analyse du processus de conception et d'élaboration des références technico-économiques.

  • Les conséquences du processus sur les représentations et les pratiques de développement.

  • l’analyse des changements de pratiques socio-techniques et organisationnelles des agriculteurs signataires.


Des entretiens compréhensifs ont été réalisés auprès de responsables des principales institutions engagées dans le développement agricole et rural, dont les porteurs de projets de CTE, afin d’identifier leurs perceptions de la situation agricole actuelle de l’île et leurs visions de l’agriculture du futur. Il s’agissait plus particulièrement d’identifier les modèles agricoles, explicites ou implicites, sur lesquels se fondent ces acteurs dans leurs activités de pilotage institutionnel ainsi que la nature et l’importance des diverses fonctions qu’ils reconnaissent à l’agriculture, et que les procédures de soutien à la multifonctionnalité, anciennes (CTE) et nouvelles (Contrats d'Agriculture Durable, CAD) permettaient et permettent selon eux de favoriser ou non (Hervieu, 2002).
Nous nous sommes attachés parallèlement à appréhender les représentations des agriculteurs signataires4 quant à l’agriculture et leurs changements de pratiques suite à la signature de CTE (Chia et Dulcire, 2005 ; Gimenez, 2003 ; Pangolin, 2004). L’objectif de ces enquêtes "compréhensives" et fines était de qualifier les évolutions et dynamiques de changement amorcées par les CTE : les façons dont ils se sont emparés de cet outil, les modifications de pratiques (techniques, financières) et des liens sociaux et organisationnels. Nous nous appuyons ici principalement sur les résultats obtenus auprès des agriculteurs. Nous avons organisé un séminaire de restitution des premiers résultats (Piraux et al., 2003). L'objectif était de confronter nos résultats avec l'ensemble des acteurs mais aussi de compléter nos analyses quant aux actions futures à mettre en œuvre, en particulier le type de dispositif.
Les spécificités de l'agriculture des deux DOM5 : des contextes d'action souvent proches
Le choix des deux Départements d'Outre Mer (DOM), la Réunion et la Guadeloupe, a été motivé a priori par les ressemblances de leurs contextes d'action6 : insularité, éloignement de la métropole, même problématique de développement, même cadre réglementaire par rapport au CTE ; mais aussi par leurs particularités : culturelles et historiques, positionnement des institutions, facteurs organisationnels et structurels. Ces aspects rendaient intéressante une analyse comparative.
Le contexte d'action des îles guadeloupéenne et réunionnaise sont marqués par la période coloniale. Elles approvisionnaient la métropole en produit "exotiques" : indigo, coton, plantes à parfum, vanille, café ou encore cacao, puis canne à sucre et banane. De ce modèle agro-exportateur ne subsistent de façon significative que les deux dernières en Guadeloupe, et la canne à la Réunion. Les scénarios pour le futur ne peuvent les ignorer. Le récent élargissement de l'éventail des spéculations, souvent pour alimenter le marché intérieur, est plus marqué et mieux accompagné à la Réunion. Les surcoûts liés à l'éloignement, à l'insularité, aux conditions pédo-climatiques, mais aussi au statut foncier en dépit des réformes foncières, rendent ces productions peu compétitives vis à vis de la métropole et des pays tiers. D'autres éléments les distinguent de la métropole : la taille des exploitations (plus de 80 % ont moins de 5 ha, Cnasea-2003), la forte pluriactivité, un faible niveau de formation, un moindre degré d'organisation, l'importance du colonat. L'histoire des réformes foncières (Deverre, 1997) explique notamment que la profession agricole soit mieux organisée à la Réunion, les institutions foisonnantes et les formes de coordination plus complexes.
L’exportation a impulsé la structuration des filières, directement par les acteurs mais aussi par les incitations pressantes des représentants de l'Etat. Les filières canne à sucre et banane restent les mieux organisées : elles visent d'abord à satisfaire un volume maximal de produits standards pour l'exportation. Elles marquent les espaces îliens : emplois, paysage, filières, valeur ajoutée mais aussi financements publics. Elles concentrent la majorité des aides à la production, relativement à leur poids spatial et économique (tab. 1), bien qu'elles ne représentent que 1.9 % du PIB de l’île (Frémeaux, 2003) et 3 % à la Réunion (Bonnal et al., 2003). Elles participent à la cohésion sociale et identitaire, mais l’aide de l’Etat est pour l'ensemble nos interlocuteurs indispensable à leur maintien. Cependant les deux filières ne sont pas comparables. La canne est historiquement et socialement plus "guadeloupéenne" que la banane, pour le meilleur (identité, paysage) et pour le pire (esclavage, colonialisme). Elle a un "débouché local", au contraire de la banane, produit d'exportation brut, et correspond à la seule interprofession organisée ; elle est aussi la "seule filière transparente", sur laquelle existent des chiffres précis et expliqués. En revanche "l'encadrement cultural" de la banane (Dulcire et Cattan, 2002) repose sur un très haut niveau d'intrants, dont sont exclus l’environnement et la diversification agricole. Cette spéculation récente n'est définie qu'en comparaison avec l'activité cannière, d'autant que les producteurs sont exclus de la gestion post-récolte (Rouget, 1997).
Tableau 1 : place des cultures d’exportation dans l’économie agricole (2000)







