Chapitre I : Introduction





télécharger 0.52 Mb.
titreChapitre I : Introduction
page2/15
date de publication13.10.2019
taille0.52 Mb.
typeDocumentos
d.20-bal.com > droit > Documentos
1   2   3   4   5   6   7   8   9   ...   15

La question des définitions : la rupture avec le sens commun, les prénotions, l’objectivation



G. Bachelard affirmait que le fait scientifique n’était pas seulement constaté mais qu’il était « conquis et construit » : il fait l’objet d’une appropriation et il est construit contre l’illusion du savoir immédiat. Ce qui suppose une rupture et une contestation des « vérités » du sens commun.
Pour Bachelard ou pour Durkheim : on doit non seulement contester point par point les préjugés du sens commun mais aussi remettre en question les principes sur lequel il repose : « Face au réel, ce qu’on croit savoir clairement offusque ce qu’on devrait savoir » (Bachelard, La formation de l’esprit scientifique, p. 14).


  • L’importance de la rupture en sciences sociales


Cette rupture caractérise pour Bachelard le « véritable esprit scientifique » : cette étape est d’autant plus indispensable dans les sciences sociales que la familiarité de l’observateur avec son univers social est importante. C’est « l’obstacle épistémologique par excellence » (Bourdieu, Le métier de sociologue, p. 27).
Le sociologue doit faire combattre la « sociologie spontanée », les évidences qui lui procurent l’illusion d’un savoir immédiat. C’est un problème qui ne se pose pas aux physiciens par exemple où il existe une vraie séparation entre le laboratoire et la vie quotidienne.
Avec Bachelard, on peut définir les prénotions de la façon suivante : ce sont des « représentations schématiques et sommaires » « qui sont formées par la pratique et pour elle ». Ces prénotions tiennent leur autorité et leur évidence des fonctions sociales qu’elles remplissent. L’emprise de ces notions communes est très forte.
Qu’est-ce qui véhicule ces représentations communes de la société ? c’est principalement le langage ordinaire (que le sociologue utilise inévitablement) et certains usages savants de mots ordinaires. D’où la nécessité d’une analyse préalable du langage commun.

En effet, des prénotions se cachent sous les dehors d’une élaboration savante donc il faut éviter la contamination de la sociologie par la sociologie spontanée, des notions par les prénotions.
Objectif : substituer au langage commun un langage entièrement construit et formalisé.

Le plus urgent pour Bourdieu est de mettre en œuvre une analyse de la logique du langage commun : elle pourra seule donner au sociologue les moyens de redéfinir les mots communs dans un système de notions définies. Il faut également critiquer les notions que la langue savante emprunte à la langue commune. Cette vigilance doit être permanente parce que les prénotions menacent toujours de se réintroduire dans le langage savant.

Ce problème se pose puisque le langage commun est évidemment le premier instrument de la construction du monde des objets : il faut donc le soumettre à une critique méthodique.
Technique de rupture : critique logique de la sociologie spontanée
Les concepts et les théories sociologiques sont prédisposées à passer dans le domaine public. Le danger est plus grand dans la sociologie parce qu'elle est confrontée à divers publics (pas seulement savant).
Il existe de plus ce que Bourdieu appelle la « tentation du prophétisme » : si le sociologue accepte de définir son objet en fonction des attentes de son public alors il se fait prophète. Et « tout sociologue doit combattre en lui-même le prophète social que son public lui demande d’incarner » (Bourdieu, Le métier de sociologue, p. 42).
Quelles sont les techniques de rupture ?
Lors de l’observation, le sociologue entre en relation avec son objet. Le travail du sociologue est de substituer aux données des critères abstraits, qui les définissent sociologiquement.
Il s’agit donc de réaliser une rupture avec le réel : on brise les relations les plus apparentes, qui nous sont familières pour analyser les nouvelles relations que l’on construit entre les éléments.
Donc pour lutter contre les prénotions, il faut accomplir une rupture que l’on peut mettre en œuvre par des techniques : la mesure statistique, la critique des prénotions, la définition préalable de l’objet... Mais ce qu’il est important de combattre, c’est la sociologie spontanée.
Cela pose la question de l’objectivation :
Bourdieu met l’accent sur le préalable de l’objectivation : elle s’impose à toute démarche sociologique qui veut rompre avec la sociologie spontanée.
La sociologie peut-elle être une science objective ?: Bourdieu répond positivement parce qu’il existe des relations extérieures, indépendantes des relations individuelles, inconscientes qui ne peuvent être saisies que par le détour de l’observation et de l’expérimentation objectives.
Deux illustrations :


