Conférence au cnam chaire de santé publique et développement





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date de publication21.10.2019
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Conclusion
Le succès des pays émergents pose en fait le problème de la soutenabilité de l’empreinte écologique de notre modèle de développement


  • En moyenne un habitant du monde développé : EU, Europe, Japon consomme environ 32 fois plus de ressources énergétiques et produit 30 fois plus de déchets qu’un habitant de PMA. Le simple maintien des niveaux de consommations actuels pose déja problème puisqu’il implique une exploitation accrue des matières premières de l’ensemble de la planète, la disparition des stocks pélagiques, la quasi disparition de la forêt amazonienne etc.

  • Si la Chine seule atteint notre niveau de vie européen, l’impact global actuel de l’homme sur la planète doublera. Si deux autres milliards d’êtres humains atteignent notre niveau de vie, laissant quand même sur le bord de la route quatre à cinq milliards d’êtres humains (!) l’impact écologique va quadrupler.

  • Les travaux de recherche prospective les plus sérieux considèrent qu’à l’horizon 20258, nous n’aurons certes pas atteint au plan mondial un point de rupture en termes démographique, énergétique et environnemental. En revanche ils considèrent que la situation sera beaucoup plus difficile qu’aujourd’hui sur ces trois plans.

  • Ils considèrent qu’in fine nous nous orientons vers une dégradation globale des conditions de vie de l’humanité dont le caractère sera plus ou moins prononcé selon les régions, les situations les plus problématiques devant se présenter en Afrique sub saharienne, au Maghreb au Proche Orient et sur le pourtour méditerrannéen, et enfin en Asie Centrale.

  • Pour autant l’Europe aura beaucoup de mal à rester un havre de paix car elle est bordée de régions, en particulier le Maghreb, l’Afrique Subsaharienne et surtout le Proche Orient dont la situation écologique, économique et sécuritaire a toutes chances de se dégrader gravement;

  • Des scénarii dramatiques sont possibles en Afrique sub saharienne où un effondrement de l’Afrique centrale est possible si la situation en RDC devait à nouveau se dégrader;

  • Des scénarii tout aussi dramatiques et encore plus déstabilisants pour l’Europe sont aussi possibles au Proche Orient avec des crises affectant Palestine, Irak et Liban, interréagissant avec des crises en Afghanistan et au Pakistan, déstabilisant par ricochet les régimes saoudiens et égyptiens. Sans compter que la stabilisation de la Russie est loin d’être assurée…



Nous sommes donc confrontés à un double problème : inventer un nouveau modèle de développement, ne pas abandonner les oubliés du développement.


  • Face à une civilisation qui apparaît prédatrice vis-à-vis de son environnement, il nous faut inventer un nouveau modèle de développement, soutenable cette fois, qui ne peut non plus être la non croissance ou la décroissance, ne rêvons pas ;

  • Ce faisant il importe aussi de ne pas laisser sur le bord du chemin les oubliés de la croissance.

  • D’ores et déjà il est évident que de nombreux pays du Sud vont se heurter à brève échéance (25 ans) à au moins trois problèmes environnementaux majeurs : la raréfaction des ressources en eau, la dégradation des conditions de vie dans les mégapoles urbaines, le réchauffement climatique.

  • Dans certaines régions la disponibilité en eau va se réduire considérablement sous l’impact de la croissance démographique, du réchauffement climatique et des pratiques agricoles inadaptées. Au Maghreb/ MO la disponibilité par habitant sera probablement divisée par deux à l’horizon 2030, autant dire demain.

  • Les conditions de vie (habitat, accès aux services de base, assainissement, pollution atmosphérique) ont aussi toute chance de se dégrader gravement dans les grandes mégapoles du Sud où la situation est déjà très préoccupante. Les conséquences en termes de risques d’épidémies que les services de santé de ces pays ne sauront contrôler peuvent être gravisimes au plan mondial.

  • Les émissions de gaz à effet de serre ne peuvent que s’accroître compte tenu d’un accroissement de la demande d’énergie de l’ordre de 50 % d’ici 2025, sachant que les deux tiers de cet accroissement de demande viendront des pays du Sud. Or cette demande sera pour environ 80 % satisfaite par des ressources d’énergie fossile, en particulier le charbon pour la génération électrique. La part d’énergie renouvelable dans la consommation globale, sur la base des trends actuels (certes « pré Obama ») ne devrait pas dépasser 8 % à horizon 2025.

  • Si l’on en croit l’analyse majeure de prospective effectuée par l’Institute of Security Studies pour le compte de l’Union Européenne en 2006 déjà cité, le monde dans 20 ans sera déjà « plus peuplé, plus exploité et plus pollué qu’il ne ‘est aujourd’hui » et sera dans ces conditions « un lieu bien moins accueillant»….

  • Face à ces incertitudes colossales, l’horizon est flou et les perspectives incertaines. Nous gardons encore notre foi dans le progrès technique et son aptitude à résoudre au fur et à mesure de leur apparition les problèmes que nous pressentons pour l’avenir. Mais nous commençons quand même à douter.


