Privés de notre identité dès notre arrivée; à travers le numéro encore tatoué sur nos bras, nous n'étions plus que des stucks comme disaient nos gardiens





télécharger 92.47 Kb.
titrePrivés de notre identité dès notre arrivée; à travers le numéro encore tatoué sur nos bras, nous n'étions plus que des stucks comme disaient nos gardiens
page1/3
date de publication06.07.2017
taille92.47 Kb.
typeDocumentos
d.20-bal.com > loi > Documentos
  1   2   3
Simone VEIL Privés de notre identité dès notre arrivée ; à travers le numéro encore tatoué sur nos bras, nous n'étions plus que des stucks comme disaient nos gardiens, c'est-à-dire des morceaux.
Geneviève de GAULLE Nous sommes des « stucks » c’est – à dire des morceaux ; n’importe quelle surveillante et même les policières de camp, les chefs de baraque- détenues comme nous- peuvent impunément nous injurier, nous frapper, nous piétiner à terre, nous tuer, ça ne sera jamais qu’une vermine de moins
et nos évocations aussi seront des « stucks », parcellaires comme eux, comme le travail de la mémoire
OFF Le seul moyen d'évoquer l'indicible est le recours à l'art
SEMPRUN Mais peut-on raconter ? le pourra-t-on(…)Pourtant un doute me vient sur la possibilité de raconter Non pas que l’expérience vécue soit indicible Elle a été invivable, ce qui est tout autre chose (..) N’y parviendront que ceux qui sauront faire de leur témoignage un objet artistique, un espace de création. Ou de re création.

(…)Raconter bien, ça veut dire de façon à être entendus. On n’y parviendra pas sans un peu d’artifice Comment raconter une vérité peu crédible, comment susciter l’imagination de l’inimaginable, si ce n’est en élaborant, en travaillant la réalité, en la mettant en perspective? Avec un peu d’artifice, donc. (…)
arrivée du chœur + bruit de galoches

CHOEUR: CHANT des MARAIS

Loin vers l’infini s’étendent
Des grands près marécageux
pas un seul oiseau ne chante
Sur les arbres secs et creux


REFRAIN
O, terre de détresse

Où nous devons sans cesse
Piocher

Dans ce camp morne et sauvage
entouré de murs de fer


Il nous semble vivre en cage

Au milieu d’un grand désert
REFRAIN
O, terre de détresse

Où nous devons sans cesse
Piocher

Jean FERRAT à la basse extrait de « Nuit et Brouillard »
Face à l’avancée des troupes alliées, Himmler décida d’évacuer les camps. Il voulait effacer les traces du processus d’extermination. les camps furent démantelés et évacués avec beaucoup de brutalité dans la confusion et le chaos. Les malades furent exécutés, les déportés amenés sur les routes, les trainards abattus 1/4furent abattus sur les routes. Ces « Marches de la mort » eurent lieu à différents moments.
Le premier camp « libéré » fut Drancy, c’était un camp de transit, qui passa aux mains du consul de Suède Raoul Nordling, lequel le confia à la croix rouge. Le 20 aout 1944 avant même la libération de Paris, il n’y avait plus un seul interné à Drancy.
Cependant comme beaucoup de camps, il conserva un temps sa fonction puisqu’y furent internés des hommes et des femmes suspectés d’avoir collaboré avec l’occupant
Pour les Alliés occidentaux comme pour les Soviétiques, la « libération » des camps n’a pas été planifiée. Elle intervient au gré des opérations militaires. Parler de « libération » est donc un abus de langage même si le soulagement des déportés, lorsqu’ils étaient en mesure d’apprécier les événements, fut immense. De plus lorsque les camps furent découverts, ils étaient le plus souvent déjà démantelés.
Janvier 1945, le complexe d’Auschwitz- Birkenau fut évacué.
. Les derniers camps furent évacués en Avril-mai 1945 .
Certains camps se sont soulevés de l’intérieur contre l’ignominie, certains ont été ouverts, d’autres libérés, et ce à des dates différentes

Ainsi Buchenwald fut libéré le 11-04-1945 et de l’intérieur et par les alliés, mais Auschwitz après « la marche de la mort » qui avait en grande partie vidé le camp où ne restaient que des malades, fut découvert par les russes puis par les américains.
Jorge SEMPRUN Ils sont en face de moi, l’œil rond, et je me vois soudain dans ce regard d’effroi  (…) Ils me regardent, l’œil affolé, rempli d’horreur. (…) C’est de l’épouvante que je lis dans leurs yeux (…) c’est l’horreur dans mon regard que relève le leur, horrifié

