Conférence au cnam chaire de santé publique et développement





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L’échec du développement et la faillite de certains Etats constituent une menace pour la stabilité mondiale.
Les situations de stagnation économique dans des contextes de forte démographie sont éminemment instables


  • Grande diversité des situations et des niveaux de revenus des pays qui ne sont pas encore lançés dans un procesus de croissance rapide: la caractéristique est la très faible croissance des secteurs productifs (hors pétrole et certaines ressources minérales) dans un contexte de transition démographique inachevée.

  • Même si la croissance démographique se ralentit presque partout, la transition va prendre une trentaine d’année et cette période charnière est celle de tous les dangers.

  • Paradoxalement, le progrès culturel déstabilise les sociétés : la généralisation de l’instruction déstabilise les relations d’autorité dans les familles. Mais les emplois ne suivent pas.

  • Ampleur du chomage, de la pauvreté et des problèmes sociaux. Echec agricole, pb des migrations internes et de la défaillance des environnements urbains.

  • Défaillances des budgets : La transition démographique inachevée conduit à de forts besoins sociaux en éducation, santé, infrastructures urbaines etc, alors que les budgets sont exangues, les finances publiques sont mal gérées et la dépense publique très inefficace.

  • En général, la stagnation provient d’une compétitivité insuffisante: le pb peut provenir de l’inadéquation des politiques macroéconomiques et des politiques de change (par exemple la politique de change de la Zone CFA ou de l’Argentine avant 1998).

  • Elle peut provenir de politiques micro économiques dissuasives liées par exemple à un environnement des affaires défaillant, à une justice corrompue, à un droit du travail inadapté, un corset règlementaire qui bloque le privé (Syrie), le refus de laisser une classe entrepreneuriale se développer et prendre de la puissance.

  • Elle peut venir enfin ce qui est très fréquent, de l’accaparement des secteurs principaux de l’économie par des intérêts prédateurs liés au pouvoir politique.

  • Dans certains cas la situation est simplement bloquée par la non résolution de conflits politiques préxistants (Liban, Palestine).

  • Dans ces conditions l’investissement privé stagne et se concentre sur des activités commerciales ou rentières et se développe un chomage de masse.

  • La montée des tensions sociales et politiques obligera à conduire de profondes réformes pour débrider la croissance. Si ce n’est pas le cas, risque de basculement dans la 4 ème catégorie des pays en crise. Ces pays se trouvent par conséquent sans le savoir sur le fil du rasoir.

  • Problème majeur qui nous concerne directement car les pays du Maghreb mais aussi ceux de l’Afrique francophone SSA (en particulier la zone sahélienne), toutes zones d’émigration vers la France sont fortement concernées : En particulier Maroc et Algérie, Mali, Niger, et même Sénégal.

  • Cas aussi de l’essentiel du Proche Orient, des pays du Caucase. Des pays Andins. De l’Asie centrale. Cela fait beaucoup !

  • Si dans ces pays la croissance n’est pas débridée, les équilibres politiques restent très précaires. Les problèmes peuvent parfois être différés par une habile gestion des rentes (RCI d’Houphouet, Cameroun de Biya, Gabon de Bongo…), mais ils ne sont pas résolus pour autant (cf la RCI de Gbagbo). Les successions politiques se révèlent dans ces contextes fort périlleuses.

  • Les tensions sociales sont tôt ou tard exploitées par des acteurs/ entrepreneurs politiques. (cf Bemba en RDC).

  • De façon générale la crise économique en cours a de fortes chances d’ accélérer les processus de désintégration économiques et politiques dans les pays les plus fragiles.


Le coût politique, économique et social des conflits internes provoqués par un effondrement de l’Etat est toujours gigantesque.


  • Les causes de ces conflits peuvent être très variées et purement politiques. Mais en général l’échec économique renforce des tensions qui sinon pourraient rester relativement gérables et acélère les processus de désintégration.

