Recherches lacan journees et conferences





télécharger 0.54 Mb.
titreRecherches lacan journees et conferences
page1/8
date de publication16.10.2019
taille0.54 Mb.
typeRecherche
  1   2   3   4   5   6   7   8
RECHERCHES LACAN JOURNEES ET CONFERENCES

1950 LACAN Premier Congrès mondial de psychiatrie

Intervention au Premier Congrès mondial de psychiatrie en 1950 qui fait suite aux exposés de Franz Alexander, Anna Freud, Mélanie Klein et Raymond de Saussure, dans le cadre de la Vsection du Congrès mondial, « Psychothérapie, psychanalyse ». Ce discours a été publié dans les Actes du Congrès, volume 5, à Paris, Hermann et Cie, 1952, pp. 103-108.

 1950-00-00 :      Intervention au premier Congrès mondial de Psychiatrie (3 p.)

Jacques LACAN (Paris)

 

(103)La notion de l’émotion à laquelle l’essai théorique de Raymond de Saussure marque un retour, ne nous paraît pas pouvoir suppléer à celle de la situation qui la domine, et l’épithète d’hallucinée n’y change rien, sinon de nous rappeler qu’aucune rétrospection du malade, hors de l’analyse qui la résout en ses (104)significations, ne vaut pour nous que sous caution de son contrôle. Dès lors les vacances, ici tenues pour réaliser l’accès du sujet au plaisir, nous semblent un critère un peu trop conformiste, pour reléguer au second plan toute une histoire obsessionnelle.

Aussi bien devons-nous tenir ici le plus grand compte de l’avertissement combien justifié de Thomas de Quincey concernant l’assassinat, à savoir qu’il mène au vol, puis au mensonge et bientôt à la procrastination, et dire qu’une faute de logique a conduit notre ami à une étiologie désuète, à une anamnèse incertaine et, pour tout dire, au manque d’humour.

Quel intérêt peut-il y avoir, en effet, à traduire notre expérience dans les catégories par où M. Piaget avec ses questionnaires sépare la psychologie de l’enfant d’une idéale psychologie de l’adulte qui serait celle du philosophe dans l’exercice de ses fonctions : qu’on se rapporte aux critères énoncés page 144 dans la distinction du subjectif et de l’objectif, la réciprocité des points de vue, etc., pour voir si je dis vrai.

Pourquoi chercher à fonder sur ces fallacieuses objectivations de structure ce que nous découvrons par la méthode la plus contraire : à savoir par une dialectique familière, au niveau des intérêts particuliers du sujet, où la seule vertu des significations incluses dans le langage, mobilise les images mêmes qui à son insu érigent sa conduite et s’avèrent régler jusqu’à ses fonctions organiques ?

Notre procédé part de la similitude impliquée dans l’usage de la parole, similitude supra-individuelle sans doute comme son support, mais c’est par là que se sont accomplies les découvertes impensables au sens commun (n’en déplaise à M. Alexander), qui n’ont pas seulement bouleversé notre connaissance de l’homme, mais, on peut le dire, inauguré celle de l’enfant.

Car le fait de structure essentiel pour l’étude du psychisme de l’enfant, n’est-il pas qu’en parlant, et pour cause, la langue dont se servent les adultes, il use de ses formes syntaxiques avec une justesse frappante dès les débuts de son apprentissage ?

Aussi n’est-ce pas seulement de nous que viennent les critiques que méritent les notions de pensée primitive, de pensée magique, voire celle de pensée vécue, dont je salue ici la nouveauté. Et un ethnographe comme M. Claude Lévi-Strauss (105)qui les articule définitivement dans le chapitre intitulé l’Illusion archaïque, de son livre majeur, les illustre volontiers de cette remarque : qu’aux adultes des sociétés primitives leurs propres enfants paraissent participer des formes mentales qui pour eux caractérisent l’homme civilisé.

Recourons donc pour comprendre notre expérience aux concepts qui s’y sont formés : l’identification, par exemple, et si nous devons chercher appui dans une autre science, que ce soit dans la linguistique, dans la notion de phonème par exemple, promue par M. Roman Jakobson, puisque le langage détermine la psychologie plus que la psychologie ne l’explique.

