Conférence au cnam chaire de santé publique et développement





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Le débat sur la réhabilitation du rôle de l’Etat développeur n’est pas clos


  • La critique néoclassique du rôle négatif de l’intervention de l’Etat dans l’économie doit être soigneusement pesée dans les environnements politiques à gouvernance médiocre ou dégradée ou à faible capacité institutionnelle et technique. D’ailleurs même dans les environnements à forte capacité (France) les résultats ne sont pas tous probants….

  • On s’aperçoit pourtant que les pays qui réussissent (Chine, Inde, Vietnam, Brésil, Chili etc) respectent bon nombre des principes du « consensus » : (discipline fiscale et budgétaire, définition de priorités en matière de dépenses publiques, fixation d’un taux de change assurant la compétitivité, privatisation des entreprises publiques inefficaces, libération des économies du carcan des règles de l’économie administrée…). Mais d’autres aspects portant en particulier sur la libéralisation des échanges, l’ouverture aux capitaux internationaux et la dérégulation ne font pas consensus.

  • Il est à ce propos permis de rester sceptique sur le petit bréviaire simplifié de la Banque mondiale tiré du consensus de Washington qui a longtemps fondé ses recommendations ainsis que ses critères de notation sur les « bonnes politiques » (CPIA).


Nombre d économistes tentent de définir ’un corps de doctrine fondé sur la recherche pragmatique des déterminants de la croissance


  • Il semble aujourd’hui évident que de nombreux « déterminants de la croissance »pour reprendre l’expression du professeur Robert Barro qui enseigne à Harvard, ne relèvent pas de l’économie mais de la politique et de choix de sociétés.

  • R. Barro met ainsi en évidence à partir d’analyses statistiques complexes neuf facteurs fondamentaux de la croissance : Certains relèvent de conditions politiques : Le respect du droit, un minimum de libertés politiques. Mais le cas de la Chine dément le caractère indispensable de la démocratie contrairement à une certaine vulgate.

  • D’autres sont de nature économique : le taux d’investissement, des termes de l’échange favorables, le taux de change, une inflation maîtrisée, des dépenses publiques raisonnables et « sous contrôle ».

  • D’autres enfin relèvent de choix de société : Un niveau de santé publique satisfaisant s’exprimant par une espérance de vie élevée à la naissance, un fort niveau d’enseignement secondaire (masculin ! point certes à discuter), un faible taux de fécondité.

  • Une notion intéressante apparue récemment est par exemple celle de « capital social ». Cette notion renvoie entre autre au degré de confiance et d’entente qui règne entre individus au sein d’une société donnée. Ce capital social peut réduire les coûts de fonctionnement d’une économie donnée et faciliter son bon fonctionnement.

  • Un nouveau consensus se construit ainsi progressivement. Mais il doit être enrichi comme nous le verrons ultérieurement par l’enseignement de l’histoire récente portant en particulier sur l’analysse de la crise de 2009, les débats économiques en cours sur certaines thématiques fondamentales tel que le problème de la libéralisation du commerce international,

  • Il doit être enfin enrichi par les apports de certaines branches de l’économie qui se sont fortement développées au cours des années 90, en particulier ce que l’on appelle l ‘économie institutionnelle.


Un effort tout à fait remarquable pour construire un nouveau consensus a été conduit par la Commission sur la Croissance et le Développement dirigée par un prix Nobel d’économie, le professeur Michael Spence.


  • Cette commission qui a regroupé une vingtaiine d’économistes de grand renom et de praticiens de tous pays (ansien gouverneurs de banques centrales, anciens ministres des finances, anciens premiers ministres a produit en 2008 un remarquable rapport « The Growth Report »6 qui formalise l’expérience empirique acquise depuis vingt ans en matière de de croissance et développement dans les pays du Sud.

  • Ce travail colossal ‘a pas été diffusé comme il le mériterait. Mais ses conclusions doivent encore être réexaminées à l’aune de la crise en cours.

