Interview collective accordée par le président de la République, Luiz Inácio Lula da Silva





télécharger 0.71 Mb.
titreInterview collective accordée par le président de la République, Luiz Inácio Lula da Silva
page4/15
date de publication18.01.2020
taille0.71 Mb.
typeInterview
1   2   3   4   5   6   7   8   9   ...   15

* Données provisoires
Source : http://europa.eu/rapid/pressReleasesAction.do?reference=STAT/08/185&format= HTML&aged=0&language=FR&guiLanguage=en


Document : Remarks by Herman VAN ROMPUY

President of the European Council

at the press conference after the EU-Brazil Summit (2010)

Brasilia, 14 July 2010
Good afternoon / Boa tarde

I would like to thank President Lula for his hospitality and the organisation of this EU-Brazil summit here in Brasilia. This is the first summit with Brazil under the new Lisbon Treaty but unfortunately the last with President Lula.

On the behalf of the EU, I thank him for his major achievements in Brazil in particular in creating a strong economy and at the same time social justice and less poverty. He has brought Brazil closer to Europe and its social model.

Today's summit is a important opportunity for having a open and fruitful exchange on crucial topics both for Brazil and the EU.

I would like to make remarks on the following two points:

On the global economic and financial situation: it is the highest priority for the EU to safeguard and strengthen global economic recovery and structural economic growth. We treasure our work with Brazil and others within the G20 on coordinating economic policy. As a result, world economy was only for one year in recession. In this regard, we had also some good results in Toronto. We are now looking forward to the financial reform agenda at the next G20 summit in Seoul.

According to some doomsayers, the euro and European banks were at the brink of collapse earlier this year, and European economies rapidly shrinking. Economic data and strong measures taken in most Member States and in the Union are not confirming this pessimism.

Seen from Europe, there has been a series of crises, crisis of private debt - in some way imported from outside-, which then became a economic crisis. And early 2010, we were facing something close to a monetary crisis, which I suppose many of you in Brazil also kept a close eye on.

In retrospect we can now see that the EU is still standing steady and now back on the track to growth. This because:

- The European Union has managed to deal effectively with the euro crisis.

- we are working to avoid repetition, improving our fiscal rules and strengthening our financial sector.

- we are moving forward to improve long term economic growth in a new economic strategy

Lastly, just to remind you that the European Union today has some remarkable assets, unlikely to disappear overnight.

Our single currency, the euro, has for instance strong fundamentals. Since its creation in 1999, we have had eleven years of low inflation; the euro zone is close to equilibrium on the current account of the balance of payments and has an average budget deficit half as important as other main players. The common market has always been Europe's strength. It is the biggest one in the world, 500 million people with a high purchasing power. Now we need convergence in economic development and policies inside the euro zone to underpin the credibility of our common currency.

We will succeed. At the end of October in the European Council we will decide on a new way of economic governance.

We have decided in the EC to publish the results of the stress tests of our main banks. The tests will cover 91 major banks in the EU, representing 65% of the EU banking sector. Results will be disclosed both on an aggregated and on a bank-by-bank basis on 23 July. They will be accompanied - if needed - by a series of measures to strengthen banks. This should bolster confidence by ensuring full transparency and dispel harmful rumours.

As you can see, these measures represent an impressive package and demonstrate our strong commitment to stability and growth. They are already reaping benefits. Markets are gradually stabilising and confidence is returning. This is key because without confidence the recovery faultier.

The best contribution the EU can make for worldwide economic growth is the stability of the euro zone.

The latest economic and financial turmoil did not change these strong fundamentals. Nor did they undermine the strong will of European political leaders to work together. On the contrary. We are convinced that the stability of the eurozone is the best contribution to economic growth worldwide.

To conclude, we are very pleased with the results and the deliverables of this summit. Brazil is a real strategic partner for the European Union. This would not have been possible without President Lula.