Et que M. de Saussure nous pardonne notre critique d’un travail qui reste une très brillante observation de clinique psycho-somatique.

Nous allons voir maintenant chez M. Alexander un exposé rigoureux de la pensée de Freud aboutir à une complète inversion de son sens, sous l’influence d’un facteur que nous tâcherons de définir.

L’accent qu’il met à juste titre sur le terme de préverbal pour désigner le champ de l’inconscient dynamique, nous rappelle, – avec l’importance qu’y ont les phénomènes proprement linguistiques du lapsus, du calembour, etc., – que Freud exigeait de la définition du refoulé, que la situation en ait été à quelque moment verbalisée.

Mme Mélanie Klein, en procédant chez l’enfant dès l’apparition du langage à une véritable incantation du vécu du stade infans, a soulevé des objections qui ne tiennent à rien de moins qu’à l’éternel problème de l’essence de l’innommé.

Nous évoquons ici son œuvre non pas seulement parce que Mlle Anna Freud, toute opposée qu’elle se soit montrée à cette sorte de transgression qui la fonde, est seule à en avoir fait ici mention, mais parce que nous voyons en cet exemple illustre que les fruits de notre technique ne peuvent être appréciés sainement qu’à la lumière de la notion de vérité. Si cette notion en effet peut être éliminée en physique d’opérations qu’on peut tenir pour dénuées de sens, nous ne pouvons, sous peine de plonger notre pensée dans les ténèbres, cesser de la soutenir dans sa vigueur socratique : c’est-à-dire oublier que la vérité est un mouvement du discours, qui peut valablement éclairer (106)la confusion d’un passé qu’elle élève à la dignité de l’histoire, sans en épuiser l’impensable réalité.

C’est, en effet, cette dialectique même qui opère dans la cure et qu’on y découvre parce qu’elle a joué dans l’homme depuis sa venue au monde jusqu’à pénétrer toute sa nature à travers les crises formatrices où le sujet s’est identifié en s’aliénant.

Ainsi l’ego, syndic des fonctions les plus mobiles par quoi l’homme s’adapte à la réalité, se révèle-t-il à nous comme une puissance d’illusion, voire de mensonge : c’est qu’il est une superstructure engagée dans l’aliénation sociale. Et si la théorie des instincts nous montre une sexualité où pas un élément de la relation instinctuelle : tendance, organe, objet n’échappe à la substitution, à la réversion, à la conversion, c’est que le besoin biologique dont la portée est supra-individuelle, était le champ prédestiné aux combinaisons de la symbolique comme aux prescriptions de la Loi.

Dès lors en s’attachant dans sa technique abrégée à l’égalisation des tensions de l’ego, M. Alexander peut faire œuvre d’ingénieur. Il méconnaît l’esprit même de la thérapeutique freudienne, qui, posant le sujet entre la logique qui le porte à l’universel et la réalité où il s’est aliéné, respecte le mouvement de son désir. La vérité qui fera son salut, il n’est pas en votre pouvoir de la lui donner, car elle n’est nulle part, ni dans sa profondeur, ni dans quelque besace, ni devant lui, ni devant vous. Elle est, quand il la réalise, et si vous êtes là pour lui répondre quand elle arrive, vous ne pouvez la forcer en prenant la parole à sa place.

Aussi bien la théorie de la sexualité que M. Alexander introduit sous le chef de la psycho-somatique nous révèle-t-elle le sens de sa position : la sexualité, nous l’avons entendu, est une forme spécifique de décharge pour toutes les tensions psychologiques en excès. Ainsi la dialectique freudienne qui a révélé la vérité de l’amour dans le cadeau excrémentiel de l’enfant ou dans ses exhibitions motrices, se renverse ici en un bilanisme hors nature où la fonction sexuelle se définit biologiquement comme un surplus de l’excrétion, psychologiquement comme un prurit né d’un moi à la limite de son efficacité.

