Jamais au grand jamais, je n’aurais imaginé ce qui allait m’arriver !





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Mai 2007 : je vivais mon rêve…

Jamais au grand jamais, je n’aurais imaginé ce qui allait m’arriver !

Lorsque je préparais mon mariage, je me sentais une femme heureuse et comblée.

J’allais épouser l’homme que j’aimais et qui partageait ma vie depuis plus de quatorze ans, celui avec lequel je m’apprêtais à vivre mes plus belles années.

Ma fille serait mon témoin et mon fils serait responsable des alliances qui allaient sceller notre union. Ils allaient être témoins du jour qui serait, après leur naissance, un des plus beaux jours de ma vie. Ce jour qui allait enfin me donner le plaisir d’appeler l’homme que j’aimais : « mon mari ».
Et pourtant, par le passé, j’avais des idées bien arrêtées sur le mariage.

J’ai toujours adoré les proverbes qui ont une signification très explicite, et souvent j’avais tendance à me répéter en boucle celui qui dit « l’amour est un jardin fleuri et le mariage un champ d’orties ».

Lorsque j’étais enceinte de notre fils, mon mari m’avait déjà soufflé au coin de l’oreille son envie de m’épouser. J’avais refusé. Non pas que cette idée m’épouvantait, mais à l’époque ce pacte me semblait inutile. Notre enfant représentait pour moi un lien bien plus indéfectible qu’un morceau de papier signé. Nul besoin d’un acte officiel pour prétendre au bonheur.

Mais avec le temps, une impression bizarre est apparue au fond de moi, comme si le fait de ne pas l’épouser me conduisait directement vers la sortie. J’avais peur de le perdre et plus les jours défilaient, plus je me disais qu’il m’était impossible de passer ma vie sans lui. Inconsciemment, ce que j’avais refoulé auparavant, les affres du mariage, la routine, le désamour, laissait petit à petit place à l’idée d’un futur parfait, comme si un mariage était pas la clef d’un avenir sans nuage. Avec les années, l’envie de porter son nom s’est imposée comme une évidence et la seule chose à laquelle j’ai fini par penser était le jour où j’allais l’épouser.

Je me sentais amoureuse comme au premier jour, comme si, d’un claquement de doigts, je me projetais dans le passé qui me faisait oublier tous les soucis que nous avions traversé. Oublier les coups durs, oublier les crises, oublier les difficultés… Oublier, une bonne fois pour toutes, les moments de doute et d’incertitude.

J’ai décidé de lui dire « oui ».

Un « oui » franc et sincère que j’allais tâcher de bien faire résonner.

J’étais sur un petit nuage, je rêvais éveillée.

Un soir de juin, alors que j’étais en plein préparatifs, mon sang s’est mis à couler. Des saignements préoccupants qui se faisaient de plus en plus fréquents.

J’ai caché mon inquiétude à mon mari et je suis rapidement allée voir mon gynécologue. Je n’étais pas hypocondriaque, mais lorsque j’avais un quelconque souci je ne tardais jamais à consulter. J’avais souvent eu l’exemple autour de moi de personnes qui avaient trop attendu avant une consultation et qui le payaient encore aujourd’hui.

- Rien de grave, juste une petite inflammation, un traitement local suffira ! m’a affirmé le médecin.

Je suis repartie rassurée de son cabinet avec ses félicitations et ses vœux de bonheur en guise d’au revoir. J’ai repris mes activités de future mariée dans la joie et la bonne humeur, sans plus jamais me soucier de quoi que ce soit.

Je passais mon temps entre les essais coiffure, les essais maquillage, ma robe, les organisateurs, la fleuriste, le traiteur, l’essai des bagues, la programmation musicale, la tenue des enfants, les cartons d’invitations, les plans de tables, les dragées… Les trois cents petits pochons de dragées, que je prenais soin de confectionner avec délicatesse, un peu chaque soir. Je les sentais, je les regardais comme une enfant qui fabrique son premier jouet. Ils étaient beaux, rouges et blancs, ces couleurs que j’aime tant et qui étaient au cœur de notre mariage.

Malgré le traitement, je continuais de saigner. Je commençais à m’inquiéter tout en me disant qu’un traitement n’était pas magique, qu’il lui fallait du temps avant de faire effet. J’apaisais mon mari comme je pouvais en lui expliquant que mon état devait être du à la fatigue des préparatifs.