% Surface Agricole Utile

% Production Agricole Finale

% des aides à la production

Guadeloupe

Banane

12

24

70

Canne à sucre

34

17

27

Total

46

41

97

(total Guadeloupe)

(41600 ha)

(277 M €)




Réunion

Canne à sucre

59

26

80

(total Réunion)

(43700 ha)

(305 M €)




(Sources : Agreste 2000 ; Bonnal et al. ; CES, 2003 ; Chia et Dulcire, 2005)
Enfin les "activités de diversification" pour la consommation locale restent peu organisées. Discrètes voire non dites en Guadeloupe (Dulcire et Cattan, 2002), elles sont assumées et soutenues à la Réunion (Pangolin, 2004). Les taux de couverture des produits agroalimentaires est de 17 % en Guadeloupe (Insee, 2001) et de 32 % à la Réunion (Insee, 2000). La satisfaction prioritaire des besoins alimentaires locaux revient fréquemment dans les discours. Mais plus souvent comme référence obligatoire de par sa légitimité historique et culturelle (Zébus, 1999), qu'affirmation de la volonté de prendre et d’assumer les moyens de s’engager dans cette voie : c'est "l'arrière cour", en opposition à la "vitrine".
Les trois grands problématiques qui émergent  de ce constat correspondent à l’avenir de l’agriculture (des pratiques locales aux modèles de développement) dans les DOM, au regard de l’évolution des OCM (sucre et banane), de leur impact sur la durabilité des exploitations, des liens entre agriculture et emploi ou entre agriculture et environnement (Bonnal et al., 2003) ; aux caractéristiques communes et spécifiques de ces DOM insulaires, et de leurs conséquences sur l'élaboration de stratégies différenciées de développement ; au développement des productions agricoles pour le marché intérieur (en particulier en Guadeloupe), qui est perçu dans un premier temps en opposition à celui des cultures d’exportation et donc des intérêts du lobby bananier ou cannier.
L'appropriation de la Loi : aide de nouveau type sans demande sociale ?

("en dehors de la canne ou de la banane, point de salut")
Les contextes d’action (domination institutionnelle des lobby bananier et canniers) apportent une grande inertie à la réflexion sur le modèle de développement et sur le rôle de l’agriculture, qui interpelle directement la place des filières agricoles destinées à l’exportation. La modification ou le changement du modèle agricole passe aussi par le changement des pratiques de développement des organisations professionnelles, des pratiques de la recherche, c'est-à-dire des mécanismes de coordination entre elles.
Les acteurs classent les exploitations en deux grandes catégories selon la destination de leurs productions : pour l’exportation, familiales ou sociétaires, d’une part, et l'autre plus "domestique" (Boltanski et Thévenot, 1991), pluriactive, familiale, plus diversifiée (tab. 2). Cette agriculture duale, reconnue par tous les acteurs, bénéficie de modalités d'accompagnement distinctes d'une institution à l'autre, et entre les deux îles. En Guadeloupe, Deverre (1997) signalait déjà que dans les années 80 "les débats sont vifs entre tenants des voies 'sociales' et 'économiques' de la réforme (foncière)", une situation qui perdure (tab. 2). A la Réunion en revanche, les visions des agricultures professionnelle et sociale font l'objet d'un consensus (Bonnal et al., 2003).
Tableau 2 : le planteur et le paysan, des représentations tranchées en Guadeloupe




Agriculture d'exportation

La vitrine

Agriculture "de résistance"

L'arrière boutique

Point de vue de l'adminis-

tration

  • Valeur territoriale.

