Bulletin gratuit de liaison de la communauté de la Cathédrale de Papeete n°50/2016





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Bulletin gratuit de liaison de la communauté de la Cathédrale de Papeete n°50/2016

Dimanche 4 septembre 2016 – XXIIIème Dimanche du Temps ordinaire – Année C


Humeurs…

Année de la Miséricorde… neuf mois déjà !


Oui, neuf mois déjà, le temps d’une gestation, que nous sommes entrée dans l’Année de la Miséricorde… Le temps n’est pas encore à celui du bilan… mais à celui d’une synthèse afin de nous préparer à traduire en actes les fruits de cette année.

Une année de la Miséricorde voulu par le Pape François et dont il nous avait déjà donné la ligne de conduite dans les rencontres préparatoires du conclave qui allait l’élire : « L’Église est appelée à sortir d’elle-même et à se tourner vers les périphéries, les périphéries géographiques, mais également existentielles : là où résident le mystère du péché, la douleur, l’injustice, l’ignorance, là où le religieux, la pensée sont méprisés, là où se trouvent toutes les misères. »

En Église, ici aussi, nous avons cherché à répondre à cet appel des « périphéries » en allant davantage vers ceux que bien souvent nous avons exclus de notre attention… les pauvres qui ne viennent pas à nous pour nous solliciter, les prostitués, spécialement les homosexuels… par le biais du « Truck de la Miséricorde », œuvre d’Église et non pas d’un seul homme.

Mais, cela ne pourra prendre tout son sens que si le chrétien que je suis, l’homme d’Église que je suis met en conformité ses propres actes avec les gestes symboliques qu’il pose. Il n’est, en effet, pas compatible de poser des gestes de Miséricorde en révélant à l’autre qu’il vaut plus que tout… et ensuite de retourner à sa vie de confort et de sécurité… Il n’est pas possible d’aller à la périphérie sous les ponts de Tahiti et auprès de nos « belles de nuit » qui se vendent pour survivre… et de s’envoler pour un voyage aussi noble soit-il… La Miséricorde ne consiste pas seulement à aller à la rencontre des pauvres matériels, spirituels ou existentiels mais à être avec eux… de demeurer avec eux… « Là où je suis, vous y serez aussi… »

La Miséricorde ce n’est pas seulement aller à la périphérie mais y vivre… c’est tout le sens de l’incarnation… d’un Dieu qui s’est fait homme, « Le Christ Jésus… ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu. Mais il s’est anéanti, prenant la condition de serviteur, devenant semblable aux hommes… il s’est abaissé… » (Ph 2,6-7)… C’est ce à quoi nous invite l’Année de la Miséricorde… c’est ce que nous nous devons à de vivre avec la grâce de Dieu et la prière de nos frères et sœurs.

La Miséricorde inspirée par Marcel Pagnol

On peut dire ce qu'est la miséricorde, sans employer ce mot, pourvu que s'expriment l'amour qui pardonne, l'espérance qui ouvre un avenir et l'enfouissement de tout passé négatif. Pour les lecteurs d'Église à Marseille, Mgr Jean-Marc Aveline, évêque auxiliaire, a partagé un extrait d'un dialogue tiré d'une adaptation au cinéma, d'un roman de Jean Giono, écrite par Marcel Pagnol sous le titre Angèle. Ce dialogue se déroule entre Angèle, une fille du village entraînée dans la débauche, à Marseille, où elle se prostitue, et Saturnin, le valet, homme « simple et droit dans son cœur » et qui voudrait la ramener au pays. Angèle lui demande de l'oublier et de la laisser dans sa misère. Saturnin lui répond : « Écoute, Demoiselle, ce qui t'arrive en ce moment, voilà comment je me le comprends ... C'est comme si on me disait : "Notre Angèle, elle est tombée dans un trou de fumier." Alors moi, j'irais et je te prendrais dans mes bras, et je te laverais bien. Et je te passerais des bois d'allumettes sous les ongles, et je te tremperais les cheveux dans l'eau de lavande pour qu'il ne reste pas une paille, pas une tache, pas une ombre, rien... Je te ferais propre comme l'eau, et tu serais aussi belle qu'avant. Parce que tu sais, l'amitié, ça rapproprie tout... Et si un jour, par fantaisie, tu venais me dire "Saturnin, tu te rappelles le jour où je suis tombée dans le fumier ?" Moi je te dirais : « Quel fumier ?… Où ?… Quand ?…” Moi, je t’ai vue si petite, que je te vois propre comme tu es née. »