Il était à demi convaincu car il n’approuvait pas ma façon de vouloir toujours tout régenter :

- Arrête d’en faire autant ! Pourquoi as-tu pris des professionnels si c’est toi qui t’occupes de tout ? Il faut toujours que tu en fasses trop ! 

Il avait raison, j’étais excessive et j’en faisais toujours trop, mais impossible pour moi d’être différente. Depuis mon plus jeune âge, tout ce que j’entreprenais devait être parfait. Je devais toujours faire preuve d’originalité afin de me sentir exister, être brillante aux yeux de ceux que j’aimais. Mais dans certaines situations et notamment en face de professionnels, ce perfectionnisme peut, je le conçois, être insupportable. Je souriais en pensant à cette équipe qui, après le mariage, me classeraient sûrement dans leurs archives catégorie « cliente très compliquée à ne surtout pas rappeler » !

- Je ne fais pas le travail à leur place, je supervise, ce n’est pas pareil ! Et oui, j’ai ce défaut de penser que si je ne m’en occupe pas, le résultat ne sera pas parfait ! Je l’assume. Ce n’est pas, à presque quarante ans, que tu vas me changer ! 

Il s’est résigné puisque, de toutes façons, comme d’habitude, je n’allais pas l’écouter. Nos divergences d’opinions étaient fréquentes et nos discussions étaient souvent bien assaisonnées. Nous étions ce genre de couple où les émotions étaient constamment en éveil. Le plaisir, l’ennui, la crainte, la fierté, la honte, l’anxiété, la colère, la surprise, la joie, le bonheur…

En quatorze années de vie commune, tous ces ressentis avaient toujours pimenté notre vie. Alors, lorsque nous étions en opposition, l’un de nous devait toujours battre en retraite afin d’éviter de perpétuels conflits.

Il voulait un petit mariage, j’en voulais un géant.

Il voulait de la simplicité, je le voulais démesuré.

Il voulait peu d’invités, je n’en avais jamais assez.

Le cliché des « opposés qui s’attirent » tiendrait-il la distance face à celui du qui se « ressemble/s’assemble » ?

J’ai toujours idéalisé les couples, qui restaient ensemble toute leur vie et qui, du petit caillou de départ réussissaient à construire les murs les plus solides. Souvent je me suis demandée si malgré toutes nos différences et nos contradictions nous passerions le cap des noces de rubis. Aller au-delà de nos trente-cinq ans de mariage, être toujours heureux et amoureux, passer nos vieux jours ensemble à nous occuper de nos petits-enfants, sans que rien, ni personne, ne puisse nous séparer.

Trop idéaliste ? Sûrement, mais c’est comme ça que je rêvais ma vie !
Grâce à mes meilleures amies, j’ai vite oublié ce petit souci gynécologique.

Elles m’avaient organisé un enterrement de vie de jeune fille inoubliable qui, le temps d’un week-end, a ravivé ma bonne humeur et a effacé toutes mes angoisses.

Un magnifique week-end dans un hôtel quatre étoiles à Avignon.

Tout était parfait : le lieu, l’établissement, le jardin, le personnel, les fleurs, les odeurs, la chambre… Une chambre prévue pour quatre personnes qui s’est transformée en dortoir de sept filles. Tous les lits collés comme dans une colonie de vacances prête à accueillir une bande d’adolescentes attardées !

Il y régnait l’ambiance joyeuse et purement féminine d’un salon de beauté. Pendant que l’une se faisait les ongles, l’autre se faisait coiffer… On ne cessait de blaguer, passant d’une révélation à une autre, sans omettre les détails croustillants. Nous adorions nos fous rires des histoires de nos vies… Nourrir notre quotidien de bonne humeur avec nos péripéties… Faire preuve d’autodérision et surtout ne rien se cacher.

Après la séance « relooking-confidences », nous avons dîné à la table de l’hôtel où les plats, plus délicieux les uns que les autres, se succédaient. Puis nous avons regagné notre chambre où du bon champagne nous attendait. Mais l’envie de danser était pour moi bien plus importante que la couleur de ces bulles dorées.

Il m’a fallu juste deux minutes, le temps de colorer mes lèvres d’un gloss à paillettes, pour me lever et leur dire :

- Les filles, on s’bouge, j’ai envie de danser ! 

Et là, les douze yeux de ses charmantes demoiselles, qui étaient tranquillement en train de digérer, se sont pointés sur moi, tels douze révolvers prêts à dégainer !

- Quoi ? On n’va pas dormir non ? Alleeezzz… Hooo… C’est mon enterrement de vie de jeune fille, on s’bouge les cocottes ! 