  • Exportation.

  • Emplois.

  • Agriculture moderne.

  • Modérateur socio-économique.

  • Non professionnelle.

  • Marginale.

  • Agriculture "paysanne".

  • Traitement social.

Point de vue des agricul-teurs

  • Aliénation, produire pour l'autre.

  • Reconnaissance sociale.

  • Sécurité économique (aides à la production, débouchés).

  • Autonomie, produire pour soi.

  • Lien social (don, contre-don).

  • Valeur identitaire.

  • Professionnelle

  • Débouchés non garantis.

(d'après Dulcire et Cattan, 2002)
Les acteurs (agriculteurs, institutions d'appui et administration, mais aussi la recherche) assignent à l’agriculture la même fonction, satisfaire des quotas d'exportation : une intensification flanquée d'un objectif d’autosuffisance plus ou moins revendiqué. Les différentes façons dont les institutions ont traduit localement (Léger, 2004) l'outil sont révélatrices des différents contextes et systèmes d'action7 des deux îles. Produits du passé, ils conditionnent le modèle de développement soutenu (Soret, 2001), celui de la promotion de la monofonctionnalité plutôt que celui de la reconnaissance de la multifonctionnalité. Le futur est basé d'abord sur la reconduction des dispositifs existants. Les spécificités territoriales n'ont pas été prises en compte pour la construction des CTE, à l'exception des premiers CTE de la Réunion. Les "intéressantes perspectives d'expérimentation et d'innovation sociales" (Rémy, 2000) offertes ont mal été saisies, y compris la (re)construction de produits (Kpokpogbé, 2000) fortement identitaires, tel que l'ananas "bouteille", l'igname ou le café en Guadeloupe (Dulcire 2005) ou encore le maraîchage, les fruits ou le lait à la Réunion.
Tableau 3 : Représentations des acteurs du développement agricole et modèle favorisé par la prise en compte de la multifonctionnalité

Modèles
Caractéristiques

Modèles jusqu’ici encouragés

(monofonctionalité)

Modèles que pourrait favoriser la reconnaissance de la multifonctionnalité

Agriculteurs

A temps plein

A temps plein ou pluriactifs

Taille d'exploitations

Importante

Indifférente

Système de production

Intensif

Monoculture

Exportation

Intensif et extensif

Diversité végétale et animale

Marche "intérieur"

Gouvernance

Centralisée

locale

Politique d'appui

Sectorielle, filières

Globale

Place du territoire

Peu

Centrale

Mode de coordination

Marché et étatique

Marché, territoriale, régulation étatique


Une telle posture contrarie les velléités d'élaboration de mesures en faveur de nouvelles façons de produire ou de la "diversification". L'émergence des porteurs de projet est, à quelques exceptions près, restée prisonnière des stratégies institutionnelles et sectorielles. Les CTE ont été construits pour servir les intérêts des filières (tab. 4), avec pour objectif une production maximale.
Tableau 4 : nombre de CTE signés, % d'exploitations concernées, et mesures agri-environnementales correspondantes




Guadeloupe

La Réunion

CTE "canne à sucre"

37

138

CTE "banane"

37

-

CTE "diversification"

12

-

CTE "géranium"