(…) Ils se sont avancés vers moi. Ils me regardent, effarés d’effroi. Ils n’avaient rien remarqué, pas entendu le silence. C’est moi qui les épouvante, rien d’autre (…) plus d’oiseau. La fumée du crématoire les a chassés. Jamais d’oiseaux dans cette foret

(…) A voir le regard épouvanté, presque hostile, méfiant du moins des trois officiers (…) J’ai compris qu’ils avaient raison de s’effrayer (…) je n’avais pas vraiment survécu à la mort, (..) j’étais un revenant, en somme. Cela fait toujours peur les revenants
Lobe KLEIN On ne voit aucun homme. Seules des ombres en vêtements rayés 
Dans certains cas l’arrivée des alliés n’est pas synonyme de libération, seulement d’ouverture du camp :
Robert ANTELME Le 15 avril le camp (Bergen-Belsen ) est « libéré »Je suis sur la route, revenant de la fosse commune, quand j’entends une clameur sourde ; je vois assez loin une auto-mitrailleuse couronnée d’un officier avec un porte-voix (…) c’est un BRITISH J’ai du mal à y croire ; Enfin ! Je m’assieds, je me prends la tête dans les mains, j’ai envie de pleurer et de rire ? Je reste un bon moment puis je vais vers le devant du camp. Les détenus que je croise ont l’air indifférent à ce qui vient de se passer. Pour beaucoup d’entre eux, pour la plupart, il est trop tard. Je suis la foule qui visiblement cherche de la nourriture (…) Je trouve une paire de bottes à mon pied (…) Je retourne sur la route pour voir arriver une colonne de quelques British, arme sur l’épaule, officier en tête. Ils me paraissent tous énormes (…) J’offre mes services comme interprète. Mais l’officier me dit qu’il n’a besoin de personne. Il fait partie d’une unité combattante qui va bientôt nous quitter pour aller plus loin. Il ajoute « Vous n’allez pas sortir avant plusieurs semaines. Il nous faut le temps de nous organiser. Vous avez le typhus et nous ne voulons pas être responsables d’une épidémie.

Nous n’avons qu’un auxiliaire médical pour 16 hommes et ce qu’il faut pour soigner les blessures mais pas les maladie (…) Il ajoute Montrez moi ce qu’il y a à voir. (…)

J’emmène la patrouille jusqu’au bord de la fosse. Ils restent un instant pétrifiés puis se mettent à jurer. Certains se retournent et vomissent

Robert ANTELME Dans la majorité des cas l’heure de la libération n’a été ni joyeuse ni insouciante : pour la plupart, elle sonnait sur un fond tragique de destruction, de massacre et de souffrance. En ce moment où nous nous sentions redevenir des hommes, c’est-à-dire des êtres responsables, les soucis des humains étaient de retour : pour la famille dispersée ou disparue, pour la douleur universelle autour de nous, pour notre propre affaiblissement, qui nous paraissait incurable, définitif, pour la vie qu’il fallait recommencer au milieu des décombres et souvent seuls.
Robert ANTELME Comme les animaux, nous étions réduits au moment présent 
Robert ANTELME Je le répète : nous les survivants, ne sommes pas les vrais témoins (…) nous sommes ceux qui, grâce à la prévarication, l’habileté ou la chance, n’ont pas touché le fond. (…) Eux sont la règle, nous, l’exception
Robert ANTELME Dans les camps encore peuplés de détenus, les troupes alliés découvrent des centaines de milliers de déportés dans un état physique dramatique, subsistant au milieu de cadavres qui ne sont plus pris en charge. Si certains détenus parviennent à manifester leur reconnaissance envers leurs libérateurs, beaucoup vivent leur libération dans un état d’abattement et d’hébétude dû à l’épuisement des corps et des esprits.

Robert ANTELME /A Dachau/ Je n’ai pas pu sauter en bas aussitôt pour aller vers les soldats. Nous sommes presque seuls, le vieillard et moi, sur la travée. Les casques ronds ont glissé sur mes yeux. Lui n’a même rien vu. La libération est passée. »
« Il n’y a pas grand-chose à leur dire, pensent peut-être les soldats. On les a libérés. On est leurs muscles et leurs fusils. Mais on n’a rien à dire. C’est effroyable, oui, vraiment!



Robert ANTELME Frightful, yes, frightful ! Oui, vraiment, effroyable.

Quand le soldat dit cela à haute voix, il y en a qui essayent de lui raconter des choses. Le soldat, d’abord écoute, puis les types ne s’arrêtent plus : ils racontent, ils racontent, et bientôt le soldat n’écoute plus.

