Conférence au cnam chaire de santé publique et développement





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CONFÉRENCE AU CNAM CHAIRE DE SANTÉ PUBLIQUE ET DÉVELOPPEMENT

14 octobre 2008

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LE DÉVELOPPEMENT MYTHES ET RÉALITÉS


LE SUD NOUS CONFRONTE DÉSORMAIS À DE NOUVEAUX DÉFIS



Notre bien être et notre vie vont de plus en plus dépendre de ce qui se passe au Sud


  • De façon générale mais encore plus en cette période de crise financière et économique très grave, nous avons tous l’œil rivé sur le court terme. C’est normal, tant nos médias qui vivent l’évènement que nos responsables politiques qui sont jugés sur leur capacité à y répondre sont littéralement « collés » à cet horizon. Et puis Keynes ne nous a-t-il pas rappellé qu’à long terme nous serions tous morts….

  • C’est pourtant à une réflexion sur le long terme que je vais vous convier. Car seule une réflexion sur le long terme nous permet de percevoir les grands mouvements de notre société, de déceler l’onde de marée qui se cache derrière la vague, sachant que la vague, en ce moment en particulier, amplifie et accélère l’onde de marée.

  • C’est donc largement par une interrogation du passé long que nous pouvons esquisser ce que sera probablement l’avenir. Non seulement le nôtre mais aussi celui de nos enfants. Aussi voudrais je commencer ce panorama par une rétrospective.

  • Le paysage du monde en développement a en effet tant changé que l’on en perd la perspective. et je vous propose d’en dresser un panorama général car quelque soit votre futur rôle dans la société, il vous sera utile de béneficier d’une grille de lecture du monde en développement qui sera de plus en plus présent dans votre vie.

  • Ce point est d’autant plus important que pendant longtemps nous avons cru pouvoir oublier ces pays du Sud et les confier à nos œuvres caritatives… ou à nos militaires.

  • Or cette période se termine. Dans notre monde globalisé les pays du Sud vont de plus en plus faire partie de nos préoccupations immédiates. Qu’il s’agisse des pays « faillis » comme la Somalie ou l’Afghanistan, ou au contraire des pays qui deviennent nos rivaux économiques comme la Chine, l’Inde ou le Brésil.

  • Notre vie va donc de plus en plus dépendre de ce qui se passe dans ces pays. Les catastrophes qui s’y déroulent vont plus directement nous affecter. Mais fait encore plus surprenant, leurs succès vont aussi affecter notre vie et celle de nos enfants.

  • Mais revenons d’abord sur le passé.



Nouveau panorama, nouveaux dilemme

Un développement rapide des pays du Sud est indispensable. Mais ce développement va encore plus fragiliser les grands équilibres écologiques mondiaux.
La notion de développement a beaucoup changé


  • Nous avons pris l’habitude de diviser le monde entre pays développés et « les autres » : sous développés, pauvres, en développement, tiers monde, pays du Sud etc. Mais d’abord qu’est-ce que le développement ?

  • Rappellons brièvement le débat historique sur le développement : Depuis Adam Smith il s’agit largement du progrès matériel mesuré par exemple maintenant par l’accroissement du Produit Intérieur Brut... Limites de cette approche : exemple du cas de la Guinée équatoriale…

  • Aujourd’hui grande variété d’interprétations : début 60, Francois Perroux opposait la croissance et le développement qui impliquait un processus de modification structurelle des économies.

  • Le développement est devenu synonyme d’un irrésisitble mouvement vers l’accumulation de biens matériels ; Mais cette conception est critiquée de toutes parts. L’anthropologie économique nous a révélé que toutes les sociétés ne se sont d’ailleurs pas fixé ce type d’objectif. Cf Maurice Godelier, « Rationalité et irrationalité en économie ». D’ailleurs les biens étaient divisés en catégories non échangeables entre elles selon des procédures complexes.

  • Certaines sociétés veillaient même à procéder régulièrement à la destruction des biens matériels, voir le Potlatch décrit par M Mauss. Voir aussi les critiques de nos sociétés de consommation par Gandhi et même Khomeini…

  • Rappelons enfin la pensée très originale de E.F Schumacher (« Small is Beautifull » pour qui la sagesse consistait à réorienter au plus vite les finalités économiques vers la satisfaction des besoins essentiels de l’humanité. Nous reviendrons en conclusion sur ces questions.