Thank you \ obrigado

Source: http://www.consilium.europa.eu/uedocs/cms_data/docs/pressdata/en/ec/115803.pdf PCE 164/10

Les projets commerciaux du Brésil

dans le cadre du Mercosur

avec l’Union européenne

et les pays en développement :
un même contexte, des perspectives différentes


élodie Brun

Sciences Po Paris


« Il est fondamental de continuer à dessiner une nouvelle géographie économique et mondiale, qui, tout en préservant les relations vitales avec les pays développés, crée des ponts solides entre les pays du Sud, qui pendant longtemps sont restés isolés les uns des autres ». Tel est l’un des objectifs de politique extérieure du Président brésilien Luiz Inácio Lula da Silva, dont le mandat entamé en 2003 touchera à sa fin début 20111. L’action diplomatique brésilienne s’est surtout fait remarquer dans ce domaine par son action au sein de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), lorsqu’en septembre 2003, sous son impulsion soutenue par l’Inde et l’Afrique du Sud s’est formé le G-20 commercial. Ce dernier s’est rendu célèbre par son opposition aux États-Unis et à l’Union européenne (UE) sur le dossier agricole, entraînant le blocage des négociations lors de la Conférence ministérielle de Cancún2, processus toujours dans l’impasse en 2010. Les ambitions de la diplomatie économique du Brésil se lisent également dans les orientations des accords commerciaux1 du Mercosur2. En effet, le Brésil est engagé dans ce processus d’intégration régionale depuis 1991, donc tous les projets de libéralisation économique passent par le Mercosur. Cette imbrication justifie le lien Brésil-Mercosur établi ici, excluant toute supposition de mainmise de ce pays sur l’organisation. Chaque projet d’accord étant décidé collectivement, les orientations actuelles de la politique étrangère des autres États membres pourraient tout autant être objet d’analyse. Le Mercosur a initié des négociations à la fois avec l’Union européenne et avec certains pays en développement (PED3). Il offre donc la possibilité d’analyser comparativement la stratégie commerciale brésilienne envers ses différents partenaires, et d’apprécier comment le Président Lula a mis en œuvre son souhait de modifier la géographie commerciale mondiale4. Dans quelle mesure l’évolution des accords signés par le Mercosur avec ses différents partenaires est-elle le reflet des orientations diplomatiques, assumées par le gouvernement de Lula ? Existe-t-il uniquement des raisons politiques sous-jacentes à cette stratégie ? Tout d’abord, force est de constater la prolifération des projets Sud-Sud face à la stagnation des négociations avec l’Union européenne. Toutefois, cette situation reflète aussi les difficultés que connaît l’avancée de la libéralisation commerciale mondiale. Au final, ces orientations diplomatiques semblent bien répondre à un projet stratégique du Brésil, mais qui trouve ses racines au-delà des motivations politiques des dirigeants actuels.

Prolifération au Sud, stagnation au Nord

Selon les informations rendues publiques par le Mercosur via son site Internet, le projet d’accord de coopération avec l’Union européenne est le plus ancien. Les négociations ont débuté en 1999, mais elles n’ont pas encore abouti. Au contraire, depuis les années 2000 fleurissent les projets d’accord avec des partenaires non traditionnels du Mercosur, en particulier des pays en développement1.
Les différents accords signés par le Mercosur avec l’UE et certains PED


Date

Partenaire

Type d’accord

Entrée en vigueur

15 décembre 1995

Communauté européenne (future UE)

Accord cadre interrégional de coopération

1er juillet 1999

15 décembre 2000

Afrique du Sud

Accord pour la création d’une zone de libre-échange

15 décembre 2000

26 juin 2001

Communauté européenne (future UE)

Mémorandum d’entente sur les orientations pluriannuelles pour la réalisation de la coopération communautaire

26 juin 2001

17 juin 2003

République d’Inde

Accord cadre

Manque ratification Inde

25 janvier 2004

République d’Inde

Accord de commerce préférentiel

1er juin 2009

7 juillet 2004

République arabe d’égypte

Accord cadre

Pas en vigueur

26 novembre 2004

Royaume du Maroc

Accord cadre de commerce

Manque ratification Maroc

16 décembre 2004

SACU (Union douanière d’Afrique australe)

Accord de commerce préférentiel

Pas en vigueur

10 mai 2005

CCG (Conseil de coopération du Golfe)

Accord cadre de coopération économique

Pas en vigueur

20 juillet 2006

République islamique du Pakistan

Accord cadre de commerce

Pas en vigueur

24 septembre 2007

République de Singapour

Mémorandum d’entente sur la coopération en matière de commerce et d’investissement et Plan d’action