Sans émettre un mot de mécontentement, elles se sont levées des lits où elles étaient confortablement installées, difficile pour elles de refuser mon caprice de future mariée !

Non sans une certaine fébrilité dans les jambes, nous sommes parties à la recherche d’un endroit sympa avec de la bonne musique pour motiver mes « p’tites gazelles ». A l’heure qu’il était, le seul endroit ouvert que l’on ait trouvé était une boite de nuit surpeuplée, exactement ce dont elles n’avaient pas envie !

Nous nous sommes installées à une table, nous avons blagué un petit moment puis nous sommes allées danser. Leur façon de se bouger ressemblait plutôt à celles d’automates désarticulés en mode : « Au secours, nous avons les piles déchargées ! »

Elles étaient craquantes sous leurs petits airs « d’amies-sacrifiées » et j’ai fini par m’apitoyer.

- Les filles, j’suis fatiguée, si on allait se coucher ? 

Je les soupçonne de s’être regardées toutes en même temps dans mon dos, mimant un immense soupir de soulagement.

Le retour à l’hôtel a été des plus joyeux, comme si le fait de retrouver notre chambre avait déclenché un réveil interne impossible à arrêter. La nuit et la journée du lendemain au bord de la piscine n’ont été que rires et confidences burlesques…

Nous avons repris la route le soir avec un goût d’inachevé, mais surtout avec la tête pleine de souvenirs et la promesse de très vite nous retrouver.

Il n’y avait pas de faux semblants dans notre amitié qui se renforçait au fil du temps. Lorsque nous étions ensemble, nous ressentions toujours une espèce de bien-être intérieur, favorable et indispensable à nos organismes et nos esprits. Nous ne pouvions pas nous passer de ces moments-là, et c’est pourquoi nous avions instaurés chaque mois des soirées filles, où aucun homme n’était admis.

C’était une relation de partage et de confidences, qui permettait à chacune d’entre nous de livrer ce qu’elle ressentait, sans jamais être jugée.

« Si tu ne comprends pas ton ami en toutes circonstances, jamais tu ne le comprendras ! »

« Un ami c’est quelqu’un qui te connait bien mais qui t’aime quand même ! »

Mes meilleures amies étaient un équilibre important, et j’espérais au plus fond de moi que cette amitié ne se brise jamais.
21 Juillet 2007 : il est là, le voilà le grand jour tant espéré !
Le mariage, mon mariage, « the » mariage…

Trois cents invités, tous en blanc comme je leur avais demandé.

Mon mari, nos enfants et moi étions en rouge, une couleur originale pour un mariage atypique comme je l’avais imaginé.

Des clowns sur échasses.

Un jardin couvert de roses rouges dans les moindres petits coins.

Une cérémonie comique à l’américaine pour débuter la soirée et favoriser cette ambiance que je voulais festive.

Un groupe de jazz pendant l’apéritif.

Un immense chapiteau où toutes les tables rondes étaient minutieusement installées par affinités.

Une très grande piste de danse prête à se faire piétiner.

Des baby-sitters pour s’occuper des enfants qui finissaient tous avec leurs bouilles maquillées. Ils couraient dans le jardin avec dans leur main des tas de ballons multicolores qu’ils s’amusaient à faire voler.

La tordante chanson de ma fille et de toutes mes amies réunies.

Pendant le repas, un spectacle comique faisait naitre le son que j’aime par dessus tout : les fous rires.

Le discours émouvant de mon amie Fari qui s’est dépassée pour parler devant trois cent invités.

Une énorme pièce montée qui est arrivée en musique comme un show au milieu de la piste de danse.

Des danseuses orientales qui entraînaient tous les invités à danser sur des rythmes effrénés.

Je n’avais pas non plus oublié les quatre anniversaires de quatre personnes qui s’attendaient à tout sauf à me voir arriver en plein milieu du repas entonnant un « Happy Birthday », bouquets de fleurs et cadeaux à la main.

Je ressentais une vraie jubilation de les avoir surpris au moment où ils s’y attendaient le moins.

Je prenais plaisir à passer d’un bras à l’autre pour les photos en essayant de n’oublier personne et d’immortaliser les meilleurs moments, destinés à créer le plus bel album de l’été.

Le caméraman passait son temps à zigzaguer entre les invités, car bien évidemment, je voulais que le film de ce jour soit impeccable. Il ne fallait surtout rien rater, et surtout pas ma fille et mes meilleures amies qui s’étaient cachées dans un coin pour répéter leur chanson surprise. Les paroles étaient remplies d’amour, de taquineries et d’espiègleries, exactement comme je les avais imaginées.

