La Réunion des orsem 123





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Recrutement entre choix sous influence et choix personnel mûrement réfléchi
Dans la tentative de découvrir les fondements de la construction du projet « Saint-Cyr » chez les jeunes gens recrutés à Bac + 5 en 2002, leur propre vision, du moins celle qui transparaît des entretiens, peut permettre quelques éclaircissements. Parmi celles ci, on peut dégager une constante à peine voilée : quel que soit le sous-groupe auquel il appartient, à savoir milieu originel « militarisé » ou non, la quasi-totalité des personnes interrogées rejette avec plus ou moins de force toute idée d’influence extérieure sur leur décision. Pourtant, la même tendance majoritaire se dégage lorsqu’il s’agit de reconnaître l’influence du milieu familial, des grands-parents ou de la proche parenté si ce n’est des parents eux-mêmes ou celle de la proximité du milieu institutionnel à l’instar de certains qui possédaient casernes, quartiers ou écoles militaires dans leur environnement spatial familier.

En résumé, à l’issue des entretiens, s’est insinuée la conviction que le nombre des personnes ayant un milieu familial « militarisé », ou tout au moins dans lequel l’armée bénéficiaient généralement d’une certaine sacralisation, était bien plus important que ne le montraient les statistiques « brutes » fournies par le commandement au début de l’enquête. Dans tous les cas, le milieu familial est plutôt favorable ou adopte au moins une neutralité bienveillante à l’égard du monde militaire. Donc, sans insister sur un endo-recrutement patent, on pouvait néanmoins conclure à l’existence de liens indirects entre le choix du recrutement Bac + 5 et l’environnement familial ou institutionnel de l’ensemble des 22 personnes concernées.

Plus ambiguë apparaissait la décision d’opter pour ce nouveau type de recrutement. De façon récurrente, dans tous les entretiens revenait la notion de mûre réflexion. Si le cadre de contact de ces élèves mettait en avant le « projet professionnel mûrement réfléchi », la tendance que l’on pouvait dégager était plutôt celle d’un choix tardif dans sa finalisation mais ancien dans ses prémices. Cependant, en fait de choix mûrement réfléchi, on pouvait presque dire que ce qui caractérisait le plus la population étudiée était plutôt son indécision. Indécision du type de celle qui fait qu’un jeune homme passe plus de cinq heures dans un CIRAT pour se renseigner ou qu’un autre n’entre finalement pas dans le lycée militaire où il était admis ! Incertitude de la vocation laissant déjà augurer de parcours chaotique ou à fin brutale, et constituant à notre sens plus une faiblesse qu’une force. Même si l’élan initial du néophyte s’avère parfois plus fort que celui du candidat plus averti, il peut s’essouffler en revanche beaucoup plus facilement ; la vocation relevant alors plus du feu de paille que du feu sacré !
Des visions du monde militaire entre mythe et raison
Les entretiens menés ont ainsi permis de dégager combien ces jeunes étudiants intégrant une grande école militaire comme l’ESM se construisaient des images parfois fictives ou erronées du monde militaire ; images sur lesquelles pourtant se fondait une part importante de leur vocation. Au terme des entretiens, il était assez difficile de dégager des points précis de convergence entre les avis des différents protagonistes. On pouvait même dire qu’il y avait autant de représentations que de personnes, ce qui au demeurant n’était pas si incongru dans la mesure où l’on touchait au domaine des opinions. La tendance générale était donc plutôt diffuse. Finalement, l’ensemble apparaissait très conventionnel. Il se rapprochait de l’état d’esprit que véhicule le sens commun sur le monde militaire et que l’on peut retrouver dans une certaine presse.

