La Réunion des orsem 123





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Les Etats-Unis et l’Eurasie






Pour l'Amérique, l'enjeu géopolitique principal est l'Eurasie.(…) L'Eurasie demeure, en conséquence, l'échiquier sur lequel se déroule le combat pour la primauté globale".

ZBINIEW Brzezinski, “The Grand Chessboard” : American Primacy and Its Geostrategic Imperatives, New York, basic books, 1997
"La Russie a perdu beaucoup en Asie centrale, et n'a eu que ce qu'elle méritait."

Nezavisimaïa gazeta 30 avril 2003.

Si

le 11 septembre 2001 constitue, à bien des égards, une date majeure dans l'histoire des relations internationales de ce début du 21ème siècle, et si la bordure méridionale du continent eurasien paraît, à nouveau, constituer l'échiquier d'une énième version d'un grand jeu entre Moscou et Washington, il est intéressant de regarder le "retour progressif de l'importance" de ces territoires dans les représentations géopolitiques des Etats-Unis. Les évolutions de ses représentations avant le 11 septembre 2001 permet de montrer que les années 1979 et 1996 sont des dates majeures dans l'histoire des relations des Etats-Unis avec ces territoires et que 2001, année évidemment primordiale, ne peut cependant constituer le point de départ d'une analyse géopolitique.
A - La place de la bordure méridionale du continent eurasien pour les Etats-Unis ou le passage d'une question de politique étrangère a un intérêt de sécurité national vital
"Avant le 11 septembre 2001, les Etats d'Asie centrale de l'ancienne Union soviétique, pourraient avoir été située sur la face cachée de la lune pour la politique américaine.0" Les premières politiques américaines à l'égard des cinq républiques ex-soviétiques, dans les domaines de l'économie et de la défense, bien que pragmatiques, pavèrent la voie à l'engagement stratégique plus important qui succède aux évènements du 11 septembre. La plupart des analystes de l'Asie centrale estiment que les Etats-Unis n'avaient pas de "grande stratégie" dans cette partie du monde, et au début des années 1990, la politique américaine, certes indécise, a pris l'aspect d'une politique d'attirance des Etats d'Asie centrale vers les modèles occidentaux.
Le grand jeu de la guerre froide ou le repli des Etats-Unis dans l'océan Indien
Les Etats-Unis n'avaient pas d'intérêt national vital dans le Caucase ou en Asie centrale. Avant la guerre froide, ils ne s'étaient jamais véritablement engagés dans les régions d'Asie centrale qui ne jouaient aucun rôle dans les relations entre les Etats-Unis et les puissances voisines (Iran, Turquie, Chine)

Dans cette partie du monde, l'année 1979 est une année noire pour les Etats-Unis. Dans le contexte du traumatisme américain au Vietnam, les Etats-Unis perdent un Etat pivot majeur, dans la région, celui de l'Iran du Shah. Il n'y en pas d'autre, sur ces côtes de l'océan Indien, jusqu'à aujourd'hui. En aucun cas, le Pakistan, bien qu'allié, n'a constitué un Etat pivot des Etats-Unis dans la région, susceptible de remplacer l'Iran du Shah : Dans la définition d'un Etat pivot pour Washington, le principal paramètre et son principal atout est la stabilité. Le Pakistan, en proie à des coups d'Etats permanents, en conflit plus ou moins latent mais permanent sur la question du Cachemire, en conflit avec l'Inde au début de la décennie 1990 encore, qui débute un programme militaire nucléaire proliférant clandestin, ne peut remplacer l'Iran du Shah qui développait de surcroît une politique économique et sociale moderne en plus d'être une puissance militaire régionale stabilisante, bien placée au sud de l'URSS et à l'ouest du Proche-Orient producteur d'hydrocarbures de plus en plus coûteux.

Avec la révolution khomeyniste, et l'intervention soviétique en Afghanistan, la faiblesse de la présence américaine dans cette zone apparaît flagrante.
La perte du pivot iranien.
Après la crise pétrolière de 1973, l’augmentation du prix du pétrole se répercute sur les produits importés : En 1977, l’Iran a connu un taux d’inflation de 25 p. 100, ce dont souffrent les catégories les plus humbles de la population, alors que la corruption règne dans les milieux de la cour et des affaires.