Tous ceux que j’aimais étaient présents, ils étaient là, près de moi, mes amis, ma famille, mes copains, mes enfants… Ma famille, dont certains avaient fait le déplacement de Paris. Je me réjouissais de les recevoir tous à la maison.

Je raffolais de l’esprit famille nombreuse qui va de paire avec la cohabitation. Des matelas et des valises jonchaient le sol et remplaçaient la décoration. Des adultes, des enfants, des tablées géantes et du rire qui fusait dans tous les coins…

Quelle ambiance ! Quelle bonne humeur ! Quelle joie de vivre ! J’adore !

Lorsque je regardais cette tribu que j’aime tant, cela me rendait nostalgique en repensant à mes vacances d’enfant. 

Ils m’avaient tellement manqué dans mon enfance et ils me manquaient tellement encore aujourd’hui, que lorsque nous étions tous réunis, je profitais d’eux au maximum comme si je ne les reverrai plus avant des années...
Les retrouvailles, la joie, les surprises, les plaisanteries, l’amour, le bonheur…rien n’a manqué à ce mariage que je voulais absolument parfait.

Tout a fonctionné, rien n’a été laissé au hasard, toutes les pièces du puzzle se sont parfaitement imbriquées. J’avais un sentiment de plaisir intense face à cette soirée où mon besoin de perfection avait été, point par point, largement comblé.

Je regardais mes invités se retrouver, s’embrasser, rire, danser…

Je regardais mon mari qui plaisantait en allant ça et là et mes enfants qui ne cessaient de s’amuser.

Ce soir-là, j’ai vécu la plus belle et rayonnante soirée de ma vie.

Ce soir-là battait dans mon cœur un bonheur fou impossible à briser.
Nous nous sommes dit « oui » pour le meilleur et pour le pire.

Nous nous sommes dit « oui » pour la vie.

2

16 août 2007: le début du cauchemar.

Il était là le pire, il ne s’est pas fait attendre, je ne pensais pas qu’il arriverait si tôt. Il ne m’a pas laissé le temps de faire mon voyage de noces, ni de profiter de ma nouvelle vie. Seulement trois semaines après avoir dit « oui » à mon mari.

Trois « petites » semaines de bonheur entre notre union et ce fameux soir qui allait chambouler ma vie à jamais.

Un rapport amoureux a déclenché une hémorragie qui a couvert de sang mes jambes et mon lit. Le sang n’a cessé de couler pendant de longues minutes et cela m’a totalement paniquée. Je suis rapidement partie dans la salle de bain pour me doucher et c’est alors que mon corps s’est mis à trembler. J’avais l’impression que le sol se dérobait sous mes pieds. J’avais un sale pressentiment qui ne me quittait pas. Un vent de panique s’est mis à souffler autour de moi et a créé des spasmes nerveux que je n’arrivais pas à contrôler.

Mon mari tentait de me calmer, mais il était impossible pour lui de comprendre ce que je ressentais, il était à mille lieux de s’imaginer ce à quoi, moi, je pensais. Pour lui, ces saignements étaient tout bonnement la suite logique d’un traitement qui n’avait pas marché et qu’il fallait changer. J’ai préféré ne pas lui répondre que j’avais une longueur d’avance sur lui quant aux soucis gynécologiques, et que je savais exactement ce que ces saignements voulaient dire.

Mon gynécologue était absent et ce n’est que cinq jours après que j’ai réussi à décrocher un rendez-vous. J’aurais pu aller voir un autre médecin, mais j’ai préféré patienter car j’avais un traitement et des examens en cours avec lui. Les saignements se sont estompés, mais pendant ces cinq jours d’attente, impossible de lutter contre le stress, la peur et les idées noires.

Comment ne pas stresser et avoir peur, lorsque l’on entend que la majorité des cancers du col de l’utérus est décelée de cette façon ?

Comment ne pas avoir peur alors que six mois avant, nous avions enterré une amie qui est partie à cause de ce foutu cancer du col ?

Comment ne pas avoir peur alors qu’une femme sur trois décède de ce cancer-là ?

