La Réunion des orsem 123





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les relations entre la Russie et la Grande-Bretagne


Nicolas 1er fit un effort particulier, pour arriver à s'entendre sans réserve avec la Grande-Bretagne et se rendit personnellement en Angleterre au cours de l'été 1844. Dans un mémorandum officiel russe, préparé par Nesselrode, et que le gouvernement britannique ne contesta pas, il ressortait que la Russie et la Grande-Bretagne étaient d'accord pour maintenir l'État ottoman aussi longtemps que possible, et qu'au cas où sa dissolution serait imminente, les deux parties s'entendraient à l'avance pour répartir les territoires concernés et résoudre les autres problèmes qui pourraient se poser.

Mais les deux principaux points de cet accord (le maintien et le partage de la Turquie) étaient, en un sens, contradictoires, et de ce fait l'entente dépendait entièrement de l'identité, ou au moins d'une grande similitude, de vues des deux partenaires sur la situation au Proche-Orient. En réalité, ils ne furent jamais à l'unisson : Tandis que Nicolas 1er et ses collaborateurs y voyaient un pacte définitif d'importance vitale, pour les Britanniques ce n'était qu'un échange de vues confidentiel, qui n'engageait pas les premiers ministres ou les ministres des Affaires étrangères des futurs gouvernements de Sa Majesté.
La Russie contre une coalition européenne

En 1850, un conflit éclata en Terre sainte entre catholiques et orthodoxes, au sujet de certains droits concernant les sanctuaires les plus prestigieux de la chrétienté. Nicolas 1er envoya, en février 1853, le prince Alexandre Menchikov remettre un ultimatum aux Turcs. La querelle des Lieux saints devait être tranchée en faveur des orthodoxes, et la Porte devait reconnaître explicitement les droits de ses nombreux sujets orthodoxes. La Turquie accepta la première exigence, mais refusa d'admettre que la Russie intervînt en faveur des orthodoxes de l'Empire ottoman, car il s'agissait là d'une atteinte à sa souveraineté.

Une fois le conflit engagé, Nicolas 1er se proclama, sans hésitation, le champion de la Croix contre les infidèles. Mais l'agressivité de la Russie à l'égard de la Turquie, peut avoir différentes explications : Les nécessités économiques, par exemple la protection du commerce des céréales de la mer Noire, et/ou le besoin de débouchés au Proche-Orient ou bien des impératifs stratégiques, comme le contrôle des Détroits, et/ou de vastes projets d'expansion, plus ou moins inspirés de Catherine II.

Les combats s'engagèrent, en octobre 1853, entre la Russie et la Turquie. Le 30 novembre, les Russes anéantirent une escadre turque et des transports de troupes au large de Sinope. La Grande-Bretagne et la France s'allièrent alors à la Porte en mars 1854, et le Piémont Sardaigne les rejoignit l'année suivante.

Si l'Autriche s'arrêta juste au seuil de la guerre, elle exerça en revanche de fortes pressions diplomatiques en faveur des alliés. Nicolas 1er se retrouvait seul pour combattre une coalition européenne.
Le 11 septembre 1855, les forces russes abandonnèrent finalement Sébastopol, la ville qui cristallisa la lutte acharnée entre les belligérants. En dehors de la Crimée, il n'y eut de combats que dans le Caucase, où les Russes remportèrent des succès et prirent l'importante forteresse turque de Kars.

Nicolas 1er était mort en mars. Dès le début de 1856, son successeur, Alexandre II, et les alliés, vigoureusement soutenus par l'Autriche sur le plan diplomatique, étaient prêts à conclure la paix. Un congrès international imposant se tint à Paris, pendant un mois, de la fin février à la fin mars. II mit au point le traité de Paris, signé le 30 mars. En vertu de ce traité, la Russie cédait à la Turquie les bouches du Danube et une partie de la Bessarabie, et acceptait la neutralisation de la Bessarabie, c'est-à-dire qu'elle renonçait à y maintenir une marine ou à y construire des fortifications. En outre, la Russie abandonnait ses prétentions à exercer un protectorat sur les orthodoxes de l'Empire ottoman. Les principautés danubiennes recevaient la garantie conjointe des puissances signataires, et une commission internationale était créée pour veiller à la sécurité de la navigation sur le Danube. Le traité de Paris, qui décide la neutralisation de la mer Noire, enregistrait une nette détérioration des positions russes en Europe du Sud Est et au Proche Orient et un recul général de son influence.
L'imbroglio complexe et fatal avec la Grande-Bretagne fut l'une des raisons essentielles de l'erreur de Nicolas 1er, persuadé que sa politique proche orientale était fortement soutenue en Europe.
Pour la Russie, éviter l'anarchie et la révolution produites par des mouvements des libertés qui menaçaient les régimes conservateurs et l'ordre européen à conserver fermement depuis 1815 nécessitait la répartition de territoires à dépecer pendant la lente agonie de l'homme malade de l'Europe. L'idée était que les grandes puissances européennes devaient procéder à une répartition équitable des territoires et des sphères d'influence, dans les Balkans comme dans le Proche-Orient. Cette ligne conservatrice conforme aux idées légitimistes du Tsar avait conduit la politique étrangère russe dans le jeu des politiques de puissances centrales en Europe mais devait mener après la défaite russe en Crimée à des réorientations de ses interventions.