24 septembre 2007

30 juin 2008

Royaume hachémite de Jordanie

Accord cadre




30 juin 2008

République de Turquie

Accord cadre pour l’établissement d’une zone de libre-échange

Pas en vigueur

15 décembre 2008- 3 avril 2009

SACU

Accord préférentiel de commerce

Pas en vigueur

23 juillet 2009

République de Corée

Mémorandum d’entente pour l’établissement d’un groupe consultatif conjoint pour la promotion du commerce et des investissements

23 juillet 2009

2 août 2010

République arabe d’égypte

Accord de libre échange

Pas en vigueur

Source : élaboration propre d’après http://www.mre.gov.py/dependencias/tratados/mercosur/registro%20mercosur/mercosurprincipal.htm 13-09-2010.
Trois accords ont même été signés, l’un avec l’Union douanière d’Afrique australe (SACU en anglais1) en 2004, approfondi en 2009, un autre avec la République d’Inde signé en 2004 et entré en vigueur en juin 2009 et un dernier avec l’égypte en août 2010. Par ailleurs, il existe six autres projets d’accords dits Sud-Sud - car entre pays en développement - en cours de négociations ainsi que deux mémorandums d’entente en application. Enfin, il convient d’ajouter que depuis fin novembre 2008, le Mercosur a entamé un dialogue avec l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN).

Une nouvelle dynamique est donc à l’œuvre dans la stratégie externe du Mercosur, renforçant ses liens avec d’autres pays en développement. Ce changement peut s’expliquer à la fois par le blocage de la libéralisation du commerce mondial et par les stratégies diplomatiques des membres du Mercosur, en particulier du Brésil.

Une libéralisation commerciale mondiale en difficulté

Impasse à Doha, blocage interrégional
Actuellement, les négociations à l’OMC sur la libéralisation multilatérale du commerce sont bloquées. Ce constat permet de comprendre pourquoi le dialogue entre le Mercosur et l’Union européenne patine alors que se multiplient les accords du Mercosur avec d’autres partenaires. Après plus de dix rondes de négociations lancées en 1999 entre le Mercosur et l’Union européenne, les pourparlers sont tombés dans une impasse en octobre 2004, à la suite de l’échec des négociations du Cycle de Doha lors de la conférence ministérielle de Cancún de septembre 20031, et du blocage sur la question agricole.

Plusieurs analystes ont conclu que cet échec était lié à l’abandon du projet d’Accord de libéralisation des Amériques (ALCA) après le Sommet de Mar del Plata de 20052. En effet, les deux projets ont coïncidé dans le temps : l’Accord de Madrid de 1995 mettant en œuvre les négociations Mercosur-UE a eu lieu un an après le lancement de l’ALCA lors du Sommet de Miami. Cependant, l’UE et les États-Unis ne sont pas les mêmes partenaires économiques pour le Mercosur, le premier étant acheteur de matières agricoles et le second de produits manufacturés. Les enjeux sont donc différents dans les deux processus de négociations et l’échec de l’ALCA ne permet pas d’expliquer à lui seul le blocage du projet Mercosur-UE.

Il convient également d’ajouter que l’immobilisation des négociations à l’OMC, suite à l’action du G-20 constitué en grande partie grâce à la diplomatie brésilienne, est dû au dossier agricole. Or, c’est cette même question qui mine les pourparlers avec l’UE. La pause d’octobre 2004 semble donc fortement liée à l’impasse de Cancún. De fait, la Commission européenne elle-même présente la situation dans ces termes : « L’Union européenne ainsi que le Mercosur reconnaissent qu’un meilleur éclaircissement sur les résultats du Cycle de Doha est nécessaire pour pouvoir conclure un accord entre l’UE et le Mercosur »3. L’UE préfère donc avancer le dossier multilatéral afin de faire les mêmes concessions à tous ses partenaires, et ainsi les étendre au cas bilatéral avec le Mercosur. Au niveau multilatéral, l’UE est la cible des critiques du Brésil et de ses partenaires du Mercosur car elle est considérée comme trop protectionniste pour son agriculture, ce qui a des conséquences directes sur les projets bilatéraux relevant du même domaine.