    • Texte de Durkheim : Règle relatives à l’observation des faits sociaux


Durkheim : Lorsque le sociologue s’empare d’un objet, il est déjà représenté dans son esprit par des images et des concepts. « La réflexion est antérieure à la science qui ne fait que s’en servir avec plus de méthode. L’homme ne peut pas vivre au milieu des choses sans s’en faire des idées d’après lesquelles il règle sa conduite » (p. 108).
Les notions sont le produit de l’expérience vulgaire « Elles sont, au contraire, comme un voile qui s’interpose entre les choses et nous et qui nous les masque d’autant mieux qu’on le croit plus transparent (…) » (p. 109).
Les notions vulgaires ou prénotions prennent la place des faits : « Ce sont ces idola, sortes de fantômes qui nous défigurent le véritable aspect des choses et que nous prenons pourtant pour les choses mêmes » (p. 111).
Durkheim affirme que le problème des prénotions est plus important en sociologie puisque les faits sociaux sont le produit de l’activité humaine. Ce sont des « représentation schématiques et sommaires » dont nous faisons usage dans notre vie courante : habitude et nous avons du mal à nous en affranchir « Tout contribue donc à nous y faire voir la vraie réalité sociale » (p. 112).
Donc on ne devrait pas utiliser les concepts (comme par exemple Etat, souveraineté, démocratie…) tant qu’on ne les a pas scientifiquement constitués.
Pour Durkheim :
1ère règle à base de toute méthode scientifique est d’écarter les prénotions.
2ème règle : l’objectivation « Il nous faut donc considérer les phénomènes sociaux en eux-mêmes, détachés des sujets conscients qui se les représentent » (p. 121).

1 – le sociologue doit définir les choses dont il traite

2 – pour que la définition soit objective, il faut « qu’elle exprime les phénomènes, non d’une idée de l’esprit, mais de propriétés qui leur sont inhérentes » (p. 128).


    • Marcel Mauss : la prière


S’appuie sur l’exigence durkheimienne de définition préalable pour écarter les prénotions à savoir les pré constructions de la sociologie spontanée. Mauss donne les procédés de définition, d’observation et d’analyse de son travail. Il étudie la prière en tant qu’institution sociale.
Démarche dans la définition de la prière :
Constat : il existe un système de faits appelés « prières » mais dont l’appréhension est confuse puisqu’on ne connaît pas l’étendue ni les limites. Donc la première tâche est de transformer cette impression en une notion distincte qui sera l’objet de la définition.
Plusieurs remarques :

  • dans ce premier temps, on ne donne pas de définition de la substance même, ou des faits car cela ne pourra intervenir qu’au terme de la science. C’est donc une définition provisoire qui est nécessaire pour engager la recherche : on recherche quels sont les faits qui méritent d’être appelés prière ,

  • ne pas être trop précis sinon cela risque de dominer et d’orienter le travail. L’objectif est de faciliter la recherche en limitant le champ de l’observation,

  • La définition est importante parce que pour un même sujet, les auteurs peuvent voir des définitions différentes.


La définition est donnée lorsqu’on connaît les faits d’après leurs signes extérieurs, on en marque les contours. 2 exigences :
1 – trouver quelques caractères apparents permettant de reconnaître à première vue ce qui est prière

2 – les caractères doivent être objectifs (on ne doit pas se fier à nos impressions, prénotions…)

Ex : ne pas dire qu’un acte religieux est prière parce que nous le sentons ou parce que tel groupe le nomme ainsi
C’est écarter les prénotions subjectives pour atteindre l’institution elle-même.
Donc « c’est dans les choses elles-mêmes que nous irons chercher le caractère en fonction duquel la prière doit être exprimée ».
Ainsi, le mot « prière » n’est « qu’un substantif par lequel nous dénotons un ensemble de phénomènes dont chacun est individuellement une prière ; Seulement tous ont en commun certains caractères propres qu’une abstraction peut dégager. Nous pouvons donc les rassembler sous un même nom qui les désigne tous et ne désigne qu’eux ».

