In Julien Damon, Michel Micheau (dir.), Quarante ans d’urbanisme. Clés pour le présent, La Tour d’Aigues, Editions de l’Aube, 2009, pp. 167-194





télécharger 102.16 Kb.
titreIn Julien Damon, Michel Micheau (dir.), Quarante ans d’urbanisme. Clés pour le présent, La Tour d’Aigues, Editions de l’Aube, 2009, pp. 167-194
page1/4
date de publication28.02.2020
taille102.16 Kb.
typeDocumentos
  1   2   3   4
Quarante ans de politique de la ville

in Julien Damon, Michel Micheau (dir.), Quarante ans d’urbanisme. Clés pour le présent, La Tour d’Aigues, Editions de l’Aube, 2009, pp. 167-194.
Julien Damon

Professeur associé à Sciences Po (master d’urbanisme)
Née, selon les exégèses, il y a trente ou quarante ans, la « politique de la ville » a toujours eu pour objectif premier le développement d’interventions particulières visant les quartiers les plus en difficulté. C’est dans ces quartiers « sensibles » qu’est repérée une concentration de maux sociaux menaçant la cohésion sociale. En réponse à cette accumulation de problèmes et de tensions se sont succédés et empilés des dispositifs, des lois et des objectifs visant à réduire les difficultés des populations habitant ces territoires.
A titre liminaire, on ne soulignera jamais assez que cette politique dite de la ville, qui a déjà suscité tant de commentaires et d’expertises1, ne concerne ni toutes les villes (toutes les communes ne sont pas concernées) ni toute la ville (car elle cible une géographie prioritaire de quartiers sensibles)2.
Face à son bilan incontestablement mitigé - mais ne lui demande pas t-on de solutionner toutes les difficultés de la société française ? - de nouvelles orientations lui ont été récemment assignées, avec de nouveaux outils, pour viser la rénovation urbaine, c’est-à-dire la transformation radicale de ces territoires, notamment par le biais d’opérations de démolition/reconstruction d’immeubles.
Que peut-on valablement dire, à titre synthétique, de ces décennies de mobilisation sur ces territoires particuliers ? On reviendra ici sur la désignation par la politique de la ville de sa géographie prioritaire. On remarquera que l’histoire de cette action publique est une histoire de plans de relance, parfois dits « plan Marshall ». On soulignera que la politique du ciblage des quartiers sensibles fonctionne en accordéon, s’étendant et/ou se rétrécissant. On rappellera quelques constats sur les performances discutées et critiquées de ce mode d’intervention publique. Enfin on se livrera à un exercice rapide de prospective, pour souligner que les perspectives ne sont pas au rose…
Un territoire « prioritaire » ciblé : les quartiers sensibles