Bien qu’elle ne soit pas nommée explicitement, l’action semblait constituer un leitmotiv certain. Les OST semblaient avoir été en quelque sorte abreuvés d’images d’action, opérationnelles pourrait-on dire, et qui font de l’officier un homme d’action avant tout. Quiconque s’intéresse un peu à la presse militaire, comme les journaux « Terre magazine » ou « Armées d’aujourd’hui », ou consulte les différentes brochures d’information, s’aperçoit du caractère assez partiel des images véhiculées. Aspect qui s’explique nécessairement par le fait qu’il s’agisse de présenter de manière attractive une institution qui doit résolument honorer les droits ouverts que le ministère des Finances lui a consentis. On peut ainsi citer en exemple les très récentes « Rencontres Nation-Défense » et les images montrées par les médias et les propos tenus par les commentateurs voire par les militaires interviewés. Ainsi a-t-on pu voir des images de pilotes et de simulateurs de vol, des commandos, autant d’images faciles à intérioriser et par-là même d’autant plus marquantes. De même a-t-on pu entendre un général se défendre de toute tentative de « journées de recrutement », le simple fait d’avoir à s’en défendre induisant un doute légitime. Les jeunes recrutés au niveau Bac + 5 n’ont pas échappé, y compris certains fils de militaires, à cette sorte d’endoctrinement de l’image, qui constitue au demeurant une des caractéristiques de nos sociétés dites modernes.

De sorte qu’à écouter certains, on pouvait croire entendre un discours officiel ou lire une brochure. Ainsi a-t-on pu entendre à propos des qualités nécessaires à tout officier aujourd’hui : « une capacité à commander et à manager et une réflexion éthique affirmée et assise. » Au-delà d’une certaine naïveté du verbe, on retrouvait ici des propos très académiques et une emphase qui sonnait creux. Le discours apparaît donc empreint de conformisme. On pouvait sans doute voir derrière ces propos « officiels » l’influence de la malléabilité de ces néophytes, qui était évoquée par leur cadre de contact lorsqu’il mettait en avant la plus grande facilité qu’il éprouve à les commander, en comparaison avec des Sous-Lieutenants issus du recrutement « habituel » qu’il avait eu sous ses ordres l’année précédente. « Ils sont nouveaux et donc ils obéissent. »

Y-avait-il tout de même des termes qui revenaient de façon récurrente dans les propos des jeunes OST ? Dans la nébuleuse des images et représentations collectées, certaines notions se retrouvaient, en effet, majoritairement. En premier lieu, que l’on parle du monde militaire ou de l’officier, c’était la notion de disponibilité qui l’emportait : cette dernière était citée quatre fois sur six.

A titre de rappel, il est au demeurant intéressant de constater que les campagnes de recrutement de l’Armée de Terre ont été volontairement centrées au fil du temps « sur le cœur du métier de soldat fait de volontarisme, de disponibilité de sens du service, jusqu’au péril de sa vie si nécessaire ». Ces propos sont tirés d’un dossier réalisé par la revue « Objectif Défense », revue destinée aux cadres, en date de février 2003. Même s’il ne s’agit que d’une simple coïncidence, les similitudes avec les idées exprimées par les jeunes gens interrogés demeuraient toutefois surprenantes. Comment ne pas rapprocher l’idée « d’excellence au niveau de ce que l’on y apprenait » souligné par un des jeunes du slogan de la campagne de 1997 dite de « L’engagement par excellence » ? Deuxièmement, le sens du devoir et du service, souvent par comparaison avec le milieu civil qui est parfois représenté comme un lieu où l’on semble plus attaché à ses droits qu’à ses devoirs, sont des notions également récurrentes que l’on soit enfant de militaire ou non. Bon nombre des officiers sur titre évoquaient aussi une exemplarité morale et éthique qui est généralement rattaché à la loyauté et à la force de l’engagement de l’officier. Ici encore il s’agissait de visions très conventionnelles et très conformes à ce que l’on pourrait appeler la doctrine officielle. Par delà ces images confusément partagées, certains propos s’expliquaient par la formation antérieure des intéressés. Ainsi, les notions de rigueur et d’ordre étaient principalement mises en exergue par les élèves ayant une formation scientifique. « Je voyais le milieu militaire comme quelque chose de rigoureux, chose qui m’intéressait de part ma formation mathématique » déclarait ainsi une jeune femme titulaire d’un DESS de mathématiques et d’outils informatiques.