-

15

Total de CTE signés

86

153

% d'exploitations signataires

0,7

1,6

Moyenne MAE/CTE

1,6

4,4

Sources : Agreste (2000), Chia et Dulcire (2003), Pangolin (2004)
Adaptation et duplication : des pratiques d'utilisation différenciées
Une partie des acteurs locaux n’accorde au dispositif qu’un rôle de régulation sociale complémentaire des appuis classiques réservés à la "vraie" agriculture. Très significativement le rapport du CES sur l’agriculture des DOM (2003) ne cite à aucun moment ni la LOA ni les CTE dans les dispositifs de soutien à l’agriculture ou dans les politiques d’accompagnement du développement rural. Les démarches collectives ainsi que la préoccupation d'adaptation de l'outil aux conditions locales ont été plus marquées à la Réunion, et le diagnostic agri-environnemental, quoique limité, y a malgré tout été plus poussé. Les organisations professionnelles s'y sont emparé rapidement de l'outil ; de nombreux porteurs de projet ont mis en œuvre des démarches collectives qui ont abouti, après une phase de diagnostic plus ou moins longue, à l’élaboration de plusieurs mesures (tab. 5) et de contrats-type, construits suivant trois logiques : filière (canne à sucre, ananas d'exportation, plantes à parfum, élevage bovin, élevage porcin) ; territoriale (Cirque de Cilaos) ; sociotechnique8 (installation progressive, aménagement de l'exploitation (Piraux et al., 2004). En Guadeloupe le porteur de projet collectif, en général une institution parapublique (GIE, Cnasea, Safer), est resté une réalité purement administrative et le processus n'y a pas donné lieu à une dynamique collective. Un seul contrat-type a été proposé et validé au niveau de l'île. Les premiers CTE ont été construits autour d’une seule mesure "complexe" appuyant la production bananière, reproduisant peu ou prou les systèmes techniques existants. Les acteurs hors zone bananière ne se sont emparé que tardivement de l’instrument ; une petite minorité d'agriculteurs et d'institutions en ont été à l’initiative (Chia et Dulcire, 2005). Les seules démarches collectives mises en œuvre ont concerné l’élaboration des diagnostics d’exploitation dans les GFA, au niveau des derniers CTE signés : celles ci ont débouché sur des propositions de mesures, pas sur de nouveaux contrats-type (id.).
Tableau 5 : nombre de mesures utilisées par enjeu




Guadeloupe

La Réunion

Enjeu sol

11

12

Enjeu paysage

9

10

Enjeu eau

4

13

Enjeu biodiversité

2

9

Enjeu risques naturels

2

0

Total mesures utilisées

28

44

Dont adaptées au contexte

2

19

Sources : Cnasea (2003), Chia et Dulcire (2003), Gimenez (2003), Pangolin (2004)
A la Réunion, la dimension financière a prévalu pour accompagner les processus d’innovations techniques, même si de réelles démarches territoriales et des réflexions collectives y ont été mises en œuvre. En Guadeloupe, ils ont d'abord servi à compléter les investissements accordés par ailleurs, appuyer des projets préexistants ou encore soulager la trésorerie. Dans ces conditions, le modèle d’élaboration de références techniques (par la recherche ou le développement) a été peu modifié.
Les scénarios du futur renvoyés exprimés par nos interlocuteurs s’inscrivent dans deux grandes directions qui cohabitent difficilement (tab. 2). L’un, d’abord productiviste, repose sur la monoculture "performante", conduite par des agriculteurs "professionnalisés", à temps plein, sur des surfaces minimales. Seules les productions d'exportation sont économiquement viables, pour l’exploitation et/ou pour le pays ; la diversification n'est pas intégrée mais juxtaposée ; enfin la petite exploitation va disparaître par "sélection naturelle".
En opposition à ce "modèle du planteur" (Dulcire et Cattan, 2002, Bonnal et al. 2003), le "modèle du paysan" se veut plus intégrateur. La diversité (sociale, économique, culturelle, environnementale) représente une vraie chance pour le développement îlien. La fonction première de l'agriculture est de gérer cette diversité. Dans ce cadre, et c’est une des rares passerelles avec le modèle antérieur, la canne (et la banane) doivent être intégrées dans des systèmes de production diversifiés. Ce schéma s'appuie sur des convictions fortes telles que :

  • la première fonction de l’agriculture est de satisfaire les besoins alimentaires de l'île.

  • la pluriactivité structure et structurera la société, culturellement et économiquement. Elle contribue par ailleurs au revenu des familles rurales ;

  • les petites exploitations doivent perdurer ; elles entretiennent la cohésion sociale des campagnes, les paysages et l'identité culturelle de l'Ile.