  • Il montre aussi qu’Il n’y a par contre toujours pas de consensus sur certains points qui donnent lieu à débat, en particulier les modalités de libéralisation du commerce international et de libéralisation des mouvements de capitaux, les réformes fiscales réduisant le taux marginal de prélèvement, la possibilité pour les pays du Sud de pratiquer des politiques contracycliques en temps de crise ( cf le débat qui a opposé Stiglitz et Fisher lors de la crise asiatique).


Il y a enfin aujourd’hui un large accord sur ce que sont les mauvaises politiques et leur contribution aux échecs en matière de développement :


  • Ainsi les dérives budgétaires, une inflation excessive, les taux de change fortement surévalués (attention au CFA !), l’imposition de prix administrés et de règles qui étouffent l’incitation à investir, le maintien de secteurs publics inefficaces et mal gérés, l’isolement des l’universités et des centres de recherche du monde de l’entreprise etc, sont des recettes qui on le sait, conduisent à l’échec (au fait qu’en est-il de la situation de la France par rapport à ces grands principes ... ?)

  • Il y a aussi consensus pour dire que « l’insuffisance de marché » par suite par exemple d’un enclavement géographique (disparition des routes rurales ou même régionales ce qui est fréquent…) ou du maintien de monopoles inefficaces ainsi qu’une gouvernance défaillante conduisant à la prédation (tels les mécanismes de prédation sur la commercialisation du cacao en Côte d’Ivoire…) expliquent une large part des échecs de développement.

  • Contrairement à beaucoup de thèses à la mode en France, nombreux sont les pays pauvres qui souffrent beaucoup plus d’une insuffisance de marché, d’une gouvernance interne gravement défaillante et de l’isolement par rapport aux forces de la globalisation que des excès de la mondialisation.

  • Le recours fréquent, pour tenter de justifier l’échec économique de nombreux pays du sud, à la mise en accusation des forces du marché mondial ou de la globalisation, constitue le plus souvent un écran de fumée pour masquer des erreurs colossales de politique économique et/ou des mécanismes de prédation et de pillage qui profitent à certains dirigeants. Certains discours du Président Mugabe sont à cet égard symptomatiques.

  • Combien de milliards ont ainsi été détournés par des caisses de stabilisation qui ne stabilisent rien, par des monopoles de commercialisation étatiques ou par des sociétés pétrolières nationales dont la première fonction est prédatrice.

  • Combien de crises économiques sont d’abord le produit de politiques économiques irresponsables et scandaleuses débouchant sur des déséquilibres macro économiques colossaux et l’effondrement des secteurs productifs comme aujourd’hui au Zimbabwe où la famine qui guette la population d’un pays qui fut le grenier de la région.

  • Sur ce plan, il est juste de dénoncer, comme l’a fait Stiglitz, certaines erreurs graves des programmes d’ajustement structurels de la Banque mondiale et du FMI. Mais attention, tous ne sont pas critiquables et en fait beaucoup des crises qui ont mobilisé ces institutions ont été provoquées par des politiques irresponsables ou scandaleuses !



Le succès économique des pays émergents constitue une nouvelle menace pour les équilibres écologiques mondiaux



  • Leur succès nous oblige en fait à revenir sur le concept de développement durable et nous accule à imaginer un nouveau mode de développement.



La soif de développement des pays émergents est maintenant irrépressible


  • Chine et Inde sont engagées dans une course de vitesse entre une croissance qui permet une amélioration des conditions de vie de centaines de million de pauvres non encore concernés par le développement économique et les formidables tensions sociales provoquées par les colossales inégalités, les chocs écologiques et les migrations internes massives que provoque le développement.

  • Le développement provoque de gigantesques inégalités entre régions. Ainsi les deux tiers des investissements étrangers en Russie se font à Moscou. Les trois quart de la production de biens de haute technologie en Chine provient de 4 provinces côtières. La moitié des Indiens vivant en ville ont un téléphone portable alors que le ratio dans les campagnes est de un sur vingt. Ces inégalités sont le produit normal du processus de développement. Mais elles créent de fortes tensions et provoquent d’énormes migrations.