L’obstacle majeur entre l’UE et le Brésil est la Politique agricole commune (PAC4), déterminée au niveau communautaire et actuellement programmée jusqu’en 2013. Le Brésil reproche à l’UE de protéger ses producteurs agricoles en subventionnant leurs productions, générant ainsi une baisse déloyale des prix, et d’imposer de nombreuses restrictions d’accès au marché communautaire, notamment via des normes phytosanitaires. Mais l’Union européenne n’est pas en mesure de réformer la PAC avant 2013, et même après cette date, tout dépendra de la volonté des États, en particulier de ceux qui ont de forts intérêts agricoles comme la France. Donc, au moins jusqu’à cette date, les deux partenaires se retrouvent potentiellement dans une impasse.

Pour le Brésil, la question agricole est très importante car le secteur agro-alimentaire représente 32% de son Produit intérieur brut (PIB), 38% de ses exportations et 28% des emplois en 20051. Surtout, certaines années, l’UE peut représenter jusqu’à 80% des exportations agricoles brésiliennes, même si cette tendance est à la baisse avec l’émergence de la Chine comme nouveau débouché. Pour l’UE, le Mercosur ne représente en revanche que 3,8% de ses importations et 1% de ses exportations primaires. Ce partenaire n’est donc pas prioritaire pour les États membres qui préfèrent obtenir des accès aux biens des produits manufacturés et des services.

Toutefois, il existe des signaux prouvant que les partenaires n’ont pas renoncé au dialogue, dans l’attente du déblocage des négociations du Cycle de Doha. Ainsi des réunions techniques continuent-elles d’avoir lieu afin de maintenir des contacts entre les deux entités. Au total, six ont été organisées entre 2004 et 2008, ce qui représente un rythme soutenu. De plus, les négociations officielles ont été relancées lors du sommet UE-Mercosur de mai 2010. La conclusion d’un accord UE-Mercosur se maintient donc à une place importante dans les agendas respectifs, ce qui rappelle que les relations Sud-Sud n’ont pas vocation à se substituer aux relations extérieures traditionnelles du Brésil avec les États-Unis et l’Union européenne. L’objectif du Brésil est de profiter des diverses opportunités qui se présentent à lui pour élargir son insertion dans le commerce international2.

Ainsi, comme le souligne Olivier Louis, spécialiste de ces questions économiques, le blocage des négociations de l’OMC, plus particulièrement les difficultés à avancer sur la libéralisation des échanges internationaux, est dû plus à une crise du système multilatéral commercial qu’à une opposition Nord-Sud. Cette crise est elle-même provoquée par un manque de volonté politique des partenaires à vouloir résoudre les impasses actuelles. En effet, les résultats du Cycle de l’Uruguay3 ont été fortement négatifs pour les pays en développement. C’est d’ailleurs pour cette raison que le Cycle actuel a été nommé « Programme de Doha pour le développement ». Les PED ont accepté de retourner à la table des négociations avec l’idée de retrouver une meilleure position dans le commerce mondial. Ils attendent par conséquent des concessions unilatérales de la part de leurs partenaires plus riches, notamment l’Union européenne. Or, les pays développés ne sont pas d’accord avec cette position et souhaitent obtenir des avantages réciproques.

Le Cycle de Doha a donc deux effets principaux : d’une part, le blocage des négociations avec les partenaires des pays développés, comme dans le cas du Mercosur avec l’Union européenne ; et d’autre part, la prolifération de projets d’accords économiques avec les autres pays en développement, reflétant à la fois une universalisation du commerce mondial et une complexification de son profil.
Une libéralisation Sud-Sud nouvelle et limitée
À la suite du blocage des négociations multilatérales et des grands projets de libéralisation économique tel que l’ALCA, des accords bilatéraux entre États et/ou structures régionales se sont multipliés. Le cas de la signature d’accords entre les États-Unis et plusieurs pays d’Amérique latine1, tels la Colombie, le Costa Rica et le Pérou, est le plus connu. Or, des accords Sud-Sud se sont également multipliés, comme le cas du Mercosur nous a permis de le constater.

Le Mercosur a déjà conclu trois accords avec d’autres partenaires du Sud, dont deux la SACU et l’Inde dans un temps record de négociations : quatre ans pour la SACU, et sept mois dans le cas indien. Ce résultat est aussi le fait de stratégies différentes de libéralisation entre ces partenaires du Sud. L’Union européenne propose en effet un projet très large appelé « Accord d’association » qui inclut trois volets : le dialogue politique, la coopération et un traité de libre-échange très complet comprenant les biens, les services et les investissements2.