La théorie nous intéresse en ce qu’elle manifeste que toute science dite psychologique doit être affectée des idéaux de la (107)société où elle se produit, non certes que nous la rapportions à ce que la littérature nous apprend des manifestations du sexe en Amérique, mais plutôt par ce qui s’en déduit à la prendre au pied de la lettre, à savoir : que les animaux mécaniques qu’on est en train de monter un peu partout sur le ressort du feedback, puisque déjà ils voient, s’agitent et peinent pour leurs besoins, ne manqueront pas de manifester d’ici peu une neuve envie de faire l’amour.

Désignons la carence subjective ici manifestée dans ses corrélatifs culturels par la lettre petit c, symbole auquel il est loisible de donner toute traduction qui paraîtra convenir. Ce facteur échappe aux soins comme à la critique, tant que le sujet s’en satisfait et qu’il assure la cohérence sociale. Mais si l’effet de discordance symbolique que nous appelons la maladie mentale, vient à le dissoudre, ce ne saurait être notre tâche que de le restaurer. Il est dès lors désirable que l’analyste l’ait, si peu que ce soit, surmonté.

C’est pourquoi l’esprit de Freud restera quelque temps encore à notre horizon à tous, pourquoi aussi, remerciant Mlle Anna Freud de nous en avoir rappelé une fois de plus l’ampleur de vues, nous nous réjouirons que M. Lévine nous apprenne que certains en Amérique même le tiennent comme nous pour menacé.

1967 LACAN journées d’études sur les psychoses

Des journées d’études sur les psychoses furent organisées à la Maison de la Chimie, à Paris, les 21 et 22 octobre 1967. Les interventions parurent dans Recherches Décembre 1968 Enfance aliénée II. Parmi les intervenants non membres de l’E.F.P. : D.W. Winnicott, D. Cooper, R. Laing. Nous reproduisons telle quelle la transcription de Jacques Lacan dans Recherches non sans inviter le lecteur à prendre connaissance de la note à son sujet, datée du 26 06 1968.

(143)Mes amis,

Je voudrais d’abord remercier Maud Mannoni, à qui nous devons la réunion de ces deux jours, et donc, tout ce qui a pu s’en dégager. Elle a réussi dans son dessein, grâce à cette extraordinaire générosité, caractéristique de sa personne, qui lui a fait payer auprès de chacun, de son effort, le privilège d’amener de tous les horizons quiconque pouvait donner réponse à une question qu’elle a faite sienne. Après quoi, à s’effacer devant l’objet, elle en faisait interrogations recevables.

Pour partir de cet objet qui est bien centré, je voudrais vous en faire sentir l’unité à partir de quelques phrases que j’ai prononcées il y a quelque vingt ans dans une réunion chez notre ami Henri Ey, dont vous savez qu’il a été dans le champ psychiatrique français, ce que nous appellerons un civilisateur. Il a posé la question de ce qu’il en est de la maladie mentale d’une façon dont on peut dire qu’au moins a-t-elle éveillé le corps de la psychiatrie en France, à la plus sérieuse question sur ce que ce corps lui-même représentait.

(144)Pour ramener le tout à sa plus juste fin, je devais contredire l’organo-dynamisme dont Ey s’était fait le promoteur. Ainsi sur l’homme en son être, m’exprimais-je en ces termes : « Loin que la folie soit la faille contingente des fragilités de son organisme, elle est la virtualité permanente d’une faille ouverte dans son essence. Loin qu’elle soit pour la liberté une insulte (comme Ey l’énonce), elle est sa plus fidèle compagne, elle suit son mouvement comme une ombre. Et l’être de l’homme non seulement ne peut être compris sans la folie, mais il ne serait pas l’être de l’homme, s’il ne portait en soi la folie comme la limite de sa liberté ».