  • Fragilité particulière des économies de rente fondées sur les matières premières, les conflits s’établissant à propos du partage des rentes. Le problème du rôle joué par la fragmentation ethnique est complexe.

  • La montée du conflit conduit à l’affaiblissement puis à l’effondrement progressif de l’Etat qui, Etat failli, ne peut plus assurer ses fonctions fondamentales de sécurité, ordre public, respect de la loi, ni le fonctionnement des services publics essentiels et des services sociaux de base. Cette perte de capacité de l’Etat contribue à sa perte de légitimité aux yeux des citoyens, légitimité qui est ensuite extrêment difficile à reconquérir (Afghanistan…). Ces processus sont maintenant bien connus.

  • Les conséquences sont toujours dramatiques : Cas de la RDC qui s’est lentement effondrée sous Mobutu et est rentré dans un processus de désintégration.

  • Après deux guerres et 4 millions de morts, il lui faudra plus de 5 % de croissance par an pour retrouver en 2060 le revenu /hab de l’indépendance ! La violence coûte en moyenne le quart de son PIB par an au Salvador. La guerilla maoiste du sentier lumineux a couté 20 milliards de dollars au Pérou.

  • Les conflits internes débordent toujours hors des frontières par les réfugiés et les financements des diasporas. La guerre en RDC a impliqué 7 pays limitrophes. Cas du Darfour qui déstabilise Tchad et RCA.

  • Attention aux spirales qui peuvent conduire au chaos des régions entières. Croire que la France pourrait rester épargnée par ce type de catastrophe survenant à quelques heures d’avion est une illusion. Cf JC Ruffin : « L’Empire et les nouveaux barbares… » écrit en 1992.


Certaines zones présentent des risques de fragilité particulièrement importants :


  • Cas de l’ensemble Moyen Orient/ Maghreb : Nous y avons d’abord des faisceaux de tensions : Conjonction de la stagnation économique, des contraintes démographiques et partant d’emploi, notamment des jeunes, des contraintes en ressources naturelles (eau et terres arables), et des tensions entre communautés ethniques et religieuses dans un contexte politique rendu plus inextricable par la non résolution du problème israelo Palestinien, le désastre irakien et le maintien voir l’essor des nébuleuses terroristes liées à Al- Qaida.

  • Le contexte démographique est très très problématique: la transition démographique est en marche mais l’inertie du phénomène va poser un grave problème : d’ici 2025 la population va s’accroître de 38 %, la population en âge de travailler de 40 % au Maghreb et de 50 % au Moyen Orient. Il faudrait que se créent 100 millions d’emplois d’ici 2025 pour absorber la force de travail. Cela exigerait des taux de croissance de l’économie non pétrolière de l’ordre de 6 à 7 %.

  • Le modèle de développement est incertain : En termes d’industrialisation, les parts du marché mondial acquises par la Chine et par les pays asiatiques à bas coût de main d’œuvre (Inde, Bangladesh, Indonesie) ne laissent guère de place à un processus d’industrialisation du Moyen Orient et du Maghreb, sachant en outre que les pays pétroliers souffrent du syndrome hollandais qui les rend structurellement non compétitifs au plan salarial.

  • Il faut bien sur différencier entre grands (Algérie, Iran) et petits pays pétroliers (émirats du Golfe), et pays à faibles ressources pétrolières (Egypte, Syrie, Jordanie, etc).

  • Le mode de gouvernance est inefficace : Mais en règle générale à moins de réformes économiques radicales remettant en cause le mode actuel de gouvernance et donc les strucures de pouvoir, permettant une profonde libéralisation des économies (mais riquant à court terme d’accroître les tensions sociales), il faut, sur la base des trends actuels, s’attendre à des taux de chômage de l’ordre de 25 à 27 %.