Pour certains, le seul moyen de communiquer reste l’allemand A la fin de « l’espèce humaine » Antelme échange ainsi avec un prisonnier russe, écoutons le :
(installation divan, chaise. Le psychanalyste est installé dans un fauteuil tournant le dos à son patient lui-même allongé sur un divan. La séance est déjà commencée)   

: -Je me souviens d'une lumière. D'un petit feu follet qui dansait dans la pénombre du baraquement : un tison de cigarette. L'homme au bout de la lueur s'est rapproché de moi, a ôté la blonde qu'il avait dans la bouche et me l'a présentée. J'en ai tiré deux bouffées. Nous avons ensuite discuté, je m'en souviens comme si j'y étais encore, docteur. D'ailleurs quand je suis seul, il se dresse encore devant moi et tout recommence. Il m’adresse la parole en allemand. Il parle mal et après de longues hésitations. Je sais que nous sommes tous deux aussi gênés à l'idée de parler ainsi. 

:- Franzose ?      

-Ja.  Il parle très doucement, en roulant un peu les "r". Je demande à mon tour -Rusky ? 

: -Ja. 

Sa voix me parait très jeune.   -Wie alt ? : 

-Achtzen. 

: Après un long silence, il me tend la cigarette et disparait dans le noir.

Beaucoup ne reviennent pas de captivité comme Desnos mort au camp de Terezin en juin 1945 après la libération du camp
Robert DESNOS

J’ai rêvé tellement fort de toi,

J’ai tellement marché, tellement parlé

Tellement aimé ton ombre,

Qu’il ne me reste plus rien de toi,

Il me reste d’être l’ombre parmi les ombres

D’être cent fois plus ombre que l’ombre

D’être l’ombre qui viendra et reviendra

Dans ta vie ensoleillée.
Louis ARAGON

Nul ne réveillera cette nuit les dormeurs

Il n’y aura pas à courir les pieds nus dans la neige

Il ne faudra pas se tenir les poings sur les hanches

jusqu’au matin

Ni marquer le pas le genou plié devant un

gymnasiarque dément

Nul ne réveillera cette nuit les dormeurs

(…)

Il y a dans ce monde nouveau tant de gens

Pour qui plus jamais ne sera naturelle la douceur

Il y a dans ce monde ancien tant et tant de gens
Jacques LUSSEYRAN Notre libération (de Buchenwald) par l’armée américaine, le 11avril, (…) ne fut pas une fête. Pour célébrer une fête il faut être impatient : nous n’étions plus impatients. Presque tous, nous avions atteint une zone froide de nous-mêmes. Pas le désespoir. Pas l’espoir non plus : une sorte de plainte intérieure, (…) tel est l’effet de l’épuisement et de la peur.
Pourtant je me souviens de quelle façon le goût de vivre prit feu en nous de nouveau. Cela commença par le corps : les mains et les jambes qui eurent soudain le désir de s’étendre, d’agripper, de presser (…) et lorsque notre corps enfin connut entièrement la nouvelle, l’espoir jaillit dans nos têtes (…) il arriva même qu’il nous fît mal. Je connais des hommes qui en moururent.

Le 19 avril 1945, les 21.000 déportés rescapés de Buchenwald se réunissent sur la place d'appel du camp pour faire tous ensemble le serment à tous les camarades morts en déportation à Buchenwald,
Dora, dans les kommandos, au cours des marches de la mort,

que leur martyr ne sera jamais oublié, et qu'ensemble, jusqu'au bout, les survivants combattront les fléaux que sont pour l'humanité : le fascisme, l’antisémitisme, le racisme et la haine de l’autre.

Ce serment, qui lie toujours les survivants de Buchenwald, Dora et leurs kommandos, a préfiguré de la Charte universelle des droits de l'Homme de l'Organisation des Nations Unies (ONU) en 1945

SERMENT de BUCHENWALD (devant le chœur en arc de cercle)

"Nous, les détenus de Buchenwald, nous sommes venus aujourd'hui pour honorer les 51.000 prisonniers assassinés à Buchenwald et dans les kommandos

51.000 des nôtres ont été fusillés, pendus, écrasés, frappés à mort, étouffés, noyés et tués par piqûres.

51.000 pères, frères, fils sont morts d'une mort pleine de souffrance, parce qu'ils ont lutté contre le régime des assassins fascistes.

51.000 mères, épouses et des centaines de milliers d'enfants accusent.

Nous, qui sommes restés en vie et qui sommes des témoins de la brutalité nazie, avons regardé avec une rage impuissante, la mort de nos camarades. Si quelque chose nous a aidé à survivre, c'était l'idée que le jour de la justice arriverait.


AUJOURD'HUI, NOUS SOMMES LIBRES (…)nous jurons, sur ces lieux de crimes fascistes, devant le monde entier, que nous abandonnerons seulement la lutte quand le dernier des responsables sera condamné devant le tribunal de toutes les Nations.

NOTRE IDEAL EST LA CONSTRUCTION D'UN MONDE NOUVEAU DANS LA PAIX ET LA LIBERTE.