Mgr Jean-Marc Aveline commente ainsi : « Saturnin n'avait pas fait de théologie, mais il savait que la miséricorde est la seule force capable de retourner l'histoire. »

Évêque émérite de Nanterre

Mgr Gérard DAUCOURT



Chronique de la roue qui tourne

La foi ne se prouve pas… elle se vit


« Qui veut trop prouver ne prouve rien. » Thomas FULLER

« Tu sais, je suis croyant. » Il n’est pas rare d’entendre cette phrase dans les différentes conversations. Nous attendons notre public pour radoter et bien montrer qu’on est croyant. Si le prêtre n’est pas trop loin, nous ferons un effort pour que notre voix porte. Et nous voici, à énumérer notre lot d’épreuves, comme une litanie qui aurait comme refrain : « Je suis croyant. » Mais pourquoi se croit-on obligé de faire tout un discours pour démontrer l’évidence ? Notre Foi augmenterait-elle avec le nombre d’arguments trouvés ? Ou notre Foi deviendrait-elle plus réelle si elle est démontrée ? Se croire obligé d’affirmer quelque chose, c’est déjà enlever de la crédibilité à l’évidence.

De même, pour nos actes. Il nous arrive de penser qu’avoir la Foi, c’est de tenir une liste d’actions bien chrétiennes à faire et qu’un simple « check » nous ouvrirait les portes du paradis. Nous croyons naïvement qu’il nous suffirait de faire pour être, oublions que l’intention à la base est déterminante. Si nous œuvrons, prenant garde de ne pas trop s’éloigner des projecteurs, le meilleur profil exposé, le plus beau sourire affiché, notre action a déjà eu son « heure de gloire ».

Alors qu’est-ce qu’être croyant ? Difficile à définir car la Foi va au-delà des mots et des actions. Elle s’annonce avec fierté mais se raconte peu. Elle se partage mais a besoin d’un jardin secret pour s’affermir dans l’intimité. Elle n’apprécie pas trop les longs discours et démonstrations grossières qui ne cherchent qu’à prouver mais espère toujours devenir une invitation chaleureuse. Jusqu’au jour où elle est si grande qu’elle devient l’évidence proclamée par le silence.

La chaise masquée

© Nathalie SH – P.K.0 – 2016





Prier et agir pour la sauvegarde de la planète

En marge de l’actualité du mercredi 31 août 2016


Par une lettre du 6 août 2015, le pape François a établi dans l'Église catholique une « Journée mondiale de prière pour la sauvegarde de la Création » fixée au 1er septembre. Cette initiative est chère au cœur du pape et il est important que les chrétiens y adhèrent activement par fidélité à leur vocation de « gardiens de la Création ».

Tous les habitants de la planète sont concernés par l'impératif de préserver notre « maison commune ». Malheureusement, beaucoup n'ont pas encore conscience de la gravité de la situation écologique désastreuse dans laquelle elle se trouve. La pollution engendrée par les activités humaines remplit des régions entières « de décombres, de désert, de saletés » (Encyclique Laudato si', n. 161).

C'est pourquoi le pape François appelle à un profond examen de conscience et à une conversion intérieure. Le mal que nous faisons à la nature est un péché qui doit être confessé dans le Sacrement de la Pénitence. Car il s'agit non seulement d'une offense faite au Dieu Créateur, mais aussi une atteinte portée aux êtres humains et à nous-mêmes.

L'Année de la Miséricorde donne l'occasion de changer radicalement nos manières de vivre et de penser. Nous pouvons faire l'effort d'adopter des attitudes et des comportements qui respectent la création. Ce ne sont pas forcément des gestes extraordinaires : utiliser le plastique et le papier de façon raisonnable, ne pas gaspiller l'eau, la nourriture et l'électricité, trier ses déchets, partager une voiture à plusieurs, etc. (Laudato si', n. 211).