Parallèlement au conformisme conventionnel des représentations de la population des OST, ces derniers montraient également un parallélisme identique en termes de représentations mythiques. Certes, tous les OST n’étaient pas concernés par cette forme de sacralisation mais il existait néanmoins une tendance suffisamment partagée pour mériter d’être soulignée. On retrouvait en effet chez certains, souvent ceux qui se référaient à leurs grands-parents, une sacralisation du sacrifice des anciens. Qui avait perdu un oncle en Algérie reconnaissait un modèle lourd à porter ! Face à l’idée de la mort, qu’environ 30% des personnes interrogées citaient spontanément, tous les OST avouaient y avoir pensé avec plus ou moins d’acuité. Aucun d’entre eux n’y voyant au demeurant une entrave à la vocation. « En temps de guerre, la mort est parmi nous », cette idée pourrait résumer assez correctement la vision générale. Le plus souvent la difficulté principale ne se situait pas au niveau de la mort personnelle mais plutôt au niveau de celui d’avoir à donner l’ordre de tuer. Difficulté soulignée par Bernard BOENE dans son ouvrage  La spécificité militaire  paru chez Armand Colin en 1990 : « Institutionnellement, ontologiquement, l’officier demeure cependant le seul, dans l’état présent de nos sociétés, non pas seulement à courir le risque de recevoir la mort, mais aussi à avoir le pouvoir et le droit de la donner. Le seul également, non pas seulement à être autorisé à conduire d’autres hommes à la mort, mais aussi à leur donner l’ordre de tuer. » Toutefois, une certaine conscience aiguë du contexte différent de celui des anciens se manifestait au travers du sentiment que le prix de la vie humaine est de nos jours plus important qu’auparavant.

D’aucuns prétendaient même faire référence aux même mythes que les autres saint-cyriens, sous-entendant par là ceux issus d’un autre mode de recrutement plus conforme à l’habitude. C’est ce que l’une des personnes interrogées se représentait comme « tous les clichés possibles du civil fana mili. » Indubitablement, il s’agissait là de l’expression d’un désir de se conformer à un modèle, un idéal-type presque, prenant pour référence les clichés véhiculés par les élèves provenant des lycées militaires. On retrouve cet effet de sacralisation à propos de l’honneur. Interrogé sur l’actualité du phénomène, tous les O.S.T admettaient la véracité de cette proposition. Ils insistaient sur un problème de définition : l’honneur, mal connoté depuis l’épisode de VICHY, aurait revêtu d’autres formes aujourd’hui plus parlantes : le civisme, la citoyenneté et la loyauté. C’est dans cette dernière acception que se découvrait l’effet sacralisateur, et plus particulièrement dans l’image de l’officier « fidèle à l’institution, à la France et à ses institutions. ».
Lorsque l’on demandait aux OST de différencier, si différences, il y avait, le milieu militaire et le milieu civil, tous sans exception commençaient par accorder une supériorité en termes de positivité au milieu militaire, puis paradoxalement relativisaient dans le discours cette supériorité primitivement accordée à l’armée. Ainsi, pouvait-on entendre que « la disponibilité ne fait pas partie du monopole de l’armée ». Ce qui était différence devenait point commun : la responsabilité d’un chef d’entreprise vis à vis de son personnel était assimilée à celle d’un officier vis à vis de ses hommes. Il en fut de même pour la rigueur dont la primauté était d’abord accordée à l’armée puis largement relativisée à l’aune des premières expériences à l’école : « Ici, on a l’impression qu’il n’y a pas vraiment d’objectif à atteindre et que l’on a le temps. » Une certaine différence de temporalité était mise en avant et que l’on pouvait faire coïncider avec l’image un temps de paix dans le quel le milieu civil serait plus performant et un temps de guerre où seule l’armée serait à son avantage : « le côté rigueur que j’ai trouvé à l’armée existe dans tout ce qui est combat et parade. ». L’intériorisation d’images que l’on pourrait qualifier d’Épinal n’excluait donc pas chez les OST un certain esprit critique.
On retrouvait les hésitations qui avaient assailli les candidats au recrutement Bac + 5 à l’heure du choix, lorsqu’on les interrogeait sur la façon dont ils concevaient leur carrière future et en particulier la durée qu’ils envisageaient pour cette dernière.