Mise en garde de Mauss : ne pas tout employer dans un sens nouveau un mot dont tout le monde se sert. Il s’agit de mettre à la place d’une conception usuelle qui est confuse une conception plus claire et plus distincte.
L’éthos du savant : vocation de savant et neutralité axiologique (Weber), « surveillance intellectuelle de soi » (Bachelard) et socio-analyse et objectivation participante (Bourdieu).


  • Max Weber, Le savant et le politique (1919) :


Dans Le métier et la vocation de savant, il tente d’élucider la définition du savant : il livre ses propres représentations et ses pratiques d’homme de science.
Le savant doit considérer son indépendance vis-à-vis de tout domaine social, ce qui est la garantie de l’autonomie de la recherche et un gage d’indépendance intellectuelle.
Weber élabore une méthode spécifique fondée sur 3 étapes :

  • la compréhension

  • l’interprétation

  • l’explication


Compréhension de l’action sociale des individus et neutralité axiologique :
La démarche de la sociologie pour Weber doit être compréhensive : la compréhension doit déceler le sens visé par les individus agissant. Le sociologue doit comprendre l’action elle-même pour saisir les significations sociales construites et partagées par les acteurs.
Weber est d’accord avec Durkheim sur la nécessité d’écarter les prénotions mais on ne peut totalement les exclure car elles constituent un ensemble de ressources d’interprétation qui donnent sens aux phénomènes. On doit mobiliser toutes les sources du savoir dans la compréhension (ces données seront ensuite rectifiées, complétées, réinterprétées).

  • La neutralité axiologique


Weber institue une éthique de responsabilité en prônant le principe de la neutralité axiologique.
L’objectivité du savant : Weber ne sépare pas jugements de réalité (ce qui est) et jugements de valeurs (ce qui doit être) mais pour lui la vocation du sociologue doit être la connaissance pour la connaissance. Il faut séparer constatations empiriques et jugement de valeurs. Le savant doit être indifférent aux valeurs dans sa démarche scientifique.

Ex : le professeur ne doit pas profiter de son aura scientifique pour imposer ses vues personnelles et partisanes.
Pour éviter ces biais, le savant doit observer 2 principes méthodologiques garants :

le rapport aux valeurs : le savant doit avoir conscience de la subjectivité de ses propres choix et valeurs

  • la neutralité axiologique : refus de tout jugement de valeur car « chaque fois qu’un homme de science fait intervenir son propre jugement de valeur, il n’y a plus de compréhension intégrale des faits » (Le métier et la vocation de savant, p. 104).


Interprétation et construction de l’idéal-type : principale fonction de l’idéal-type est de favoriser l’interprétation de la réalité
Explication et imputation causale : établir des chaînes de causalité entre les évènements

Pour chercher les causes des évènements en sociologie, il faut sélectionner les faits les plus significatifs. Weber propose de remplacer l’expérimentation par la modification imaginaire des évènements.
Quels sont les apports de la science selon Weber :


  • - mettre à disposition un certain nombre de connaissances,

  • - apporte des méthodes de pensée,

  • - fait œuvre de clarté en aidant les individus à prendre conscience du sens de leurs actes




  • Bourdieu : la sociologie comme socio-analyse


Le sujet de l’objectivation doit lui-même être objectivé. Dans son ouvrage Homo academicus, Bourdieu construit un double objet :

  • - un objet apparent : l’université comme institution

  • - objet profond : retour réflexif impliqué dans l’objectivation de son propre univers