Notre foi dans le « progrès » est ébranlée



  • Nous avançons en fait à tâtons. Nous perçevons que chaque « progrès » apporte en effet aussi son lot d’inconvénients qu’il faut ensuite gérer.

  • L’agriculture intensive a permis de faire mentir Malthus et de résoudre le problème alimentaire en Asie comme en Europe. Mais l’usage inconsideré des pesticides conduit à une multiplication des cancers. Les grands barrages depuis Assouan au barrage des trois gorges sur le Yangtsé apportent certes les bienfaits de l’électricité mais s’accompagnent de désastres écoogiques.

  • Nous nous inscrivons certes dans un continuum historique toujours marqué par l’espoir dans le progrès des sciences et des techniques pour l’amélioration des conditions humaines. Notre conception du développement s’inscrit dans une philosophie du « progrès » qui nous relie au Siècle des Lumières et aux espoirs de coopération internationale et d’équilibre entre les nations évoqués par Kant.

  • Mais nous doutons de plus en plus. Nous sourions face à la confiance dans le « progrès » exprimée par l’instituteur dans « la Gloire de mon père ». Deux guerres mondiales sont passées par là. La menace nucléaire aussi.

  • Loin de la vision de Fukuyama d’une fin de l’histoire, il nous faut nous préparer à une contestation globale de la mondialisation qui risque de prendre deux formes préoccupantes:

  • Un retour des forces nationalistes les plus réactionnaires comme nous le constatons aujourd’hui par exemple en Russie.

  • Une expansion du fondamentalisme religieux notamment dans le monde musulman, option qui offre des explications simples et des solutions faciles à tous les peuples dont la culure et les traditions sont menacées par la modernité induite par le processus de mondialisation. Huntington avait bien pressenti le problème.

  • En fait la vision simpliste de Fukuyama qui croyait que la chute du mur de Berlin ouvrait une voie royale au triomphe de la démocratie libérale se heurte à une dure réalité: celle de l’impossibilité d’imposer plus qu’une démocratie de facade à des structures sociales, économiques et culturelles qui n’y sont pas préparées ; celle du risque aussi que des démocraties fragiles incapables de contrôler leur territoire ne dégénèrent en Etats faillis.


La sortie de trois siècles d’hégémonie occidentale complique encore plus la donne


  • L’émergence rapide des nouvelles puissances : Chine, Inde, Brésil, Mexique, Indonésie, peut-être Iran, fait que le système international simple que nous avons connu tant pendant la guerre froide (bipolarité) que depuis la chute du mur de Berlin (hégémonie américaine), va être remplacé par un système multipolaire aux contours et aux règles de fonctionnement très incertains9.

  • Selon que ce monde multipolaire se structure de façon cohérente en visant à la stabilité globale sur la base d’intérêts partagés, ou au contraire, s’organise dans une logique d’affontement entre en gros, démocraties occidentales et le reste du monde, nous aurons un XXI ème siècle « relativement » (très relativement) paisible, ou au contraire un XXI ème siècle encore plus dramatique que le XX ème siècle.

  • Nous avons du mal à percevoir ce risque car nous sommes encore anesthésiés par le confort douillet de notre univers européen post 1989. Nous avons oublié l’enseignement des pères fondateurs de l’Europe qui savaient que l’histoire est avant tout tragique.

  • Le scénario optimiste ne reste d’ailleurs que « très relativement » paisible car les Etats faillis et l’extrème pauvreté des zones périphériques à la mondialisation constitueront une source permanente d’instabilité. Cette instabilité débordera sans cesse les frontières poreuses de ces Etats. Sans menacer directement la survie des pays riches, elle peut néanmoins mettre en péril leur sécurité par le terrorisme et les épidémies10.

  • Ce que nous savons c’est que notre capacité propre (France) d’influencer cette évolution vers ce scénario « relativement » optimiste sera nulle si nous nous inscrivons hors du contexte européen.


Nous allons vers un monde plus instable.


  • Mais de toutes façons, les pays occidentaux (USA plus Europe) vont perdre une bonne part de leur capacité d’influencer (diriger) les affaires du monde par suite de l’affaiblissement de leur poids relatif démographique et économique. Il suffit de se rappeller à ce propos la réaction des pays émergents au mode de désignation du directeur général du FMI. Il aura fallu toute l’habileté de Dominique Strauss Khan pour calmer leur bronca, et surtout la promesse formelle que c’était bien la dernière fois…

  • Quelle vision avons-nous donc finalement du monde à échéance d’un siècle ? Nous vivons en fait dans un espace étroitement borné par des préoccupations de court terme. Nous avons du mal à imaginer même l’avenir de nos petits enfants.

  • Qui pense encore le très long terme comme Colbert qui planifiait sur deux siècles la construction des navires de la marine royale ? Ou comme certaines civilisations antiques qui s’inscrivaient dans des perspectives millénaires ?

