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La famille
Dans son ouvrage paru en novembre 2002, La famille en désordre, Élisabeth Roudinesco souligne que la famille, vieux pilier de la tradition, comme de la modernité, semble se décomposer sous nos yeux : famille « incertaine », « monoparentale », « recomposée », toutes ses expressions expriment en creux le modèle perdu.
Cependant, le fait même que des couples homosexuels réclament le droit au bonheur familial souligne la pérennité de la cellule familiale. Comme le souligne Claude Lévi-Strauss en 1956 dans La famille : « La vie familiale se présente pratiquement partout dans les sociétés humaines, même dans celles dont les coutumes sexuelles et éducatives sont très éloignées des nôtres. Après avoir affirmé, pendant environ cinquante ans, que la famille, telle que la connaissent les sociétés modernes, ne pouvait être qu’un développement récent, résultat d’une longue et lente évolution, les anthropologues penchent maintenant vers la conviction opposée, à savoir que la famille, reposant sur l’union plus ou moins durable et socialement approuvée d’un homme, d’une femme et de leurs enfants, est un phénomène universel, présent dans tous les types de sociétés ».
Classiquement, trois types de famille peuvent être retenus : la famille souche, modèle familial où l’aîné des enfants est choisi comme héritier unique, à l’exclusion de ses éventuels frères et soeurs. Apparu à la fin du XIIIe siècle, ce modèle occupait, au XIXe une grande partie de l’Europe montagneuse, sans être majoritaire ; la famille communautaire, qui correspond, à la fin du XVe siècle, à un regroupement de la famille sous le même toit, avec le plus grand nombre d’enfants possibles, sous la direction du père ou d’un frère qui n’est pas forcément l’aîné. C’était le modèle de référence de la France médiane ; la famille nucléaire, modèle familial par excellence dès le XVIIIe siècle dans près de 50 % de l’Europe. C’est un modèle familial où les enfants n’habitent plus chez leurs parents quand ils ont grandi. La notion de famille, telle qu’on l’entend aujourd’hui, est assez éloignée des normes familiales des siècles précédents. Au cours du XXe siècle, les travaux sur la famille et la vie privée ont fait l’objet de nombreux développements. La sociologie de la famille s’inscrit dans le cadre plus général de l’étude des comportements familiaux et de leur transformation. Ainsi, Émile Durkheim n’a jamais dissocié l’étude de la famille de celle des modes de structuration de la société. Pour lui, « le centre de gravité de la vie morale, qui résidait jadis dans la famille, tend de plus en plus à se déplacer ». La famille et son histoire apparaissent en fait comme un révélateur privilégié du politique et de ses mutations. La notion même de famille recomposée apparaît peu innovant si l’on s’en réfère aux constats de certains historiens selon lesquels, par exemple, les belles-familles après divorce et remariage sont aujourd’hui aussi répandues en Suède qu’elles l’étaient dans les anciennes sociétés agraires après veuvage. Il apparaît dès lors difficile de savoir si la disparition de la famille, au sens classique du terme, du mariage et de la parenté est un phénomène actuel ou s’il ne s’agit que d’une évolution reposant par exemple sur la réduction de la taille du ménage et du nombre d’enfants.
La dépopulation des années trente, la défaite de 1940, l’occupation et les ravages de la guerre avaient ressuscité un intérêt réel pour la famille. Mais les « trente glorieuses » ont apporté l’abondance et avec elle, la recherche individuelle du plaisir, de la liberté et du bonheur. La famille , désormais, est multiforme et se révèle comme une nouvelle valeur refuge.
1. DE LA FAMILLE NUCLEAIRE…

Durant la seconde guerre mondiale, on a pu parler en France de la famille « refuge ».

Il ne faut pas oublier que près de deux millions de soldats et officiers sont prisonniers en Allemagne après la défaite de 1940. Chaque famille se replie sur elle-même autour de la mère et s’organise comme elle peut durant l’Occupation. Toutefois, en 1942 la loi donne au père et mari le titre de « chef de famille ». Les mères de famille se retrouvent cependant avec un statut prestigieux. Déjà, à la fin du XIXe siècle, l’État avait « nationalisé » la mère au foyer, suite à l’inquiétude démographique suscitée par la défaite devant les Prussiens. L’attrait de ce statut social se réduira peu à peu tout au long des «trente glorieuses» avec l’apparition de la société de consommation. Malgré la guerre et les privations, la population française se marie de plus en plus jeune et fait des enfants, amorçant ainsi le « baby-boom ». À la fin de la guerre, la politique familiale fait l’objet d’un véritable consensus social.