Avec la guerre de Crimée, c'était le monde de Nicolas 1er qui s'écroulait : En Europe, la politique extérieure russe n'avait abouti qu'à des résultats mitigés. En revanche, l'empire des tsars continuait à s'étendre en Asie. L'isolement russe en Occident contribue largement à déplacer les intérêts russes de l'occident vers elle-même et à une nouvelle progression vers l'est et le sud.
Sous le règne d'Alexandre qui commença avec la fin de la guerre de Crimée et la conclusion du traité de Paris, le territoire de l'empire s'étendit considérablement au Caucase, en Asie centrale, et en Extrême-Orient.
Au final, ce sont bien les années 1856-1858, en coïncidence avec la date retenue pour la Grande-Bretagne, qui marquent pour la Russie une étape majeure, celle d'une fin d'une politique européenne et d'un repli en Eurasie et l'application d'efforts sur le flanc sud de la Russie.
Du coté russe, les effets du blocus des côtes du sud des Etats-Unis décidé le 19 avril 1861 par A.Lincoln président des Etats-Unis en fonction depuis le 4 mars dans le cadre de la guerre de sécession poussèrent les Russes à rechercher des terres productrices de coton, vers le sud, l'Asie centrale, notamment. L'industrie cotonnière russe qui ne dispose pas de stock comparable à ceux de l'Angleterre connaît en effet une croissance rapide et continue en Russie depuis la première moitié du 19ème siècle. Elle est, de plus, au cœur de la politique de modernisation et de reformes promise par le manifeste d'Alexandre II annonçant la fin de la guerre de Crimée : Contrairement aux vieilles manufactures de lin de possessions seigneuriales, le coton est traité dans des entreprises capitalistes employant des travailleurs libres, dont les salaires, assurément bas, ne cessent cependant de monter. La place du coton dans la modernisation voulue par le nouveau tsar constitue un enjeu primordial et la chute de l'approvisionnement américain détermine le maintien de la poussée russe en Asie.
II - Quand se termine le Grand Jeu ?
L'unification de l'Allemagne en 1871, que le gouvernement tsariste avait plutôt facilité, créait une situation nouvelle pour les deux empires : Le rapport des forces en Europe évoluait de façon défavorable pour la Russie comme pour la Grande-Bretagne.
Certes, une nouvelle alliance, dite Entente des Trois Empereurs, formée en 1872 et 1873, incorporait la Russie et l'Entente pouvait être considérée comme une résurgence de la vieille alliance des monarchies conservatrices d'Europe orientale pour préserver l'ordre existant. Mais ce n'était plus Alexandre 1er ou Nicolas 1er qui était à la tête de la coalition des conservateurs : La direction de la nouvelle alliance revenait à Bismarck. En outre, les intérêts russes et allemands ne coïncidaient pas sur un certain nombre de points importants. L'Entente des Trois Empereurs échoua sur la question turque et balkanique, qui entraîna, dans les années soixante-dix, une série de crises internationales, et une nouvelle guerre entre la Russie et l'Empire ottoman. La révolte de la Bosnie et de l'Herzégovine, en juillet 1875, contre la domination turque s'étendit à toute la péninsule des Balkans. Enfin, la Russie avait beaucoup plus de mal à faire prévaloir sa politique en 1881 que cinquante ans auparavant.
La fin du siècle fut également marquée par une prise de conscience de plus en plus aiguë de la concurrence allemande par Londres. Sur le plan industriel, le Reich avait depuis une bonne dizaine d'années surpassé l'Angleterre dans plusieurs secteurs. En Afrique, au Moyen-Orient, en Amérique latine, les marchands allemands, n'hésitant pas à recourir au dumping pour fidéliser leur clientèle, ravissaient des parts de marché aux Anglais. L'Allemagne, entrée tardivement dans la course aux colonies, se trouvait en conflit avec les intérêts britanniques. Enfin, la Triple Alliance, qui associait Allemagne, Autriche-Hongrie et Italie, était en place depuis 1882.

La diplomatie britannique depuis le congrès de Vienne était restée sur sa ligne directrice de s'engager le moins possible dans les affaires continentales, veiller à ce qu'aucun État ne fût en position d'hégémonie, et se consacrer prioritairement aux horizons lointains. Mais avec des acteurs dont les rôles étaient répartis d'une toute autre façon que dans la grande coalition anti-napoléonienne de 1814, il lui fallait de nouveau faire face aux appétits de domination d'une grande puissance menaçant de mettre à mal l'équilibre européen.
Certes, la loi de 1889 sur la défense navale (Naval Defence Act), fixait la règle dite du" double étalon " (two-power standard) d'entretenir une flotte supérieure à celles des deux autres grandes puissances navales réunies. Mais cette certitude même se vit à son tour mise en question lorsque le Kaiser Guillaume II, décidant que « l'avenir de l'Allemagne était sur les mers », lança en 1898 un ambitieux programme de construction navale -plus de 70 bâtiments, dont 36 cuirassés -qui fut revu encore à la hausse en 1906 et 1912.