Si quelque chose n’a pas varié dans la politique de la ville, c’est son objet même : le traitement des quartiers « sensibles ». Les désignations et délimitations de ces espaces urbains, de ces morceaux de ville, ont incontestablement varié. Mais ils restent au cœur du principe même de la politique de la ville : une action publique prioritaire sur certains territoires.
Pourquoi qualifier de « sensibles » ces quartiers qu’on désigne également comme « en difficulté », « disqualifiés », « dégradés », ou encore comme « chauds », « populaires » ou « prioritaires » ? Dans un sens, l’appellation « quartier populaire » peut sembler, par son contenu sympathique un rien désuet, peu adaptée à la réalité actuelle. Dans un autre sens, des désignations comme « zones de non-droit » ou « quartiers ethniques » peuvent sembler très exagérées. L’appellation « quartier sensible » a le triple mérite d’être assez directement compréhensible, d’être relativement opératoire car elle désigne, peu ou prou, des délimitations maintenant consacrées par le droit, et de ne pas porter une connotation trop dépréciative ou idéologique.
Les quartiers sensibles sont les territoires repérés comme concentrant les problèmes liés aux évolutions sociales et urbaines contemporaines. Ils sont pour le moins divers. Sous un même vocable sont désormais mêlés des espaces de quelques milliers d’habitants à des périmètres pouvant en rassembler près de 50 000. Sous ce même vocable sont enchevêtrées les représentations de grands ensembles dont certains dépeignent la dégradation, l’indignité voire la dangerosité, quand d’autres y voient un fleuron du patrimoine architectural français des Trente Glorieuses et rappellent l’émerveillement des ménages qui y emménageaient au sortir des bidonvilles. Berceau d’une société nouvelle ou bien terreau du terrorisme islamiste : le trait est forcé, mais c’est sur un axe délimité par ces deux extrêmes que viennent se positionner toutes les appréciations. Décrits fréquemment comme des « ghettos » ou des « zones de non droit », ils sont souvent décriés et renvoyés à leur spécificité. Relativiser la pertinence de ces désignations ne doit néanmoins pas masquer les dynamiques de ghettoïsation et les particularités des régulations sociales qui les affectent et les distinguent3.
Ces quartiers sensibles sont des espaces urbains qui, depuis le milieu des années soixante-dix, ont été ciblés par un ensemble de dispositions publiques rassemblées, à partir du milieu des années quatre-vingts, dans l’expression « politique de la ville » (au singulier ou au pluriel). Au titre de cette politique, un zonage sophistiqué démarque les zones urbaines sensibles (ZUS).
Les quartiers sensibles, repérés par les systèmes de zonage et les modes de contractualisation, ont vu au cours du temps leur nombre et la population qu’ils rassemblent très fortement augmenter. La légitimation des interventions particulières, aujourd’hui explicitement menées au nom d’une « discrimination positive territoriale », s’est fondée sur les particularités que ces quartiers présentent et dont une série d’indicateurs statistiques attestent de la singularité, par rapport aux agglomérations dans lesquelles ils se trouvent ou bien encore par rapport à l’ensemble des espaces urbains. Pour autant, ces caractéristiques offrent matière à discussion, au regard de l’histoire de cet urbanisme qui est aujourd’hui rejeté mais qui représentait après-guerre une solution au problème du logement, et surtout au regard de la distribution territoriale des problèmes sociaux qui, s’ils se concentrent parfois avec acuité dans certains de ces quartiers, n’y sont cependant pas tous rassemblés4. Au total, on trouve en effet bien plus d’allocataires de minima sociaux, de pauvres, de logements dégradés en dehors de ces quartiers. C’est bien la concentration de problèmes – issue de dynamiques de ségrégation socio-spatiales qui s’auto-alimentent – qui est en jeu5.
Pour relayer une métaphore sismique souvent employée, les quartiers sensibles se trouvent, à bien des égards, à l’épicentre de ce qui est désigné comme « exclusion » ou « fracture sociale », dans ses déclinaisons urbaines, voire ethniques. Pour leurs habitants comme pour la société dans son ensemble, ces quartiers apparaissent comme un facteur de risque, pas seulement parce qu’ils suscitent des craintes et des peurs6, mais surtout parce qu’ils représentent une menace en termes globaux de cohésion sociale. Ils mettent certainement en péril, par moments et par endroits, la tranquillité, la sécurité ou, plus généralement, le bien-être des habitants. Ils mettent plus largement en question tout un ensemble d’interventions publiques construit autour de cette clé de voûte juridique qu’est le principe d’égalité7. Car la réponse des pouvoirs publics à la problématique des quartiers sensibles – et de leurs habitants –consiste à leur octroyer des moyens dérogatoires, en complément, et non en substitution, des interventions communes à tous les territoires. Au nom de l’équité, et avec des outils juridiques relevant de mesures de « discrimination positive », il s’agit de faire plus pour ceux qui ont moins, ne serait-ce que pour rétablir un semblant d’égalité8. La politique de la ville, par son approche territoriale, permettrait ainsi d’atteindre une variable cachée : les populations immigrées qui cumulent les difficultés. Cibler les quartiers sensibles permettrait en réalité de distinguer, non pas des territoires mais des populations en fonction de leur origine, ce qui heurte de plein fouet l’édifice républicain français9.
Explicitement territorial, implicitement ethnicisé10, ce détour par des inégalités pour tenter de rétablir l’égalité se présente comme un moyen de renforcer le modèle français d’intégration. C’est donc bien des objectifs particulièrement ambitieux, sans être toujours explicites, qui ont été d’emblée conférés à la politique de la ville.