  • Le chômage va devenir très problématique : Ces taux de chômage correspondent à un stock de chômeurs de l’ordre de 50 millions de personnes à l’horizon 2025 dans un contexte de forte urbanisation (70% dès 2015).

  • La jeunesse de ces pays représente un défi (la région compte environ 100 million de jeunes de 12 à 24 ans, et leur nombre atteindra son maximum dans les 25 prochaines années). Le maintien des taux actuels de chômage chez les populations jeunes, (plus de 50% dans certains pays de la zone) fait courrir des risques importants (migrations, troubles sociaux, extrêmisme). La démographie pose ainsi dans toute cette région déjà profondément agitée par les tensions intercommunautaires un très grave défi.

  • La démographie aggrave en particulier des crises urbaines très graves liées à l’absence de planification urbaine et à la non maîtrise de l’urbanisation, à l’insuffisance des investissements d’infrastructure, à la mauvaise gestion des services publics.

  • Attention, dans de nombreux pays, le Maroc est un cas exemplaire, la croissance des bidonvilles et des quartiers dits « sous intégrés » a pris une telle ampleur (3 millions d’habitants soit 10 % de la population du Maroc y vivent) que même lorsque les gouvernements décident enfin de s’y attaquer, la dimension du problème est telle qu’il faudra au mieux plusieurs décennies pour régler durablement le problème.

  • Le problème social conduit à des revendications qui prennent la forme d’un islamisme extrémiste : Le cas marocain montre que ces bidonvilles et quartiers miséreux sont des foyers de propagande islamique radicale pronant le jihad. La pénétration des Frères Musulmans dans la société égyptienne s’est quant à elle appuyée dans les années 1970 et 1980, c’est à dire au plus haut de la croissance démographique du pays, sur une intense action caritative auprès des laissés pour compte de l’urbanisation, investissant le fossé grandissant entre les attentes des 12 puis 15 puis 18 millions d’habitants du Caire et ce que le régime était à même d’offrir en termes de logement, de santé, d’éducation. L’islamisme continue, à travers le monde musulman, à être avant toute autre chose une critique sociale.

  • Au plan environnemental, le problème de l’eau va se poser avec acuité dans un contexte où la combinaison de la sécheresse qui sera probablement accentuée par le réchauffement climatique se combine au gaspillage des ressources par suite de programmes d’irrigation déraisonnables et de politiques de prix démagogiques. Selon le GIEC, le réchauffement de la planète augmentera le taux d’évaporation et réduira les précipitations jusqu’à 20 % au Moyen-Orient et en Afrique du Nord au cours du siècle. Le combinaison du changement climatique et de l’expansion démographique fait que le volume d’eau disponible par habitant pourrait ainsi être réduit de moitié dans cette région d’ici 2050.

  • La situation n’est pourtant pas bloquée : Cf le programme de mise à niveau industriel de la Tunisie, la délocalisation de Renault au Maroc.

  • Mais toute cette région est en passe de devenir un véritable chaudron où l’effondrement des idéologies nationalistes et marxiste et le désastre Irakien laissent le champ libre à des mouvements islamiques fondamentalistes radicaux pronant le jihadisme.Les erreurs de la pollitique américaine dans la région font que le risque d’un choc des civilisations identifié par Huntington est réel. Ceci concorde largement avec le phénomène des prophéties auto-réalisatrices : réification d’une conception manichéenne du monde (« nous contre eux ») correspondant au shéma de la guerre froide avec lequel la génération actuelle des décideurs américains a été formée.