À partir de là, il ne peut pas vous paraître étrange qu’en notre réunion aient été conjointes les questions portant sur l’enfant, sur la psychose, sur l’institution. Il doit vous paraître naturel que nulle part plus qu’en ces trois thèmes, soit évoquée plus constamment la liberté. Si la psychose est bien la vérité de tout ce qui verbalement s’agite sous ce drapeau, sous cette idéologie, actuellement la seule à ce que l’homme de la civilisation s’en arme, nous voyons mieux le sens de ce qu’à leur témoignage font nos amis et collègues anglais dans la psychose, de ce qu’ils aillent justement dans ce champ et justement avec ces partenaires à instaurer des modes, des méthodes où le sujet est invité à se proférer dans ce qu’eux pensent comme des manifestations de leur liberté.

Mais n’est-ce pas là une perspective un peu courte, je veux dire, est-ce que cette liberté suscitée, suggérée par une certaine pratique s’adressant à ces sujets, ne porte pas en elle-même sa limite et son leurre ?

Pour ce qui est de l’enfant, de l’enfant psychotique, ceci débouche sur des lois, lois d’ordre dialectique, qui sont en quelque sorte résumées dans l’observation pertinente que le Dr Cooper a faite, que pour obtenir un enfant psychotique, il y faut au moins le travail de deux générations, lui-même en étant le fruit à la troisième.

Que si enfin la question se pose d’une institution qui soit proprement en rapport avec ce champ de la psychose, il s’avère que toujours en quelque point à situation variable y prévale un rapport fondé à la liberté.

Qu’est-ce à dire ? Assurément pas que j’entende ainsi d’aucune façon clore ces problèmes, ni non plus les ouvrir comme on dit, ou les laisser ouvert. Il s’agit de les situer et de saisir la référence d’où nous pouvons les traiter sans nous-mêmes rester pris dans un certain leurre, et pour cela de rendre compte de la distance où gîte la corrélation dont nous sommes nous-mêmes prisonniers. Le facteur dont il s’agit, est le problème le plus brûlant à notre époque, en tant que, la première, elle a à ressentir la remise en question de toutes les structures sociales par le progrès de la science. Ce à quoi, pas seulement dans notre domaine à nous psychiatres, mais aussi loin que s’étendra notre univers, nous allons avoir affaire, et toujours de façon plus pressante : à la ségrégation.

(145)Les hommes s’engagent dans un temps qu’on appelle planétaire, où ils s’informeront de ce quelque chose qui surgit de la destruction d’un ancien ordre social que je symboliserai par l’Empire tel que son ombre s’est longtemps encore profilée dans une grande civilisation, pour que s’y substitue quelque chose de bien autre et qui n’a pas du tout le même sens, les impérialismes, dont la question est la suivante : comment faire pour que des masses humaines, vouées au même espace, non pas seulement géographique, mais à l’occasion familial, demeurent séparées ?

Le problème au niveau où Oury l’a articulé tout à l’heure du terme juste de ségrégation, n’est donc qu’un point local, un petit modèle de ce dont il s’agit de savoir comment nous autres, je veux dire les psychanalystes, allons y répondre : la ségrégation mise à l’ordre du jour par une subversion sans précédent. Ici n’est pas à négliger la perspective d’où Oury pouvait formuler tout à l’heure qu’à l’intérieur du collectif, le psychotique essentiellement se présente comme le signe, signe en impasse, de ce qui légitime la référence à la liberté.

Le plus grand péché, nous dit Dante, est la tristesse. Il faut nous demander comment nous, engagés dans ce champ que je viens de cerner, pouvons être en dehors cependant.

Chacun sait que je suis gai, gamin même on dit : je m’amuse. Il m’arrive sans cesse, dans mes textes, de me livrer à des plaisanteries qui ne sont pas du goût des universitaires. C’est vrai. Je ne suis pas triste. Ou plus exactement, je n’ai qu’une seule tristesse, dans ce qui m’a été tracé de carrière, c’est qu’il y ait de moins en moins de personnes à qui je puisse dire les raisons de ma gaieté, quand j’en ai.

Venons pourtant au fait que si nous pouvons poser les questions comme il s’est fait ici depuis quelques jours, c’est qu’à la place de l’X qui est en charge d’y répondre, l’aliéniste longtemps, puis le psychiatre, quelqu’un d’ailleurs a dit son mot qui s’appelle le psychanalyste, figure née de l’œuvre de Freud.