Quels changements ?
Cette question renvoie à l’appropriation des résultats et à l’impact effectif des CTE. A la Réunion, ce sont surtout les résultats concernant l’évolution des pratiques techniques des exploitants qui ont intéressé les institutions et en particulier la profession : les apprentissages les arment pour défendre le dossier des Contrats d'Agriculture Durable (CAD). En Guadeloupe, les résultats des études ont été discutés en CDOA, à la demande de la DRAF ; de nouvelles façons d’agir y émergent (en tout cas pour le moment) et sont favorables pour innover dans les processus de développement (en repositionnant la place du territoire, des objectifs de l'activité agricole, de la pluriactivité, des diversifications, de l’articulation entre agriculture et autres activités, etc.). Par ailleurs l'utilisation de l'instrument contrat, présenté comme égalitaire (Supiot, 2001), a généré des inégalités reposant sur les différences individuelles de connaissances, entre et au sein des deux îles. En Guadeloupe, le montant hectare des MAE du groupe "banane" atteint ainsi le triple de celui des deux autres groupes (Chia et Dulcire, 2005).
Une partie des acteurs locaux n’accorde au dispositif qu’un rôle de régulation sociale complémentaire des appuis classiques réservés à la "vraie" agriculture. Très significativement le rapport du CES sur l’agriculture des DOM (2003) ne cite à aucun moment ni la LOA ni les CTE dans les dispositifs de soutien à l’agriculture ou dans les politiques d’accompagnement du développement rural. Les innovations sociotechniques et organisationnelles suite à la mise en place des CTE sont plus importantes et plus diversifiées à la Réunion qu'en Guadeloupe, au niveau :

  • des systèmes techniques : l’impact des MAE a été très faible en Guadeloupe, où les conditions pour une "rationalisation démocratique des codes techniques" (Feenberg, 2004) n'étaient pas réunies contrairement à la Réunion où les CTE ont servi à la diffusion de techniques9 (par exemple le désherbage précoce sur canne à sucre ou encore le fractionnement de la fumure azotée).

  • des systèmes de production : en Guadeloupe, les mesures d’investissement ont (hors zone bananière) appuyé des projets préexistants de diversification, les MAE sont restées des mesures standard prenant peu en compte les préoccupations environnementales. A la Réunion, ces dernières ainsi que les mesures concernant la diversification des productions ont été davantage prises en compte dans les cahiers des charges des CTE et dans les contrats individuels. Les CTE ont, dans les deux îles, amélioré la trésorerie des agriculteurs et facilité la réalisation de certains projets d’investissement.

  • des systèmes d’action. Le Cnasea (2003) relève dans les deux cas la meilleure qualité de dialogue entre institutions et bénéficiaires. La densification (qualitative, quantitative) des relations des producteurs avec les services d’appui et de suivi a été avérée par la majorité des acteurs suite à la mise en place des CTE. En Guadeloupe ce resserrement des liens entre agriculteurs et agents d’encadrement était inattendu compte tenu de la démarche descendante de définition des CTE, et il est d’autant plus marqué que ces liens était originellement faibles (en zone bananière). A la Réunion elle a favorisé l’émergence de nouvelles dynamiques au niveau des organisations professionnelles et d’une meilleure coordination entre les services de l’Etat et la profession (forte augmentation de la densité relationnelle). L'amélioration sensible des pratiques relationnelles a contribué à revaloriser le métier des conseillers. La mobilisation pour la mise en place des CTE a enfin renforcé la cohésion au sein de plusieurs institutions : SAFER ou encore GFA à la Guadeloupe, Chambre d'Agriculture à la Réunion.

  • Des modes de coordination. Les CTE "canne" de la Guadeloupe ont été construits à partir de trois MAE communes, issues d'un diagnostic territorial collectif au sein des GFA. Si les diagnostics d’exploitation et les montages de projets sont restés individuels, cette dynamique augure bien de la capacité des agriculteurs à aller au delà. Des projets territoriaux originaux ont germé au sein des organisations professionnelles, telle que l'approvisionnement de restaurants scolaires ou d'entreprise avec des produits locaux. S'ils n'ont pas été traduits en MAE voire en CTE territorial, ils augurent de nouvelles formes de coordination, alors que l’impossibilité de travail collectif a été souvent formulée (Delcombel, 2004).



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