  1   2   3   4

similaire:

In Julien Damon, Michel Micheau (dir.), Quarante ans d’urbanisme. Clés pour le présent, La Tour d’Aigues, Editions de l’Aube, 2009, pp. 167-194 iconBibliographie/sources
«Siemensstadt, un urbanisme audacieux» in Berlin 1919-1933, gigantisme, crise sociale et avant-garde : l’incarnation extrême de la...

In Julien Damon, Michel Micheau (dir.), Quarante ans d’urbanisme. Clés pour le présent, La Tour d’Aigues, Editions de l’Aube, 2009, pp. 167-194 iconConseil d’ecole de la maternelle l’orangerie la tour d’aigues le 12 novembre 2013

In Julien Damon, Michel Micheau (dir.), Quarante ans d’urbanisme. Clés pour le présent, La Tour d’Aigues, Editions de l’Aube, 2009, pp. 167-194 iconPont-aven revise son plan local d’urbanisme
«Grenelle» de 2009 et 2010, Loi pour l’Accès au Logement et un Urbanisme Rénové (dite Loi alur) de mars 2014, Loi d’Avenir pour l’Agriculture...

In Julien Damon, Michel Micheau (dir.), Quarante ans d’urbanisme. Clés pour le présent, La Tour d’Aigues, Editions de l’Aube, 2009, pp. 167-194 iconNos sources (liste non exhaustive) : Pour la France et la Turquie
«La laïcité à l’épreuve des droits de l’homme» et «Brève histoire de la laïcité en France», in Jean Baubérot (dir), La laïcité à...

In Julien Damon, Michel Micheau (dir.), Quarante ans d’urbanisme. Clés pour le présent, La Tour d’Aigues, Editions de l’Aube, 2009, pp. 167-194 iconService du Conseil Municipal et des Commissions
«Les âmes Frères», prévu le mardi 22 janvier 2008 à 21h au Théâtre le Village – 4, rue de Chézy 92200 Neuilly-sur-Seine – Autorisation...

In Julien Damon, Michel Micheau (dir.), Quarante ans d’urbanisme. Clés pour le présent, La Tour d’Aigues, Editions de l’Aube, 2009, pp. 167-194 iconAspects juridiques et éthiques
«nécessité médicale pour la personne» on peut procéder de manière méthodique en explicitant tour à tour les mots «médicale», «nécessité»,...

In Julien Damon, Michel Micheau (dir.), Quarante ans d’urbanisme. Clés pour le présent, La Tour d’Aigues, Editions de l’Aube, 2009, pp. 167-194 icon«Internet en établissements spécialisés : conduites à risques» Rédigé le jeudi 10 septembre 2015
«Chantejoie» accueille 97 enfants et adolescents de 6 à 20 ans garçons et filles atteints de déficience intellectuelle. Cet établissement...

In Julien Damon, Michel Micheau (dir.), Quarante ans d’urbanisme. Clés pour le présent, La Tour d’Aigues, Editions de l’Aube, 2009, pp. 167-194 iconLes modalités d’attribution de l’agrément «vacances adaptées organisées» (vao)
«vacances adaptées organisées». En revanche, dans un souci de simplification, la durée de l’agrément, jusqu’à présent valable trois...

In Julien Damon, Michel Micheau (dir.), Quarante ans d’urbanisme. Clés pour le présent, La Tour d’Aigues, Editions de l’Aube, 2009, pp. 167-194 icon1/ Prescription de la révision du Plan d'Occupation des Sols (P....
«fourniture et la livraison de repas en liaison froide pour la restauration scolaire» a été attribué pour 1 an, reconductible par...

In Julien Damon, Michel Micheau (dir.), Quarante ans d’urbanisme. Clés pour le présent, La Tour d’Aigues, Editions de l’Aube, 2009, pp. 167-194 icon«Les Cahiers des Charges en lotissement» La présente note ne prétend pas au «rigorisme»
«caution juridique» de sa part lors de son intervention le 27 mars 2009, à la journée organisée sur ce thème par l’Atelier d’Urbanisme...






Tous droits réservés. Copyright © 2016
contacts
d.20-bal.com