Que nous soyons croyants, athées, de religions différentes... nous pouvons tous nous retrouver dans cette cause commune. Au fur et à mesure que nous prendrons les bonnes options en faveur de la création, il pourra advenir un « style de vie prophétique et contemplatif, capable d'aider à apprécier profondément les choses sans être obsédé par la consommation ». Une interrogation toute simple peut nous aider à réfléchir davantage : « quel genre de monde voulons-nous laisser à ceux qui nous succèdent, aux enfants qui grandissent » (Laudato si', n. 160) ?

+ R.P. Jean Pierre COTTANCEAU

© Archidiocèse de Papeete – 2016



La parole aux sans paroles – 51

Portrait d’un bénévole : Florent
Rien ne prédisait la venue de Florent à Tahiti. Une enfance simple et heureuse dans sa région natale où il fut initié très jeune à l’Ordre de Malte. Mais un coup de foudre pendant ses études pour une Polynésienne a suffi pour lui faire traverser les océans. Depuis quelques années, il s’active pour développer et diversifier les actions de l’Ordre de Malte sur le plan local. Et Te Vaiete s’inscrit tout naturellement dans ce service aux plus démunis. Un engagement fidèle à sa Foi !


Pourquoi et comment es-tu devenu bénévole à Te Vaiete ?

« En fait, je suis d’une famille Catholique, rurale, pratiquante plus par habitude que par conviction. Et dans notre communauté, le curé était de l’Ordre de Malte. Avec lui, j’ai fait toute ma catéchèse, j’ai fait un peu servant à l’Autel et c’est comme ça que j’ai connu l’Ordre de Malte. J’ai fait ma vie ici et, quand mes enfants étaient là, j’étais totalement investi pour eux. J’étais toujours avec eux, on faisait tout ensemble. Je n’allais plus à l’église. Avec mon épouse, Valérie, on était marié civilement mais pas à l’Église, pour un tas de raisons. Et, lorsque mon aîné est parti, je me suis dit : "Il faut que je fasse quelque chose." J’ai vu passer un article sur la commémoration du décès d’un ancien responsable de l’Ordre de Malte ici et c’était Père Christophe qui s’en occupait. Et comme il est d’un naturel avenant, je suis allé le voir. Bon, il m’a un peu aboyé dessus au début (Rires). Non, sérieusement, il m’a gentiment accueilli et pour moi, c’était un appel. Je suis retourné à la messe tout doucement. Et mon épouse, Valérie, qui s’était éloignée un peu de l’Église, pareil, est revenue aussi. Il nous a préparés, puis mariés. On a fait notre "Te Vai Ora" grâce à Père et au diacre Donald Chavez. Donc on est devenu proche de père Christophe, c’est vraiment une belle personne. Il m’a mis en contact avec les autres membres de l’Ordre de Malte. À cette époque, il y avait peu d’actions. Lors d’un voyage à Paris, j’ai rencontré des membres de l’Ordre de Malte et ils ont suggéré de faire des repas et d’autres actions de ce genre. Très rapidement, on a voulu "créé" un repas à la Cathédrale. Père nous a suggéré d’aider un groupe qui faisait de tant à autre des repas, mais ça ne fonctionnait pas bien, il y avait des choses à revoir. Et Père m’a dit : "Tu n’as qu’à reprendre ça pour le développer. Si ça marche bien, on continuera." Puis, je voulais aller à Te Vaiete mais je n’osais pas. J’ai mis du temps à arriver à Te Vaiete. Quand j’étais à la Cathédrale avec d’autres personnes, ça allait. Mais Te Vaiete, j’appréhendais un peu. Étant un Européen, je ne savais pas comment ils allaient m’accueillir. J’étais inquiet ! Je me mettais des barrières tout seul, tu vois. Et Père Christophe m’a dit : "Quand tu le sens, tu viens." Et puis, je suis allé et je ne suis pas reparti ! (Rires) Aujourd’hui, ça doit faire 4 ou 5 ans ! J’y vais une fois par semaine, le vendredi. Et quand je me lance dans quelque chose, je fonce. Je n’y vais pas que quand ça m’arrange. Pour moi, on ne fait pas du bénévolat pour se donner bonne conscience ou faire bien devant les amis. En tout cas, j’essaye de rester loin de cette démarche. Je fais du bénévolat parce qu’il y a des gens qui ont besoin de mes compétences et de mon cœur aussi, ça, c’est certain ! Voilà, toutes les compétences que j’ai acquises, je les ai transmises à mes enfants et aujourd’hui je les transmets aux gens de la rue qui sont dans le besoin. Tu vois, les sinistrés de la Côte Est, ça m’a paru normal d’aller les aider parce qu’ils sont dans la peine. Là, je dois faire des colis pour des lépreux, c’est pareil ! Quand il y a un besoin et que je peux aider, dans la mesure de mes moyens, je le fais. Et Te Vaiete, j’aime bien, c’est un endroit qui est particulier. C’est une famille. Et je suis content, j’ai fait venir Jean-François. On se connait depuis 20 ans avec Jean-François, on s’entend très bien et un jour je lui ai proposé de venir donner un coup de main. Et voilà, maintenant c’est un mordu, il vient 2 fois par semaine ! Jean-Paul, pareil, je le connaissais professionnellement et maintenant je suis heureux de le voir dans un autre contexte, il est très investi. Et puis, j’ai fait la connaissance de Dominique et son épouse, on vient de la même région. C’est super, tu vois ! »