  • De façon générale, alors que la croissance économique en particulier en Asie semblait conduire à une réduction des inégalités au cours des années 60 à 90, il semble que c’est maintenant à un accroissement des inégalités que l’on assiste. Ce phénomène en fait varie significativement selon les pays et la nature des politiques conduites. Mais il semble néanmoins que la manière dont se diffusent les progrès technologiques contribuent à renforcer ces inégalités qui sont largement liées aux possibilités d’accès à l’éducation.

  • Toujours est-il que les tensions liées à ces inégalités obligent les pouvoirs politiques à maintenir une croissance extrèmement rapide. Ces pays sont donc comme un cycliste sur un sentier étroit. Si la croissance tombe en dessous de 6/7 %, l’ampleur des crises sociales provoquées par les oubliés et les perdants du développement (populations déplacées, migrants économiques et écologiques) peut conduire à des crises politiques aigües.

  • La crise économique va certainement accroitre les tensions et mettre à l’épreuve la stabilité sociale dans ces pays.


Nous n’avons aucune visibilité quand à la viabilité de notre modèle de développement


  • Les recherches et débats sur les ressorts du développement, les réflexions de Amartya Sen sur sa finalité et enfin les discussions sur le concept de développement durable sont liées à la prise de conscience de la fragilité de notre mode de développement occidental mondialisé, fondé sur la consommation de ressources d’énergie fossile.

  • Nous sentons déjà par la tension sur les prix du pétrole qui est intervenue en 2008 et par les tensions sur les prix des céréales, la présence de 300 millions de Chinois et de 200 millions d’Indiens qui sont sortis de la misère, qui consomment plus et une nourriture plus riche (viande, etc.).

  • Qu’en sera-t-il si les classes moyennes des pays émergents représentent dans 20 ans, 2 milliards de personnes avec un niveau de consommation proche du niveau européen ? Déjà les analyses les plus sérieuses prévoient que la Chine produira plus de voitures que les Etats-Unis d’ici 5 à 6 ans.

  • Le succès espéré du processus de développement économique dans les pays émergents pose dès lors le problème de la soutenabilité de notre modèle de développement.

  • Nous sommes en effet d’abord confrontés à l’épuisement de certaines ressources énergétiques, en particulier le pétrole. Le problème n’est pars tant géologique que politique par suite de la médiocre performance des sociétés d’exploitation nationales et leurs stratégies d’éviction des « majors ».7

  • Nous réalisons aujourd’hui combien ce modèle est donc désormais menacé non véritablement par la pénurie mais par la non disponibilité de ces ressources.

  • Mais les experts du Club de Rome s’étaient déjà trompés en 1973 et nous avons peut être plus de temps devant nous que certains Cassandre ne le clâment. Des substitutions sont possibles si le prix du pétrole continue à augmenter. Le charbon peut donner du pétrole (cf l’Allemagne hitlérienne) or les réserves de charbon nous offrent une visibilité sur plusieur siècles.

  • Mais au-delà de l’épuisement de certaines ressources, nous allons, dans un monde que la télévision a transformé en village global, nous heurter à la contradiction entre les objectifs de réduction des inégalités qui exigent une croissance rapide des pays pauvres et les contraintes du réchauffement climatique.

  • L’explosion des inégalités est provoquée par la répartition très inégalitaire de la croissance économique là où elle se produit. Elle est aussi due au refus de modernisation et de développement de certains pays qui s’enfoncent progressivement dans des crises insolubles.

  • Or le monde devient un village global : au fonds du Sahel tout comme au fin fond de l’Afghanistan on voit des postes de TV branchés sur des batteries de camion passant en boucle feuilletons américains montrant notre mode de consommation souvent indécent mais aussi les émissions sur le voile islamique en France et la propagande anti israelienne de Al Jezirah.

  • La référence à la situation du Maghreb et du Moyen Orient montre que la voie est très étroite. Seule une croissance très rapide permettrait de mettre un baume sur les tensions sociales et intercommunautaires en offrant un emploi pour tous et un espoir d’amélioration économique pour chacun.

  • Mais nous avons vu que l’on peut être sceptique ou en tout état incertain sur les chances de succès en ce domaine au Moyen Orient, car l’inertie de la transition démographique bouscule ces sociétés dont les dirigeants répugnent à remettre en cause des modes de gouvernance inefficaces.