L’ordonnance du 4 octobre 1945 fait des caisses d’allocations familiales une branche distincte de la sécurité sociale. Les associations familiales réunies en unions départementales et nationale ont un réel

droit de cité et sont instituées représentantes légales des familles. La loi de finances du 31 décembre 1945, votée à l’unanimité, instaure le quotient familial. La volonté de repeupler le pays est unanime et les prestations familiales vont représenter jusqu’à 45 % du budget social de la France. Il faut toutefois noter qu’à cette période, le travail féminin connaît son plus bas niveau de rétribution de tout le XXe siècle. Les rôles familiaux s’étaient peu à peu transformés tout au long de l’industrialisation. La mère

assume principalement l’éducation des enfants tandis que le père travaille à l’extérieur. Sous l’influence de spécialistes de la famille, une idéologie nouvelle apparaît, celle de la sacralisation du lien et du couple mère-enfant. La famille va cependant connaître une nouvelle inflexion dans les années soixante. Le droit de la famille va être peu à peu modifié, en France et dans l’ensemble des pays européens le culte de la mère au foyer sombre dans l’obsolescence.
Entre 1965 et 1975, le droit de la famille va connaître un bouleversement profond.

C’est en effet par la loi portant réforme des régimes matrimoniaux, instaurant l’indépendance de la femme mariée que débute une mutation radicale du droit de la famille.
Chacun des époux peut désormais avoir ses propres ressources dont il dispose librement du moment qu’il contribue aux charges du ménage. La loi du 4 juin 1970 sur l’autorité parentale, en mettant fin à la puissance paternelle rompt avec des années de suprématie juridique du père et de l’époux. Cependant, la mort du pater familias ne s’est pas faite soudainement. Elle a été préparée par un long affaiblissement des pouvoirs du père en une centaine d’années. Sans vouloir remonter à la Révolution française, qui a posé le cadre d’un renouveau social, Balzac écrivant par la suite « en coupant la tête de Louis XVI, la République a coupé la tête à tous les pères de famille », plusieurs lois vont dans le sens d’un amoindrissement de la puissance paternelle. Ainsi, en 1889, une loi permet de déchoir les pères indignes et, en 1935 est aboli le droit de correction paternelle, le père pouvant auparavant faire enfermer ses enfants sur sa demande. Autre pilier du droit de la famille, le droit de la filiation est profondément remanié, en 1966 avec la loi portant réforme de l’adoption, qui crée l’adoption plénière, ayant pour effet de rompre tout lien entre l’enfant et ses géniteurs dont il ne pourra jamais connaître l’identité et qui autorise également l’adoption par une personne seule, première consécration de la « famille choisie », puis en 1972 avec la loi sur la filiation qui met fin à la notion de présomption de paternité et proclame l’égalité des filiations, tout en réduisant les droits de l’enfant adultérin. Dès lors, la famille « naturelle », hors liens du mariage, se développe. Le statut de la femme continue à se modifier. Peu à peu les mères, les femmes se rendent compte que les allocations ne valent pas un salaire. Les féministes, au contraire des suffragettes du début du siècle qui glorifiaient la maternité comme fonction sociale, n’y voient que la source originelle de l’exploitation des femmes par les hommes. La maternité n’est acceptée que comme épanouissement personnel à condition d’être exonérée des tâches ménagères et de pouvoir gagner sa vie. Enfin, la mère ne veut plus rester « au foyer ». Elle demande elle aussi à bénéficier des nouvelles socialisations et à sortir de chez elle. Devenue indépendante juridiquement, chaque femme peut à partir de 1967, grâce à la loi Neuwirth, choisir une contraception. La loi Veil du 17 janvier 1975 lui permet de pouvoir légalement demander une IVG. Enfin, la loi du 11 juillet 1975 met fin à la vieille procédure de divorce-sanction datant de 1884 en libéralisant les procédures de divorce. Cependant, la loi ne prend pas en compte les enfants qui doivent, dans un premier temps, également divorcer de l’un de leurs parents. Autre réforme, la majorité est abaissée en 1974 à 18 ans, faisant des enfants encore au foyer de nouveaux adultes, souvent peu indépendants. Les droits de la femme, en lui permettant de devenir citoyenne à part entière, d’obtenir la libre disposition de son corps, réduit la puissance du père tout en ouvrant un nouvel espace « paternel ».
Le fantasme de la fusion mère-enfant commence à être battu en brèche et les pères revendiquent à leur tour une reconnaissance auprès de leurs enfants. Ces profonds changements ne vont pas sans une modification notable de la politique familiale qui va devenir de plus en plus sociale et de moins en moins familiale. Elle devient ainsi non plus « horizontale » visant à ce que les foyers avec enfants ne soient pas pénalisés par rapport à ceux sans enfants pour devenir « verticale », visant à réduire les inégalités de revenus. Peu à peu sont créées des allocations spécifiques pour les ménages à un seul parent. La politique familiale se veut désormais neutre par rapport aux choix de vie des personnes. Politiquement, la gauche qui avait, après-guerre, porté la politique familiale de la France, l’abandonne désormais à la droite.
2. …A LA FAMILLE MULTIFORME