Quel que soit le milieu familial d’origine, militaire ou non, les jeunes recrutés sur titre éprouvaient tous des difficultés à se projeter au-delà du temps de commandement. Cela est bien compréhensible d’ailleurs pour des jeunes qui étaient somme toutes assez ignorants du déroulement précis d’une carrière militaire. Cette ignorance n’étant par-ailleurs pas l’apanage de cette population, bien peu nombreux étant en effet les jeunes élèves issus d’un autre type de recrutement parfaitement au courant des cursus possibles, au commencement de leur cursus tout au moins.

Autre point plus inquiétant déjà quant à l’avenir de ces jeunes néophytes, le fait que la quasi-majorité des jeunes O.S.T se déclaraient prêts à renoncer à leur carrière si cette dernière venait à entraver leur vie familiale ou à ne pas répondre à leurs attentes. « Il est tout à fait possible que dans les années à venir, je change de métier s’il venait à y avoir une incompatibilité entre ma vie professionnelle et ma vie familiale » insistait ainsi un fils de militaire. « Je suis au service d’une institution mais j’attends d’être heureux dans le métier » disait un autre Lieutenant issu d’une famille non militaire. Ce type d’opinion n’était donc pas propre à une catégorie particulière. De même, les genres n’avaient rien à voir dans cette représentation. Parmi les jeunes femmes interrogées, toutes admettaient être actuellement disponibles pour tout type de postes ou de missions mais qu’elles ne le seraient plus forcément demain.

D’autres envisageaient un retour aux études, une façon de « rattraper la voie universitaire » au cours de leur deuxième partie de carrière, tout en restant proche de l’institution militaire dans le cadre de ce que d’aucuns appelaient une « carrière civile-réserve ».

Si bien qu’en prenant pour définitives de telles opinions, on pouvait d’ores et déjà conclure qu’aucun des O.S.T ne demeurerait dans l’institution d’ici dix ans. On comprend mieux, dés lors, la notion de challenge mise en exergue par le cadre de contact des jeunes Bac + 5 d’une réponse adéquate aux attentes de ces derniers et exhortée par le commandement d’une manière générale. Se raccrochant à son idée de « choix mûrement réfléchi » de l’engagement, le chef de la section O.S.T ne pensait pas que ses élèves feraient une carrière courte et envisageait que seuls deux ou trois quitteraient l’institution assez rapidement, c’est à dire à l’issue de l’année d’école d’application ou au bout d’une ou deux années de régiment. Ironie du sort, les démissions multiples des premiers OST en école d’application résonnent d’un curieux écho à ces propos recueillis huit mois plus tôt !
Manque de repères et panne d’intégration
Relatives similitudes, mais empreintes de cette naïveté propre aux néophytes, des motivations premières au recrutement entre futurs OST et candidats au recrutement « habituel » de l’ESM donc, mais fort particularisme des modes de vie à l’école ; ce qui n’a pas facilité l’éventuelle intégration de la petite section des premiers dans la promotion des seconds. Sans le vouloir, dans son souci de protéger une population recrutée dans le cadre d ‘une réforme qui se devait d’être réussie, l’Institution a parfois concouru à différencier de façon trop flagrante les OST.
Un premier point peut ainsi être abordé : celui du statut et du grade. Point symbolique sinon essentiel car ainsi qu’André THIEBLEMONT le remarque dans son ouvrage  Cultures et logiques militaires  paru en 1990 aux Editions du SEUIL en reprenant des éléments d’une thèse consacrée au langage des militaires : « Aucune information n’est laissée au hasard et tout est fait pour que les identités, appartenances, statuts et spécialités de chacun soient suffisamment exhibés pour ne provoquer aucune confusion et éviter tout anonymat. » Affubler dés janvier 2003 les OST d’un galon de Lieutenant, a joué en la défaveur de ceux ci en stigmatisant de manière irréversiblement visible leur différence. Surtout lorsque l’on connaît l’importance considérable du grade en termes de symbolique militaire !

