Une société sans classes





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L'État totalitaire analysé par Hannah Arendt (synthèse de Pierre-Jean Haution)
C'est avec les régimes communistes, puis le régime hitlérien, que sont apparus une oppression étatique inédite que Hannah Arendt qualifie de totalitarisme. Le totalitarisme est singulier en ce sens qu'il se distingue des formes traditionnelles du despotisme.


despotisme

totalitarisme

défini par Montesquieu comme un gouvernement sans lois : le despote traditionnel fait un usage personnel du pouvoir politique. Il l'exerce de façon arbitraire pour éliminer ses ennemis et empêcher toute révolte.

Représente une forme de despotisme entièrement nouvelle.


Hannah Arendt caractérise le totalitarisme – en englobant sous ce terme le communisme et le nazisme – comme une forme de domination qui use des moyens du despotisme mais s'en distingue par le but qu'elle poursuit : la destruction de tout espace politique, la transformation totale de la société dirigée par un État-parti en une masse homogène et dépourvue d'initiative, et l'extermination des groupes humains qui sont censés entraver la réalisation de ce but.

→ La domination totalitaire tend à éliminer toute spontanéité humaine en général, c'est-à-dire toute liberté.

  1. Une société sans classes



La particularité du système totalitaire réside en premier lieu dans le rapport nouveau qu'il instaure entre l'État et la société. Arendt va montrer que la société totalitaire est une "société sans classes".


    1. Les masses


Ce qui frappe quand on regarde les régimes totalitaires, c'est leur extrême précarité ; ils s'effondrent aussi rapidement qu'ils sont apparus (cf. la chute de l'URSS). De même, leurs leaders peuvent être facilement remplacés sans que cela affecte la nature du régime (cf. la succession des dirigeants communistes en Union soviétique et en Chine, et l'échec des tentatives de réformes du régime, par exemple en Tchécoslovaquie).
"Rien ne caractérise mieux les mouvements totalitaires en général, et la gloire de leurs leaders en particulier, que la rapidité surprenante avec laquelle on les oublie et la facilité surprenante avec laquelle on les remplace"1.
Cependant, cette précarité ne doit pas masquer le fait que "les régimes totalitaires, aussi longtemps qu'ils sont au pouvoir, et les dirigeants totalitaires, tant qu'ils sont en vie, « commandent et s'appuient sur les masses » jusqu'au bout"2. Autrement dit, un régime totalitaire ne peut survivre que s'il possède la confiance des masses.
"Les mouvements totalitaires visent et réussissent à organiser des masses – non pas des classes, comme les vieux partis d'intérêts des États-nations européens ; non pas des citoyens ayant des opinions sur, et des intérêts dans le maniement des affaires publiques, comme les partis des pays anglo-saxons"3.
Dans un système démocratique (ou en partie du moins) traditionnel, les intérêts de classes sont représentés par des partis :
Intérêts de classe → intérêts de partis
Rien de tel dans un système totalitaire. En ce sens, le totalitarisme se distingue bel et bien du simple despotisme, car le despote se sert de la lutte qui existe entre les différents groupes d'intérêts qui composent la société :
"L'autocrate – qu'il soit un individu ou un groupe – assoit toujours sa puissance sur la tension entre des groupes d'importance variable qui se tiennent réciproquement en échec comme adversaires ou partenaires indépendants"4.
Les régimes totalitaires dépendant en premier lieu de la force du nombre ; ils semblent impossibles dans des pays à la population est réduite. C'est que l'existence du totalitarisme repose sur une double nécessité : l'existence de masses qui se sont découvert un appétit d'organisation politique, et la possibilité de se débarrasser d'une partie de la population sans aboutir à une dépopulation qui serait désastreuse et qui menacerait l'existence même de la société.

Mais que faut-il entendre sous le terme de "masses" ?
Hannah Arendt définit les masses de la façon suivante :
"Le terme de masses s'applique seulement à des gens qui, soit du fait de leur seul nombre, soit par indifférence, soit pour ces deux raisons, ne peuvent s'intégrer dans aucune organisation fondée sur l'intérêt commun, qu'il s'agisse de partis politiques, de conseils municipaux, d'organisations professionnelles ou de syndicats."
et elle ajoute :
"Les masses existent en puissance dans tous les pays, et constituent la majorité de ces vastes couches de gens neutres et politiquement indifférents qui n'adhèrent jamais à un parti et votent rarement."5
Pour Arendt, c'est l'atomisation sociale et l'individualisation extrême qui ont précédé et ont permis les mouvements de masse. Ceux-ci attirèrent en effet avant tout les gens complètement désorganisés, les individus qui avaient toujours refusé de reconnaître les attaches et les obligations sociales. Ce qui caractérise l'homme de masse, c'est l'isolement et le manque de rapports sociaux normaux. Cependant, si l'atomisation sociale a en un sens précédé l'émergence des totalitarismes, les mouvements totalitaires vont faire de cette atomisation de la société leur raison d'être.