Cette situation favorise l’action des opposants au régime qui dénoncent l’échec de la politique économique et l’action répressive de la police politique. Les manifestations contestataires se multiplient de plus en plus ouvertement, dans toutes les principales villes et réunissent des participants appartenant à tous les milieux sociaux et culturels : Pour la première fois, les commerçants du grand bazar de Téhéran (représentants de la moyenne et de la petite bourgeoisie, musulmans pieux) s’y joignent pour protester à la fois contre la situation économique, les actions policières et la dégradation de la moralité : Cet apparent amalgame est en fait la marque du poids grandissant des milieux religieux qui protestent contre la modernisation et l’occidentalisation effrénées du pays, contre la corruption, contre la part trop belle faite aux intérêts étrangers dans l’économie nationale. Pour beaucoup d’opposants, le recours à l’islam chiite est un moyen d’attirer les masses et de donner une base plus large à la révolte contre le shah, désigné de plus en plus comme le vrai responsable de la situation du pays.
Cette situation, qui ne cesse de se dégrader, évolue inexorablement, vers l’issue attendue :

Le 16 janvier 1979, le shah, sa famille et quelques-uns de ses proches quittent l’Iran.

L’arrivée de l’ayatollah Khomeyni à Téhéran, le 1er février 1979, déclenche le processus ultime : Investi spontanément de l’autorité sur le pays le 5 février, il désigne Mehdi Bazargan comme Premier ministre. En dépit d’une dernière tentative de résistance de Chapour Bakhtiyar et de l’armée, en quelques jours la victoire de l’ayatollah et de ses alliés est totale. Très vite, des comités de «khomeynistes» contrôlent étroitement la vie politique, tandis que des «tribunaux islamiques» commencent à juger et à faire exécuter de façon expéditive des personnalités civiles et militaires de l’ancien régime.

Le gouvernement iranien met fin à l’activité du consortium pétrolier international et entend gérer lui-même l’exploitation et l’exportation de son pétrole. En juin 1979 les banques, les compagnies d’assurances et les principales sociétés industrielles sont nationalisées.

La perspective d’une Constitution autoritaire et centralisatrice conduit à la rébellion kurde et à la guerre au Kurdistan où les peshmerga kurdes s’affrontent à l’armée régulière et aux pasdarans (août septembre 1979). Accusant les Etats-Unis de soutenir la rébellion, le pouvoir se lance dans une violente campagne antiaméricaine - accentuée par le fait que le shah se rend aux États-Unis pour se soigner (22 octobre 1979) - dont l’aboutissement est l’occupation de l’ambassade des États-Unis à Téhéran le 4 novembre 1979 et la séquestration de soixante otages américains par des «étudiants islamiques», ces derniers demandant, en échange de la libération des otages, l’extradition et le procès du shah.

L’échec de la tentative américaine en vue de libérer les otages (24-25 avril 1980) renforce la position des intransigeants qui, aux élections législatives d’avril 1980, remportent une victoire écrasante.

Ni la mort du shah, à la fin du mois de juillet 1980, ni la guerre déclenchée par Saddam Hussein le 17 septembre 1980 en vue de reconquérir des territoires et surtout de provoquer la chute du régime iranien dont la propagande antibaassiste en direction de la population chiite d’Irak (40 p. 100 de la population) peut constituer une menace, ni la libération des otages américains le 20 janvier 1981, ni l'Irangate ou encore l’élection triomphale d’Ali Akbar Hachemi Rafsandjani à la présidence de la République, le 28 juillet 1989, avec 94,5 p. 100 des voix, inaugurant un changement que l’on a qualifié, sans doute abusivement, de «Thermidor à l’iranienne», de perestroïka ou encore d’«instauration d’une IIe République» ne changeront fondamentalement les relations tendues entre Washington et Téhéran.