Bourdieu opère un retour réflexif sur le sociologue et sur son univers. Il fait de la sociologie de la sociologie le préalable indispensable à toute pratique sociologique. Il reproche le manque d’objectivation des sociologues eux-mêmes. Bourdieu est le sociologue qui invite à la réflexivité et qui la pratique.
Qu’est-ce qu’une vraie objectivation ? : c’est objectiver sa position dans l’univers de la production culturelle. Une vraie sociologie réflexive doit tenir compte de la perception de l’objet qu’en a l’observateur. La réflexivité est pour Bourdieu une méthode de travail.
- Bourdieu : Sur l’objectivation participante
Qu’est-ce que l’observation participante : l’observateur est immergé dans un milieu étranger. Ses ressources sont constituées par sa propre expérience. Il saisit ce milieu spontanément sur un mode pré réflexif ce qui signifie qu’il n’y a pas de distance comme dans les autres sciences entre l’observateur et son objet.

Donc : il doit acquérir une objectivité scientifique (construction du savoir).

Peut-on objectiver sans être objectivé ? le sociologue ne peut objectiver que s’il se place en dehors de ce qu’il objective mais pour Bourdieu « l’objectivation n’a quelque chance d’être réussie que si elle implique l’objectivation du point de vue à partir duquel elle s’opère ».
Bourdieu définit la sociologie la plus critique comme celle qui implique une autocritique radicale et l’objectivation de celui qui objective. Le sociologue doit soumettre à l’objectivation ce qu’il est, ses conditions sociales de production et les « limites de son cerveau », son propre travail d’objectivation.
On parlera d’objectivation participante lorsque l’analyse sociologique apparaît comme une auto-objectivation obtenue grâce à un vrai travail sur soi. Le sociologue doit analyser son rapport à l’objet.


Chapitre IV : La construction de l’objet
Les instruments de recherche


La science se constitue en construisant son objet contre le sens commun, il faut distinguer l’objet réel préconstruit par la perception de l’objet de science construit. La sociologie est une science sociale, l’observateur est familier avec l’univers de sa recherche, une vigilance épistémologique s’impose.
Pour pouvoir prétendre à une démarche scientifique, il convient de respecter certains principes qui sont destinés à guider l’ensemble d’une recherche que l’on entreprend et que vous allez vous même entreprendre dans le cadre de votre recherche.
Une rupture avec le sens commun est nécessaire, le fait scientifique est à conquérir contre l’illusion du savoir immédiat (Bachelard), objectivation importante de l’objet (Durkheim, Bourdieu) et nécessaire objectivation du sujet (neutralité axiologique de Weber ou la socioanalyse de Bourdieu).
Durkheim nous dit de « considérer les faits sociaux comme des choses », la chose s’oppose à l’idée. On doit interpréter cette formule comme une règle méthodologique : « considérer comme » signifie adopter une certaine attitude mentale face à l’étude de la réalité sociale et non conférer à l’objet un statut ontologique. Il s’agit de rompre avec les prénotions, le sens commun c’est-à-dire avec l’ensemble des opinions, croyances, présupposés philosophiques ou moraux, avec l’ensemble des représentations que chacun a de la réalité et qui nous permet de vivre au quotidien les uns avec les autres. La connaissance vulgaire, le sens commun ont une fonction pratique et légitimatrice : l’organisation des relations des hommes en société. La démarche sociologique consiste à se débarrasser de l’ensemble de ces idées reçues pour mieux appréhender la réalité sociale.
« Qu’est-ce qu’une chose ? La chose s’oppose à l’idée, comme ce que l’on connaît du dehors à ce que l’on connaît du dedans » (Durkheim) : le fait social doit être considéré comme un objet extérieur à l’observateur, qui ne doit pas interposer entre lui et son objet ses idées.
Cette rupture avec le sens commun est accompagnée d’un travail de définition : à la remise en cause des idées reçues, on ajoute la définition provisoire de l’objet, c’est-à-dire qu’on délimite l’objet : dire ce que l’on étudie et ce que l’on n’étudie pas, délimiter le champ d’observation.
Définition de l’étude et délimitation du champ d’observation.
Pour R Aron, « il n’y a pas de définition vraie ou fausse, il y a des définitions plus ou moins fécondes » (La pensée allemande contemporaine, p. 88).
Lorsque l’on appréhende un objet, des définitions existent mais elles correspondent à l’usage commun de la langue. Or, le langage commun doit être soumis à une critique méthodique. Le sociologue ne doit pas forcément créer de néologisme mais avoir une conception précise et distincte du sens commun. L’objet social est construit. En sociologie, il est fréquent de prendre comme objet d’étude ce qui est donné dans la réalité mais la réalité sociale n’est pas la réalité sociologique.
Deux idées :