« Non, San, pas toi ! N’associe pas tes pertes de sang à un cancer ! Ne pense pas à ça, arrête de broyer du noir ! Ce n’est pas ton caractère, toi, tu vis en rose ! Ne t’imagine pas des choses inconcevables qui ne feront jamais partie de ta vie ! Ta vie c’est : rire, chanter, danser, faire le clown, bouger, t’amuser, profiter… Ne pense pas que le cancer qui a touché des amies et ta famille te touchera toi aussi ! Suffit Sandra ! Stop les mauvaises pensées ! Attends les résultats d’analyses avant de penser au pire, pour l’instant, tu ne sais rien ! »

Je tentais de me convaincre que rien ne m’arriverait et qu’il était impossible que cette « saleté » passe par moi.

Cinq jours plus tard, j’étais enfin dans le cabinet de mon gynécologue. Lorsqu’il m’a auscultée, son visage livide m’a vite fait comprendre qu’il y avait un sérieux problème. Il ne comprenait pas ce qu’il se passait, mon utérus avait bougé et laissait à présent apparaître une masse au fond de mon vagin. Il n’arrivait pas à définir vraiment ce qu’il voyait et hésitait entre un fibrome ou un polype, mais moi, j’étais sûr qu’il mentait. Il ne voulait pas m’affoler mais j’étais convaincue qu’il savait. J’étais totalement paniquée et son silence sur la gravité de mon état m’agaçait au plus haut point.

- Pardon ? De quoi vous me parlez là ?! C’est quoi un fibrome ? C’est grave ? Et un polype c’est quoi un polype ? C’est une tumeur, c’est ça ? Hein, c’est ça ? J’ai un cancer ??!! Dites-moi docteur… Je vous en supplie, dites-moi ! 

Il était gêné et tentait de me rassurer en m’expliquant qu’un polype pouvait être malin, mais qu’il pouvait aussi être bénin. Il ne pourrait pas se prononcer tant qu’il n’aurait pas tous les résultats d’analyses, il me reverrait deux jours plus tard pour établir un diagnostic définitif. En attendant, il m’a conseillé de me détendre et de me calmer.

« Me calmer ?! Il y a deux mois, mon frottis était soi-disant parfait, aujourd’hui on m’annonce une éventuelle tumeur et je dois me calmer ?! »

Comment réussir à me détendre alors qu’au fond de moi, je savais que mes examens allaient révéler l’inconcevable. Je ne pouvais pas l’expliquer, mais je savais !

Lorsque l’on m’a remis les résultats de mon IRM, le médecin du service en question était embarrassé et m’a demandé ce que mon gynécologue m’avait dit.

Je n’avais pas envie de polémiquer sur le sujet et j’ai répondu à sa question par une autre question.

- Pourquoi ?! Vous avez vu quoi ?! J’ai une tumeur c’est ça ?! Pas la peine de me cacher quoi que ce soit, hein ! De toutes façons, je le sais déjà ! 

Derrière son « je ne peux rien vous dire », j’ai compris. Il laissait juste le soin au gynécologue de me l’annoncer.

Mais en attendant, quoi faire ? M’enfermer, cogiter et stresser davantage ? Hors de question !

Je devais absolument me changer les idées et le mariage de mon amie Estelle, le soir même, est arrivé à point nommé. J’ai hésité avant d’y aller car je me demandais si j’allais pouvoir tenir la distance en me concentrant sur autre chose que ces satanés résultats. J’ai réfléchi quelques minutes, puis je me suis finalement décidée. Je suis rentrée chez moi, je me suis préparée et je suis partie.

J’avais la boule à l’estomac et l’envie de vomir mais je voulais refouler mes pensées négatives, du moins, le temps d’une soirée. Je faisais des allers-retours en continu entre la piste de danse, les invités avec lesquels je blaguais, et le bar où le champagne coulait à flot. Je dansais autour de la mariée avec les bras en l’air et je chantais à tue-tête comme si j’avais un besoin vital de me faire remarquer. J’ai volontairement abusé du champagne qui m’enivrait à chaque instant, un peu plus, jusqu’à me faire oublier mon rendez-vous du lendemain. Personne, absolument personne, ne pouvait imaginer mon angoisse et ce qui s’était passé dans la journée.

Mais la réalité a vite repris le dessus à mon réveil. Il était là, mon rendez-vous du lendemain. Je me suis retrouvée fébrile dans la salle d’attente au milieu de futures mamans qui caressaient leur ventre, heureuse de sentir à l’intérieur de leur corps des petits pieds bouger.