Au contraire, les accords signés avec la SACU et l’Inde sont d’ampleur plus modeste. Il s’agit d’accords commerciaux se limitant aux échanges des biens, et parfois de certains produits particuliers seulement. Ils sont conçus différemment du projet européen qui vise à englober tous les thèmes dès le départ. Les deux autres accords Sud-Sud sont des processus visant à être approfondis par étapes successives, cette stratégie pouvant être décrite comme progressive. Dans un premier temps il s’agit de signer un document limité afin de lancer un programme de négociations d’élargissement de l’accord de base par la suite. C’est ce qu’il s’est déjà passé avec la SACU : un premier accord sur 958 produits a été signé en décembre 2004 et remplacé par un second document plus large, comprenant plus de 1000 produits, signé par toutes les parties en avril 20091. Ces deux accords nous enseignent que face à la difficulté de concrétiser des projets ambitieux, une stratégie plus prudente et moins présomptueuse, celle des négociations par étapes successives, est peut-être plus efficace dans le contexte actuel. Ceci est d’autant plus important pour des pays dont l’objectif primordial est d’assurer leur développement économique, ce qui implique de conserver une marge de manœuvre permettant d’assister des secteurs prometteurs de leur économie.

Cependant, des sept projets signés par le Mercosur, quatre connaissent des difficultés dans la phase de concrétisation et les négociations n’avancent pas aussi rapidement que dans les cas de la SACU et de l’Inde. Il convient aussi de rappeler que ces accords sont très récents et nécessitent souvent de longues périodes de pourparlers. Ainsi, les Accords d’association UE-Chili et UE-Mexique ont requis plus de cinq ans de discussions, de même que le projet Mercosur-SACU dont le premier accord date de l’an 2000 entre l’entité latino-américaine et l’Afrique du Sud (la SACU étant incluse a posteriori).

Les projets Sud-Sud n’échappent donc pas non plus aux actuelles difficultés de la libéralisation générale du commerce international. Selon les informations disponibles2, les négociations entre le Mercosur et le Maroc n’avancent que laborieusement. En 2008, des réunions ont repris mais n’ont abouti à aucune signature d’accord. Le cas du projet avec le Conseil de coopération du Golfe (CCG) montre des difficultés similaires à celles soulignées entre le Mercosur et l’UE. En effet, certains secteurs internes s’opposent à l’ouverture des marchés. Le Brésil a été l’initiateur de l’idée d’un accord économique entre le Mercosur et le CCG dans le sillage de la politique du Président Lula de rapprochement avec les pays du Moyen-Orient et du Sommet Amérique du Sud-Pays arabes (ASPA) tenu à Brasília en mai 2005. C’est d’ailleurs lors de cet événement que le texte ouvrant le processus de négociations en vue d’un accord de coopération économique a été signé par les différents partenaires. Or, c’est au sein même du Brésil que les résistances à ce projet sont les plus fortes. C’est le secteur pétrochimique brésilien qui s’oppose à la signature du texte tel qu’il existe actuellement, par crainte de la concurrence des pays du Golfe3.

Enfin, il existe même des projets pour lesquels les pourparlers n’ont toujours pas abouti à la signature d’un premier document - souvent appelé « Accord cadre » - servant à fixer la date de début des négociations commerciales. C’est le cas d’un projet trilatéral dans le cadre de l’IBAS, forum de dialogue regroupant l’Inde, le Brésil et l’Afrique du Sud lancé en juin 2003 à Brasília. Dans la Déclaration finale de la première réunion des Chefs d’État et de gouvernement de l’IBAS en septembre 2006, les trois pays se sont engagés à concrétiser un accord de libre-échange entre le Mercosur, l’Inde et la SACU. Ce projet semble difficile à mettre en œuvre à court terme en raison de la lente avancée des accords aux niveaux bilatéraux ; et ce, malgré les efforts de relance du projet émis par le Brésil fin 20091. En effet, parmi les accords Sud-Sud signés, leur concrétisation aura besoin de beaucoup de temps. Par exemple l’accord avec l’Inde n’est entré en vigueur qu’en juin 2009. Il est plus surprenant de constater qu’aucun des deux accords signés avec la SACU ne sont encore entrés en vigueur2.

