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À Clidanis qui parut dans les Poésies de 1662, mais qui dut être composée au moins un an avant, car Tallemant la transcrit comme inédite

"Le désir des grandeurs étouffe votre flamme;

La Cour et ses appas me chassent de votre âme;

Ma cabane n'est plus digne de vous loger;

Vous êtes courtisan et n'êtes plus berger.

Hé bien, cher Clidamis, suivez votre génie;

Acquérez, s'il se peut, une gloire infinie;

J'y consens, j'y consens…"

Les actes notariés viennent faire écho aux vers. D'un côté, les trois frères Boësset mènent grand train. Jean Baptiste doit soutenir son rang à la Cour; Jacques ne semble pas pressé de prendre un état ; il fait surtout des dettes68 ; quant à Antoine,

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il songe à se constituer le capital qui lui permettra de se porter acquéreur de la compagnie qu'il convoite aussi vendent ils ensemble des immeubles à Paris afin d'obtenir des revenus plus élevés69. D'un autre, Guillaume des Jardins et Catherine Ferrand sont aux abois. Non content d'avoir acquis Clinchemore, le père de Marie Catherine s'était mis en tête d'acheter pour douze milles livres   qu'il n'avait pas   la charge de vibailly d'Alençon. L'acte avait été passé le 7 avril 1659, des Jardins installé dans ses fonctions le 26 juin, mais la somme n'était toujours pas acquittée. Prudemment, sa femme fait alors valoir ses droits de créancière et le fait condamner, le 7 juin 1661, à restituer au moins la dot, six milles livres, avec les intérêts qui courent depuis six ans. Hélas! Il ne peut même pas solder ses dettes les plus criardes. Tandis que sa charge est mise en vente, il est si démuni qu'il est poursuivi par ses boucher, rôtisseur, fruitier, marchand de vin, qui s'entendent pour faire saisir ses meubles et biens70 malgré les cautions que lui avaient offertes des amis parisiens71. C'est Marie Catherine qui, "agissant sous l'autorité de son père", car elle est encore mineure, obtient la main levée. Mais trois jours plus tard, il est emprisonné à la conciergerie du Palais pour non paiement de dettes à Alençon. Il faut bien l'élargir, sous sa caution juratoire et celle de sa femme "résident à Paris", "afin de lui donner le moyen d'aller faire diligence sur les lieux"72. Le lit septembre 1662, comme la charge n'est toujours pas payée, Guillaume des Jardins et

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Catherine Ferrand s'endettent pour en finir73; mais ils ne peuvent faire face aux échéances, et le 23 janvier 1664, ils doivent faire opposition à la saisie réelle de leur métairie de Verzé74. Dans ces conditions, la charge est vendue le 13 mai 1664, l'acquéreur s'obligeant à régler toutes les dettes. Ainsi donc, si Villedieu envisage d'épouser, ce n'est certes pas une fille pareillement embarrassée Malheureusement il a commis l'étourderie, deux ans auparavant, de signer une promesse de mariage à sa garde malade75. Jusqu'ici, elle a eu le bon goût de ne la point exhiber, mais Villedieu court le risque d'un procès en officialité et d'une condamnation à une amende76 qu'il serait présentement bien en peine de verser. Aussi, la veille du jour où il doit entrer en possession de sa compagnie, en s'endettant d'ailleurs77, il dépêche à sa maîtresse un émissaire (il ne se déplace même pas lui même) pour obtenir d'elle une déclaration nette qui le libèrera78. Tandis que Marie Catherine loge désormais seule rue Mauconseil79, Antoine est revenu rue du Mail: ils n'habitent pas loin l'un de l'autre, mais ils ne se voient plus.

Heureusement le succès de ses oeuvres dramatiques console quelque peu la délaissée. Au début de 1664, elle est en relations

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avec Molière qui a mis en répétition son Favory. Mais soudainement un bruit atroce lui vient aux oreilles : on organise une expédition pour la Barbarie; le régiment de Picardie est déjà en Provence pour préparer son embarquement. Antoine est donc parti sans lui dire adieu ni même la prévenir. Immédiatement Marie Catherine décide de voler sur ses traces. Mais elle n'a pas de quoi payer le voyage. Pitoyable, Molière, qui pourtant à cette date n'est guère à l'aise, lui avance vingt pistoles80. La flotte, par chance, n'a pas encore levé l'ancre81. Marie Catherine se jette aux pieds d'Antoine, rappelle des souvenirs, invoque les arguments qu'on devine. La fermeté n'est pas le trait distinctif du sieur de Villedieu. Comme il y a quatre ans, il est convaincu qu'il ne reviendra pas vivant de l'aventure, il se laisse donc faire. Déterminée à agir au plus vite, Marie Catherine l'amène devant un prêtre, le vicaire du Puy Sainte Réparade, près d'Aix82. Ils le prient de bénir leur union, mais on ne peut   Villedieu le savait sans doute   accéder à cette demande83, contraire aux ordonnances royales. Cependant, ému par la détresse de la jeune fille, le prêtre se rend avec eux chez le notaire,

maître Rousset, qui rédige séance tenante un engagement solennel84, contresigné de trois témoins85. Les vaisseaux peuvent
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partir... Marie Catherine se retire à Cavaillon, peut être en l'un des nombreux couvents de cette ville. Mais comme elle s'y ennuie à mourir, elle écrit à René Le Pays86 de lui envoyer des livres87. On sait quel désastre fut cette expédition. Pour comble, au retour, la peste décima les restes de l'armée88. La quarantaine expira le 10 décembre. On ne sait si, après cette date, les deux amants séjournèrent ensemble en Provence.