L’embargo total contre l’Iran est décrété par les États-Unis en 1995, puis la loi D’Amato-Kennedy, est votée par le Sénat américain en 1996, pour punir l’«État terroriste», non sans arrière-pensées pour les intérêts économiques futurs des États-Unis, lorsqu'ils pourront à nouveau rencontrer les importantes richesses de l'Iran.
Afghanistan 1979 : une nouvelle poussée russe
À partir du milieu des années 50, l'Afghanistan se départit de son attitude de neutralité pour entrer progressivement dans l'orbite soviétique.

Emporté par son zèle nationaliste, l'Afghanistan de Zaher Shah attendait la dissolution de l'Empire britannique des Indes pour pouvoir récupérer les régions pachtounes situées au sud de ses frontières, que les Britanniques0 avaient détachés du royaume de Kaboul au XIXe siècle, et les réclama au Pakistan qui venait à peine de devenir un État indépendant (1947)

Le Pachtounistan indien étant dévolu au nouveau Pakistan, Le ressentiment anti-pakistanais devint la base de la politique extérieure de Kaboul et les tensions naissantes avec le Pakistan au sujet des tribus pashtouns signifiait fermeture de frontière, asphyxie économique, et recherche d'une alliance de revers pour l'Afghanistan enclavé : Dès lors, l'Afghanistan allait s'insérer dans un nouveau dispositif géopolitique régional formé par un axe Moscou New Delhi Kaboul qui faisait face à un axe Islamabad- Washington et Islamabad Pékin. A partir de 1955, les Afghans se tournèrent vers l'URSS, dès lors que les États-Unis se désintéressèrent de ce pays exsangue au profit du Pakistan et surtout de l'Iran. "En 1969, il y avait déjà 1110 experts soviétiques contre 240 américains0"

Zaher Shah, à partir de 1963, sut habilement susciter une émulation entre Soviétiques et Américains pour le développement de son pays, et parvint à freiner l'influence soviétique sauf dans la formation des cadres militaires.

La plupart des dirigeants soviétiques, y compris Leonid Brejnev et son Premier ministre Alexei Kosigyn, se satisfaisait de ce statut. Une minorité représentée par des idéologues comme Mikhaïl Suslov, et Boris Ponomaryov plaidait en faveur de l'extension du socialisme communiste vers le Moyen orient.

Lorsque Zaher Shah fut renversé par son cousin, le prince Daoud, en 1973, cette politique d'équilibre entre les grandes puissances fit place à un alignement de plus en plus marqué sur l'URSS : Le régime afghan transforma le pays en république et le prince Daoud lui-même fut tué, par des officiers afghans d'obédience communiste, au moment où il tenta de rechercher l’aide de l’Arabie Saoudite et des autres pays musulmans pour équilibrer la dépendance croissante du régime vis-à-vis de Moscou et corriger la dérive pro-soviétique de l'État afghan pour revenir à l'équilibre de Zaher Shah.

Le coup d’État communiste du 27 avril 1978, couramment appelé en Afghanistan la «révolution de Saur0», entraîna toute une série de troubles. Dès juillet août 1978, B. Karmal et les siens étaient chassés du pouvoir et expédiés dans des ambassades lointaines ; en septembre 1979, Taraki était abattu par son second, Hafizullah Amin ; en décembre 1979, Amin était à son tour abattu par les Soviétiques, et B. Karmal venait au pouvoir dans les fourgons de l’armée soviétique.

Les communistes afghans, confrontés à des mouvements insurrectionnels dans toutes les régions du pays, ne virent de salut que dans une intervention militaire soviétique. Les dirigeants soviétiques se décidèrent à une intervention militaire massive pour rétablir la situation et mettre à Kaboul des gouvernants plus réalistes. La décision du Kremlin d'intervenir en Afghanistan en 1979 fut aussi prise pour saisir l'opportunité d'une avancée de plus en direction des mers du sud 0 et placer le détroit d'Ormuz dans le rayon d'action de ses forces aériennes tactiques mais aussi, semble t-il, d'après des rapports selon lesquels le leader pro communiste Hafizulla Amin allait se rapprocher des Etats-Unis et qu'en gage de son allégeance nouvelle, il allait accueillir des stations de guidage de missiles balistiques et d'écoute du territoire soviétique que l'Iran khomeyniste ne pouvait accueillir. Cette considération pesa de manière définitive dans la prise de décision de Moscou. La menace perçue d'un Afghanistan étant retourné vers la zone de contrôle des Etats-Unis fut probablement un facteur décisif de l'intervention militaire soviétique de décembre 1979, au moins tout autant que la nécessité d'un sauvetage des expatriés soviétiques en Afghanistan.