Qu’est-ce que ça t’apporte d’aller à Te Vaiete ?

« Déjà, d’être au plus proche de la parole du Christ, de comprendre un peu plus les Écritures. Quand Il dit : "Vous m’avez nourri, vous m’avez logé." Quand j’ai un ami SDF devant moi, c’est un frère, j’ai Christ devant moi. Ça m’apporte d’être en contact avec lui ! Et donc d’être conforme à ma Foi, de vivre pleinement ma Foi, et pas seulement à l’église, le dimanche. Et il y a du retour ! Et puis, j’y vais aussi pour apprendre de moi-même. Te Vaiete est vraiment une belle école. Je côtoie des personnes que je ne côtoie pas dans la vie de tous les jours. Et c’est vraiment très intéressant ! Quand je vais en ville, ça fait toujours rire mes amis ou mes enfants, tous les SDF me saluent. Et mes enfants en sont très fiers ! »

Tu as du succès !

« Un peu ! Ils veulent tous mes yeux bleus ! (Rires) »

La plus belle chose qui t’est arrivée à Te Vaiete ?

« C’est rien mais il y avait un SDF, que je ne vois plus, j’espère qu’il n’a fait de bêtises ! Il avait un visage dur et quand il parlait, c’était un peu méchamment. Quand il me voyait en ville, il m’appelait "blanc". Vraiment, très agressif ! Mais, les dernières fois où je l’ai vu, il était souriant, il venait proposer son aide. Il n’était pas très expressif mais tu voyais qu’il s’était passé quelque chose. Là, le Seigneur avait agi ! »

À Te Vaiete, tu es très droit. Quand c’est "non", tu es un des rares bénévoles à dire "non".

« J’ai été bien formé avec Willy et Père Christophe. (Rires) »

Le plus dur à Te Vaiete ?

« La fois où je me suis fâché ! Tu sais, ils testent comme les enfants. Et, un jour, je me suis fâché et ça m’a vraiment attristé. Par exemple, avec l’Ordre de Malte, on sert un repas le 2ème et 4ème mercredi de chaque mois à la Cathédrale. Et hier soir, on a servi et il y a eu un moment très chaud entre 2 SDF. Et là, tu vois Père malheureux, les bénévoles aussi. À cause de 2 imbéciles, tout le monde est triste. On est obligé de se transformer en gendarme alors qu’on n’a pas envie de ça. Les mauvais moments, c’est ça, quand les gens se comportent mal. Du coup, la fraternité est amoindrie. »

Ton premier jour à Te Vaiete ?