Dès 1905, une base navale était installée à Scapa Flow, sans autre fonction que de protéger manifestement les îles Britanniques de l'invasion que prophétisaient sans relâche le Daily Mail et le Mirror tandis que le roman de politique-fiction de William LeQueux " L'Invasion de 1910 " (The Invasion of 1910), devenait un véritable succès de librairie en 19060.
Pour briser son isolement, la diplomatie anglaise avait également procédé à une véritable révolution en se rapprochant de la France, puis de la Russie. La persévérance française permit en 1907 la constitution d'une Triple Entente avec l'Angleterre et la Russie après la signature d'un compromis en Asie centrale.
L'accord de 1885 faisant de l'Afghanistan un État-tampon entre les deux impérialismes rivaux ne mit fin que provisoirement à la crise anglo-russe. Celle-ci est relancée par l'occupation par les Russes en 1890-1895 des vallées du Pamir, proches du cours supérieur de l'Indus.

Mais les défaites russes de 1905 face au Japon, affaiblirent son influence, notamment au Moyen-Orient et en Asie face à l’Angleterre.

Devenue le brillant second dans l’alliance franco-russe, alors qu’elle en était l’élément majeur de 1893, elle se rallia à l’entente franco-anglaise face à la montée en puissance de l'Allemagne et signa avec l’Angleterre la convention du 18 août 1907 qui faisait entrer l’Afghanistan et l’Iran méridional dans la zone d’influence de cette dernière et laissa l'Angleterre maîtresse du jeu à Kaboul. Ce compromis de 1907 au sujet des régions où les intérêts des deux puissances entraient en conflit, marquait un tournant dans la politique étrangère des deux empires qui s'orientaient désormais vers des relations plus cordiales face à l'émergence d'une menace supérieure en Europe, et marque la fin du Grand Jeu.
L'Afghanistan, "tombeau des empires0", établi en Asie centrale comme un Etat tampon entre les possessions des deux empires fut au centre du Grand Jeu. Mais de manière plus large, c'est généralement l'Asie centrale qui apparaît comme étant le petit échiquier pour le Grand Jeu. Mais qu'est ce que l'Asie Centrale et par delà cette question quelles sont les limites territoriales de ce grand jeu ?
III -Les limites territoriales du grand jeu et les limites de l'Asie Centrale
Ce travail de définition des territoires n'apparaît pas anodin, car l'annotation des cartes ou les appellations de territoires révèlent ou gênèrent des représentations géopolitiques.
Le nouveau grand jeu du 21ème siècle, ne se déroule pas qu'autour de l'Afghanistan, Etat emblématique du grand jeu historique : Les nombreux think-tanks américains qui travaillent sur cette partie du monde décrivent dans l'acronyme CASC signifiant Central Asia and South Caucasus, une nouvelle entité géographique centrée sur la mer Caspienne. D'un autre coté, comme il a été spécifié par le ministre de la Défense de Russie Sergei Ivanov, les territoires sur lesquels s'implantent des organisations terroristes incluent "le Moyen-Orient ; les Balkans, la Somalie ainsi qu'un certain nombre d'Etats en Asie et dans le Caucase" : L'Afghanistan des talibans était un des rares États au monde à avoir reconnu l'indépendance de la Tchétchénie, en avril 2000. Déjà, sous Clinton et pour obtenir des sympathies américaines, la presse russe avait cherché à attirer l'attention internationale sur une déclaration de Chamil Bassaev, un des principaux chefs de la guérilla tchétchène qui aurait offert d'accueillir Oussama Ben Laden en Tchétchénie, s'il devait être contraint de quitter l'Afghanistan. Plus largement, les dirigeants russes sonnaient l'alarme en faisant valoir qu'un grand arc de subversion et de déstabilisation internationale basé sur l'extrémisme islamique s'étendait d'Est en Ouest, et allait des Philippines (avec référence au groupe Abou Sayaf) en passant par l'Afghanistan, l'Asie centrale ex- soviétique, la Tchétchénie, jusqu'au Kosovo et plus récemment en Macédoine. Leur opposition à l'UCK, au Kosovo, se fondait en partie là-dessus.
Dans la Grande Alliance 0, les auteurs incorporent dans un même ensemble des territoires du Caucase et du Moyen Orient, définissant une aire géographique qui montre l'étendue des territoires, du sud du continent eurasien, objet et enjeux des relations spécifiques actuelles entre Moscou et Washington.
Le fait que les Etats-Unis incorporent dans l'Asie centrale non seulement les 5 républiques soviétiques et l'Afghanistan n'apparaît pas négligeable 0 : Aux Etats-Unis, la convention de représentation de l'Asie centrale, restreinte aux cinq Etats issus de l'Union soviétique, est concurrencée dans les analyses stratégiques et la pratique de relations internationales par une représentation élargie qui apparaît, éventuellement plus opératoire, et en tous cas très révélatrice du changement de perception de l'Asie centrale. Les notions de Grande Asie centrale ("Greater Central Asia") ou d'Asie de l'intérieur ("Inner Asia0") apparaissent plus pertinente chez certains analystes, y compris en France.
La géographie actuelle prend un concept d'Asie centrale limitée aux 5 républiques ex-soviétiques d'Asie centrale