Elles étaient là pour leur rendez-vous mensuel et je me disais que si mon cas était grave, je passerais en priorité devant toutes ces femmes. Je souriais en les regardant et en espérant qu’il appelle l’une d’elles avant moi et c’est ce qu’il fit. Une patiente s’est levée à l’appel de son nom et a disparu dans son bureau. Soulagée, je pouvais continuer ma lecture préférée, les potins que j’adore et qui m’amusent tant. Pas longtemps la lecture… Une minute après, il m’a invitée à le suivre. La future maman a attendu un instant dans le petit bureau pendant que j’ai eu l’honneur d’entrer dans le grand. Celui qui me faisait froid dans le dos et que je n’avais jamais vu auparavant.

Il avait une mine déconfite lorsqu’il s’est installé face à moi. Il m’a regardée dans les yeux, et d’un ton franc et direct, m’a dit : 

- J’ai une très mauvaise nouvelle Mme Gueury… Je suis vraiment désolé… Les examens ont malheureusement confirmé ce que je pensais. Mme Gueury…Vous avez un cancer ! 

Voilà comment, sans être sur la route, on percute un dix tonnes de plein fouet !

- Je comprends votre choc et j’en suis encore une fois désolé, mais il faut agir en urgence car la tumeur fait déjà trois centimètres et à votre âge ça évolue très vite. Je vous ai pris rendez-vous pour lundi dans un centre de lutte anti-cancer avec un très bon Professeur. Votre dossier est là, déjà rempli, soyez à Marseille à quatorze heures. 

Un tambour résonnait violemment dans ma tête et m’empêchait de me concentrer, ces paroles me semblaient illusoires, je ne pouvais pas y croire.

- Pas moi, ce n’est pas possible ! Vous vous êtes trompé ?! Vous avez confondu des dossiers ! 

Malheureusement non, c’était bien de moi que l’on parlait.

J’étais malade, j’avais un cancer, la terre était en train de s’arrêter de tourner !

La peur s’est installée, me donnant l’impression de sombrer dans un abîme duquel je ne pouvais pas remonter.

Je suis sortie de la clinique abasourdie, comme saoule, ne sachant plus quoi faire, ni où aller. Je me suis assise au milieu de l’escalier sans rien voir, ni rien entendre. J’avais l’impression que ma tête allait exploser.

La première chose que j’ai faite, a été d’appeler mon mari pour lui faire part de cette nouvelle, cette foutue nouvelle !

Il m’a été impossible de lui expliquer les choses correctement. Je me suis mise à hurler et à pleurer toutes les larmes de mon corps sans pouvoir m’arrêter. Il était dans tous ses états mais faisait preuve de sang-froid et se voulait rassurant. Il me disait d’attendre de voir le Professeur afin de confirmer ce diagnostic qui lui semblait irréel et aberrant. Par ses mots, il a réussi à m’apaiser jusqu’au moment de raccrocher mais mon accalmie a été de courte durée. Je n’ai pu m’empêcher de reprendre mon téléphone pour en faire part à mes amis et ma famille, qui, sans le vouloir, par leur voix tremblante et les sanglots qu’ils tentaient tous de retenir, ont relancé ma crise de larmes.

« Que m’arrive-t-il ? Comment vais-je faire ? Et les enfants, que vais-je leur dire ? »

Je devais rentrer à la maison m’occuper de mon Eliott et du haut de ses huit ans, je pouvais seulement lui expliquer que mes yeux étaient gonflés à cause de mon allergie annuelle d’été.

Et ma Chloé qui était en vacances en Corse, comment allais-je lui annoncer cela quand elle rentrerait ?

Rien de pire que le moment où elle s’est retrouvée en face de moi !

Je devais lui expliquer correctement les choses sans l’alarmer, mais comment rassurer sa fille de dix-huit ans, qui sait très bien ce que le mot cancer veut dire.

- Ne pleure pas mon cœur, tu sais que je suis forte et ce n’est pas un petit crabe qui va me tuer ! Pris à temps, le cancer de l’utérus se soigne très bien, tu sais !

- Ah oui ?! Et ta copine qui est décédée, ce n’est pas le cancer de l’utérus qu’elle avait ?

- Oui chérie, mais elle s’y est prise trop tard avant d’aller voir le médecin. Moi, ce n’est pas pareil, il faut agir vite, mais je ne suis pas à un stade aussi avancé qu’elle !

- Peut-être que ce n’est pas si avancé, mais c’est le cancer que tu as maman, le cancer !!

Elle ne cessait de pleurer en hoquetant comme si sa respiration allait se couper. Malgré mes bras qui l’enveloppaient et mes câlins pour la consoler, la seule chose qu’elle ait eu besoin de faire, fut comme moi, d’appeler ses amis, sa famille et de hurler. Hurler cette maudite injustice qui était en train de nous frapper.