Un échec du développement serait dramatique, mais le succès va se se heurter en premier lieu au problème du réchauffement climatique



  • On voit déjà qu’une fois la crise économique passée, le PNB chinois va probablement tripler d’ici 2025 ce qui va impliquer un quadruplement de la production électrique, une augmentation de 150 % de la consommation de pétrole et un doublement de la consommation de charbon.

  • En Inde la production électrique devrait tripler d’ici 2025 et malgré la croissance de la consommation de gaz naturel et un programme nucléaire ambitieux, le charbon qui couvre aujourd’hui 65 % des besoins de production électrique restera la principle source énergétique.

  • Or le Brésil (230 millions d’hab en 2025), se développe rapidement. Le Mexique (130 millions d’hab en 2025) dont les provinces du nord vivent déjà au rythme des USA se développe aussi très rapidement. Où allons-nous si la région MENA (540 millions d’habitants en 2025) se développe au rythme chinois ? et où allons-nous si elle ne se développe pas !

  • Dans les pays occidentaux on voit mal se mettre en place une réduction massive de la consommation d’énergie pour compenser la forte croissance de la consommation énergétique des pays émergents. On attend au contraire un accroissement de 36 % de la consommation d’énergie des USA d’ici 2025.

  • Ainsi sur le plan environnemental la généralisation progressive engagée du mode de vie des classes moyennes des pays nouvellement industrialisés pose un grave problème de soutenabilité de notre modèle de développement mondialisé fondé sur le faible coût des transports lui-même du au faible coût de l’énergie.

  • Sur la seule base des processus en cours, nous voyons que le réchauffement climatique ne peut que s’accélérer sur le prochain quart de siècle et que le pic démographique envisagé à 10 ou 11 miliard d’habitants sera difficilement soutenable.

  • Si la crise économique remet par contre radicalement en cause ce modèle, la stabilité sociale et politique des pays émergents sera mise à très dure épreuve.

  • Aurons-nous la sagesse d’inverser un phénomène qui s’emballe ? mais comment pouvons- nous refuser aux peuples qui sortent de la misère de profiter des facilités auxquelles nous avons accès : chauffage, climatisation, mobilité, etc


La généralisation du «rêve américain » n’est pas soutenable


  • Le modèle du « rêve américain » avec voiture et maison individuelle ou de notre simple confort européen plus modeste qui concerne peut être au tota1 de l’ordre de un milliard de personnes sur la planête, ne peut bénéficier à 6 voir à terme 8 ou 9 milliards d’habitants, ni même sans doute à 3 ou 4 milliards comme l’espèrent sérieusement les pays émergents.

  • Sur la base des tendances existantes le stock mondial de véhicules devrait passer de 700 millions aujourd’hui à environ 3 milliards en 2050. Même les progrès technologiques permettent d’espérer une diffusion massive de véhicules « propres » (hybrides ou électriques), la simple fabrication et l’entretien de 3 milliard de véhicules, soit autant qu’il y avait d’habitants sur la planête en 1960, ne peut que se heurter à des limites physiques évidentes.

  • La généralisation de ce modèle impliquerait en effet la destruction quasi totale des forêts, la raréfaction des sources d’eau potable, la disparition de la pêche et d’une bonne part de la biodiversité, des destructions massives de sols par urbanisation et pratiques agricoles non soutenables, (rappellons que l’Iowa aux EU a perdu la moitié de sa SAU en 150 ans), un empoisonnement généralisé de l’atmosphère, des eaux et des sols par des pesticides, métaux lourds et autres produits toxiques.

  • Mais surtout ce modèle implique l’accélération des émissions de gaz à effet de serre qui conduirait à une accélération des températures correspondant aux fourchettes hautes des hypothèses actuelles du GIEC, avec les conséquences dramatiques en terme de disparition des zones basses (Venise certes, mais aussi Londres, New York et 70 % du Bangladesh !) sans oublier une sécheresse dramatique tout autour de la Méditerranée dans des zones déjà soumises à des tensions multiples.



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