  • Il y a maintenant une course contre la montre qui est engagée entre développement, amélioration rapide des conditions de vie, démocratisation effective et les mouvements islamistes extrémistes…


Premières conclusions :


  • Nous pouvons tirer de ce panorama rapide, deux premières conclusions préliminaires: Aucune malédiction ne frappe les pays pauvres. On connaît mal les facteurs déclancheurs du développement mais on a bien identifié ceux qui l’étouffent


a) Aucune malédiction ne frappe les pays pauvres
Les thèses culturalistes et géographistes se sont révélées erronées


  • Dans les années 1960, certains économistes affirmaient que la culture asiatique était une des barrières au développement socio-économique de la région. 40 ans plus tard, leurs successeurs nous expliquent doctement en quoi la culture asiatique explique le décollage de l’Asie du Sud-Est…

  • Tout un corpus de litérature a développé les mêmes arguments au sujet de la géographie, qui condamnerait les tropiques au sous-développement. Ici aussi les contre-exemples abondent, nous obligeant à nous plonger dans les explications plus fines du phénomène du sous-développement.

  • Ceci dit il ne faut pas non plus mésestimer l’importance de la géographie, en particulier de l’enclavement et de l’insuffisance des ressources naturelles en particulier foncières. Le Niger par exemple est un cas exceptionnel de pays enclavé doté de ressources foncières notoirement insuffisantes. Ce type de pays part quand même avec un handicap considérable. Sachs insiste sur ces aspects et en particulier sur le handicap sanitaire lié à ceertaines coditions climatiques qui favorisent malaria et endémies et affaiblissent la population active.


Les thèses des économistes dépendantistes se sont révélées erronées



  • Contrairement aux prévisions très pessimistes et en fait déterministes de nombreux analystes des années 60 et 70, en particulier ceux de l’école néo-marxiste dite « dépendantiste » (Baran, Sweezy, Gunder Franck aux EU, Samir Amin en France), nulle malédition ne frappe les pays les plus pauvres.

  • Le succès économique de certains pays ex pauvres montre à l’évidence que ces thèses qui en leur temps, ont eu le mérite d’identifier les phénomènes de dépendance pertinents et permis en particulier une critique des retours de profit abusifs des investissements étrangers vers le Nord sont en ce qui concerne leurs préconisations parfaitement erronnées. Les dragons du Sud est Asiatique ont montré au cours des années 70 et 80 qu’il était possible de sortir du sous développement en se raccrochant à la mondialisation par l’essor des secteurs exportateurs. De façon générale la forte croissance économique de la plupart des pays du Sud et l’amélioratin des indicateurs sociaux sont spectaculaires et sous estimés.

  • Ce point est important car les thèses marxistes « dépendantistes »des années 70 excluaient la sortie du sous développement sans révolution capable de briser les liens de dépendance vis-à-vis des pays riches, en particulier des EU.

  • Or ces thèses sont encore vivaces en France où elles nourrissent toujours certaines des réflexions altermondialistes alors que le dramatique échec économique cubain montre bien que la rupture des liens de « dépendance », si elle isole l’économie nationale des marchés mondiaux, n’est certainement pas la voie à suivre…


Au contraire ce sont historiquement le développement des exportations et l’intégration à la mondialisation qui ont permis le développement des pays qui sortent maintenant de la pauvreté


  • Au-delà des dragons du SE asiatique, de nombreux autres pays ont suivi une voie de sortie du sous développement par les exportations. Certains de ces pays étaient pourtant placés dans des conditions géographiques bien peu favorables et donnés « perdants ou sans espoir » par les « experts »: ex L’ile Maurice (industrie textile, sucre), le Chili (cuivre), etc.

  • Le succès de certains de ces pays autrefois condamnés à la misère et qui aujourd’ hui menacent nos emplois, nos marchés, notre confort et nos modes de vie nous inquiète. Il y a trente ans nous avions peur que la famine dans ces pays conduise à leur effondrement. Aujourd’hui nous avons peur de leurs exportations, y compris de produits sophistiqués : ordinateurs, automobiles…

  • Bientôt plus de 500 groupes industriels des pays émergents auront un chiffre d’affaire supérieur à un milliard de dollars ! La population active impliquée dans les échanges mondiaux aura en fait selon l’OCDE triplée en quatre décennies : passant de 850 millions en 1980 (dont 600 provenant des pays du Sud) à 3,2 milliards en 2010 (dont 1,5 milliard en Chine et Inde et 1,1 milliard dans les autres pays du Sud).