Elle s’est calmée après un long moment, puis, lorsque nous avons retrouvé nos esprits, nous avons décidé d’un commun accord de craquer dès que le besoin se ferait sentir, mais d’essayer de nous contenir devant son petit frère afin de ne pas le perturber. Son âme de grande sœur a alors pris le dessus sur sa tristesse et elle s’est promis de toujours bien s’en occuper.

Le rendez-vous avec le sacro-saint Professeur approchait et je ne cessais d’espérer que mon médecin avait noirci le tableau, espérant même qu’il se soit trompé.

Nous sommes arrivés avec mon mari à Marseille dans ce centre de lutte anti-cancer, l’hôpital « Paoli Calmettes ». Nous étions tous ici pour la même maladie, tous ici pour le même combat.

Je n’avais pas encore passé la porte, lorsque je me suis retrouvée nez à nez avec un infirmier poussant un fauteuil roulant dans lequel était un homme chauve et d’une maigreur cadavérique. Son visage était défiguré par la fatigue, et cet homme m’a renvoyé l’image de cet endroit que je redoutais au plus profond de moi. J’ai eu d’un seul coup envie de vomir, mal au ventre, mal à la tête… Mal dans mon corps, dans mon coeur et dans mon âme.

Mon mari me tenait le bras et sans un mot, m’écoutait lui dire :

- Mais qu’est-ce que je fais là ? Ce n’est pas possible, je ne vais pas devenir comme ça ?! C’est pas vrai ! Pas moi !! 

Son visage fermé ne réagissait pas et sa bouche ne chuchotait aucun mot, l’unique son que je percevais était son grincement de dent.

Contrairement à moi qui suis ultrasensible à se laisser submerger par ses émotions, lui avait beaucoup de mal à les exprimer. Non pas qu’il les niait, qu’il les refoulait ou qu’il faisait croire qu’elles n’existaient pas, mais j’ai toujours eu l’impression qu’il les avait enfermées dans un tiroir qui était fermement scellé.

Question de pudeur sûrement…

Nous nous sommes retrouvés dans une salle d’attente que j’ai trouvée sordide, non par la vétusté du lieu qui se voulait moderne, mais par la vue de tous ces gens maigres, sans cheveux, tristes... D’autres avaient, malgré leur perruque, des allures normales, des rondeurs et des sourires, comme s’ils étaient habitués à cet endroit qui leur était devenu familier.

Cet endroit me semblait irréel, jamais au grand jamais je n’aurais imaginé m’y trouver un jour !

Finit-on par accepter cet endroit ?

Finit-on par apprécier ce lieu qui est sensé nous sauver la vie ?

De toutes façons, je n’avais pas le choix et je devais l’affronter avec le plus de force possible.

Les minutes qui sont passées étaient insupportables, mon corps tremblait tellement que j’avais l’impression qu’il allait s’ébrécher. Impossible de contrôler les larmes qui se remettaient à couler. J’avais peur de ce qu’allait me dire ce fameux Professeur.

Une femme était installée en face de moi et ne cessait de me regarder avec un air interrogateur. Après un petit moment, elle s’est invitée sur la chaise voisine et m’a dit :

- Je vous vois désemparée depuis tout à l’heure, je peux vous demander de quel cancer vous souffrez ?

- Cancer de l’utérus, lui ai-je répondu entre deux sanglots que je n’arrivais pas à contenir.

- Ne vous inquiétez pas, ça va aller, je l’ai eu ce cancer et tout s’est bien passé. Cela fait maintenant douze ans que tout va bien !

- Je suis contente pour vous madame, ce que vous dites est rassurant, vous venez donc pour de la surveillance ?

- Non, j’espère que vous aurez plus de chance que moi car aujourd’hui, j’ai un cancer du vagin !

- Pardon ?! Vous venez me raconter votre guérison, puis maintenant, votre nouveau cancer ?! Vous croyez soulager ma peine en me disant des choses pareilles ? Je ne veux pas vous manquer de respect madame, mais retournez à votre place et laissez-moi pleurer tranquille !

Je n’ai pas été diplomate avec cette femme, j’étais trop paniquée pour être polie devant tant de bêtise et d’absurdité.

Comment peut-on tenir ce genre de discours à quelqu’un qui vient d’apprendre sa maladie ? Comme si le cancer n’était qu’une formalité !