Statutairement, les élèves recrutés au niveau Bac + 5 se retrouvaient dans une situation paradoxale, à savoir qu’ils appartenaient juridiquement à une promotion de Lieutenants ayant déjà quitté l’école alors qu’ils étaient physiquement liés à une promotion de Sous-Lieutenants ! Comment dés lors se construire une identité cohérente dans un groupe dont on ne porte pas les attributs ? Les OST interrogés soulignaient d’ailleurs tout l’aspect négatif de ce galon. Vu du commandement, le phénomène du grade n’était pas interprété de la même façon. Pour le cadre de contact, en termes de ce qu’il nommait « l’affichage » il ne s’agissait finalement que de la manifestation patente de la volonté de considérer d’emblée ces jeunes gens comme des officiers à part entière. Cette vision négligeait ainsi cette loi du fonctionnement des groupes sociaux qui veut que tout individu se singularisant soit sanctionné, en raison de la menace, réelle ou supposée, qu’en se distinguant il est sensé faire peser sur l’unité du groupe considéré et la solidarité de ses membres.

Semestrialisation de la formation obligeant, et compte tenu de la différence de temporalité existant entre des OST n’effectuant qu’une année aux écoles et des saint-cyriens de recrutement traditionnel effectuant leurs trois années réglementaires, pratiquement aucune activité militaire commune n’a pu être effectuée avec les Sous-Lieutenants du premier bataillon auquel ces dits OST étaient sensés appartenir. Chacun n’ignore pas combien la cohésion même d’un groupe, l’esprit même d’une promotion, relève de la pratique en commun d’activités. Cette vie côte à côte, ce partage de joies et parfois de souffrances, cet échange aux accents parfois quasi-mystiques, constitue en effet le principal sujet des conversations tenues lors des retrouvailles avec d’anciens camarades de promotion, quelle que soit d’ailleurs l’école ou le mode de recrutement dont on provient. Or donc, la programmation amène les jeunes gens recrutés au niveau Bac + 5 à côtoyer lors de leurs périodes de formation militaire non pas leurs supposés camarades Sous-Lieutenants du premier bataillon mais la quasi-totalité des élèves des écoles de COETQUIDAN. Diversité qui enrichit, diront certains, mais surtout hétérogénéité des échanges qui les transforme en élèves de l’utopie, au sens premier du terme tel que l’a défini Thomas MORE dés 1516, c’est à dire de nulle part. Conjuguée à un regroupement en une section distincte – mais que faire d’autre compte tenu justement des différences de temporalité déjà citées plus haut -, à un classement final particulier offrant un panel presque complet d’armes possibles – exception faite de la gendarmerie et de l’ALAT- ainsi qu’à ce que certains cadres admettent en privé relever d’un certain manque d’anticipation, cette diversité concoure à l’isolement à la fois psychique et symbolique de ceux que l’on voudrait voir considérés comme des saint-cyriens comme les autres.