  • Historiquement les grandes compagnies multinationales étaient perçues comme d’origine nord américaines. Or c’est « Tata » qui rachète « Jaguard » à Ford, tout un symbole ! Mittal qui achète Arcelor ! Lenovo qui achète l’activité PC de IBM. Le Brésiien Vale qui achète une bonne part des actifs de Rio Tinto. Ou encore le groupe égyptien Orascom qui entre dans le capital de Lafarge.

  • Ce sont largement les liquidités asiatiques (détenues dans les fameux « fonds souverains ») qui sont venues à la rescousse des banques occidentales les plus compromises dans la crise des subprimes. C’est le fonds souverain de Singapour qui est venu au secours de la banque Suisse UBS.

  • De grandes compagnies chinoises et indiennes encore peu connues en occident deviennent des acteurs globaux au plan mondial : Parmi les chinoises : Hisense dans l’électronique courante, ZTE dans les télécoms, Chery dans l’automobile, BYD pour les piles au cadmium, Jonhson Electric qui est en passe de devenir le leader mondial des moteurs électriques de faible puissance2; parmi les indiennnes : Wipro et Infosys en technologie de l’information, Bharat Forge pour les moteurs, Bajaj Auto et Tata pour les automobiles.

  • La compagnie brésilienne « Embraer » est après EADS et Boeing, le 3 ème constructeur mondial d’avions. En 2006, 95 % de ses ventes (3,8 milliards de dollars) se faisaient à l’exportation. Or elle vient de passer un accord de partenariat avec China Aviation Industry Corporation….

  • Nous n’avons maintenant pas seulement peur pour nos industries de main d’œuvre qui sont en perdition tel l’essentiel du textile, nous avons peur pour les emplois de nos chercheurs, de nos informaticiens et de nos scientifiques ! En 2007, 74 % des Français s’inquiètent de la mondialisation des échanges (IFOP). Or nous ne sommes pas seuls : Seuls 17 % des Américains et 15 % des Britanniques jugent positivement la mondialisation. (rapport Vedrine).

  • Le cas de la Chine, totalement enlisée après l’effondrement consécutif à son grand bon en avant, montre la rapidité des retournements possibles lorsque des politiques appropriées sont mises en œuvre. Le cas plus récent du Vietnam est aussi éloquent.


Les forces de la globalisation peuvent être profondément injustes, mais il y a pour chaque pays des marges de liberté


  • Il faut certes rester lucide sur l’injustice de certains mécanismes du marché mondial. Un exemple remarquable est le scandale des subventions US et européennes à leurs secteurs cotonniers qui étranglent les secteurs cotoniers africains pourtant très compétitis et qui risquent de les mettre à bas.

  • Mais l’expérience montre aussi que même dans les pays les plus pauvres, soumis à d’énormes contraintes géographiques et climatiques ainsi qu’à la pression de forces du marché mondial qui ne leur sont pas favorables, il existe des marges de manœuvre et des espaces de liberté permettant de procéder, comme le rappelle Anne De Lattre dans une préface à un livre célèbre3, à des choix qui expliquent largement succès et échecs.

  • L’Ouganda de Idi Amin, risée du monde, contraste singulièrement avec l’Ouganda de Museveni, le favori des bailleurs de fonds. Des pays aussi divers que le Chili, Maurice, le Bostwana connaîssent des croissances remarquables malgré des conditions géographiques particulièrement difficiles. Il faut y voir les conséquences de la qualité de la gestion économique. Une comparaison sur ce plan des performances respectives de la Côte d’Ivoire et du Ghana depuis l’indépendance de ces pays est très instructive.



b) Si l’on connaît mal les facteurs « déclencheurs » du développement, on a bien identifié les facteurs qui l’étouffent.