L'expression " Asie centrale " s'applique généralement à l'une des grandes régions du continent asiatique qui couvre un espace de près de 4 millions de km² peuplé de 53 millions d'habitants. L'espace, trait d'union entre plusieurs aires culturelles, est divisé en cinq Etats, créés par l'administration soviétique entre 1924 et 1936, et qui sont devenus indépendants en 1991 : Le Kazakhstan, l'Ouzbékistan, le Turkménistan, le Kirghizstan et le Tadjikistan. Produits administratifs de la période soviétique, cinq nouveaux États sont ainsi apparus sur la carte politique de l'Asie centrale. Proclamée dans la plupart des cas à contrecœur, l'indépendance leur fut internationalement reconnue dès les premières semaines de 1992, avec l'adhésion à l'Organisation des Nations Unies.

L'Asie centrale est délimitée à l'est et au sud par les montagnes du Tian Shan, du Pamir et de l'Elbrouz ; à l'ouest par la mer Caspienne. Au nord, aucune obstacle - sinon l'immensité de ces étendues- ne vient séparer les steppes kazakhes des plaines russes, ce qui aura constitué, à partir de la fin du XVIIIe siècle un facteur propice à la pénétration russe.

Compte tenu de la diversité des populations et de leur imbrication dans un même espace géographique, le découpage territorial mis en œuvre à partir de 1924 par les communistes de Moscou pour constituer des républiques socialistes, au sein de la structure fédérale de l'Union des républiques socialistes soviétiques, pouvait difficilement échapper au risque d'arbitraire. L'exercice commencé en 1924 a connu des remaniements en 1929 et 1936 pour aboutir à la carte politique actuelle. Il obéissait à une volonté de rupture par rapport à l'organisation coloniale tsariste, articulée autour de deux gouvernorats -« des steppes » (capitale Orenbourg) et du Turkestan (capitale Tachkent) et de deux protectorats, Boukhara et Khiva. Il rompait également avec les structures pré coloniales : les trois Etats préexistants -Khiva, Boukhara et Kokand- organisations considérées comme féodales, qu'il était évidemment inconcevable de reconstituer.
Alors que la géographie désigne l'Asie centrale comme une zone spécifique, durant la période soviétique, l'Asie centrale n'était plus qu'un concept incertain, sa centralité même n'étant plus qu'un souvenir. Elle n'était plus habituellement perçue que comme le ventre mou d'une URSS ayant cherché à briser les vieilles attaches de la région avec ses marges méridionales, iraniennes et afghanes en particulier. La fin de l'Union soviétique réinsère l'Asie centrale dans sa géographie, celle notamment d'un centre de la périphérie : L'Asie centrale est redevenue l'une des pierres angulaires de l'équilibre géopolitique de l'Eurasie, sa réouverture suscitant à nouveau nombre de curiosités et d'intérêts stratégiques, économiques et culturelles.
Un nouveau concept dans lequel l'Asie centrale sort du cadre strict des cinq républiques issues de l'URSS: Du Xinjiang chinois au Baloutchistan iranien, des berges de l'Ienisseï à celles de la mer Caspienne, des monts ouraliens aux contreforts himalayens du Pamir, l’Asie médiane est un ensemble homogène géographiquement et historiquement, dont la naissance politique rééquilibre le continent asiatique, divisé intellectuellement en quatre ensembles inégaux aux contours souvent flous ( Proche-Orient, subcontinent Indien, Chine ; Sibérie, ou encore Asie arabo-persique, l'Asie indienne et l'Asie confucéenne).

Le résultat de l'effritement communiste est la réapparition d'un nouvel espace, au cœur même du continent, situé au confluent des influences perses, indiennes, chinoises européennes, là où tour à tour Mongols, Seldjoukides, Perses installèrent de brillants empires, là où Russes, Anglais, puis, Soviétiques, Iraniens, Américains se livrèrent au « grand jeu » des partages d'influence : l'Asie médiane0.
L'Asie médiane, est ceinturée par de vastes zones hostiles la délimitant précisément dans un ensemble géographique homogène. Au Nord, l'immense taïga sibérienne, de Kazan au lac Baïkal. A l'Est, le désert de Gobi et l'arc himalayen. Au sud, les déserts du Baloutchistan, les monts Zagros et le grand désert salé d'Iran. A l'Ouest la mer Caspienne et les monts de l'Oural. Cette ceinture, souvent difficilement franchissable, enferme un espace relativement homogène de zones fréquemment arides, voire désertiques, Takla-Makan chinois, Kara Koum turkmène, Kiril Koum ouzbéko-kazakh...et majoritairement dépourvues de reliefs, à l'exception de la grande déchirure des chaînes du Tian Chan et de l'Hindou Kouch, au sud-est.
Ainsi, l'Asie médiane ne peut pas être envisagée sans y adjoindre trois espaces annexes, dont les intérêts lui sont, à des degrés divers, liés : le monde caucasien, la Sibérie méridionale, le Xinjiang chinois.
De même, François Thual0 reprend la définition au sens large de l'Asie centrale en incorporant aux cinq républiques de l'Asie Centrale issues de l'union soviétique, le Xinjiang chinois, la Mongolie et l'Afghanistan dans un même ensemble.
Et ainsi se dessine une aire plus large.