Car Villedieu avait échappé une fois de plus à la mort89, et se trouvait avec une nouvelle promesse de mariage sur les bras. Suivant son habitude, il cherche à gagner du temps. Il lui faut d'abord féliciter son frère Jean Baptiste qui vient de recevoir des lettres d'anoblissement90, et une insigne dis 
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tinction. Son dernier fils91 doit être baptisé le 28 février 1665, dans la chapelle royale des Tuileries : les parrain et marraine ne sont autres que le dauphin et la reine Marie Thérèse92. La célébrité de Jean Baptiste va croissant93.

De son côté, Marie Catherine, vers Pâques qui tombe cette année là le 5 avril, reprend contact avec Molière; la Troupe du Roi répète le Favory. Les affiches sont déjà en place, car les représentations vont débuter le 24. Elles portent, comme il se doit, le nom de l'auteur Mlle Desjardins, et ce nom n'est pas inconnu du public parisien, puisqu'il avait eu déjà les honneurs de l'Hôtel de Bourgogne94. Mais Marie Catherine espère bien profiter de cette occasion éclatante pour imposer le nouveau patronyme et forcer la main à Antoine qui, fidèle à lui même, persiste dans une irritante indécision. Le temps n'est plus où des élans de passion désintéressée laissaient à l'amant toute licence d'en user à sa guise. Célèbre, fêtée, Marie Catherine ne s'estime pas indigne du grand nom de Boësset. Aussi entend-elle que la troupe du Palais Royal emboite le pas et serve ses intérêts. Elle est maintenant Madame de Villedieu, qu'on se le dise! Elle s'adresse d'abord à une comédienne, qui le prend de
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haut avec cette extravagante; le ton monte, on crie, on en vient presque aux mains. Molière entend du bruit : il s'approche pour calmer ces deux furies et tenter de ramener au bon sens la requérante :

"Molière lui répondit doucement qu'il avait annoncé sa pièce sous le nom de Mademoiselle Des Jardins; que l'annoncer sous le nom de Madame de Villedieu, cela ferait du galimatias ; qu'il la priait pour cette fois de trouver bon qu'il l'appelât Madame de Villedieu partout, hormis sur le théâtre et dans ses affiches."95

Il faut donc attendre encore. Villedieu ne se décide toujours pas, et pourtant la fille de Guillaume Desjardins est reçue à Versailles et complimentée par le souverain pour sa tragi comédie. Voilà de quoi faire peut être oublier ce qui se passe le même été 1665 à Alençon. En effet, toujours incapable de solder ses dettes envers son épouse, malade et découragé, Guillaume Desjardins, pour s'acquitter, vient de lui vendre Clinchemore96. La famille quitte pour toujours la rue Saint Thomas du Louvre, et Marie Catherine s'installe au Cul de sac des Tuileries97. Les deux amants se voient; ils s'écrivent même tous les jours, car afin de s'assurer les visites de celui pour qui elle éprouve un retour insensé de passion, elle les achète par des billets ardents qu'Antoine montre avec fiert98. Mais l'hiver se passe sans événement nouveau, du moins sur le plan privé.

Car pour le reste, la propagande royale fait déjà valoir la légitimité des "droits de la Reine", et l'on prépare la guerre
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dans les "camps de plaisir"99. Le roi doit en personne prendre la tête des troupes, et le régiment de Picardie va faire partie de l'armée de Flandre que commandera Sa Majesté. Antoine de Villedieu, major depuis la fin de l'expédition de Gigery, entend y figurer honorablement. Or les finances de la famille Boësset sont en plus mauvais état que jamais. Jeanne de Guesdron meurt à l'automne dans un certain dénuement100. Un mariage avantageux ferait bien l'affaire du capitaine. Peut être espérait il une pension accordée à l'auteur du Favory, mais on ne la voit pas venir. Quant à Marie Catherine, impossible de lui faire entendre raison elle se croit vraiment son épouse. N'a t elle pas, tout récemment, décliné cette flatteuse qualité en des circonstances où il ne viendrait à l'idée de personne de tricher, à savoir l'assignation en recherche de noblesse101 ? Enfin Villedieu parlera net, quoi qu'il en coûte à sa faiblesse naturelle. Il décide de se proclamer infidèle. Le coup est porté102 au début de la nouvelle année (1687), cette année qui commence sous des auspices menaçants.