Les généraux russes, en se portant ainsi à la rescousse d'un pays prétendument "en marche vers le socialisme " et menacé par la réaction religieuse soutenue par "l'impérialisme ", n'étaient certes pas peu fiers d'occuper enfin la fameuse zone stratégique, la " porte de l'Inde ", à laquelle d'autres généraux russes, ceux du tsar, avaient dû renoncer soixante-dix ans auparavant. Mais depuis, la situation géopolitique avait beaucoup changé dans cette partie du monde et l'Afghanistan n'est plus la "porte directement ouverte sur l'océan Indien ".

Le conflit Est- Ouest frappait l'Afghanistan, qui voyait sa division ethnique se poursuivre sous la forme d'un Afghanistan en cours de soviétisation et donc d'amarrage à l'Asie Centrale soviétique et d'un Afghanistan de la résistance qui puisait ses forces dans le soutien armé du Pakistan, des Etats-Unis et de l'Arabie saoudite dans une configuration et avec des conséquences qui sont aujourd'hui d'actualité.
De fait, depuis 1979, et la perte du pivot iranien, surtout, avec la poussée soviétique rapidement mise en difficulté, la faiblesse américaine apparaît flagrante : Le boycott des jeux olympiques de Moscou et l'embargo céréalier des Etats-Unis, plus pénalisant pour les producteurs céréaliers du Middle West ou du weat belt aux Etats-Unis, facilement contourné par l'URSS qui trouve vite d'autres fournisseurs attirés par l'immense marché pour écouler des surplus, renforcent le vide de présence américaine dans la région. L'aide aux Moudjahhidden afghans sous R.Reagan, certes déterminante, et l'Irangate, illustrent une tentative d'abord clandestine de reprendre pied dans cette partie de l'Eurasie, mais, au final, la situation évolue très lentement, et rien de significatif n'apparaît avant le milieu des années 1990.
la fin de la bipolarite et une politique hesitante d'amarrage a l'ouest
Au final, avant 1991, les Etats d'Asie centrale apparaissent des rivages marginaux ; les cinq républiques de l'Union soviétique en Asie centrale ne jouèrent qu'un rôle marginal durant la guerre froide entre les Etats-Unis et l'URSS, alors même que ce flanc soviétique est perçu comme le ventre mou de l'URSS. Bien que l'Asie centrale ait toujours été, par sa seule position géographique, le nœud entre les régions environnantes du continent eurasien, entre la Russie et le Moyen ou Proche-Orient et l'Asie du Sud, sa position géopolitique en tant que zone tampon potentielle et zone de transit ancienne (la route de la soie) a été quelque peu momifiée sous l'ère soviétique.
Avec la fin de l'URSS, la reconnaissance des Etats de l'ex Asie soviétique montre le caractère hésitant de la politique américaine. Les Etats-Unis reconnurent ainsi officiellement l'Arménie, le Kazakhstan et le Kirghizstan en même temps que la Russie, la Biélorussie et l'Ukraine dès janvier 1992, mais ils n'établirent des relations diplomatiques avec l'Azerbaïdjan, le Tadjikistan et l'Ouzbékistan qu'au mois de février 1992. Des relations diplomatiques avec la Géorgie, aux prises avec une guerre civile, ne furent liées qu'en mars 1992. Tous ces retards, certes explicables, donnent l'impression d'une hiérarchie dans ces Etats et au final, révèlent le pragmatisme des Etats-Unis, tout le contraire d'une politique d'ingérence pré-dessinée des Etats-Unis dans ces rivages libérés de l'URSS.
Les premières initiatives américaines dans les nouveaux pays indépendants découlaient toutes, alors, de la priorité donnée à la Russie ainsi qu'à une question stratégique de première importance pour les Etats-Unis : Faire en sorte que l'ensemble de l'arsenal nucléaire militaire, (produits nucléaires, vecteurs, savoir), soit maîtrisé par un seul Etat, la Russie héritière de l'URSS, et éviter absolument toute prolifération. L'importance géostratégique de l'Asie centrale a ainsi connu un précédent dès 1991, lorsque l'administration de G. Bush se montra désireux de réduire l'important stock d'armement nucléaire basé au Kazakhstan et de prévenir toute prolifération dans la région. En conséquence, le Kazakhstan attira une première politique de sécurité des Etats-Unis en Asie centrale. En décembre 1993, le président Al Gore et le président kazakh Nazerbayev signèrent un accord de coopération pour le démantèlement et la destruction de 108 missiles SS18 et de leurs silos0.
Les quelques initiatives d'intervention américaine pour le règlement des différents apparaissent brouillées : La cohérence de ces interventions est fragilisée par le manque de contacts dans cette région, le manque de connaissances de la complexité de la situation, et par l'intervention d'intérêts particuliers0
Mais, hormis quelques initiatives liées au règlement des conflits, le Caucase et l'Asie centrale jouèrent un rôle secondaire dans la politique américaine jusqu'à ce que les relations avec la Russie commencent à se dégrader, après l'échec de la transition vers un système politique et économique d'inspiration occidentale et que l'exploitation des ressources énergétiques de la Caspienne entre en conflit direct avec la politique de Washington à l'égard de l'Iran.
Après la dénucléarisation des républiques de l'URSS, les objectifs de la politique de l'administration Clinton dans la région concernaient des intérêts économiques des milieux d'affaires liés en particulier à la production de gaz naturel et de pétrole au Kazakhstan, au Turkménistan et en Ouzbékistan. Sans la redécouverte des ressources énergétiques de la mer Caspienne, ces contrées seraient sans doute restaient marginales, un peu plus longtemps, pour les artisans de la politique étrangère des Etats-Unis
Les Etats-Unis développèrent des relations diplomatiques avec ses derniers à travers des formes variées de soutien à la démocratisation, d'assistance économique et de promotion de politique de sécurité.