Qu’est cette œuvre ?

Vous le savez, c’est pour faire face aux carences d’un certain groupe que j’ai été porté à cette place que je n’ambitionnais en rien, d’avoir à nous interroger, avec ceux qui pouvaient m’entendre, sur ce que nous faisions en conséquence de cette œuvre, et pour cela d’y remonter.

Juste avant les sommets du chemin que j’instaurais de sa lecture avant d’aborder le transfert, puis l’identification, puis l’angoisse, ce n’est pas hasard, l’idée n’en viendrait à personne, si cette année, la quatrième avant que mon séminaire prît fin à Sainte Anne, j’ai cru devoir nous assurer de l’éthique de la psychanalyse.

(146)Il semble en effet que nous risquions d’oublier dans le champ de notre fonction qu’une éthique est à son principe, et que dès lors, quoi qu’il puisse se dire, et aussi bien sans mon aveu, sur la fin de l’homme, c’est concernant une formation qu’on puisse qualifier d’humaine qu’est notre principal tourment.

Toute formation humaine a pour essence, et non pour accident, de réfréner la jouissance. La chose nous apparaît nue, – et non plus à travers ces prismes ou lentilles qui s’appellent religion, philosophie,… voire hédonisme, car le principe du plaisir, c’est là le frein de la jouissance.

C’est un fait qu’à la fin du 19ème siècle et non sans quelque antinomie avec l’assurance prise de l’éthique utilitariste, Freud a ramené la jouissance à sa place qui est centrale, pour apprécier tout ce que nous pouvons voir s’attester, au long de l’histoire, de morale.

Qu’a-t-il fallu de remuement, j’entends aux bases pour que ce gouffre en réémerge à quoi nous jetons en pâture deux fois par nuit ? deux fois par mois ? notre rapport avec quelque conjoint sexuel ?

Il n’est pas moins remarquable que rien n’a été plus rare en nos propos de ces deux jours que le recours à l’un de ces termes qu’on peut appeler le rapport sexuel (pour laisser de côté l’acte), l’inconscient, la jouissance.

Ce ne veut pas dire que leur présence ne nous commandait pas, invisible, mais aussi bien, dans telle gesticulation derrière le micro, palpable.

Néanmoins, jamais théoriquement articulée.

Ce qui s’entend (inexactement) de ce que Heidegger nous propose du fondement à prendre dans l’être-pour-la-mort, prête à cet écho qu’il fait retentir des siècles, et des siècles d’or, du pénitent comme mis au cœur de la vie spirituelle. Ne pas méconnaître aux antécédents de la méditation de Pascal le support d’un franchissement de l’amour et de l’ambition, ne nous assure que mieux du lieu commun, jusqu’en son temps, de la retraite où se consomme l’affrontement de l’être-pour-la-mort. Constat qui prend son prix de ce que Pascal, à transformer cette ascèse en pari, la clôt en fait.

Sommes-nous pourtant à la hauteur de ce qu’il semble que nous soyons, par la subversion freudienne, appelés à porter, à savoir l’être-pour-le-sexe ?

Nous ne semblons pas bien vaillants à en tenir la position.

Non plus bien gais. Ce qui, je pense, prouve que nous n’y sommes pas tout à fait.

(147)Et nous n’y sommes pas en raison de ce que les psychanalystes disent trop bien pour supporter de le savoir, et qu’ils désignent grâce à Freud comme la castration : c’est l’être-pour-le-sexe.

L’affaire s’éclaire de ceci que Freud a dit en historiettes et qu’il nous faut mettre en épingle, c’est que, dès qu’on est deux, l’être-pour-la-mort, quoi qu’en croient ceux qui le cultivent, laisse voir au moindre lapsus que c’est de la mort de l’autre qu’il s’agit. Ce qui explique les espoirs mis dans l’être-pour-le-sexe. Mais en contraste, l’expérience analytique démontre que, quand on est deux, la castration que le sujet découvre, ne saurait être que la sienne. Ce qui pour les espoirs mis dans l’être-pour-le-sexe, joue le rôle du second terme dans le nom des Pecci-Blunt : celui de fermer les portes qui s’étaient d’abord grandes ouvertes.