  • Proposer la non croissance que proposent certains responsables verts à des pays du Sud dont les populations aspirent à rejoindre nos modes de vie est bien sur irréaliste. Les pays en stagnation sont d’ailleurs comme nous l’avons vu non en équilibre stable, mais en déséquilibre grave qui laisse craindre des crises de grande ampleur et des drames humanitaires s’ils basculent dans la non croissance.

  • Mais nous commençons à réaliser et à mesurer que vouloir étendre à la planète entière notre mode de vie prédateur fondé sur la consommation de ressources d’énergie fossile nous mènera à une impasse écologique bien avant que la moitié des 9 ou 10 milliards d’êtres humains qui prochainement peupleront la planète aient atteint notre niveau de vie.


Faut-il revenir à Malthus ?


  • Alors le retour de Malthus ? Oui et non.

  • Non car l’histoire nous enseigne que souvent le progrès technique, l’intelligence humaine et la raison dans le choix des politiques ont permis de faire mentir Malthus

  • Les grands experts des années 60 et 70, de Gunnar Myrdal à Lester Brown et Paul Erlich qui nous annoncaient la famine en Asie et les catastrophes démographiques se sont trompés. La révolution verte a sauvé l’Asie de la famine et des politiques économiques efficaces permettent d’espérer la sortir de la pauvreté.

  • Mais attention ! Malthus n’a pas toujours eu tort !

  • L’analyse de Jarred Diamon nous rappelle à ce propos dans son dernier ouvrage (« Collapse ») consacré à l’effondrement de certaines civilisations, que dans de nombreux cas Malthus a eu raison et que la non soutenabilité environnementale de nombreuses cvilisations les a conduites à l’effondrement.

  • Notons à cet égard que pour Diamond, le Rwanda a d’abord été une crise typique de contradiction malthusienne.


Un scénario perdant/perdant est possible


  • Sans vouloir terminer sur un ton dramatique, nous pouvons nous retrouver dans un scénario perdant- perdant, caractérisé par :




  1. un échec du développement dans de vastes régions qui ne sont pas prêtes aux indispensables réformes de gouvernance : Moyen Orient, Afrique etc. et

  2. par un succès confirmé et généralisé du développement des régions en forte croissance, succès qui de son côté sera gravement déstabilisant pour les équilibres écologiques et en particulier climatiques.


Aurons-nous la volonté de mettre en œuvre un scénario gagnant ? Aurons-nous surtout le temps ?


  • Nous voyons s’esquisser les grands traits de politiques économiques plus respectueuses des équilibres écologiques, moins consommatrices d’énergie fossile. Nous pouvons penser que nous avons la capacité d’inventer dans les décennies à venir un nouveau modèle de développement réellement durable.

  • Mais aurons-nous la volonté de le mettre en œuvre ? Aurons-nous surtout le temps ? Après 600 pages d’une analyse passionnante et d’une remarquable rigueur Jared Diamond est lui-même bien perplexe à cet égard.

  • Alors après un XX ème siècle bien chahuté, que sera le XXI ème siècle ? Il sera ce que vous tous qui avez l’avenir devant vous, déciderez finalement d’en faire par vos efforts, votre lucidité, votre indépendance d’esprit et votre action personnelle et collective.

  • Dans ce contexte une aide publique au développement rénovée, dépoussiérée, et soucieuse d’efficacité peut constituer l’un des facteurs de régulation qui permettra de faire pencher la balance du bon côté.

  • Mais c’est un autre sujet que nous aborderons dans un autre contexte….




1 « The Elusive Quest for Growth », William Easterly, MIT Press2001.

2 Il faut compter de 50 à 100 moteurs de ce type dans chaque automobile moderne….

3 “Le Sahel au XXI ème Siècle »Jacques Giri, Karthala1989.

4 Voir à ce propos: “The Sovier Model and Under Developped Countries” Charles Wilber, University of North Carolina, 1969 et aussi “Les Apprentis Sorciers du Développement »Serge Michailof, Economica 1987.

5 “Kickiing Away the Ladder”, Ha Jong Chang, Anthem Press, London, 2002.

6 “The Growth Report, Strategies forSsustained and Inclusive Development” Michel Spence, Commission on Growth and development, World Bank 2008.

7 Voir à ce propos la récente interview de Chistophe de Margerie, le PDG de Total dans l’Economist du 12 janvier 2008.

8 Voir à ce propos: “The New Global Puzzle- What World for the EU in 2025?”Nicole Gnessot & Giovanni Grevi, Institute for Security Studies, Paris 2006.

9 Voir à ce propos: “The Return of History and the End of Dreams” Robert Kagan, Atlantic Books, London, 2008.

10 Rappellons cici l’essai remarquable de Jean Christophe Ruffin, « L’Empire et les Nouveaux Barbares, » Jean Christophe Ruffin, JC Lattes, 1991.

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