Développement humain, développement durable, « development as freedom »


  • Pour mieux mesurer la qualité de vie au sens large, mal appréciée par l’instrument grossier que constitue le PIB, deux économistes, l’un pakistanais, Mahbub ul Haq, l’autre indien, Amartya Sen (qui deviendra prix Nobel d’économie en 1998), introduisent au début des années 70 le concept de développement humain qui intègre non seulement le progrès matériel mais la situation au plan de la santé, de l’éducation etc.

  • Les indicateurs de développement humain qu’ils ont alors préparé sont désormais publiés par le PNUD et mettent en évidence par exemple les écarts entre revenu par habitant et niveau effectif de bien être dans les pays pétroliers comme la Guinée Equatoriale ou le Gabon… Ils mettent même en évidence le mauvais classement des Etats-Unis faute de couverture maladie correcte pour une grande partie de la population !

  • Plus récemment a pris corps le concept de développement durable : l’idée est de concilier efficacité économique, respect des droits sociaux et politiques fondamentaux, et protection de l’environnement,

  • Ce concept est un peu devenu une tarte à la crème, ce qui est dommage. Il est cité de façon désordonnée. C’est pourtant un enjeu fondamental et nous y reviendrons aussi en conclusion. Un pas important a cependant été franchi dans le rapport « Where is the Wealth of Nations ? » rédigé par l’équipe de Kirk Hamilton à la Banque Mondiale. Il intègre pour la première fois la question de la gestion du stock de capital naturel dans le processus de développement. Il dresse une typologie des différentes formes de capital qui fondent la richesse nationale : le capital produit (machines, constructions), le capital intangible (institutions et capital humain) et le capital naturel.

  • Le développement durable peut ainsi s’analyser comme le processus de gestion équilibrée d’un portefeuille d’actifs (produits, naturels, intangibles) dont dispose un pays. Une trajectoire durable consiste donc à investir les rentes naturelles dans d’autres formes de capital, pour éviter que l’utilisation des ressources naturelles d’un pays conduise à une diminution du stock de capital total à disposition de ses habitants, présents et futurs. En considérant le capital naturel comme partie intégrante du patrimoine national, ces recherches révèlent ainsi la rationalité économique de la préservation de l’environnement. C’est un grand pas en avant, mais beaucoup reste à faire pour affiner cet indicateur.

  • Récemment aussi, Amartya Sen introduit le lien entre développement économique et accroissement des libertés. Il y a pour lui une dimension éthique dans le concept de développement, le bien être et la liberté, non la production et l’accumulation de biens, étant pour lui le but ultime de l’économie. Les indicateurs de production et de consommation de marchandises ne disent pas grand chôse du bien être qui dépend tout autant de l’organisation de la société et de la distribution des revenus que des valeurs qu’elle porte. La pensée de Amartya Sen est l’une des plus riches de notre époque.


Les paradigmes du développement ont connu de grands mouvements de balancier et de surprenants effets de mode
Nous reviendrons plus en détails sur ces questions dans le cours de cet enseignement mais il est bon de vous offrir déjà une première grille de lecture :



  • 1960 : l’influence du modèle soviétique : planification centralisée, étatisation, prix administrés, grandes infrastructures, le trickle down.

  • 1970 : l’échec des cathédrales dans le désert (cf le barrage d’Akossombo au Ghana rappelé par W Easterly1). Mais aussi la redécouverte du « micro » et du rôle du développement rural dans la lutte contre la pauvreté avec en particulier Mc Namara. (Déclaration de Nairobi.)

  • 1973/75 : La crise pétrolière et la crise de la dette enterrent les programmes de développement rural.

  • 1980 : l’ajustement structurel et les programmes de stabilisation dominent l’action des bailleurs de fonds. Caractère incontournable des programmes de stabilisation. Mais excès, dérives idéologiques anti Etat de la période thatchérienne et reaganienne. A noter : Le sacrifice scandaleux des programmes sociaux et l’’oubli non moins scandaleux du développement agricole et de son rôle dans la lutte contre la pauvreté.

  • 1990 : Retour à la lutte contre la pauvreté et réhabilitation du social: Prise de conscience que l’ajustement structurel tel que pratiqué, aggrave la pauvreté.