Alexandre Adler, dans le numéro 486 de Courrier International, du 24 février 2000 établissait lui aussi une liaison entre les différents ensembles selon le faisceau de la route de la soie "Crise et basculement du régime iranien, atrocités russes assez systématiques en Tchétchénie pour sans doute asservir durablement à Moscou tous les peuples du Caucase, blocage du processus de paix israélo-syrien et montée des conflits indo-pakistanais, depuis le Panjshir afghan jusqu'au Cachemire indien. Ce sont là des processus bien distincts, dont les origines sont parfaitement séparées dans le temps et dans l'espace et qui, pourtant, vont à présent jouer en phase pour bouleverser la scène de cette Eurasie moyenne qui encadre l'ancienne route de la soie d'Alep en Syrie, à Kachgar au Xinjiang, de Kiev en Ukraine, aux frontières de la Chine ou encore de Bassorah à Bombay, avec un nœud névralgique (et pétrolier) autour de la Caspienne entre Bakou, la capitale de l'Azerbaïdjan, à l'ouest, et Samarkand, à l'est, cité sainte des Turcs et des Iraniens d'Asie centrale, et Téhéran, centre de gravité de toute l'affaire au beau milieu."
Alors il convient finalement de reprendre la définition du cercle de Samarcande telle qu'elle est posée en ces termes par J.-L. Racine dans le numéro 84 de la revue Hérodote du même titre "En dessinant aujourd'hui le cercle de Samarcande, un cercle imaginaire de 2000 kilomètres de rayon, que traversaient de part en part les pistes caravanières de la route de la Soie, on (…) voudrait simplement aider à replacer l'Asie centrale d'aujourd'hui dans son contexte historique ineffaçable, et à insérer du même coup les républiques depuis peu indépendantes dans leur nouveau cadre géopolitique. Pas si nouveau que ça ajoute l'auteur, la disparition des frontières soviétiques permet aux États indépendants de renouer des liens à longue distance qu'avait amoindris et contrôlés le régime antérieur. L'espace reste le même, de la Turquie au Pakistan et à l'Inde, du golfe Persique à la Chine, mais la donne est changée dès lors que Moscou n'est plus le seul maître des destinées centrasiatiques. La figure du cercle rappelle utilement quelles sont les proximités premières. Et toutes les relations qui comptent aujourd'hui pour les États d'Asie centrale ne se laissent pas enfermer dans ce cercle".

IV - En guise de conclusion pour cet essai de definition
L'acception "historique" de la définition

Si les limites temporelles mentionnées si dessus, qui ont l'avantage d'avoir un sens à la fois pour l'empire russe et l'empire britannique peuvent faire l'objet de débats interminables entre historiens, il est clair que les limites territoriales de ce que fut le Grand Jeu sont fonctions des noms donnés à des ensembles géographiques et que ces noms traduisent parfois des ambitions géopolitiques, souvent des représentations induites.
Dans le même esprit, le terme de Grand Jeu connu lui-même plusieurs acceptions.
Mais le Grand Jeu "historique" désignerait une période courte de l'histoire des relations entre deux empires en expansion, sur les rivages méridionaux de l'Eurasie, sur le centre de la périphérie méridionale du continent eurasien, sans jamais s'affronter militairement, et alors que l'enjeu majeur, celui de l'équilibre des puissances en Europe, n'est pas troublé.
La perception d'une montée des ambitions de la Prusse et d'une modification de l'équilibre européen marque la fin du Grand Jeu "historique", au sens de rivalités entre les empires de Londres et de Saint Petersbourg sur les territoires de l'Asie centrale.

La révolution russe de 1917 et la consolidation du communisme dans un seul pays empêcha probablement la reprise du Grand Jeu dans toute son acception historique après la Première Guerre mondiale : Le Grand Jeu limité à l'Asie Centrale entre Londres et Saint Petesbourg se termine bien avec le compromis de 1907.
Vers d'autres acceptions ?

En 1919, une troisième guerre anglo-afghane fut déclenchée par le roi Amanollah décidé à refouler la tutelle pressante que l'Angleterre faisait peser sur l'Afghanistan. À l'issue de cette guerre, le roi se lança dans la modernisation de son pays à l'imitation d'Atatürk et réussit à contenir les prétentions anglaises. Pendant dix ans, Amanollah entretint des relations très suivies avec l'U.R.S.S., bien que son pays servît de refuge aux révoltés de l'Asie Centrale soviétique qui fuyaient le communisme. Ce rapprochement diplomatique ne modifia pas le statut d'État Tampon de l'Afghanistan, ni sa fonction géostratégique de frontière entre le monde indien de l'empire britannique et le monde de l'Asie Centrale, désormais communiste. En 1929, Amanollah fut renversé à l'instigation des Anglais et Kaboul se réorienta, jusqu'en 1947, vers l'Inde anglaise.
Mais les deux acteurs prolongent surtout la partie sur une autre portion de l'échiquier : En Perse (puis en Iran), objet de la convention de 1907, se continue une partie du Grand Jeu jusqu'au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, dans une transition qui lie les deux acceptions. Car, ces rivalités de pouvoirs sur ces territoires, contrairement à l'Asie Centrale, se déroulent désormais sur fond de question pétrolière.
A tour de rôle, Anglais et Russes obtinrent des concessions extraordinaires qui mirent pratiquement entre leurs mains toutes les ressources de l’Iran ; la plus spectaculaire fut le contrôle par les Anglais de la recherche et de l’exploitation des pétroles en Iran du Sud (1901) et la création de l’Anglo-Persian Oil Company (1909) ; à l’Imperial Bank of Persia (anglaise) s’opposait la Banque d’escompte de la Perse (russe) ; à cela s’ajoutaient la domination politique des Anglais sur le sud du pays, celle des Russes sur le Nord.