  • Les économistes ont longtemps cru connaître, croient connaître, les facteurs « déclencheurs » du développement.


Le modèle soviétique a montré ses limites et débouché sur un échec


  • Au cours des années suivant la 2 ème guerre mondiale, les économistes marxistes ou influencés par les thèses marxistes ont cru tenir la solution grâce à la planification centralisée, la propriété publique des moyens de production dans un contexte de prix administrés et une tentative d’industrialisation de l’agriculture.

  • Cette approche inspirée en fait du modèle d’économie de guerre allemand de la 1 ère guerre mondiale a montré sa capacité à construire une économie de guerre et de façon générale une industrie lourde et à maximiser des surplus agricoles malgré une très faible productivité du secteur rural. Ce modèle était paradoxalement largement fondés sur des mythes technologiques nord américains4 reposant sur la supériorité supposée du gigantisme tant en industrie qu’en agriculture. Le blocage général de l’innovation technique et la stagnation de productivité les ont condamnés. Ils ont été finalement mis à bas par les trois « i » : irresponsabilité, isolement, inefficacité,

  • La stagnation économique (hors pétrole et industrie lourde) de l’URSS, son échec agricole et le rejet de cette approche par la Chine et par l’Inde ont montré ses limites et sanctionné son échec.


Les modèles populistes redistributifs ne survivent que dans les pays pétroliers


  • De Nyerere à Allende en passant par Chavez et Ahmadinedjad, le scénario se répète : gestion économique irresponsable, étatisation de secteurs entiers de l’économie, redistributions anarchiques aux groupes qui soutiennent le régime, crises budgétaires, crises des balances des paiements, polarisation sociale, inflation et crises politiques.

  • Chavez , Ahmadinedjad et nombre d’autres régimes analogues sont sauvés par la manne pétrolière qui permet bien des fantaisies et qui permet de survivre aux régimes conduisant les politiques économiques les plus désastreuses de survivre .


Les modèles industriels fondés sur l’import substitution dans un contexte d’économies très protégées ont montré leur inefficacité


  • Les approches classiques des années 60 et 70 mises en œuvre en particulier en Amérique Latine, fondées sur l’import substitution et la construction d’industries espérées industrialisantes dans un contexte de forte protection, approches pourtant intellectuellement séduisantes, ont débouché sur des industries et activités non compétitives.

  • Mêmes dans les pays de taille moyenne, la diversité de la demande interne en biens intermédiaires ne peut être satisfaite par la seule production nationale et le modèle de « l’industrie industrialisante nationale» a échoué même dans les pays continents comme Inde et Chine. A plus forte raison elle a échoué dans des pays de taille moyenne comme l’Algérie dans les années 60 et 70.

  • L’isolement par rapport à la concurrence internationale conduit en effet à une non compétitivité structurelle et une inefficacité qui condamnent les secteurs excessivement protégés.

  • Ces approches ont ainsi fait faillite et sont aujourd’hui totalement discréditées. Le cas de l’échec industriel algérien présenté dans les années 70 comme un modèle en matière « d’industries industrialisantes » est significatif.


Le succès des stratégies fondées sur l’exportation de produits manufacturés et l’intégration au marché mondial est avéré. Mais :
a) l’interprétation du « modèle » suivi par les « dragons » n’est pas si aisé


  • La démarche des « dragons » du sud est asiatique est complexe car tous les dragons n’ont pas suivi le même modèle, même si tous ont fondé leur succès sur le développement accéléré d’une industrie exportatrice très compétitive.

  • Taiwan et Corée du Sud ont mis en œuvre des modèles (d’ailleurs différents) où la forte protection des industries naissantes était délibérément masquée derrière une phraséologie qui collait aux principes du libre échange de l’économie néoclassique, mais où un Etat puissant veillait à la régulation du système et au renforcement constant de la compétitivité des secteurs encouragés. La Thailande a suivi un modèle plus proche des thèses néoclassiques.