Focalisée sur le processus de démocratisation et la promotion de l'économie de marché, la politique de l'administration Clinton s'inscrit dans la continuité de la politique du "nouvel ordre mondial" du Président G.Bush, et considère ces nouveaux Etats comme des membres potentiels d'une nouvelle communauté d'Etats démocratiques et à économie de marché. Pour permettre la réalisation de ce projet, l'administration Clinton favorise la coopération régionale, relayée par des institutions telles que la communauté économique d'Asie centrale mais surtout le programme "partenariat pour la paix" de l'OTAN0.

Le vote du "Freedom Support Act" le 24 octobre 1992 établit les fondations d'une assistance à plusieurs facettes et dans des domaines variés. Mais là encore, les débats d'avril à octobre 1992 illustrent un manque d'approche général de la région. Entre 1992 et 1996, un manque de cohérence a nui à l'efficacité de la politique américaine envers l'Asie centrale en particulier parce que les différents domaines des politiques mises en œuvre étaient repartis dans les divers ministères correspondants de l'administration américaine qui poursuivaient leurs propres agendas. Comme l'analyste F. Hill l'affirme, une politique unifiée était rendue virtuellement impossible en raison des conflits entre juridictions0
Les hydrocarbures
La dissolution de l'URSS en 1991 coïncident avec la redécouverte des ressources énergétiques du bassin de la mer Caspienne, attirant dès lors, des compagnies transnationales d'hydrocarbures incluant une majorité de majors américains.

Et ainsi, dans les faits, ce n'est que lorsque les premiers contrats pétroliers importants furent signés entre les compagnies pétrolières américaines et le gouvernement du Kazakhstan dans les années 1993 – 1994, que la région commence à représenter un intérêt stratégique majeur. Ainsi, les intérêts commerciaux des compagnies pétrolières américaines dans l'exploitation de nouvelles ressources énergétiques donnèrent aux responsables politiques américains un intérêt particulier pour l'Asie centrale et sa protection.

