Les strategies d’orientation des filles et des garçons post-baccalaureat s j. Fontaine*, C. Fontanini**, D. Ohana





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Influence du contexte familal et socioculturel :


  • Le niveau scolaire et professions des parents 

La majorité des pères et des mères dispose de titres de l’enseignement supérieur : les trois cinquième des pères et la moitié des mères. Il y a donc une certaine homogénéité des niveaux parentaux.

Au niveau de la profession des parents, nous constatons que les deux tiers des pères et que deux mères sur cinq sont cadres.

Il semble donc bien qu’il y ait une relation entre le niveau des parents et le fait de choisir une filière S. Plus précisément, deux faits sont observables. D’une part, dans les milieux les plus instruits, apparaît une moindre valorisation des qualités traditionnellement féminines quand la mère est active. D’autre part, ces mères actives sont plus ambitieuses pour leurs enfants que les mères au foyer, et ceci quelque soit la profession exercée par les premières.

Dans nos deux échantillons, le taux d’activité des mères correspond à la moyenne nationale ( 79 % - INSEE - Les Femmes - Contours et caractères 1995)

Les mères qui travaillent encouragent leurs filles mais ceci peut être également vrai pour des mères inactives, en particulier dans les milieux populaires : les mères encouragent d’autant plus leurs filles qu’elles ont elles-mêmes vécu dans des conditions difficiles. Pour elles, la réussite scolaire de leurs filles peut favoriser leur émancipation. (F. Battagliola, 1985).


  • Loisirs et activités extra-scolaires des élèves

Parmi les loisirs et activités extra-scolaires proposés dans les deux questionnaires, un certain nombre d’entre eux s’avère très peu choisi par les élèves. Le théâtre, la télévision, le bricolage, le shopping, le scrabble, les mots croisés sont autant d’activités qui recueillent très peu de suffrages. Ceci ne signifie pas que les élèves ne les pratiquent pas, mais qu’il ne s’agit pas pour eux d’une activité favorite.

Chez les filles, les choix majoritaires se font vers le cinéma et vers les discussions entre copains et surtout copines ainsi que vers la lecture.

Du côté des garçons, les choix majoritaires se font vers les sports collectifs, les échecs et l’informatique, pratiqués seul ou avec des copains. Quelques remarques s’imposent ici.

Dans le cas des sports collectifs, nous nous situons dans une activité qui, là encore, engage la sociabilité. Mais d’autres aspects sont ici sous-jacents. D’une part, elle engage des dépenses physiques importantes qui participent de la constitution du corps à cet âge. D’autre part, une part de compétition intervient dans le sport, pour ne pas déchoir face aux camarades de son équipe, pour gagner en cas de rencontres entre équipes.
Cette notion de compétition se retrouve dans le cas des échecs. En effet, jeu de réflexion, de stratégie et de tactique, il engage la victoire ou la défaite face à son adversaire. Ainsi à travers ces deux activités, nous retrouvons des caractères communs.

F. Lorenzi (1988) rappelle : « La notion de compétition, de dominance, située vers le pôle masculin, constitue un enjeu important dans les études d’identité sexuelle. Plusieurs résultats concordent sur cet aspect de la différence sexuelle. Buss (1981) teste l’hypothèse selon laquelle les comportements de dominance sont évalués plus positivement par les hommes que par les femmes. »

Le troisième choix concerne l’informatique, pratiqué collectivement ou individuellement, en vue de faire des jeux ou de la programmation. Avec la micro-informatique, nous touchons un domaine connoté masculin. Nous constatons d’ailleurs ici que très peu de filles s’y adonnent.
Par ailleurs, les lecture des jeunes restent largement stéréotypées dans les deux enquêtes. Même si les élèves semblent lire beaucoup, leurs choix s’effectuent majoritairement dans le cadre de comportements sexués : des romans pour les filles, des magazines, de l’aventure, de l’histoire pour les garçons.

Enfin, les filles acceptent plus que les garçons de pratiquer les relations familiales. Le travail domestique, les visites familiales sont autant de liens « du trousseau » qui se tissent entre la mère et la fille. Alors que les garçons consacrent beaucoup de temps libre aux copains.

M. Duru-Bellat (1990) émet ici une hypothèse : à travers cette différenciation progressive de l’utilisation du temps, il y a une préparation/adaptation aux rôles sociaux de sexe qui s’opère. Ce que Françoise Héritier (1996) appelle « la culture du souci ».

Ainsi, des comportements sexués sont largement mis en évidence. Que ce soit au sein de la famille ou bien au sein d’activités extra-scolaires, les garçons et les filles adoptent généralement des attitudes référantes de leur sexe.

Identités sexuées et rapport au savoir :


  • Le choix de la filière S

Si le goût pour les disciplines scientifiques constitue la première raison du choix de la filière S, d’autres motivations font apparaître des comportements différenciés et significatifs entre filles et garçons. Les filles se projettent plus dans l’avenir et invoquent les débouchés de la section ou son adéquation avec un projet professionnel établi. Les garçons, quant à eux, opèrent leur choix en fonction d’une analyse de leur situation présente, ainsi en fonction de leurs compétences scolaires ou par élimination des autres filières.