Au lendemain de la Première Guerre mondiale, dans le sud du pays, les Anglais avaient étendu leur contrôle et pensaient pouvoir imposer leur autorité au gouvernement de Téhéran : le traité anglo-iranien du 9 août 1919, qui finalement, ne fut pas ratifié, visait à instituer leur protectorat sur l’ensemble de l’Iran, en profitant du retrait des russes. Mais, les provinces d’Azerbaïdjan iranien et du Ghilan se révoltèrent, et cette dernière se proclama même, en mai 1920, république soviétique du Ghilan.

De nombreux incidents éclatèrent dans la région de Téhéran au cours de l’automne et de l’hiver 1920-1921 ; des tentatives de complots eurent lieu, mais sans résultat, jusqu’à ce que l’une d’elles, dirigée par Seyyed Ziya ed-Din et soutenue par le colonel Reza khan, de la division «cosaque», réussisse à s’imposer à Téhéran le 20 février 1921 et prenne en main le pouvoir.

Seyyed Ziya ed-Din obtint le 26 février 1921 la conclusion d’un traité soviéto-persan, par lequel les Soviétiques renonçaient aux avantages acquis autrefois par les gouvernements tsaristes, mais en échange se voyaient accorder un droit d’intervention armée en Perse, au cas où leur sécurité serait menacée par une intervention étrangère dans ce pays, et l’interdiction pour les Persans de concéder à des étrangers autres que soviétiques des concessions pétrolières dans les cinq provinces du nord.

Mais sa politique heurtait trop d’intérêts en place et ne plaisait guère aux Britanniques. Trois mois après sa nomination, Seyyed Ziya ed-Din dut donner sa démission et même quitter le pays.

Cependant Reza khan demeurait à la tête de l’armée et, ses succès obtenus, par exemple dans la restauration de l’autorité gouvernementale, valurent à Reza khan un grand prestige et une influence croissante : Il aurait été assez tôt «protégé» par les Anglais, le général Ironside, ou sir Percy Loraine. Le 28 octobre 1923, Reza khan fut nommé Premier ministre. Comme l’avait fait Mustafa Kemal en Turquie, Reza khan envisagea de proclamer la république en Perse en 1924 ; mais il se heurta à l’opposition des milieux traditionnels et conservateurs, en particulier des milieux religieux. Reza khan obtint néanmoins la déposition du Shah et fut nommé président du gouvernement provisoire le 31 octobre 1925 puis se fit décerner la couronne royale le 12 décembre 1925 ; ainsi fut fondée la nouvelle dynastie des Pahlavi.

Pour améliorer les finances de l’Iran, il annonça en 1932 le retrait de toutes les concessions de l’Anglo-Persian Oil Company et, devant les menaces britanniques, porta l’affaire devant la Société des nations : Finalement un accord fut conclu en 1933, par lequel les royalties versées au gouvernement iranien étaient accrues, tandis qu’était réduit le périmètre d’exploitation de l’A.P.O.C. (devenue plus tard l’A.I.O.C., Anglo-Iranian Oil Company) ; toutefois la compagnie voyait renouveler sa concession pour soixante ans.

Avec l’Union soviétique, les relations furent relativement calmes : un traité de neutralité et de garanties réciproques fut signé le 1er octobre 1927 et une compagnie mixte irano-soviétique créée pour l’exploitation des pêcheries sur la côte méridionale de la mer Caspienne. Cependant le Parti communiste iranien, fondé en 1920, fut interdit en 1931 et, par la suite, des dirigeants communistes iraniens furent arrêtés et jugés, notamment au cours des procès de 1937.
Lorsque se déclencha la Seconde Guerre mondiale, malgré un rapprochement avec l’Allemagne hitlérienne durant les années 30, l’Iran se déclara neutre et le demeura jusqu’à la fin du mois d’août 1941. L’attaque allemande contre l’Union soviétique, le 22 juin 1941, fit de l’Iran le lieu de jonction des Britanniques et des Soviétiques, de nouveau alliés contre un Reich allemand. En effet, en comparaison avec Odessa puis Mourmansk, l’Iran était la voie la plus pratique pour faire parvenir des armes aux Soviétiques, et d’autre part les Britanniques tenaient à protéger les pétroles de l’A.I.O.C. et la route de l’Inde, menacés par l’avance allemande vers le Caucase.