  • Début des années 2000 : Les objectifs du millénaire. Mais attention, les excès du tout social conduisent à l’oubli de la nécessité de la croissance économique. En réaction au tout social réhabilitation du rôle de la croissance. Retour en vogue des grandes infrastructures économiques. Le Nepad….Emergence de l’approche de la « croissance pro-pauvres » (pro-poor growth), sorte de synthèse entre les approches économiques et sociales. En outre un des débats structurants de ce début de siècle porte sur le rôle adéquat des institutions de l’Etat : la « bonne gouvernance » (qualité de l’environnement juridique : Etat de droit, stabilité des lois mais aussi lutte contre la corruption). L’idée s’impose que certaines conditions juridiques et institutionnelles sont un préalable au décollage économique.

  • 2008: la Banque mondiale revient enfin au développement agricole et au rôle de la croissance agricole et du développement rural dans la réduction de la pauvreté : La boucle est-elle bouclée ?

  • 2009 : Nous pensions avoir changé d’époque et être sortis définitivement de l’ajustement structurel. Cet ajustement avait en fait largement réussi presque tous les pays conduisent des politiques économiques relativement orthodoxes. Le FMI est alors pour une brève période quasiment au chômage et sse soumet lui-même à lájustement !…

  • Mais c’était sans compter avec la crise financière et économique internationale qui va profondément bouleverser le paysage global, amplifiant et accélérant probablement les évolutions recentes, fragilisant les succès, approfondissant les crises.

  • Dans ce contexte l’aide au developpement retrouve comme nous le verrons une nouvelle légitimité : Elle aura d’une part un rôle contracyclique pour tenter de limiter les dégats de la crise. D’autre part elle devient l’un des mécanismes par lesquels on peut espérer que des objectifs publics mondiaux fondamentaux tels la sécurité sanitaire, la paix civile dans les pays en crise grave, la lutte contre le changement climatique etc, pourront tenter d’être régulés et gérés à l’échelle planétaire..


Le monde en développement a connu de tels bouleversements que le concept de tiers monde est devenu obsolète


  • Le paysage mondial global s’est énormément transformé : nouvelle accélération de la globalisation après celles du XVI ème siècle, de la période 1880/1914 et de la période des trentes glorieuses qui a suivi la deuxième guerre mondiale. La chute du mur de Berlin a rendu obsolète le concept de tiers monde lié au mouvement des non alignés et à Bandoeng (1955).


Le développement est une réalité



  • Globalement ce monde en développement a connu une croissance économique importante. Jusqu’à la crise économique que nous vivons actuellement, la croissance en Asie de l’Est a été de l’ordre de 10 %, en Asie du Sud de l’ordre de 8 %, en Europe orientale de près de 7 % et en Afrique d’environ 6 %. Or à 7 % de croissance annuelle la richesse globale double en dix ans.

  • Les indicateurs sociaux se sont très significativement améliorés. Il y a 25 ans, 600 millions de chinois vivaient encore en situation d’extrême pauvreté. Il n’y en a plus qu’environ 180 millions dans cette situation. En cinq ans de par le monde, de 1999 à 2004, 135 millions de personnes sont sorties de l’extrême pauvreté soit plus que la population du Japon.

  • Presque partout la durée de vie s’est accrue significativement (Monde : de 50 ans en 1960 à plus de 67 ans aujourd’hui, soit +20 ans d’espérance de vie en un demi-siècle !), l’accès à l’eau potable a été amélioré (de 75% à 80% de la population mondiale au cours des seules années 1990), l’accès aux soins de santé également (depuis 1960, la mortalité infantile est passée de 135 à 61‰), le nombre de personnes mourant de la malaria et des maladies infectieuses est en régression ainsi que l’analphabétisme (en l’espace de trente ans, l’analphabétisme des adultes a été réduit de moitié dans les pays en développement - de 46 à 24%).

  • Enfin la démographie ralentit rapidement et les taux de fertilité régressent (de 6 à 3,1 en Asie du Sud, de 4,8 à 2,1 en Asie de l’Est). Les prédictions apocalyptiques des années 60 et 70 sur l’explosion de la bombe démographique seront démenties. Pour autant certaines régions sont en retard sur ce plan et les délais qui seront nécessaires pour la réalisation de leur transition démographique vont poser de très sérieux problèmes.

  • De façon génerale il y a une grave exception à ces progrès : l’Afrique Subsaharienne.