  • le sociologue doit se dégager des idées que lui suggèrent le sens commun

  • le sociologue doit faire abstraction de l’expérience qu’il a des phénomènes sociaux analogues à ceux qu’il étudie (ex : sociologue de la famille)


Le chercheur est un homme socialement situé donc il doit s’en affranchir.
L’opérationnalisation du concept et le statut de la comparaison : l’exemple des « institutions totalitaires » (Goffman)

  • Goffman : les « institutions totalitaires »


Goffman cherche à comprendre l’institution asilaire (la replace dans la série des institutions totales comme les casernes et les internats). Avec l’institution asilaire, il dispose d’un objet doté d’une réalité sociale qu’il peut décrire et analyser. Or, il découvre qu’à côté du règlement officiel de l’asile et de son but thérapeutique (soigner les malades), s’est établie une organisation parallèle interne. Pour assurer le fonctionnement de l’institution s’était créé un ensemble de coutumes de règles de hiérarchie plus réelles et efficaces que l’organigramme et le règlement affichés et qui modifient leurs objectifs apparents.

Goffman construit ainsi son objet sociologique : le système de relations à l’intérieur de l’asile, système qu’il a pu généraliser à l’ensemble des institutions de ce type.

Cela revient à chercher derrière l’apparence, une face cachée : ne pas se limiter à décrire une institution mais essayer d’en dégager le fonctionnement de fait.

Construire l’objet, c’est découvrir sous les apparences les vrais problèmes et poser les bonnes questions. Il y a beaucoup de questions qui peuvent être posées à une même réalité sociale et la question que l’on choisit oriente l’enquête et ses résultats. C’est la construction de l’objet.
Un objet de recherche ne peut être défini et construit qu’en fonction d’une problématique théorique permettant de soumettre à une interrogation systématique les aspects de la réalité qui seront alors mis en relation par la question qui leur est posée.
Quand vous allez interroger le réel, vous pouvez avoir une question provisoire à l’esprit que vous allez élaborer à partir d’un travail exploratoire fait de lectures, d’entretiens exploratoire. Ce travail exploratoire a pour but de prendre connaissance avec la pensée d’auteurs dont les recherches et les réflexions peuvent inspirer votre propre démarche, de mettre à jour les facettes du problème auxquelles vous n’avez pas pensé. Il vous faudra ensuite traduire ces idées et ces perspectives nouvelles dans un langage et sous des formes qui les rendent propres à guider le travail de collecte des données d’observation.
La construction intellectuelle des instruments de recherche : hypothèses et concepts
L’objet est construit : un fait ne devient scientifique que par une intervention de chercheur. Le chercheur doit sélectionner les parties de la réalité qu’il va observer. Mais pour ce faire, il doit formuler des hypothèses de recherche, en relation avec la définition de l’objet de la recherche. C’est se poser les questions qui vont orienter l’observation. Mais il faut garder à l’esprit le fait que ces définitions ont un caractère provisoire puisqu’on ne peut donner de définition rigoureuse qu’à la fin de la recherche.


  • Les hypothèses


Elles sont construites en vue de l’épreuve expérimentale : on interroge le réel par l’intermédiaire d’hypothèses formulées en référence à une théorie. Une hypothèse est une proposition qui anticipe une relation entre deux termes qui peuvent être selon les cas des phénomènes ou des concepts.

L’hypothèse sert de fil conducteur. Une hypothèse est une présomption, une réponse provisoire à une question. Cela suppose que la question centrale de la recherche soit bien précisée.

Une hypothèse doit être falsifiable (Bachelard): être testée indéfiniment et avoir un caractère général et elle doit accepter des énoncés contraires théoriquement susceptibles d’être vérifiés.