  • Les thèses néoclassiques fondées sur l’ouverture au commerce international ne correspondent pas au modèle suivi par certains des pays du SE asiatique, ni même au cheminement suivi par les pays aujourd’hui les plus riches (Cf USA qui se sont développés au XIX ème siècle derrière un extraordinaire protectionnisme)- Ce sujet est développé par Ha Jong Chang en particulier dans son ouvrage « Kicking away the Ladder5 ».


b) ce modèle est maintenant difficile à imiter pour les nouveaux venus


  • L’efficacité de ces modèles asiatiques est une source d’enseignement très importante. Mais il n’est aujourd’hui pas facile pour les pays pauvres de suivre ces modèles.

  • Les parts de marché sont en effet occuppées et les nouveaux venus peinent à trouver leur place. Dans le textile par exemple la fin des accords multifibres consacre une prédominance chinoise et ne permet guère aux nouveaux venus de se tailler une place dans un domaine qui constitue souvent la première étape d’un processus industriel.

  • les règles de l’OMC ne permettent pas non plus de suivre le chemin qu’ont emprunté les pays du SE asiatique dans les années 70/80 en protégeant leurs industries naissantes.

  • La transformation d’un Etat souvent prédateur au service d’une élite rentière parfois corrompue et peu soucieuse de l’intérêt général en un « Etat développeur » ne se décide pas d’un trait de plume. La bonne gouvernance ne peut être que le produit d’une évolution politique interne et d’une transformation de la société qui ne peut se décréter.


c) La crise mondiale sert de révélateur et met en évidence la fragilité de ce modèle.


  • L’intégration économique à l’échelle planétaire ( la globalisation) conduit à une propagation foudroyante de la crise économique en 2009. Certes les acquis des pays émergents sont loin d’être globalement remis en cause. Mais le modèle de développement fondé sur l’exportation va devoir profondément évoluer. Les marchés intérieurs devront jouer un rôle beaucoup plus important que par le passé.


d) Lle développement procède d’une alchimie qui reste mystérieuse et l’aide internationale ne peut ni le décréter ni le provoquer


  • Seules certaines circonstances politiques particulières peuvent expliquer cette démarche très spécifique qui correspond à une volonté de remise en cause de systèmes économiques inefficaces, souvent largement axés sur la maximisation de rentes grace au maintien ou à l’instauration de monopoles spécifiques (comme dans la France de l’ancien régime).

  • Si ces systèmes sont globalement inefficaces, ils servent à merveille certaines élites ou certains groupes sociaux. Le développememt implique un choix délibéré de remise en cause de ces « facilités » par un nouveau système qui recherche la compétitivité internationale. Ce n’est pas simple.

  • Il faut ici faire une analyse politico historique pour comprendre les mécanismes qui ont permis à certains pays de faire le saut permettant le développement et identifier en particulier le rôle de certains facteurs externes (crainte d’un voisin puissant, peur des élites qui se sentent en risque de marginalisation etc).

  • En tout état de cause l’aide internationale est désarmée face à ce processus. Elle peut faciliter le développement. Son action ne peut jamais le déclancher car elle se trouve sans moyen d’action sur ces processus politiques internes.


Le consensus est fragile sur le modèle idéal et sur les  « bonnes politiques » en matière de développement


  • A supposer que les élites « fassent le choix du développement », il n’y a pas aujourd’hui de consensus vraiment agréé sur un corps de doctrine et sur les politiques économiques susceptibles de garantir le succès. Nous verrons dans le chapitre 2 les mésaventures du consensus de Washington à cet égard. Les principes du consensus de Washington sont en effet largement (et pour certains à tort) discrédités, car leur manque de précision a donné lieu à des interprétations extrêmes par les idéologues du moins d’Etat de l’époque Reagan/Thatcher.

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