Une profonde diversification des pays du Sud est en marche


  • Mais surtout les pays du Sud connaissent une très forte diversification de leurs itinéraires: leurs économies ont ainsi connu de profondes transformations à tel point que l’on peut distinguer au moins « quatre et sans doute cinq ou six tiers mondes » :




  1. Les géants asiatiques, Chine et Inde sont devenus des puissances mondiales :




  • Condamnés à la famine il y a 40 ans par les meilleurs experts (Gunnar Myrdal), Chine et Inde sont maintenant des puissances mondiales. Elles ont ainsi joué un rôle de premier plan lors du G 20 du ……

  • Leur succès est lié à leur adhésion à l’économie de marché et à la réussite des politiques de libéralisation économiques qu’ils ont conduit depuis le milieu des années 80, abandonnant ainsi définitivement ile modèle soviétique qui les avait jusqu’ici inspirées.

  • Leur prdigieuse croissance s’accompagne toutefois de grandes fragilités : inégalités régionales et sociales (la Chine et le Népal partagent le record d’inégalités sociales en Asie), destructions environnementales (selon un récent rapport de la Banque mondiale, 750 000 Chinois décèderaient prématurément chaque année du fait de la pollution, et 60% des rivières du pays seraient gravement polluées), migrations internes massives, graves problèmes d’environnement urbain.

    • En Chine fragilité du secteur financier chinois et vieillissement démographique (passée brutalement d’une politique nataliste à celle de l’enfant unique, la Chine sera bientôt confrontée à l’inversion de sa pyramide des âges et à un vieillissement accéléré. En 1993 le pays comptait dix actifs pour un retraité ; il n’en comptera plus que deux en 2040 !),

    • En Inde problème de pauvreté extrème (360 millions de personnes) non résolue, la remarquable croissance des secteurs techologiques crée peu d’emplois, les tensions intercommunautaires restent vives en particulier avec la minorité musulmane. Le pb du Kashmir n’est pas réglé. Tout n’est donc pas rose !

    • Les résultats sont néanmoins spectaculaires dans les deux pays: Taux de croissance oscillant entre 9 et 12 % en Chine qui a sorti 300 millions de personnes de la pauvreté. Taux de croissance de 7 à 8 % en Inde où les classes moyennes indiennes représentent maintenant près de 200 millions de personnes.

    • Si les objectifs du millénaire vont être atteints en 2015 au plan de la réduction de la grande pauvreté, ce sera grace à la Chine et à l’Inde.




  1. D’autres pays émergents connaissent des processus de croissance économique rapides.




  • Les dragons asiatiques : Singapour, Corée du Sud, Taiwan ont basculé dans le camp des pays développés.

  • La Thailande, le Vietnam partis en retard mais croissant à 7/ 8 % par an…l’Indonésie autre géant.

  • Brésil, Mexique, Chili.

  • Turquie et Tunisie sont les seuls pays musulmans dans ce cas si l’on met de côté le cas très particulier des Etats rentiers du Golfe, Dubai, le Koweit et Bahrein qui gèrent intelligemment leur rente.

  • En Afrique SSA, on cherche les pays émergents : Maurice est le seul cas indiscutable ! Cas très particulier de l’Afrique du Sud aux profondes fragilités. Y a-t-il une malédiction africaine ? Nous y reviendrons.




  1. Les pays en relative stagnation économique sont dans des situations profondément instables:




  • Refus des réformes structurelles, enkystement des élites qui s’accrochent à des modèles qui ne profitent qu’à une petite minorité ; la croissance suit en gros la démographie, soit 2 à 3 %, voir parfois 4 % à 5 % mais ne permet pas d’offrir des perspectives d’amélioration sensible des conditions de vie aux plus pauvres.

  • Attention à cet égard au cas particulier des pays pétroliers et miniers car la production pétrolière ou minière peut statistiquement masquer ce phénomène de stagnation derrière des taux de croissance parfois spectaculaires. Le cas de ces pays est très particulier, à tel point que l’on peut les mettre comme nous le verrons ci-dessous dans une catégorie spécifique.

  • De façon générale, dans ces pays en stagnation, la productivité est basse, la pauvreté touche souvent 40 à 50 % de la population, parfois plus; il y a une très faible diversification économique; les économies sont généralement fondées sur l’exportation des matières premières d’où de fortes variations d’activité selon les cours internationaux, un chomage urbain, de très fortes inégalités sociales.