Enfin, nul ne saurait ignorer combien la tradition occupe une place importante, fondamentale, voire vitale à l’École Spéciale Militaire de Saint-Cyr. Ecole de traditions par excellence, elle forge une sorte d’universalité saint-cyrienne au travers des rituels de « bahutage » au cours desquels se transmet aux jeunes générations le flambeau des valeurs communes du groupe. Citant à nouveau André THIEBLEMONT, on rappellera l’existence dans les traditions saint-cyriennes d’une « esthétique de l’épreuve » qui fait que pour tout Saint-Cyrien ce « bahutage » revêt un sens double : celui de qui a beaucoup enduré d’une part, et de l’autre ce qui est beau et bien fait. Dans ce domaine particulièrement sensible de la cohésion d’une promotion, les OST ont une nouvelle fois été traités en marge du reste du groupe saint-cyrien. Certes, force est de constater qu’un certain nombre de séances de « bahutage » leur ont été consacré sur ordre par le grand carré et le conseil des fines en fonction à l’époque, séances dont l’esprit a été de façon générale très apprécié par tous, mais ce « minimum » ainsi qu’ils le qualifient d’ailleurs eux-mêmes n’a pas vraiment permis aux OST de se sentir inclus. D’autant que toujours du fait des incompatibilités temporelles des diverses programmations, l’ensemble de la promotion sortante dont ces mêmes OST sont sensés faire partie n’a pas pu ne serait-ce qu’assister à la remise du casoar, soit un autre rituel symbolique non partagé et pas des moindres dans la tradition saint-cyrienne !
A l’heure où certains des officiers issus de la réforme dite des Bac + 5 démissionnent avant même d’en terminer de leur école d’application, force est de constater que les premières impressions dégagées des entretiens menés par le LARES de l’université de RENNES II – dans le cadre rappelons-le d’une enquête mandatée par le CoFAT – relevaient déjà quelques faiblesses susceptibles de mener à la situation d’aujourd’hui. Le choix de ce mode tardif de recrutement qui chez certains s’inscrivait dans une temporalité longue faite d’atermoiements et d’introspections faisait qu’on en venait à se demander si ce « choix mûri » souligné par leur cadre de contact constituait vraiment une des forces des OST ou si ce n’était pas plutôt une de leurs faiblesses pour un avenir qui les confronterait avec les « grandeurs et servitudes » du métier militaire ? Dans ce même registre de temporalité, on constatait que ces nouveaux candidats n’envisageaient leur future carrière que sur un court terme, comme un moyen d’étoffer sa carte de visite, vision à l’Anglo-saxonne avions- nous même suggéré alors.

On n’entera pas dans la polémique en prétendant que la principale lacune de la réforme est la réforme elle-même, le sujet n’étant pas là, toutefois il faut souligner combien est dommageable une telle non congruence des temporalités entre ceux que l’on souhaiterait voir appartenir au même groupe. Sans trajectoire commune il est impossible de bâtir une quelconque communauté, tout au plus obtient-on une indifférence polie qui peut vite se transformer en ostracisme pur et simple dans le cadre de ce que d’aucuns vont considérer- à tort ou à raison- comme un dévoyage de la symbolique saint-cyrienne même. Car on ne le sait que trop, confronté à l’altérité la réaction la plus facile de tout groupe humain – car souvent la plus populaire- consiste à rejeter l’autre différent au nom d’un ethnocentrisme si bien intériorisé qu’il en est devenu naturel aux yeux de ceux qui en jouent.

Faut-il pour autant réformer la réforme, voire même, comme certains esprits chagrins le souhaiteraient, la supprimer ? Il n’est peut être pas nécessaire d’en arriver jusque là, quelques aménagements destinés à augmenter les occasions pour les uns et les autres de partager ensemble des moments forts de la formation d’officier pourraient renforcer l’inter connaissance et par-là même réduire les frontières symboliques qui séparent les OST de ceux qui s’estiment comme les véritables saint-cyriens. Toutefois la marge de manœuvre est extrêmement réduite, et toute nouvelle mesure risque d’apparaître comme une tentative de replâtrage vouée à l’échec. Pourra-t-on sauver l’officier sur titre ?

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