La motivation des Etats-Unis fut d'abord une motivation de nature géoéconomique : l'exploitation des ressources énergétiques de la mer Caspienne doit aussi rencontrer des intérêts commerciaux, mais l'exportation de ces ressources devait rencontrer les aspects de sécurité des Etats-Unis en matière énergétique.

Les Etats-Unis se mirent alors à considérer les ressources du bassin caspien comme l'une des rares possibilités de diversifier l'approvisionnement énergétique hors du Moyen-Orient.

Les décideurs américains se devaient donc de protéger les intérêts commerciaux des compagnies pétrolières américaines, soucieuses d'exploiter de nouvelles régions énergétiques dans le Caucase et en Asie Centrale
Initialement la politique américaine se situait sur la promotion de la démocratie et l'intégration des nouveaux Etats dans la communauté internationale, désormais la coopération sur les questions de sécurité, les intérêts géoéconomiques et géopolitiques prennent une importance accrue.
A partir de 1996, le Conseil de Sécurité National (NSC), l'une des "agences" conseillères de l'administration les plus proches du Bureau Ovale, commença à coordonner les politiques indépendantes des différents ministères tout en mettant en relief les implications sécuritaires liées à l'exploitation des hydrocarbures du bassin de la mer Caspienne, à proximité immédiate de la fédération russe. Dans le même temps, l'isolation diplomatique et économique de l'Iran, depuis le vote de l'"Iran Libya Sanctions Act", en rétorsion à son soutien à des organisations terroristes, constitua également un facteur majeur dans l'élaboration des décisions politiques à l'égard de l'Asie centrale. Ces oléoducs devaient relier le Caucase et l'Asie centrale aux marchés mondiaux, tout en minimisant les liens avec l'Iran et accroître les possibilités d'exportations des gouvernements de la région et en brisant le monopole de la Russie sur les itinéraires existants. C'est donc à partir de 1996, lorsque les analystes du NSC sont impliqués dans le processus d'élaboration de décision pour la recherche de nouvelles sources d'approvisionnement en pétrole, pour l'architecture des pipelines, que cette région cessa d'avoir un intérêt uniquement énergétique et économique, objet de politiques non coordonnées, pour devenir une aire stratégique…
Strobe Talbott , Secrétaire d'Etat adjoint lève le voile sur les raisons et les motivations de la politique d'occidentalisation des institutions politiques , économiques et de sécurité, en soulignant dans une intervention à la John Hopkins School of Advanced International Studies de Washington DC, le 21 juillet 19970 ce qui apparaît avec le recul être les intérêts stratégiques des Etats-Unis. "Son discours rend évident que l'accès aux marchés de l'énergie en pétrole et en gaz constitue l'intérêt vital le plus important pour les Etats-Unis dans la zone0".
Les Etats-Unis en vinrent alors à considérer le Caucase et l'Asie centrale comme un tout sans considérer l'extrême complexité des paramètres (historiques, culturels…) à prendre en compte pour l'analyse de cet ensemble qui n'est qu'un regroupement de territoires sous des noms et des acceptions qui varient selon les représentations. Ils en vinrent également à négliger l'intérêt de la zone pour d'autres acteurs étatiques, tels que la Russie, la Turquie, l'Iran ou la Chine, ou non étatiques ( zones tribales, entrepreneurs religieux…)
En 1996-1997 donc, l'administration définit quatre idées directrices de la politique d'intervention pour le Caucase et l'Asie centrale. Il s'agissait de renforcer les réformes politiques et économiques, d'atténuer les conflits locaux, et de soutenir la sécurité énergétique et améliorer les possibilités commerciales des compagnies américaines.
Mais la politique des Etats-Unis à l'égard du Caucase et de l'Asie centrale resta l'otage, de deux autres priorités de politique étrangère encore plus profondément établies en principes intangibles : celles des relations avec l'Iran et la Russie. Ces principes ne cessèrent d'orienter la politique des Etats-Unis dans la zone Caspienne vers un objectif étroit : créer un couloir d'évacuation des hydrocarbures selon une direction Est-Ouest pour couper sinon réduire les flux énergétiques en particulier et les échanges et communications en général, le long d'un axe Sud Nord liant l'Iran à la Russie. En 1998, les Etats-Unis recommencent à réduire l'influence russe dans la gestion des ressources énergétiques d'Asie centrale et du Bassin caspien en décidant de soutenir des pipelines passant par le Caucase ( le Bakou-Tbillissi-Ceyhan ou BTC) et un allié de l'OTAN ( la Turquie) plutôt qu'à travers la Russie.