« J’avais un peu les chocottes mais, comme j’avais un ami de l’Ordre de Malte qui y allait le vendredi, je lui ai dit : "Je viens avec toi !" C’est comme ça que je suis du vendredi. On a fait un an ensemble et il est rentré en Métropole. Mais je n’ai plus le souvenir si c’était bien ou pas bien. Non, c’était forcément bien puisque je suis revenu ! (Rires) Je n’ai pas de souvenirs précis mais je me souviens que j’ai mis longtemps avant d’y venir et ça a été un soulagement. Je me suis dit : "C’est rien, en fait !" Ils étaient sympas, j’ai été bien accueilli. Je m’étais mis des barrières là où il n’y en avait pas. On a discuté, tout s’est passé très bien ! Mon soulagement était de les voir m’accueillir ! »

© Nathalie SH - Accueil Te Vai-ete - 2016



Non aux préjugés contre les femmes

Audience générale du mercredi 31 août 2016
Poursuivant son cycle catéchétique sur la miséricorde, le Pape François est revenu sur l’épisode évangélique de la femme hémorroïsse (Mt 9, 20-22). Cette femme malade, considérée comme impure, et donc exclue de la liturgie, de la vie conjugale, ou de toute autre « relation normale avec le prochain », n’hésite cependant pas à braver les prescriptions de la Loi, pour toucher le manteau de Jésus. Un acte de foi que le Pape a longuement commenté.


Chers frères et sœurs, bonjour !

L’Évangile que nous avons entendu nous présente une figure remarquable par sa foi et son courage. Il s’agit de la femme que Jésus a guérie de pertes de sang (cf. Mt 9,20-22).

Passant au milieu de la foule, elle s’approche dans le dos de Jésus pour toucher le pan de son manteau. « Car elle se disait en elle-même : “Si je parviens seulement à toucher son vêtement, je serai sauvée.” » Quelle foi ! Quelle foi avait cette femme ! Elle raisonne ainsi parce qu’elle est animée par beaucoup de foi et d’espérance et, avec un brin de ruse, elle réalise ce qu’elle a dans le cœur. Le désir d’être sauvée par Jésus est tel qu’il la fait aller au-delà des prescriptions établies par la loi de Moïse. Cette pauvre femme, en effet, depuis de nombreuses années, n’est pas simplement malade, mais elle est considérée comme impure parce qu’elle est affectée d’hémorragies (cf. Lv 15,19-30). Pour cette raison, elle est exclue des liturgies, de la vie conjugale, des relations normales avec son prochain. L’évangéliste Marc ajoute qu’elle avait consulté beaucoup de médecins, épuisant ses ressources pour les payer et supportant des traitements douloureux mais que cela n’avait fait qu’empirer. C’était une femme rejetée par la société. C’est important de considérer cette situation – de rejetée – pour comprendre son état d’âme : elle sent que Jésus peut la libérer de la maladie et de l’état de marginalisation et d’indignité dans lequel elle se trouve depuis des années. En un mot : elle sait, elle sent que Jésus peut la sauver.

Ce cas fait réfléchir à la façon dont la femme est souvent perçue et représentée. Nous sommes tous mis en garde, y compris les communautés chrétiennes, contre des visions de la féminité entachées de préjugés et de soupçons qui portent atteinte à son intangible dignité. En ce sens, ce sont précisément les Évangiles qui rétablissent la vérité et qui ramènent à un point de vue libérateur. Jésus a admiré la foi de cette femme que tout le monde évitait et il a transformé son espérance en salut. Nous ne savons pas son nom, mais les quelques lignes par lesquelles les Évangiles décrivent sa rencontre avec Jésus tracent un itinéraire de foi capable de rétablir la vérité et la grandeur de la dignité de chaque personne. Dans la rencontre avec le Christ, s’ouvre pour tous, hommes et femmes de tout lieu et de tout temps, la voie de la libération et du salut.

L’Évangile de Matthieu dit que quand la femme a touché le manteau de Jésus, il « s’est retourné » et qu’il « la vit » et qu’ensuite il lui adressa la parole. Comme nous le disions, à cause de son état d’exclusion, la femme a agi en cachette, dans le dos de Jésus, elle avait un peu peur, pour ne pas être vue, parce que c’était une rejetée. Jésus, lui, la voit et son regard n’est pas un regard de reproche, il ne dit pas : « Vas-t-en, tu es une rejetée », comme s’il disait : « Tu es une lépreuse, vas-t-en ! ». Non, il ne fait pas de reproche, mais le regard de Jésus est un regard de miséricorde et de tendresse. Il sait ce qui s’est passé et il cherche la rencontre personnelle avec elle, ce qu’au fond, la femme elle-même désirait. Cela signifie que Jésus non seulement l’accueille mais qu’il la considère digne de cette rencontre au point de lui faire don de sa parole et de son attention.