  • Le concept


Le concept organise la réalité en retenant les caractères distinctifs, significatifs des phénomènes. C’est un outil, un moyen de désigner par abstraction, d’imaginer ce qui n’est pas directement perceptible. C’est une abstraction, ce n’est pas le phénomène lui-même.

  • La construction du concept


Pour lutter contre l’emploi de concepts flous, il faut apprendre à les construire de façon rigoureuse.


  • Elias (1897-1990) et la configuration


C’est la critique de l’opposition classique entre individus et société qui apparaît comme l’un des fils conducteurs des travaux d’Elias. Il n’envisage la société ni comme la simple agrégation des unités individuelles (individualisme méthodologique) ni comme un ensemble indépendant des actions individuelles (holisme).
N. Elias considère que l’objet propre de la sociologie ce sont les individus interdépendants. Cette notion d’interdépendance occupe une place centrale dans le dispositif théorique d’Elias.
La société est composée de multiples dépendances réciproques qui lient les individus les uns avec les autres donc le tissu social est traversé par de nombreuses formes d’interrelations qui s’entrecroisent. Et il nomme « configuration » les formes spécifiques d’interdépendance qui relient les individus entre eux (ex : partie d’échecs, nation, relations internationales).
Ce qui différencie ces configurations pour Elias : c’est la longueur et la complexité des chaînes de relations réciproques qui associent les individus.
Rq : les individus n’ont pas forcément conscience ou l’expérience de ces dépendances, elles ne sont pas nécessairement égales et équilibrées mais elles sont surtout marquées pour Elias par l’inégalité, la domination et le pouvoir.
« Il y a un tissu d’interdépendance à l’intérieur duquel l’individu trouve une marge de choix individuel et qui en même temps impose des limites à sa liberté de choix ».

Ce qu’il faut déterminer c’est le degré d’autonomie (et donc de dépendance) de chaque acteur dans chaque cas par une analyse sociologique concrète.

Ex : les chaînes d’interdépendance se sont allongées dans nos sociétés modernes : chaque individu se trouve à la croisée d’un plus grand nombre de réseaux d’interrelations.
Apport d’Elias : a substitué la notion de configuration à celle de système (entité moins complètement fermée).


  • Bourdieu : le champ


Bourdieu insiste sur la double dimension construite et objective de la réalité sociale.
Mécanisme principal de production du monde social chez Bourdieu : la rencontre de l’habitus « l’histoire faite corps », sous la forme de système de dispositions durables et du champ « l’histoire faite chose » sous forme d’institutions.
Habitus : structures sociales de notre subjectivité qui se constituent au travers de nos premières expériences (habitus primaire) et de notre vie d’adulte (habitus secondaire). Il le définit plus précisément qu’Elias comme un « système de dispositions durables et transposables ». C’est la façon dont les structures sociales s’impriment dans nos têtes et dans nos corps par intériorisation de l’extériorité.


  • Dispositions : inclinations à percevoir, sentir et faire penser d’une certaine manière, intériorisées et incorporées, le plus souvent de manière non consciente par chaque individu du fait de conditions objectives d’existence et de sa trajectoire sociale.

  • Durables : car si ces dispositions peuvent se modifier dans le cours de nos expériences, elles sont fortement enracinées en nous et tendent de ce fait à résister au changement marquant ainsi une certaine continuité dans la vie de la personne

  • Transposables : dans des dispositions acquises au cous de certaines expériences

  • Système : ces dispositions tendent à être unifiées entre elles


L’habitus est un reproducteur des structures sociales : il apporte de multiples réponses aux diverses situations rencontrées à partir d’un ensemble limité de schèmes d’action et de pensée. Il est reproduit quand il est confronté à des situations habituelles et il est conduit à innover quand il se trouve face à des situations inédites.
Chaque champ est :


  • un champ de forces : marqué par une distribution inégale des ressources d’où un rapport de forces entre dominants et dominés pour le conserver ou le transformer

  • un champ de luttes : les agents sociaux s’affrontent pour conserver ou transformer ce rapport de forces




  • Weber : l’idéal-type


Weber élabore une méthode spécifique fondée sur 3 étapes :