Le choix de la filière S va également se faire en fonction des pressions plus ou moins latentes de l’entourage. Un peu plus d’un tiers des élèves interrogés dans les deux enquêtes déclare ce type d’influence. Celle-ci répond à deux caractéristiques majeures. D’une part, une homologie de sexe est manifeste quant à la personne qui influence : la mère ou la sœur aînée pour la fille, le père ou le frère aîné pour le garçon. D’autre part, le type d’influence varie en fonction des milieux sociaux. Les filles sont plus influencées dans les milieux moyens et les garçons plus dans les milieux les moins aisés. En dernier lieu, nous notons que les filles sont plus nombreuses à déclarer l’influence de leurs professeurs. On peut penser qu’elles sont moins sûres d'elles et qu’elles ont besoin d’entendre de leur enseignant(e), qui fait alors autorité, qu’elles sont capables de s’engager dans cette voie.

Par contre, il semble que dans les milieux favorisés, l’influence, non déclarée, se fasse plus insidieuse. A ce titre, nous avons pu observer dans ces milieux et chez les filles, que la présence de scientifique dans l’entourage avait une incidence directe par imprégnation de la dimension scientifique dans l’univers de vie sans que cette influence soit déclarée effectivement. Par contre, dans les milieux moins aisés, cette présence de scientifiques a une incidence directe et provoque l’augmentation des choix des filières scientifiques. Ainsi, la présence de modèles scientifiques auprès des filles entraîne des effets directs sur l’orientation dans ces filières.



  • Estimation de la réussite et réussite effective

Le choix de la filière S est globalement bien vécu par les élèves. La grande majorité est satisfaite de son choix et la plupart (environ 7 élèves sur 10) estime réussir mais c’est un peu plus le cas des garçons que celui des filles. Nous remarquons d’ailleurs que le milieu social intervient dans l’estimation de la réussite : plus le milieu social est élevé, plus les jeunes estiment réussir et ce constat est beaucoup plus flagrant chez les filles.

Par ailleurs, nous notons que les garçons sont meilleurs en mathématiques et en physique que les filles tandis que ces dernières sont meilleures dans les disciplines littéraires ou la biologie. Nous cernons donc des comportements de retrait des filles qui préfèrent laisser les premières places aux garçons dans les disciplines scientifiques dites « dures ». Ce fait a déjà été relevé dans de nombreuses études : les filles se sous-estiment et se replient.

Les résultats de nos recherches s’inscrivent donc dans la continuité de la littérature scientifique produite à ce titre. Ainsi, le fait d’avoir choisi une section S, réputée difficile, ne modifie pas la déficience d’estime de soi dont souffrent les filles. Avoir passé le barrage du passage dans la filière S à la fin de la seconde ne constitue pas une marque de sécurité et de confiance quant à ses propres résultats. L’estimation de sa propre réussite reste plus faible chez les filles que chez les garçons.

Toutefois, nous avons constaté que les filles ayant des pères cadres supérieures sous-estiment moins leur réussite. En outre, nous avons remarqué que plus nous montons dans la hiérarchie sociale et plus l’écart entre filles et garçons se réduit, pour arriver tout en haut à une quasi-égalité d’estimation entre filles et garçons, au bénéfice des filles.

Au total, l’appartenance à un milieu social est en corrélation directe avec l’estimation de leur réussite par les jeunes. Ce phénomène est d’ailleurs beaucoup plus sensible chez les filles que chez les garçons. Plus elles appartiennent à des milieux sociaux élevés, à des milieux familiaux riches et porteurs, moins elles seront insécurisées et plus elles vont estimer réussir.


  • Filières post-baccalauréat souhaitées

Dans les deux enquêtes, les filles souhaitaient plus se diriger que les garçons vers l’université tandis que ces derniers envisageaient plus les Classes préparatoires aux Grandes Ecoles (CPGE). A l’intérieur même des filières universitaires, les choix sont différents. Les filles désiraient plus étudier la médecine, les lettres, la sociologie, la psychologie ou l’histoire que leurs homologues masculins, ces derniers étant plus tentés par les sciences et l’économie.

Pourtant le baccalauréat S dirige de prime abord vers des études scientifiques. Les filles n’en demeurent pas moins plus ouvertes aux lettres et sciences humaines. Même avec un bac S, plus difficile et plus scientifique, elles réintègrent post-baccalauréat des filières qu’elles auraient pu choisir avec un bac L.

« A section constante, le sexe module fortement les projets d’études et les visées professionnelles, les filles choisissant, quel que soit leur baccalauréat, plus souvent des filières littéraires, paramédicales ou sociales. Les choix des filles sont donc plus uniformes et dépendent moins de la série du bac que chez les garçons. Les écarts sont tout à fait conséquents. » (M. Duru-Bellat, 1990).

En ce qui concerne les choix des différentes filières des CPGE, on a relevé que les élèves féminines projetaient surtout d’intégrer une classe préparatoire commerciale ou vétérinaire ou de biologie et les élèves masculins, une préparation à dominante mathématiques et physique. La faible attirance des filles pour les classes préparatoires scientifiques à dominante mathématiques et physique est sans doute liée au fait qu’elles désirent moins que les garçons se spécialiser dans ces deux disciplines et aussi qu’elles sont sans doute moins poussées par leurs parents que leurs condisciples masculins.