Dans la partie centrale du récit, le terme de salut est répété trois fois ; « Si je parviens seulement à toucher son vêtement, je serai sauvée. » Jésus se retourna et, la voyant, lui dit : « Confiance, ma fille ! Ta foi t’a sauvée. » « Et, à l’heure même, la femme fut sauvée » (vv.21-22). Ce « Confiance, ma fille ! » exprime toute la miséricorde de Dieu pour cette personne. Et pour toutes les personnes rejetées. Combien de fois nous sentons-nous intérieurement rejetés pour nos péchés, nous en avons fait tant, nous en avons fait tant. Et le Seigneur nous dit : « Courage ! Viens ! Pour moi, tu n’es pas un rejeté, une rejetée. Confiance, ma fille ! Tu es mon fils, ma fille ». Et le moment de la grâce, c’est le moment du pardon, le moment de l’inclusion dans la vie de Jésus, dans la vie de l’Église. C’est le moment de la miséricorde.

Aujourd’hui, à nous tous, pécheurs, que nous soyons de grands pécheurs ou de petits pécheurs, mais nous le sommes c’est tous, le Seigneur nous dit à tous : « Courage, viens ! Ne sois plus rejeté, ne sois plus rejetée : je te pardonne, je t’embrasse ». C’est la miséricorde de Dieu. Nous devons avoir le courage d’aller à lui, de demander pardon pour nos péchés et d’aller de l’avant. Avec courage, comme l’a fait cette femme. Ensuite, le « salut » assume de multiples connotations : avant tout, il restitue à la femme sa santé ; puis il la libère des discriminations sociales et religieuses ; en outre, il réalise l’espérance qu’elle portait dans le cœur, en effaçant ses peurs et son inconfort ; enfin, il la rend à la communauté en la libérant de la nécessité d’agir en cachette. Et ce dernier point est important : une personne rejetée agit toujours en cachette, quelques fois ou toute sa vie : pensons aux lépreux de cette époque, aux sans-abris d’aujourd’hui ; pensons aux pécheurs, à nous, pécheurs : nous faisons toujours quelque chose en cachette, nous avons besoin de faire quelque chose en cachette parce que nous avons honte de ce que nous sommes… Et il nous en libère, Jésus nous libère et nous fait mettre debout : « Lève-toi, viens, debout ! ». De même que Dieu nous a créés, Dieu nous a créés debout, pas humiliés. Debout. Le salut que Jésus donne est total, il réintègre la vie de la femme dans la sphère de l’amour de Dieu et, en même temps, il la rétablit dans sa pleine dignité.

En somme, ce n’est pas le manteau que la femme a touché qui lui a donné le salut, mais la parole de Jésus, accueillie dans la foi, capable de la consoler, de la guérir et de la rétablir dans la relation avec Dieu et avec son peuple. Jésus est l’unique source de bénédiction d’où jaillit le salut pour tous les hommes, et la foi est la disposition fondamentale pour l’accueillir. Jésus, une fois encore, par son comportement plein de miséricorde, indique à l’Église le parcours à effectuer pour aller à la rencontre de chaque personne, pour que chacun puisse être guéri dans son corps et dans son esprit et retrouver sa dignité d’enfant de Dieu. Merci.

© Libreria Editrice Vaticana - 2016



Théologie et handicap (2)

La Doctrine sociale sur le fil par Dominique Greiner
Dans le monde francophone, la réflexion théologique autour du handicap reste encore balbutiante. Il en est autrement dans le monde anglo-saxon. Depuis plus de deux décennies, l’activisme handicapé et les « disability studies » d’une part, le travail des théoriciens de la justice – économistes et philosophes – d’autre part, ont conduit les théologiens à investir la question du handicap qui est vite apparue comme interrogeant aussi bien l’anthropologie, l’ecclésiologie, la sacramentaire, l’éthique.

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