  • la compréhension de l’action sociale des individus et neutralité axiologique

  • l’interprétation

  • l’explication


La principale fonction de l’idéal-type est de permettre l’interprétation de la réalité. C’est une construction abstraite, un outil conceptuel, un modèle : « il n’est pas lui-même une « hypothèse », mais il cherche à guider l’élaboration des hypothèses. De l’autre côté, il n’est pas un exposé du réel, mais se propose de doter l’exposé de moyens d’expression univoques » (Essai sur la théorie de la science).
L'idéal-type ne retient que quelques aspects de la réalité. Il n’exprime pas la totalité de la réalité mais seulement son aspect significatif. A la différence du concept, il ne retient pas les caractères les plus généraux, ceux que l’on retrouve régulièrement mais l’aspect original, ce qui individualise.

Pour M. Weber, le type idéal se différencie du concept parce qu’il ne se contente pas de sélectionner la réalité mais il ajoute aussi à la réalité donc le rôle du sociologue consiste à étendre certaines qualités, à accentuer certains aspects.
On ne peut pas accéder à La Vérité, le savant ne peut saisir que des vérités partielles donc l’idéal-type n’exprime que l’aspect qualitatif de la réalité qu’il accentue.
« la construction d’idéal-types abstraits n’entre en ligne de compte comme but, mais uniquement comme moyen de connaissance ».


Résumé sur le concept :
La conceptualisation est une construction abstraite visant à rendre compte du réel. Elle ne concerne pas tous les aspects de la réalité mais seulement les plus importants.
Construction des concepts puis précision des indicateurs par lesquels les dimensions seront mesurées. Les indicateurs sont les dimensions du concept repérables et mesurables.



  • Les catégories


La catégorie est utilisée dans un but de classification.

Ex des catégories socio-professionnelles.
Ex : Malinowski s’interroge sur la manière de classer les différentes formes de dons chez les Argonautes du pacifique Occidental (Tobriandais) : dons, paiements et transactions.



  • La fausse neutralité des techniques


Il faut toujours se demander par rapport à une technique, ce que cette technique nous dit dans les conditions dans lesquelles elle a été employée et être conscient des limites de cet outil.
La neutralité scientifique c’est aussi être conscient des limites en elles-mêmes des techniques employées. La situation d’entretien par questionnaire est une situation fictive et forcée d’où l’importance des questions que l’on pose.
Modèle : « tout système de relation entre des propriétés sélectionnées, abstraites et simplifiées, construit consciemment à des fins de description, d’explication et de prévision, et par là, pleinement maîtrisable » (Bourdieu, Le métier de sociologue, p. 75).
C’est le substitut d’une expérimentation souvent impossible dans les faits qui permet de confronter à la réalité les conséquences dégagées par l’expérience mentale.

1   2   3   4   5   6   7   8   9   ...   15

similaire:

Chapitre I : Introduction iconChapitre Introductif : Introduction a la finance d’entreprise (1 séance)

Chapitre I : Introduction iconChapitre I modélisation des écoulements internes en turbomachines I introduction

Chapitre I : Introduction iconSommaire Introduction p. 7 Chapitre 1 : Le safe harbor en application...

Chapitre I : Introduction iconChapitre I : Introduction générale à la macroéconomie
«modèle des modèles» est l’économie réelle, elle est exhaustive mais ses interactions sont extrêmement complexes

Chapitre I : Introduction iconIntroduction (ou insérer dans les chapitres géogr et rédiger une introduction commune)

Chapitre I : Introduction iconChapitre 3-4 : L’exercice de pouvoir de décision est lié à la forme...

Chapitre I : Introduction icon1. Présentez, brièvement, les objectifs recherchés par une entreprise...

Chapitre I : Introduction iconChapitre 15: Le chômage et la politique de l’emploi
«keynésien», les agents acceptent les conditions du marché mais ne trouvent pas d’emploi. C’est cette dernière définition à laquelle...

Chapitre I : Introduction icon[1]Introduction

Chapitre I : Introduction iconI. Introduction






Tous droits réservés. Copyright © 2016
contacts
d.20-bal.com