Le pénitent perd donc beaucoup à s’allier au psychanalyste. Au temps où il donnait le ton, il laissait libre, incroyablement plus que depuis l’avènement du psychanalyste, le champ des ébats sexuels, comme il est sous forme de mémoires, épîtres, rapports et traits plaisants, maints documents pour l’attester. Pour le dire, s’il est difficile de juger justement si la vie sexuelle était plus aisée au XVIIe ou au XVIIIe siècle qu’au nôtre, le fait par contre que les jugements y aient été plus libres à concerner la vie sexuelle, se décide en toute justice à nos dépens.

Ce n’est certes pas trop de rapporter cette dégradation à la « présence du psychanalyste », entendue dans la seule acception où l’emploi de ce terme ne soit pas d’impudence, c’est-à-dire dans son effet d’influence théorique, précisément marqué du défaut de la théorie.

À se réduire à leur présence, les psychanalystes méritent qu’on s’aperçoive qu’ils ne jugent ni mieux ni plus mal des choses de la vie sexuelle que l’époque qui leur fait place, qu’ils ne sont dans leur vie de couple pas plus souvent deux qu’on ne l’est ailleurs, ce qui ne gêne pas leur profession puisqu’une telle paire n’a rien à faire dans l’acte analytique.

Bien sûr la castration n’a de figure qu’au terme de cet acte, mais couverte de ceci qu’à ce moment le partenaire se réduit à ce que j’appelle l’objet a, – c’est-à-dire, comme il convient, que l’être-pour-le-sexe a à s’éprouver ailleurs : et c’est alors dans la confusion croissante qu’y apporte la diffusion de la psychanalyse elle-même, ou de ce qui ainsi s’intitule.

Autrement dit ce qui institue l’entrée dans la psychanalyse provient de la difficulté de l’être-pour-le-sexe, mais la sortie, à lire les psychanalystes d’aujourd’hui, n’en serait rien d’autre qu’une réforme de l’éthique où se constitue le sujet. Ce n’est donc pas nous, Jacques Lacan, qui ne nous fions qu’à opérer sur le sujet en tant que passion du langage, mais bien ceux qui l’acquittent d’en obtenir l’émission de belles paroles.

(148)C’est à rester dans cette fiction sans rien entendre à la structure où elle se réalise, qu’on ne songe plus qu’à la feindre réelle et qu’on tombe dans la forgerie.
  1   2   3   4   5   6   7   8

similaire:

Recherches lacan journees et conferences iconRecherches 02 lacan textes et conferences
«Le Mythe individuel du névrosé ou poésie et vérité dans la névrose» est une conférence donnée au Collège philosophique de Jean Wahl....

Recherches lacan journees et conferences iconDossier de presse les Journées Nature de Midi-Pyrénées
«Journées Nature», nous avons voulu soutenir ces acteurs et des actions, participer à cette prise de conscience nécessaire, dire...

Recherches lacan journees et conferences iconMembre du Centre d’études et de recherches sur le droit administratif
«Recherches sur la notion d’amortissement en matière de contrats administratifs» Soutenue le 30 novembre 2009 Université de Toulouse...

Recherches lacan journees et conferences iconLe programme des conférences de D3, de septembre à juin, porte sur...
«ancienneté» dans ce contexte pédagogique, explique que la grande majorité d’entre nous a l’expérience de l’enseignement et de l’évaluation...

Recherches lacan journees et conferences iconLacan
«Colloques philosophiques internationaux», sous le titre de «La dialectique», Jean wahl nous y invitant

Recherches lacan journees et conferences iconLes journées commémoratives nationales légales

Recherches lacan journees et conferences iconCommunication écrite aux Journées européennes du droit

Recherches lacan journees et conferences iconA compter de trois demi-journées d’absence dans le mois

Recherches lacan journees et conferences icon6. Programme des conférences p. 19

Recherches lacan journees et conferences iconConférences 2016-2017






Tous droits réservés. Copyright © 2016
contacts
d.20-bal.com