Nous le devons à nos camarades tués et à leurs familles. Levez vos mains et jurez pour démontrer que vous êtes prêts à la lutte".

(main sur le cœur) « Nous jurons »

Jean FERRAT à la basse extrait de « Nuit et Brouillard »
D’après Pierre ASSOULINE Il y eut de nombreux déplacements en masse de population avec, chaque fois des risques d’épidémie, de contagions, des problèmes sanitaires, des problèmes d’intendance…

Les juifs revenant de captivité à Babylone furent environ 50 000

Au retour de la première croisade on compta environ 200 000 pèlerins

Fin XIX° siècle on compta environ 1 million/an d’immigrants aux Etats Unis

En 1871, à la fin de la guerre il y eut 500 000 prisonniers rapatriés

Lors du retour des camps on compta environ 15 millions de rapatriés
Il fallait préparer le retour parce qu’il n’était pas imaginable de passer directement du camp de concentration à chez soi
Le rapatriement se fait en fonction des disponibilités des moyens de transport, le plus souvent le train, plus rarement l’avion. Certains regagnent la France par leurs propres moyens.

Les déportés qui reviennent sont mêlés aux prisonniers de guerre et aux requis du STO.

L’accueil en France est plutôt chaleureux pour les premiers rentrés, mais il devient plus normalisé par la suite. Sur cette photographie de Gaulle accueille des déportées pour la 1° et la dernière fois
Tobias SCHIFF

(… ) Je m’en souviens parfaitement

La nouvelle de la fin de la guerre s’est répandue

les gens se sont mis à chanter et à danser

ils s’embrassaient

ils embrassaient les soldats

je me tenais sous un porche un peu en retrait

adossé à une porte

je regardais ces scènes et
j’ai vu le fossé qui nous séparait
je ne pouvais pas prendre part à cette joie populaire

la fin de la guerre c’était magnifique

mas la fin de la guerre pour moi

c’était la libération après 33 mois

dans les camps
j’avais comme un secret

ma captivité

dont je ne pouvais presque pas parler
  1   2   3

similaire:

Privés de notre identité dès notre arrivée; à travers le numéro encore tatoué sur nos bras, nous n\La douleur, la fatigue sont des signaux d’alerte émis par notre organisme...

Privés de notre identité dès notre arrivée; à travers le numéro encore tatoué sur nos bras, nous n\De nos jours, la société de consommation qui a connu des avatars...

Privés de notre identité dès notre arrivée; à travers le numéro encore tatoué sur nos bras, nous n\Merci enfin à Sophie (notre Secrétaire), Patrice et Lydie (nos adjoints...

Privés de notre identité dès notre arrivée; à travers le numéro encore tatoué sur nos bras, nous n\Approche méthodologique et présentation des résultats –pages 2 à 10
«démarche qualité». Cette démarche vise à affirmer nos valeurs associatives, à analyser nos missions et nos activités ainsi que nos...

Privés de notre identité dès notre arrivée; à travers le numéro encore tatoué sur nos bras, nous n\Nous avons besoin du concours de nos fidèles sujets pour nous aider...

Privés de notre identité dès notre arrivée; à travers le numéro encore tatoué sur nos bras, nous n\Qui sont les champions de la sous-traitance ?
«Nous sommes en avance d’un an sur nos objectifs de croissance et nous atteindrons les 7 milliards d’euros de chiffre d’affaires...

Privés de notre identité dès notre arrivée; à travers le numéro encore tatoué sur nos bras, nous n\Composition du personnel à la date de l’Assemblée Générale du 03. 06. 2004
«Ô Éternel Dieu, consolide pour nous l’œuvre de nos mains» (Psaume 90. 17). C’est vers Lui, en effet, que se dirige notre prière

Privés de notre identité dès notre arrivée; à travers le numéro encore tatoué sur nos bras, nous n\Essaire. La sage-femme
«loi Bachelot» propose encore d’étendre nos compétences… mais sans aucune revalorisation de la profession, des salaires et des actes,...

Privés de notre identité dès notre arrivée; à travers le numéro encore tatoué sur nos bras, nous n\Le livre blanc des ambulanciers
«volume» au détriment de la qualité pour simplement payer nos charges. Pourquoi dans la plupart de nos secteurs, nous applique t-on...

Privés de notre identité dès notre arrivée; à travers le numéro encore tatoué sur nos bras, nous n\Maitre du monde ! Notre volonté profonde est de faire Ta volonté,...
«Pourquoi as-tu honte ? C’est pour cette dignité que tu as été choisi !». La question se pose pourquoi Aharon ne se sentait pas à...






Tous droits réservés. Copyright © 2016
contacts
d.20-bal.com