De plus, même s’il est trop tôt pour en analyser les impacts réels, plusieurs spécialistes s’accordent pour conclure que ces premiers accords ne vont pas avoir de conséquences fortes sur le commerce entre le Mercosur et ces pays en développement3. Ni l’Inde ni la SACU ne font partie des dix premiers partenaires commerciaux du Mercosur, réduisant les conséquences possibles sur les échanges de l’ensemble latino-américain. Cependant, les défenseurs de ces projets les présentent plutôt comme des accords tournés vers le futur, visant à favoriser le développement des liens économiques lorsque ces pays auront élargi leur intégration dans le commerce mondial.

Les effets potentiels de ces accords suscitent des interrogations parmi les économistes, surtout car les concessions faites par chaque partenaire sont très limitées. Dans le cas de l’Inde, seuls 450 produits ont été proposés par chaque partie, le Mercosur ne concédant le tarif zéro qu’à 13 produits et l’Inde à 214. Selon Pedro da Motta Veiga, les préférences vont s’appliquer à des produits dont les tarifs sont déjà très bas. Pour sa part, Lia Valls, chercheuse brésilienne, remarque la quasi-exclusion des produits agricoles des négociations et des chapitres qui font partie des principales exportations des pays dans le marché mondial, à savoir les véhicules, les textiles et les aéronefs. Les libéralisations consenties sont majoritairement très légères et ne portent pas sur les principaux produits d’exportation de chaque pays. La marge d’évolution pour les négociations d’approfondissement de ces premiers accords est encore grande.

Il n’existe donc pas une formule magique. Les projets ambitieux du Mercosur avec l’UE ont abouti au blocage des négociations et ceux, plus modestes et plus prudents dans leur mise en œuvre, avec les pays en développement, diminuent d’autant les effets escomptés. Comme en conclut un texte de l’IPEA, « pour le Mercosur, les négociations commerciales Sud-Sud ne révèlent pas des difficultés moindres à celles rencontrées dans le cadre Nord-Sud »1, ce qui appuie l’idée que c’est le système global du commerce international qui connaît des obstacles structuraux et politiques à son intégration progressive, et non uniquement des oppositions entre États développés et pays en développement.

Toutefois, l’émergence des stratégies commerciales Sud-Sud reflètent l’universalisation du commerce des pays membres du Mercosur et l’apparition de nouveaux acteurs sur la scène mondiale. La multiplication des projets de libération Sud-Sud prouvent également les nouvelles orientations politiques de pays comme le Brésil.
1   2   3   4   5   6   7   8   9   ...   15

similaire:

Interview collective accordée par le président de la République, Luiz Inácio Lula da Silva icon[Interview] Dominique Lanoë et Catherine Allemand, président et vice-présidente...

Interview collective accordée par le président de la République, Luiz Inácio Lula da Silva iconB. Interview de Jean-Marc Roze, vice-président chargé des finances, rapporteur du budget 9

Interview collective accordée par le président de la République, Luiz Inácio Lula da Silva iconLa loi n°001 du 16 avril 2001 portant Code Minier, promulguée par...

Interview collective accordée par le président de la République, Luiz Inácio Lula da Silva iconLe rapport a été confié à Jacques Attali par le président de la République...
«Pour une économie positive» : téléchargez le rapport du groupe de réflexion présidé par

Interview collective accordée par le président de la République, Luiz Inácio Lula da Silva iconL’opcaim, représenté par sa délégation
«collective». L’article L. 6326-3 du code du travail précise le cadre de la poe collective

Interview collective accordée par le président de la République, Luiz Inácio Lula da Silva iconPréparation opérationnelle à l'emploi collective (poec)
«collective». L’article L. 6326-3 du code du travail précise le cadre de la poe collective

Interview collective accordée par le président de la République, Luiz Inácio Lula da Silva iconLula et la terre
«objectivité», ne le regagne-t-elle pas par ailleurs largement en acuité et en pertinence au regard des interpellations pressantes...

Interview collective accordée par le président de la République, Luiz Inácio Lula da Silva iconÉlection du president de la republique

Interview collective accordée par le président de la République, Luiz Inácio Lula da Silva iconÉlection du president de la republique

Interview collective accordée par le président de la République, Luiz Inácio Lula da Silva iconAllocution de m. Le président de la république






Tous droits réservés. Copyright © 2016
contacts
d.20-bal.com