Vexée, elle est repartie s’installer sur sa chaise en marmonnant, m’a tourné le dos et n’a plus croisé mon regard.

Mon mari qui faisait les cent pas dans la salle d’attente se demandait ce qu’il se passait avec cette femme. Lorsqu’il a voulu savoir, j’ai préféré lui répondre qu’elle venait gentiment me rassurer et que je n’avais pas le cœur à discuter. S’il avait su, je crois que les murs auraient tremblé, il était dans un état de nerfs tel qu’il ne fallait surtout pas le titiller.

Mon cœur a bondit lorsque j’ai entendu l’appel de mon nom.

Le professeur s’est présenté et, en silence, a lu la lettre de mon gynécologue. Sans un mot, il a regardé mes analyses et mon IRM, puis s’est retourné vers moi et à voix basse, m’a confirmé le diagnostic.

C’était bien de cancer que l’on parlait, c’était bien moi qui était frappée, c’était bien ma vie qu’il fallait sauver !

Il m’a donné les explications sur le protocole à suivre, mais je n’entendais pas ce qu’il me disait, j’étais dans un état de choc qui me rendait sourde et muette. Heureusement que mon mari était là  pour écouter, me soutenir et comprendre cet énigmatique protocole.

Je suis restée sourde et muette pendant un moment, puis sur le chemin du retour, j’ai pris mon téléphone pour confirmer l’inconcevable à tous mes proches. Les mots violents qui sortaient de ma bouche ont recréé un torrent de larmes que je n’ai pu stopper pendant trois longues semaines.

Trois semaines pendant lesquelles je marchais comme un zombie, je perdais la tête, je ne retenais plus rien. Mon visage fermé avait remplacé mon sourire et je croisais les gens sans les voir. J’avais perdu le goût, l’odeur, l’envie, le sommeil, le besoin de sortir prendre l’air… Tout, j’avais tout perdu.

Mon corps était vide et mon cœur plein de larmes. Mon cœur a été plein jusqu’à ce fameux matin où les enfants sont venus me rejoindre dans le lit pour me faire un câlin.

Nous sommes restés un long moment tous les trois enlacés. Nul besoin de mots de leur part, leurs bras qui me serraient m’ont vite fait comprendre à quel point ils étaient tristes et à quel point leur maman devait réagir face à leur souffrance. Ma personnalité devait absolument reprendre le dessus sur mon état déprimé, je devais retrouver mon caractère fort, mon optimisme, mon entêtement, ma joie de vivre, ma volonté...

Je les ai serrés fort contre moi en leur promettant de ne plus jamais me laisser aller, de me battre et de nous sortir de là !

Je les ai embrassés, je me suis levée et, devant le miroir de la salle de bains, je me suis mise à imaginer que mon reflet était ce cancer qui me regardait avec un petit sourire diabolique et sournois.

Avec toute la haine que j’avais au fond de moi, je me suis adressée à cette « saleté » avec un ton enragé et je lui ai dit :

«  Ecoute-moi bien satané crabe pourri, je ne me suis jamais laissée faire dans ma vie et ce n’est pas toi qui vas commencer ! Tu n’auras pas le dessus sur moi ! Tu es bien installé au chaud dans mon corps et bien, je vais te faire déguerpir avec une force que tu ne peux imaginer ! Prépare-toi, parce que je vais relever mes manches, partir au combat et je vais t’écraser comme un sale cafard que tu es ! Je te jure sur la tête de ce que j’ai de plus cher au monde, la prunelle de mes yeux, mes amours que tu es en train de perturber, que ce n’est pas une bataille que tu vas perdre, c’est la guerre !  Je vais te « pulvériser » !

Tu veux la gagne, tu ne l’auras pas !

Tu veux me tuer, tu ne me tueras pas ! »

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Le cauchemar que j’avais vécu les jours précédents était une réalité qu’il me fallait maintenant affronter. Le protocole était en marche pour faire disparaitre la « saleté », mais malgré ma rage intérieure et ma positivité, j’étais terrorisée et la peur ne me quittait pas.

Peur que le cancer ne se propage.

Peur des semaines, des mois et peut-être des années à venir.

Peur de souffrir.

Peur de ce que j’allais subir.

Peur de ne pas y arriver.

Peur pour mes enfants.

Peur pour moi.

Peur de tout, et, surtout et avant tout, peur de mourir.

Mais malgré toute cette peur, je ne devais rien lâcher, je devais me battre, je devais positiver, je devais gagner !
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