La famille doit aujourd’hui faire face à de profondes modifications de sa structure tant juridique que sociale. Il en va ainsi des lois bioéthiques de juillet 1994 qui ont inscrit les techniques de fécondation artificielle dans le droit. Il en est de même avec l’adoption du Pacs. Le modèle unique de la famille bourgeoise né au XIXe siècle, un mariage stable, une mère au foyer occupée à l’éducation des enfants et aux soins du ménage sous l’autorité du pater familias, est fini. Cette mort annoncée de la famille est célébrée par les uns comme une libération tandis qu’elle est dénoncée par les autres comme le symptôme d’un effondrement de la société.
L’obsolescence de la structure familiale traditionnelle apparaît pour partie comme le pendant de l’individualisme moderne.
Aujourd’hui, à la suite de la révolution sexuelle, c’est à une révolution familiale que l’on assiste.
Plusieurs explications sont données : l’essor de l’individualisme qui fait de l’épanouissement personnel une exigence prioritaire, la poussée féministe qui fait accéder les femmes aux formations scolaires supérieures, à la vie active et aux postes de responsabilité, l’extension de l’État providence qui accroît la prise en charge extrafamiliale des enfants et qui compense par des allocations particulières et des avantages fiscaux le handicap social qui pèse sur les foyers monoparentaux.
Aujourd’hui, un enfant européen sur quatre naît hors mariage et sur cent femmes de 15 à 65 ans en Europe, 59,2 % travaillent. En France, 1,6 million d’enfants vivent dans une famille recomposée, soit plus d’un enfant sur dix. Ce modèle de famille a progressé de 10 % en dix ans en France, selon une étude réalisée en 2003 par l’Insee. En conséquence, les familles reconstituées sont deux fois plus nombreuses que les autres à avoir quatre enfants ou plus (11 % contre 5 % pour les familles monoparentales ou traditionnelles). Il faut noter, cependant, que le modèle de la famille traditionnelle reste majoritaire en Europe : près de 78 % de la population européenne vit dans une famille nucléaire, mais les couples avec enfants ne représentent plus aujourd’hui que la moitié des familles européennes et les ménages sont de plus en plus réduits. Le taux de la nuptialité chute en Europe depuis le début des années 90 : cinq mariages par an pour mille habitants contre huit pour mille habitants vingt ans plus tôt et l’âge du mariage est de plus en plus tardif, 29 ans en moyenne pour les hommes et 26 ans pour les femmes. Les Européens divorcent également de plus en plus, dix divorces pour cent mariages en 1970, trente divorces pour cent mariages vingt-cinq ans plus tard. Plus d’un mariage européen sur quatre se termine par un divorce.
Ces évolutions ne conduisent pas pour autant à assimiler les évolutions de la structure familiale comme le symptôme d’un effondrement de la société qui serait plus général.

Il est certain que la crise qui traverse la structure familiale traduit la remise en cause de l’autorité, qui frappe plus généralement la société tout entière, notamment à l’école. Mais l’effacement de l’autorité traverse l’Occident depuis des décennies. Il traduit, en fait, la montée de l’égalité dans les relations hommes-femmes, la lente installation de la démocratie. Ces conséquences se font sentir jusque dans la loi avec la notion de « parité parentale », traduisant le fait que le père a perdu ses prérogatives et que le pouvoir sur l’enfant n’est autre que partagé. Mais, pour autant, aucun rejet de la famille, stricto sensu n’en résulte. L’ordre familial y a même gagné quelque richesse nouvelle : une sensibilité plus grande au psychologique et au respect. La famille est aujourd’hui à géométrie variable : conjugale classique, monoparentale, recomposée, homosexuelle… Mais la force sociale des relations de parenté demeure. Les familles à plusieurs générations se multiplient. La famille n’est plus patrimoniale mais affective. Comme le souligne François de Singly dans Le Soi, le couple et la famille (1996) la famille contemporaine, c’est-à-dire le couple et ses enfants, « a fait peau neuve en prenant en charge la construction de l’identité individualisée, caractéristique de cette modernité ». Dès lors, la véritable remise en question des structures mêmes de la société, et pas forcément son effondrement, est à chercher bien au-delà des évolutions qui frappent la famille.
La possibilité de procréer en dehors de l’acte sexuel, la science se substituant désormais à l’homme dans ce qu’il a de plus intime, en dehors du fait qu’elle légitime l’homoparentalité effective, doit conduire la société à revoir le fondement de l’institution du mariage, devenu pour la première fois indépendante de l’acte sexuel. La famille dans ses aspects démographiques, légaux et interpersonnels, s’est transformée de façon importante durant le XXe siècle. Le groupement familial n’est sans doute plus au centre du processus de production dans de nombreuses parties du monde, mais la famille n’a pas disparu en tant qu’unité de consommation, de lieu de vie commune et de système de reproduction. Elle doit pouvoir faire l’objet d’une politique ne reposant pas uniquement sur le versement de prestations mais nécessitant la mobilisation des collectivités publiques et, plus largement, de l’ensemble de la société.
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