Dès juillet 1941, Britanniques et Soviétiques envoyèrent à Reza shah une note diplomatique demandant l’expulsion des ressortissants allemands : devant le refus du shah, les deux puissances alliées, avec l’appui des États-Unis, se déclarèrent alors contraintes d’intervenir militairement en Iran, sans pour autant vouloir porter atteinte à la souveraineté du shah ni à l’intégrité territoriale du pays. Le 25 août 1941, les armées britanniques pénétraient dans le sud et l’ouest de l’Iran et s’installaient au Khouzistan et au Kurdistan, tandis que les armées soviétiques occupaient le Nord, notamment les provinces d’Azerbaïdjan et du Khorasan.

Le 29 janvier 1942, malgré l’opposition de plusieurs députés, un traité d’alliance fut signé entre l’Iran, la Grande-Bretagne et l’Union soviétique ; ces deux dernières puissances s’engageaient notamment à défendre l’Iran contre toute agression, à sauvegarder et à respecter son intégrité territoriale et son indépendance politique, à évacuer leurs troupes du pays au plus tard six mois après la suspension des hostilités. C’est à Téhéran que se réunirent pour la première fois Roosevelt, Churchill et Staline, à la fin de novembre 1943.
Après la guerre, les Britanniques, appliquant le traité de 1942, retirèrent leurs troupes d’Iran avant le 2 mars 1946. En revanche, dans leur zone d’occupation, les Soviétiques avaient facilité la création de partis politiques favorables à leur cause, le parti Tudeh («la masse»), le Mouvement démocratique d’Azerbaïdjan et le Mouvement pour l’autonomie kurde, par l’intermédiaire desquels ils dirigeaient les provinces azéries et kurdes, interdisant toute intervention des autorités politiques et militaires iraniennes. Et à la fin de la guerre, les Soviétiques favorisèrent la formation de gouvernements autonomes en Azerbaïdjan et au Kurdistan iraniens (nov. 1945), tout en refusant d’évacuer leurs troupes.

Un accord fut conclu en avril 1946 entre l'URSS et l'Iran : contre l’évacuation des troupes russes, l’Iran octroyait une concession pétrolière aux Soviétiques dans le nord du pays. Si les Soviétiques retirèrent bien leurs troupes en mai 1946, ils n’en continuèrent pas moins à exercer une pression politique.
La Seconde Guerre mondiale avait cependant établit un nouveau système international dans lequel, cette fois, la modification portait sur le repositionnement de la Grande-Bretagne : Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, la Grande Bretagne est contrainte de renoncer à ce rôle d'acteur majeur sur l'échiquier mondial en deux étapes : La guerre civile grecque conduit Londres à demander à Washington d'endosser ce rôle. Puis, à l'occasion de la crise de Suez de 1956 qui révèlent l'importance des deux superpuissances (atomiques) que sont les Etats-Unis et l'Union soviétique, elle renonce à toute influence à l'Est du Nil.
Puis ce terme fut également utilisé pour décrire les relations entre Moscou et Washington sur les rivages méridionaux du continent eurasien dès le début de la guerre froide lors de la guerre civile en Grèce de la fin de la Seconde Guerre mondiale, où la Grande Bretagne, sortie exsangue d'une longue lutte contre l'Allemagne nazie, passe d'ailleurs "le relais" aux Etats-Unis pour une politique de containment.

Peu après, l’Iran adhéra au pacte de Bagdad (oct. 1955) dont faisaient également partie la Turquie, l’Irak, le Pakistan et la Grande-Bretagne. Ce pacte est devenu le Cento : Central Treaty Organization en 1959, après le retrait de l’Irak ; les États-Unis participaient aux commissions militaires et économiques du pacte, et conclurent avec les États membres des accords bilatéraux de coopération militaire et économique en mars 1959.

Pris dans un sens large, ce Grand Jeu qui avait débuté il y a plus de cent ans se poursuivait : Il avait vu s'affronter successivement l'Empire russe, l'Empire soviétique puis l'U.R.S.S. avec l'Empire anglais, puis l'U.R.S.S. et les Etats-Unis sur ces bordures méridionales de l'Eurasie.
Après la chute de l'Union soviétique, le terme est utilisé pour décrire les enjeux du désenclavement des ressources en hydrocarbure du bassin de la Mer Caspienne vers les marchés occidentaux ou asiatiques selon des routes, plutôt occidentales pour Washington, qui doivent en tous cas éviter la Russie et la République islamique d'Iran.
Après les attentats du 11 septembre 2001, il est employé pour décrire les rivalités entre les grandes puissances en Asie centrale.
On en arrive presque à une représentation géopolitique globale censée fournir une grille de lecture immuable et explicative des applications de forces de certains Etats dans une direction et dans un temps donnés0, celle de la lutte du centre de l'espace terrestre contre l'océan global, sur les rivages eurasiens décrite par l'école de géopolitique anglo-saxonne, et en particulier par N.J. Spykman (1893-1943), dont certains auteurs estiment qu'il a contribué à la théorie du containment.
S'il convient de manier avec prudence tout schéma systématique menant à des conclusions rapides sur "l'éternel recommencement de l'histoire" et toutes mises en équation des relations internationales aboutissant à une vision linéaire de celles-ci, force est de constater que cette théorie géopolitique, qui peut éventuellement inspirer des politiques de puissances, est à même de rendre compte d'évènements historiques se déroulant sur ces territoires et de leur perception par les protagonistes, à cette échelle d'analyse. Car, au final, aujourd'hui encore, en relations internationales, c'est aussi le terrain qui commande.