Celle qui se faisait appeler partout "Mme de Villedieu" n'a plus qu'à quitter Paris, et même la France. Mais auparavant,
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Antoine Boësset prétend faire les choses en règle, et liquider tout le passé. Le 5 février, il fait présenter à la signature de Mlle Desjardins un texte sans équivoque qui le dégage entièrement. Cette fois il n'use plus des bons offices d'un tiers : il se rend lui même, avec son notaire, au domicile de sa maîtresse103. Et désormais libre, il pense à se marier. C'est sur une jeune veuve de Paris, Jeanne Robin, qu'il jette les yeux104;
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après quoi, il se « met en équipage », se munit de tout l'argent liquide qu'il peut encore récupérer105, et se hâte de rejoindre son unité106, la guerre étant officiellement déclarée107.

Pendant ce temps, où est Marie Catherine ? Le but officiel de son voyage est d'aller soutenir un procès en Hollande, où ses intérêts sont lésés108. Mais elle commence par séjourner à Bruxelles où elle est l'objet des plus glorieuses prévenances109. Tous les émigrés lui font fête : son arrivée est pour eux une aubaine. Après un assez long passage aux Pays Bas, elle se rend par voie d'eau à La Haye110. Mais elle rêve surtout de rencontrer le grand homme de lettres qu'est Constantin Huygens, "l'Alexandre de son idée"111. C'est chez lui et dans sa famille qu'elle est reçue. On la promène, on lui montre la mer, les dunes, les digue112. Mais la voyageuse souffre d'impécuniosité. Celle qui se fait encore appeler Mme de Villedieu   sans
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doute ignore t elle le mariage hâtif de Boësset, postérieur à la date où elle même a quitté la capitale113   emprunte dix pistoles à son hôte, ce qui conduit le fils du sieur de Zuylichen à s'informer auprès de son frère, précisément à Paris114. En attendant, la solliciteuse observe curieusement Amsterdam, goûte quelque peu le pittoresque des canaux, mais note avec dédain l'incivilité des habitants115.

Le 18 juin, elle arrive à Liège. Pour être reçue chez ces sauvages, il a fallu produire des lettres de recommandation d'Hugues de Lionne. Elle sait que les opérations sont engagées, mais la victoire militaire116 lui est indifférente, et, pour anesthésier sa douleur, remédier à une mélancolie qui ne lui ressem­ble pas, elle décide d'écrire une tragédie117 :

"Je suis une femme qui n'a de plaisir depuis deux mois que dans l'entretien de son cabinet..."118

N'osant risquer l'envoi de son texte par la poste, elle s'en explique ainsi :

"Souffrez que je craigne le péril d'un enfant de mon génie auquel je dois toute la joie qui me reste."119

A un correspondant qui se plaint de la rareté de nouvelles, elle proteste :

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'Je vous jure que je n'ai laissé passer de semaine sans vous en envoyer. Hélas, je n'ai plus que ce seul plaisir là en cette vie (110). Un peu plus loin

"La langueur de mon âme a passé jusques à ma conversa­tion; je pousse autant de soupirs que je prononce de mots et j'ai besoin de tant de force d'esprit pour opposer aux rigueurs de la fortune que je ne m'en trouve plus pour tou­tes les choses indifférentes." Anxieuse au sujet de celui qu'elle aime toujours, Marie­Catherine quête des nouvelles; elle séjourne longuement au quar­tier général de Péronne (111); elle se rend aussi dans une autre cité, Bréda, pour l'heure carrefour diplomatique, où on lui don­nera peut être des informations. Elle y trouve Gourville, qui demeure évasif : leur "conversation fut peu réjouissante" (112). Pour distraire sa peine, M. de Marsin l'emmène chez lui (113); la comtesse sa femme tente de lui présenter un autre galant. Oui, elle est bien guérie (114) de son amour passé, mais quelle triste partenaire elle ferait pour ce "redoutable garçon" qu'on lui propose! Son état dépressif est tel qu'à la fin du mois de juin elle pense mourir à Spa où on lui a conseillé de prendre les eaux

"Dater une lettre de Spa, ou la dater de l'Empire du Grand Mogol est à peu près la même chose pour vous, ma chère demoiselle (...) J'(y) étais venue pour prendre les eaux (mais) je crois que je prendrai le viatique dans peu de temps, tant j'y contracte de mélancolie et tant je vois peu d'apparence d'en sortir aussi tôt que je le voudrais... A l'heure où je vous écris, je suis très affligée d'être assez
(110) Thid., p. 167, lettre XVII. (111) "Si vous sçussiez de votre propre expérience ce que c'est que la diversité des objets d'une ville de guerre, vous seriez plus surpris de voir que j'ai pu revenir que vous ne le paraissez du long séjour que j'ai fait à P..." (Lettre WI, sans doute à Hugues de Lionne). (112) Lettre de Liège du 12 juin. (113) Lettre du 16 juin écrite de Bréda. (1l) "Vous me sollicitez en vain sur la liberté que non coeur doit avoir acquise depuis quelque temps; j'avoue, Madame, qu'elle est entière, et j'ai si bien profité de l'exemple d'autrui que s'il coule encore quelques lances de mes yeux, c'est la gloire qui me les arrache et non pas la dou­leur." (Lettre XVII, p. 172.)
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