Les projets professionnels :

Chez les garçons, ceux qui estiment réussir, veulent se diriger vers les professions d’ingénieur ou de chercheur. A défaut, s’ils considèrent ne pas réussir, ils se dirigeront vers des professions qu’ils jugent plus à leur niveau, soit la médecine ou le professorat ou encore le commerce.

Chez les filles, celles qui estiment réussir, envisagent majoritairement de s’orienter vers la médecine et dans une moindre mesure vers les professions d’ingénieurs ou de chercheurs. Celles, qui estiment ne pas réussir, pensent se tourner vers le professorat et surtout vers les professions paramédicales et sociales.

Nous voyons alors que globalement, les professions que les garçons choisissent quand ils estiment ne pas réussir sont celles que les filles choisissent quand elles estiment réussir. Celles, qui disent ne pas réussir, se dirigent alors vers des professions où le taux de garçons est très bas.

Une hiérarchie des professions qui attirent, peut ici être mise en place en fonction de l’estimation de leur réussite par les élèves. Tout en haut, nous trouvons les professions d’ingénieurs et de chercheurs qui sont très prisées par les garçons et beaucoup moins par les filles qui hésitent à entrer en concurrence avec les garçons. Ensuite, nous trouvons la médecine prisée par les filles qui réussissent et les garçons qui réussissent moins. Enfin, nous trouvons le professorat prisé par ceux et celles qui réussissent moins.

De la même façon, nous trouvons les professions commerciales pour les garçons et les professions du social et du paramédical pour les filles. Ainsi celles qui réussissent préfèrent la médecine à l’ingénierie, rencontrant là les garçons qui réussissent moyennement.

Les deux recherches mettent donc en évidence des stratégies sexuées très différenciées quant à l’avenir professionnel envisagé par les garçons et par les filles.

Conclusion :
Dans l’écheveau embrouillé des critères qui induisent les comportements sexués au moment de choisir, pour les filles et les garçons, l’orientation dans une filière scolaire et/ou post-baccalauréat, les deux recherches ont mis en évidence l’importance :

  • de l’origine sociale d’appartenance

  • des activités extra-scolaires pratiquées qui se conjuguent en fonction du sexe

  • des stratégies sexuées et des représentations sociales



Nous pouvons proposer un modèle d’analyse pour schématiser les interactions qui s’exercent au moment du choix des filières scolaires et/ou post-baccalauréat :


Stratégies sexuées




Contexte social :

Normes et contraintes



Orientation sexuée

Mixité scolaire





Projet

professionnel

Projet

familial




Identité sexuée


Notes :


  1. En 1998-99 : les filles ne représentaient encore que 23 % des étudiants dans cette filière de l’enseignement supérieur

  2. Depuis la réforme des classes préparatoires scientifiques en 1995, les classes préparatoires scientifiques proposent en première année 2 filières : MPSI (maths - physique - sciences de l’ingénieur) et PCSI (physique – chimie - sciences de l’ingénieur). Les élèves de terminale doivent donc choisir une de ces deux filières dès le dépôt de leur dossier de candidature.

En deuxième année, en fonction de l’option choisie au cours de la classe de mathématiques supérieures et de leurs résultats scolaires, les étudiant(e)s s’orientent soit en classe MP (maths-physique), soit en classe PC (physique-chimie) soit en classe PSI (physique-sciences de l’ingénieur).

  1. La quasi-totalité des entrant(e)s en classe de mathématiques supérieures MP et PC possède un Bac S (99,5 % en 1995/96)

  2. En 1985 : le taux de réussite des filles au bac C était de 78,3 % ; des garçons, 71,5 %.

En 1998 : le taux de réussite des filles au bac S était de 82 % ; des garçons, 76, 9 % (toutes spécialités confondues) ; pour la spécialité mathématiques : 86,7 % pour les filles et 82,2 % pour les garçons ; pour la spécialité physique : 82,7 % pour les filles et 77,7 % pour les garçons.

(France métropolitaine et DOM – DPD)

(5) Le nombre de filles a été multiplié par 4,6 ; celui des garçons par 3,3.

En 1985 : 14998 filles et 29406 garçons étaient en terminale C ; 69290 filles et 96872

garçons étaient en terminale S en 1998. (France métropolitaine – Public et privé – DPD)

(6) Le pourcentage de bachelières C (puis S) entrant en classe de mathématiques

supérieures à dominante mathématiques et physique a toujours été inférieur à celui des

garçons. Par exemple, en 1993, c’était le cas de 11 % de filles et de 21,8 % de garçons.

(France métropolitaine – Public et privé - DPD)

Références bibliographiques :
Battagliola F., « Familles et devenir des filles », in Filles ou garçons, éducation sans préjugés, Paris, Magnard, 1985

Duru-Bellat M., L’école des filles, Quelles formations pour quels rôles sociaux ?, L’Harmattan, 1990.
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