OST sans repères, officier qui se perd

Par le Commandant de VICQ de CUMPTICH

P

réfaçant l’ouvrage Conscription et Armée de métier de Bernard BOENE et Michel-Louis MARTIN, Pierre DABEZIES écrivait en 1991 que : « la spécificité militaire, due à la mission unique des armées, n’empêche nullement la diversité ». En septembre 2002, vingt deux jeunes diplômés du troisième cycle universitaire, dont cinq jeunes femmes, intégraient l’École Spéciale Militaire de Saint-Cyr dans le cadre d’une nouvelle réforme visant –selon les propos tenus à la fois par les politiciens venus le présenter dés novembre 2000 et par le commandement chargé de sa mise en œuvre- à élargir le vivier de recrutement des futurs cadres de l’Armée de Terre. Dix ans après les propos de Pierre DABEZIES et presque vingt ans après que la scolarité de l’ESM a été passée de deux à trois années voici que dans la continuité de la création en 1988 d’une filière d’accès à Saint-Cyr pour les titulaires d’un diplôme du second degré de l’enseignement supérieur, une énième réforme se proposait de concourir à l’élargissement de la diversité du recrutement. Un peu comme si l’Institution avait honte d’une homogamie de recrutement de ses officiers que d’aucuns pourraient stigmatiser comme autant de manifestations patentes de cet « espace social nécessairement réduit, société partielle, étroite et bien liée » telle que la décrivait l’historien Raoul GIRARDET0 ou de ce que d’autres appelleraient volontiers un désir obsessionnel et compulsif de se comparer au monde civil par peur d’en être rejeté, rompant ainsi avec le sacro-saint lien Armée-Nation tant de fois mis en exergue mais tant de fois galvaudé ! Aujourd’hui, la première « promotion » de ceux que l’on a affublé du sobriquet d’OST pour Officiers Sur Titre- mais que d’aucuns n’hésitent pas à considérer comme des Officiers Sans Traditions0- a quitté l’école depuis un an et s’apprête à quitter les différentes écoles d’application où ses membres ont été répartis pour entamer leur carrière d’officier. Ou tout au moins ce qu’il reste de la dite « promotion », puisqu’un certain nombre des officiers issus de ce nouveau mode de recrutement ont déjà démissionné avant même de rejoindre les corps de troupe. Qu’on le considère comme relatif ou qu’on appuie sur sa totalité, cet échec – car comment qualifier autrement le départ si précoce de jeunes officiers ?- ne peut laisser indifférent. Que l’on explique ces démissions par la jeunesse de la réforme en prétextant qu’il faut laisser le temps au temps ou que l’on joue les Cassandre affirmant qu’ils l’avaient bien dit, chacun y va de sa théorie. Nous nous appuierons pour notre part sur celle de la déviance, partant du principe qu’en labellisant par le règlement les OST comme des Saint-Cyriens comme les autres tout en les isolant du groupe dont ils sont sensés intérioriser les valeurs, l’Institution a peut être préjugé des mécanismes de la construction identitaire ; ignorant ce soin qu’ont la plupart des sociologues, ainsi que le souligne Erving GOFFMAN0, de «montrer comment l’individu est façonné par les groupes, comment il s’identifie à eux et comment il dépérit s’ils ne lui apportent pas le soutien émotionnel qu’il attend. » Parallèlement à la déviance, un autre concept peut aider à donner une assise théorique à la réflexion, concept presque dialogique du premier, à savoir celui des représentations sociales. Pourquoi appliquer cette dernière théorie à une école comme l’ESM ? Parce qu’il s’agit avant tout d’une école s’appuyant sur une forte tradition, régit par une stabilité et soudée par des coutumes, des croyances et des rituels collectifs, à l’instar de ces sociétés dites traditionnelles dans lesquelles le père de la sociologie française, DURKHEIM, et ses successeurs ont recherché les valeurs collectives de la société. Ce même DURKHEIM pour qui la notion de représentation pouvait être cernée au moyen de deux termes : le consensus et la conformité.

Or c’est bien à un problème de conformité – ou plutôt de non-conformité- que sont confrontés les OST vis-à-vis du modèle classique et attendu du Saint-Cyrien. En effet, même si les motivations au recrutement des OST paraissent en première approche assez voisines de celles qui ont pu être observées chez les autres saint-cyriens, à la réserve prés qu’étant plus tardives elles sont également plus fragiles ou tout au moins aisément assujetties à la déception, l’absence de repères pour fixer symboliquement l’espace Saint-Cyrien et s’y fixer soi-même dans le cadre d’une construction identitaire réussie grève presque de façon rédhibitoire l’intégration de cette population différente dans la famille saint-cyrienne.
Au cours de leur année de scolarité aux Écoles de COETQUIDAN, la population des Officiers Sur Titre a fait entre autres l’objet d’une étude menée par le LARES, Laboratoire de Recherches Economiques et Sociales, de l’université de Rennes II. C’est cette même étude qui a servi de cadre pour un mémoire dont sont tirées les quelques réflexions qui suivent.
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