Tandis que les despotismes et les tyrannies se sont toujours souciés de l'égalité de condition parmi leurs sujets, la domination totalitaire ne se satisfait pas d'une telle égalisation, car celle-ci laisse subsister entre les sujets certains liens communautaires, non politiques, comme les liens familiaux et les intérêts culturels communs. Il va s'agir pour le totalitarisme de faire disparaître même ces derniers liens.
→ Cf. texte Les origines du totalitarisme, Troisième partie : Le totalitarisme, chapitre X, 1, trad. P. Lévy, Paris, Gallimard, coll. Quarto, 2002, pp. 633-634.
Ainsi, les purges staliniennes, par la terreur qu'elles ont instaurées, ont rendu ennemis les amis d'hier, laissant les individus complètement isolés de leur anciennes relations.
C'est pourquoi Arendt peut affirmer que :
"Les mouvements totalitaires sont des organisations de masse d'individus atomisés et isolés"6.
C'est cet isolement qui permet aux mouvements totalitaires d'exiger de la part de leurs membres cette loyauté caractéristique, "une loyauté totale, illimitée, inconditionnelle et inaltérable"7 (cf. le mot d'ordre inventé par Himmler pour les SS : "Mon honneur est ma loyauté"). En effet :
"On ne peut attendre une telle loyauté que de l'être humain complètement isolé qui, sans autres liens sociaux avec la famille, les amis, les camarades ou de simples connaissances, ne tire le sentiment de posséder une place dans le monde que de son appartenance à un mouvement, à un parti"8.
pour le membre du parti, le parti est tout. Car il ne se sent exister que parce qu'il appartient au parti ; le parti est ce qui lui donne une place dans le monde, ce qui donne un sens à son existence
Là où les despotismes se contentent de dominer les individus "de l'extérieur", le totalitarisme cherche à dominer et de terroriser les individus "de l'intérieur".
→ Cf. texte Les origines du totalitarisme, Troisième partie : Le totalitarisme, chapitre X, 1, trad. P. Lévy, Paris, Gallimard, coll. Quarto, 2002, p. 636.
Le but du totalitarisme est donc le suivant : "la domination permanente de chaque individu dans chaque sphère de sa vie"9.
→ pas d'objectif politique au sens classique du terme.
"Ni le national-socialisme ni le bolchevisme ne proclamèrent jamais qu'ils avaient établi un nouveau genre de régime, ni ne déclarèrent que leurs objectifs étaient atteints avec la prise du pouvoir et le contrôle de l'appareil étatique. Leur idée de la domination ne pouvait être réalisée, ni par un État, ni par un simple appareil de violence, mais seulement par un mouvement animé d'un mouvement constant. L'objectif pratique du mouvement consiste à encadrer autant de gens que possible dans son organisation et à les mettre et à les maintenir en mouvement ; quant à l'objectif politique qui constituerait la fin du mouvement, il n'existe tout simplement pas."10


    1. L'alliance provisoire entre la populace et l'élite


Si le totalitarisme s'appuie fondamentalement sur les masses, il s'appuie aussi sur l'élite, dont ses leaders sont issus.

le totalitarisme repose sur une alliance provisoire entre l'élite et la populace.

Arendt souligne "l'incontestable attrait qu'exercent les mouvements totalitaires sur l'élite de la société et pas seulement sur la populace"11. Là encore, il s'agit avant tout d'hommes qui s'étaient trouvés à l'extérieur du système national et du système de classes, prêts eux aussi à tout sacrifier au mouvement.

Ce que l'élite a trouvé dans le mouvement totalitaire, c'est la possibilité d'instaurer un nouvel ordre mondial. Élite et masses avaient en commun que le monde contemporain les avait laissés de côté. Écoeurés de ce monde auquel il n'appartenaient plus, ils allaient adhérer à la logique des mouvements totalitaires, qui consistait justement à changer radicalement le monde. Il s'agissait de faire disparaître la société existante et ses tares, et dans une atmosphère où ont disparu toutes les valeurs et les propositions traditionnelles, il était devenu plus facile d'accepter des propositions absurdes que de vieilles vérités devenues banales. Il apparut alors révolutionnaire d'admettre la cruauté, le mépris des valeurs humaines et l'absence générale de moralité.

Selon Arendt, cette alliance repose en grande partie sur le plaisir que l'élite prenait à voir la populace détruire la respectabilité.

Élite et populace se trouvaient confrontés au mêmes problèmes.

Les mouvements totalitaires exercèrent alors une fascination sans pareille car "ils prétendaient à tort avoir aboli la distinction entre vie privée et vie publique, et avoir rendu à l'homme une plénitude mystérieuse et irrationnelle"12.
En résumé :
"La troublante alliance conclue entre la populace et l'élite et la coïncidence étrange de leurs aspirations, s'expliquent parce que les couches qu'elles représentaient avaient été, les premières, éliminées de la structure de l'État-nation et du cadre de la société de classes. Elles se rencontrèrent si facilement, bien que provisoirement, parce qu'elles sentaient l'une et l'autre qu'elles incarnaient le destin de l'époque, qu'elles étaient suivies par des masses innombrables, que tôt ou tard la majorité des peuples européens pourraient être à leurs côtés – prêts, pensaient-elles, à faire leur révolution."13

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