La création, la même année, d'une coordination pour l'énergie du bassin caspien au sein du département d'Etat et non au sein du ministère du commerce ou de l'énergie, souligne dès lors l'importance que prend le bassin énergétique de la mer Caspienne et les questions de l'évacuation de son pétrole pour les Etats-Unis : La stratégie prend de plus en plus le pas sur les considérations purement commerciales.

Les pressions exercées par Washington et Ankara sur les compagnies afin que celles-ci cofinancent le passage de l’oléoduc via la Géorgie et la Turquie et non via l’Iran ou la Russie - trahissent la priorité donnée aux objectifs géopolitiques sur les intérêts économiques.

C'est la Central Intelligence Agency (CIA) qui avait présenté le rapport le plus optimiste sur les réserves de la zone Caspienne, irréaliste, selon les études menées depuis qui n'ont cessées d'en faire baisser le niveau et en tous cas insuffisantes pour rentabiliser la construction et l’exploitation de cet oléoduc
En novembre 1999, le Président W.Clinton signe en personne l'accord de construction du pipeline BTC, ce qui reflète la coïncidence des intérêts des milieux d'affaires et les intérêts nationaux et des questions de sécurité : La décision du gouvernement de W.Clinton de faire construire l'oléoduc Bakou-Ceyhan pour 2004 a des fondements géopolitiques bien plus importants que les fondements commerciaux, ne serait-ce qu'en raison des incertitudes concernant le volume estimé des réserves pétrolières du bassin caspien, variant considérablement au gré de l'argumentation de soutien ou non au projet. La région de la mer Caspienne est alors estimée contribuer approximativement, mais seulement, à 3 à 4 % de la production mondiale de brut annuel0mais le Kazakhstan est vu parmi les 5 premiers pays exportateurs de pétrole aux environs de 2015.

Dès lors, les Etats-Unis ont eu recours aux instruments habituels de l'intégration aux marchés globaux : l'investissement privé, l'aide économique et militaire, l'intégration des Etats de la région à l'OSCE, la coopération bilatérale des Etats avec la Turquie, l'encadrement sécuritaire par l'intégration au Partenariat pour la paix de l'OTAN.
Une accélération de l'engagement stratégique militaire
L'engagement militaire des Etats-Unis dans la région depuis la chute de l'URSS révèle l'importance des intérêts de sécurité des Etats-Unis pour cette région.

En 1994, les Etats-Unis et le Kazakhstan signent un accord de coopération de défense, reconduit en 19970. La même année le Kazakhstan, le Kirghizstan, l'Ouzbékistan, le Turkménistan rejoignent le programme " Partenariat pour la paix" de l'OTAN qui, tout en formalisant les relations entre ces républiques nouvellement indépendantes et l'organisation militaire de l'Alliance atlantique, isole un peu plus la Russie de sa sphère d'influence0 . En décembre 1995, la création, largement appuyée par les Etats-Unis, d'un bataillon multinational (Centrazbat0) pour promouvoir la paix et la stabilité en Asie centrale, contribue encore à éloigner Moscou de cette région, malgré le caractère encore peu opérationnel de cette unité symbolique. En 1997, le développement de la coopération militaire, si elle réduit l'instabilité régionale et promeut la sécurité multilatérale, est aussi vue comme un levier pour réduire la Russie à un nain en matière d'influence politique ou militaire dans la région0. Dans la deuxième partie des années 1990, un certain nombre d'exercices ont lieu dans l'un des trois Etats0 contributeurs ou aux Etats-Unis dans le cadre du partenariat pour la paix au niveau bataillon ou Brigade (Cooperative Nugget) ou dans le cadre d'accord de coopération mutuelle. Ces exercices incluent des unités américaines aéroportées, spéciales ou de montagne (qui participeront à Enduring Freedom0 à partir du 7 octobre 2001), des forces de l'OTAN et des unités de combats en montagne de pays d'Asie centrale0