  • Sont dans cette situation une grande partie des pays d’Afrique SSA bien que la situation de certains pays s’améliore un peu; la plupart des pays andins d’Amérique Latine (rappelons que la croissance en Amérique Latine a été médiocre jusqu’à tout récemment 1,1 % dans les années 80, 3,3% dans les annees 90).

  • C’est aussi le cas des pays du Caucase, de nombreux pays du Proche Orient, de l’Algérie où la production pétrolière masque les problèmes. Cas du Maroc, des pays de l’ex URSS d’Asie centrale. Cas très particulier du Pakistan qui n’a que récemment débridé sa croissance mais n’est-ce pas trop tard ?




  1. Les pays en crise se retrouvent fréquemment piégés par des conflits dévastateurs interminables qui débordent de leurs frontières




  • Si la croissance des pays émergents a réduit les écarts de revenu entre ces pays et les pays OCDE, par contre les pays qui n’ont pas réussi leur intégration à la mondialisation décrochent de plus en plus rapidement.

  • Si 25 pays représentent ainsi 80 % du commerce mondial, les 56 pays en queue de peleton ne representent au total que moins de 0,5 % de ce commerce mondial.

  • Faillites économiques, conflits larvés ou ouverts dont les causes peuvent être multiples mais sont aiguisées par l’échec économique et qui conduisent à des drames humanitaires; déchainement de la violence au sein de sociétés profondément déchirées.

  • Economies fondées sur des rentes provenant des matières premières, les drogues et les trafics illicites. Les crises conduisent à l’effondrement de l’Etat.

  • Zones grises où le pouvoir des Etats peine à s’affirmer. Ces zones grises deviennent parfois des zones blanches, comme sur les cartes du 18 ème ou 19 ème siècle : terra incognita où plus personne n’ose s’aventurer.

  • Les états de crise sont paradoxalement assez stables car (i) profitables pour de nombreux acteurs qui exploitent les rentes qui y sont associées. et (ii) les massacres, l’exode des réfugiés, l’effondrement des services de santé et les épidémies régulent la démographie ! (iii) il est aussi très difficile de sortir de ces situations. Statistiquement la moitié des pays en guerre civile y retombent dans les 5 ans suivant la fin du conflit. Pb du « conflict trap » (Paul Collier).

  • En Afrique SSA : De nombreuses zones grises se transforment en « terra incognita » et vice versa : corne de l’Afrique : Somalie, arc Guinéen : Guinée, Côte d’Ivoire, Libéria, Sierra Leone. Grands lacs et Afrique centrale : RDC, Burundi, RCA, Tchad, Congo Brazza. Afrique Australe : Zimbabwe.

  • Mais aussi Afghanistan et les zones tribales pakistanaises, Haiti, le Népal en Asie du Sud.

  • Tout n’est pas totalement négatif dans ces pays: initiatives des sociétés civiles qui s’organisent pour pallier aux défaillances des Etats. Tentatives de redressement par certaines équipes gouvernementales qui se heurtent fréquemment aux intérêts maffieux qui détiennent le pouvoir réel (exemple du gouvernement de Ngoupandé en RCA).


5) La communauté internationale a écemment introduit la catégorie particulière des pays dits « fragiles »


  • On regroupe parfois ces pays en crise latente ou aigües et une fraction des pays en stagnation dans une catégorie particulière de pays dits  « fragiles ».

  • Cette catégorie est plus large que celle qui regroupe les pays en crise ou en situation de conflits internes ou de sortie de conflit. Les symptômes les plus caractéristiques de ces pays fragiles sont une économie souvent atone, des infrastructures de base sous développées, des indicateurs sociaux particulièrement médiocres : mortalité infantile élevée, taux de scolarité faibles, taux de fertilité supérieurs à 5, faible accès à l’eau potable etc.

  • Globalement dans ces pays, les services sociaux fonctionnent mal, l’appareil d’Etat (justice, police, administration territoriale etc) est incapable d’assurer correctement les services régaliens de base, le contrôle par l’Etat de ses régions frontalières est souvent incertain et par là même les risques de glissade vers l’insécurité et les conflits internes sont significatifs.


6) les pays pétroliers et miniers sont un cas à part. Leur « richesse » peut être source d’instabilité et de pauvreté


  • Ainsi que nous l’avons déjà noté les taux de croissance élevés de ces pays et même parfois le PIB par habitant ne reflètent pas une amélioration significative des conditions de vie du plus grand nombre.

  • Ce phénomène se traduit souvent par un écart considérable entre leur classement statistiquement relativement favorable en terme de PIB/ hab et leur médiocre classement en terme d’indice de développement humain.

  • Le problème fondamental est que les activités pétrolières et minières ne génèrent que très peu d’emplois (si l’on excepte les activités minières artisanales par exemple l’or au Mali, le diamant en RDC- qui posent par ailleurs d’autres problèmes graves…). En conséquence le très fort développement de ces secteurs pétroliers et miniers est sans grand impact sur l’activité économique générale et donc la pauvreté.

  • En théorie, les importants revenus générés par les rentes pétrolières et minières pourraient permettre un fort développement des infrastructures économiques et d’importantes dépenses sociales.

  • En pratique, bien que d’importantes dépenses se concrétisent dans ces domaines, les résultats sont le plus souvent médiocres : Les décisions dans les secteurs miniers et pétroliers impliquent en effet systématiquement les pouvoirs politiques.

  • Ils tendent par là même à les corrompre et dans ce contexte la corruption influence négativement sur les choix d’investisssements et de façon générale sur la qualité de la dépense publique. L’efficacité de cette dernière est le plus souvent très mauvaise (cf le niveau de dépense sociale considérable au Gabon si l’on compare aux autres pays africains pour des résultats absolument misérables).

  • Le « syndrome hollandais » affecte presque tous les pays concernés et les symptomes classiques de cette maladie (inflation et appréciation de la monnaie) reduisent la compétitivité des autres secteurs productifs. Le pétrole détruit l’agriculture…. il détruit aussi les PME.

  • Le choix est donc difficile pour certains pays : Dans les pays très pauvres à faible densité comme le Tchad ou Madagascar, il est impossible faute de ressources fiscales de développer ou d’entretenir un réseau même minimal d’infrastructures économiques (routes) et d’assurer un minimum de dépenses sociales (santé et éducation). Ces pays sont coincés dans une trappe à pauvreté.

  • Les ressources pétrolières et minières bien employées leur permettraient d’en sortir assez rapidement. Comment résister à l’appel du pétrole et des mines ?

  • Tentative de la Banque mondiale de mettre sous tutelle une partie des ressources pétrolières tchadiennes. De façon plus générale initiative occidentale (Blair) de EITI, pour la mise en transparence des ressources pétrolières et minières. Initiative très louable. Mais au plan des réalisations concrètes cela patine. Manque d’enthousiasme des responsables politiques (le militant de EITI en RDC était Bemba….).

  • Refus de collaborer des entreprises nationales. Limites dans l’accord de collaboration des multinationales. (Opacité des contrats, cf RDC et le Trésor US.)

  • En conclusion prudence vis-à-vis des cris de victoire en matière de développement de l’Afrique Sub Saharienne: cf l’Expansion Janvier 2008 qui prévoit 6,6 % de croissance en Afrique en 2008. Or derrière ce chiffre global les taux de croissance prévus sont de 25 % pour l’Angola, 10 % pour le Soudan, 7 % pour la Guinée Equatoriale… tous pays où les conditions de vie ont peu de chances de beaucoup progresser.

  • La croissance actuelle de l’Afrique SSA traduit essentiellement la forte demande mondiale de matière premières et la hausse des prix de ces produits. Elle ne se traduit encore que faiblement par un accroissement du bien être des populations.

  • Une analyse politique même sommaire révèle aussi aisément l’extrème fragilité de nombreuses démocraties et la probabilité de crises dans des pays aussi divers que le Sénégal, la Côte d’Ivoire, Le Cameroun, le Kenya, le Gabon, le Congo Brazzaville, la Mauritanie, le Nigéria, le Tchad, le Soudan, la Guinée, Madagascar etc.

  • D’où l’enjeu fondamental de l’amélioration de la gestion des rentes pétrolières et minières. Or ce n’est pas un combat perdu d’avance. La gestion de ces rentes s’est ainsi beaucoup améliorée au Moyen Orient (mais elle se dégrade au Vénézuela et en Iran…).


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