En mai 1999, le vote du "Silk Road Strategy Act" éclairera les intérêts géoéconomiques mais surtout géopolitiques des Etats-Unis dans la région0. Le congrès réaffirme l'engagement des Etats-Unis contre l'islamisme radical en développement dans ce foyer.

La politique antiterroriste américaine devient encore plus explicite après les incursions du Mouvement Islamique d'Ouzbékistan au Kirghizstan durant l'été 1999.

C'est en 1999, également que le Pentagone redistribue les aires de responsabilités des grands commandements régionaux. Le CENTCOM reçoit l'Asie centrale.

En avril 2000, pour combattre le terrorisme en Asie centrale, les Etats-Unis et les trois Etats contributeurs au Centrazbat0 créent le CASI0.
Il apparaît que les Etats-Unis qui découvrent la région et mettent en œuvre une politique pragmatique, peu active au début de la décennie 90, n'ont pas poursuivi de grande stratégie0 envers l'ensemble de la région : La politique d'"occidentalisation" de ces Etats nouvellement indépendants par la promotion de l'économie de marché et de la démocratie, entraîne, avec l'implication d'agences américaines de sécurité dans la définition des politiques commerciales d'exploitation et d'évacuation du pétrole du bassin caspien, la découverte d'"une route de la soie de l'énergie", qui mène à la redécouverte de l'importance géopolitique de la région

La construction d'une ligne stratégique pour la politique étrangère s'est élaborée avec pragmatisme durant les années 1990, passant d'une promotion de la démocratie et du libéralisme économique à l'implication dans l'évacuation du pétrole du bassin caspien puis à une coopération militaire.

L'abordage de la région selon une logique militaire illustre l'importance prise par la logique géopolitique sur une logique uniquement géoéconomique. Cette logique apparaît également plus décisionnelle voire plus opératoire dans la formulation d'une politique américaine dans cette région. L'engagement américain trouve ainsi progressivement une ligne opératoire pour sa stratégie sur ces rivages de l'Eurasie.

L'Administration Clinton avait encouragé les compagnies américaines à investir dans le projet de pipelines entre Bakou en Azerbaïdjan et Ceyhan en Turquie (projet dirigé par la compagnie British Petroleum, avec les compagnies US Unocal et Amoco, et les Saoudiens de Delta Oil), mais aussi le projet entre le Turkménistan et les terminaux pakistanais dans la Mer d'Oman, via Herat et Kandahar en Afghanistan (Unocal et Delta Oil). Avec l'Administration Bush, dont les relations avec les lobbies énergétiques sont régulièrement mises en avant0 et compte tenu surtout des prévisions concernant les réserves et les consommations d'hydrocarbures pour la première moitié de ce siècle, l'intérêt de la Maison Blanche pour les bordures méridionales de l'Eurasie s'est encore accru depuis le 11 septembre 2001.




Le Grand Jeu : essai de définition
Par le Chef de bataillon DESMIT, à l’Institut Français de Géopolitique.
Alors que le terme de "Grand Jeu" revient régulièrement depuis la chute du mur de Berlin pour qualifier les relations entre les deux ex-superpuissances de la guerre froide, il convient, sous la célèbre question "de quoi s'agit-il ?" d'essayer de dresser une définition, c'est à dire de marquer les limites, historiques notamment, de ce que fut le Grand Jeu. C'est ce qu'espère faire l'auteur dans cette tentative qui ne raconte pas le déroulement des relations de puissance entre la Russie et la Grande Bretagne en Afghanistan.
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